‹ La France en AlgérieChapitre 40 sur 116 · UT · texte numérisé non relu

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témoigne de la richesse et de la fertilité du pays; l'examen d'un tableau présentant les. récoltes faites depuis une vingtaine d'années ainsi que le mouvement commercial montre, ce qui est mieux encore, la progression constante et partant la «. consolidation » de celle richesse. Le siroco brûlant qui peut dessécher la vigne à la veille de la récolte, les sauterelles qui, dans ces dernières années, ont fait bien des ravages, mangeant, ici les céréales, là les raisins, ailleurs les feuilles des arbres, sont des ennemis avec lesquels l'agriculteur algérien peut vivre. Certes il en souffre, et c'est un spectacle désolant que de voir, au mois de juin ou de juillet, des campagnes, hier riches et pleine de promesses, aujourd'hui nues, mangées, ruinées par un vol de sauterelles. Mais, par tout pays, l'agriculture n'a-t-elle pas ses fléaux? Le paysan français souffre, en certaines années, de la neige, de la grêle, des orages ou des inondations. Si le phylloxéra qui na jusqu'ici attaqué qu'un centième environ du vignoble algérien ne progresse pas, le plus grand malheur qui puisse atteindre notre colonie sera évité.

Les colons, qui, en général, se plaignent assez peu du redoutable insecte insistent, en revanche, beaucoup sur la lourdeur de leur dette hypothécaire. La propriété non bâtie supportait, au 1" octobre 1892, pour environ 205 710 844 fr. d'hypothèques conventionnelles. Ce chiffre est certainement lrès élevé ; mais n'est-ce pas le sort de la propriété rurale d'être lourdement grevée dans un pays neuf? Beaucoup arrivent qui ne possèdent rien ou ne disposent que d'un capital insignifiant; tous veulent planter des surfaces importantes, s'étendre audelà de leurs véritables moyens, espérant réaliser de gros avenus qui leur permettront de se dégager dans un temps court. Parcourez l'Algérie, informez-vous : « Derrière chaque propriétaire, il y a le créancier, vous dira-t-on; si la récolte est mauvaise cette année, j'aurai la visite de l'huissier. Mon voisin qui a chevaux, voitures et une belle maison doit dix fois ce qu'il possède; il faut qu'il prélève 60 p. 0/0 du revenu qu'il a dans une bonne année pour faire honneur à ses échéances : si l'année est médiocre ou mauvaise, comment fera-t-il? » Ces plaintes, quelquefois exagérées, sont

bien souvent fondées : les fortunes sont très rares, les plus gros propriétaires doivent des sommes importantes; les affiches, les journaux annoncent chaque jour des ventes judiciaires d'immeubles; beaucoup de propriétaires offrent de vendre à perte, et, pour le noter en passant, le métropolitain ayant une somme liquide de 80 à 100 000 francs est certain de réaliser dans la colonie une excellente affaire en achetant une ferme, ou un vignoble dans le moment actuel. Mais ceux qui, considérant cette situation, ont prononcé le mot de « crise immobilière » ont été trop loin, ont exagéré les choses. Si le phylloxéra ne fait pas de progrès, si les sauterelles cessent de paraître presque tous les ans et surtout sont mieux combattues, la richesse du colon ira croissant du fait de l'augmentation naturelle des récoltes et, partant, la colonie pourra d'ici peu d'années réduire sa dette hypothécaire dans d'importantes proportions.

D'ailleurs, la médaille a deux faces, et les Algériens qui volontiers, se plaignent de leur dette, ne peuvent taire leurbénéfices. Dans notre course rapide à travers le pays, a chapitre précédent, n'avons-nous pas rencontré de grands, A moyens, de petits propriétaires également satisfaits? Les ntm reconnaissent qu'ils font 100, 150, 200 hectolitres à l'hectar et que l'abondance de la production compense le prix asse faible de l'hectolitre; les autres récoltent moins, mais vendes mieux, et obtiennent 20, 30, 40, 60 ou 80 francs de l'hecto litre; 20 francs est pour beaucoup un chiffre très suffisamment rémunérateur. La plupart font des bénéfices de 8, 10, 12, ou 15 p. 0/0, et s'ils ont encore des dettes, ils les peuvent facilement acquitter à l'échéance. D'un autre côté, l'élevage du mouton ou des porcs est pour ceux qui l'entreprennent une source de bons revenus. Enfin, dans les régions à céréales, beaucoup d'agriculteurs sont satisfaits : voici, par exemple, aux environs de Sétif, un colon qui a acheté 100 000 francs une propriété de 300 hectares de bonnes terres irriguées; il fait, avec des khammès, du bois (peupliers et saules), du bétail (moutons et vaches), des céréales (blé et orge), des légumes et, il obtient un revenu annuel de 12 p. 0/0 ou plus.

Le prix des terres est, notons-le, un signe certain de prospérité. Si l'hectare ne se vend quelquefois, dans un centre nouveau, qu'une cinquantaine de francs, bien que le plus souvent il atteigne 100 francs, il vaut 150, 200 et 250 francs dans des centres en voie de développement; dans les environs des villes — et nous ne disons pas seulement des villes du littoral, — les prix sont doublés ou triplés : 500, 600, 700 francs l'hectare; on rencontre même encore les chiffres de 800 et 1 000 francs, bien que, depuis quelques années, les prix auxquels la spéculation avait porté la terre aient sensiblement fléchi.

Mais nous nous apercevons que nous n'avons pas tout dit au sujet des richesses de notre colonie. Peut-on oublier les productions de la mer? celles du sous-sol?

Les côtes algériennes présentent, au point de vue des ressources que l'homme peut tirer de la pèche, une grande richesse : l'allach, l'anchois, la sardine se montrent à toutes les époques de Tannée et, par moments, en bandes innombrables; les thons, les merlans, les homards, les langoustes sont également péchés en quantité considérable. Longtemps la pêche algérienne a été dans les mains des Italiens et des Espagnols, plus que dans celles des Français. Depuis la loi du 1er mars 1888, toute la population maritime est française parla naturalisation,... française sur le papier, d'après la loi, non encore par l'esprit; aussi serait-ce une bonne chose d'infuser à l'élément pêcheur du vrai sang français. Le gouvernement général s'en préoccupe, d'ailleurs, et déjà, il a installé, sur les côtes, il y a quelques mois des familles de pêcheurs bretons. — On compte environ 6 000 pêcheurs répartis sur l'étendue des côtes des trois départements. Ils fournissent la colonie de poisson, puis en expédient en France pour près de 2 millions et demi (chiffre de 1890).

Après la pêche du poisson, il faut mentionner celle du corail; les bancs se trouvent par des fonds de 15 à 40 mètres, principalement dans la zone comprise entre le cap Rose et le cap Roux. Le prix brut du corail péché varie, annuellement, de 250 000 à 350 000 francs environ.

L'Algérie possède des mines de fer, de cuivre, de zinc, de plomb argentifère, d'antimoine et des carrières de marbre. Ces mines et ces carrières étaient déjà connues et exploitées au temps des Romains. Jusqu'ici, les capitalistes français leur ont accordé assez peu d'attention; l'argent, en un pays neuf, ne peut aller partout à la fois. En 1890, le nombre des mines concédées était de 51, dont 29 dans le département de Conslantine, 16 dans le département d'Alger, 6 dans celui d'Oran. Toutes n'étaient pas exploitées; quelques-unes même étaient abandonnées. Il faut citer, parmi les mines exploitées, celles de zinc et de plomb de la province d'Alger et celles de fer des provinces d'Oran et de Constantine. Les premières situées à Sakamody et à Guerrouma ont produit en 189* 10 000 tonnes, représentant une valeur de 1 137 000 francs les secondes, plus connues, plus importantes, sont situées ; Beni-Saf (Oran) et à Aïn-Mokra. Les statistiques, incom plètes, ne font pas connaître le rendement de ces mines, mai il ne doit pas être inférieur à 400 ou 450000 tonnes par an les mines de Beni-Saf sont en plein développement, celle d'Ain Mokra, au contraire, travaillent aujourd'hui inoiu qu'il y a quelques années. Les minerais de fer, de plonit de cuivre, extraits du sol de notre colonie sont exportés l'état brut en Angleterre, en Hollande, aux Etats-Unis. L'Ai gérie n'a donc point d'industrie métallurgique et la raisoi en est que, jusqu'ici, aucune mine de charbon n'y a ét< découverte. — Les principales carrières de marbre sont aua environs d'Oran, de Chcrchell et de Philippeville.

La pêche, l'extraction du minerai ne sont point, à propre^ ment parler, des industries. L'industrie, d'ailleurs, n'existe pas en Algérie ou, du moins, est toute locale ; c'est ainsi que l'on rencontre quelques distilleries, quelques minoteries, des moulins à huile, des briqueteries. Cet état n'est pas particulier à notre colonie ; on l'observe généralement dans toutes pendant la première partie de leur existence; elles ne produisent le plus souvent que des matières premières et s'adressent aux vieilles sociétés pour se fournir d'objets manufacturés. Les capitaux vont à la terre avant d'aller aux usines, Les peaux de l'Algérie, les laines et autres produits animaux.

sont manufacturés dans notre pays; les huiles passent par les usines provençales; l'alfa est expédié en Angleterre ; les racines de thuya sont travaillées par les ébénistes parisiens, les lièges utilisés par les industriels de la métropole; les minerais expédiés, à l'état brut, dans les établissements métallurgiques étrangers.

Peut-être verrons-nous au siècle prochain certaines industries naître et se développer en Algérie, comme on l'observe aujourd'hui en Australie ou dans la République Argentine. Hais la question du charbon aura toujours une grande importance. Faut-il rappeler, d'ailleurs, que la culture de la vigne, des céréales, des palmiers, l'élève du mouton, l'exploitation des oliviers sont encore bien loin d'avoir pris l'extension dont ils sont susceptibles?

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