‹ La France en AlgérieChapitre 43 sur 116 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Importance de l'œuvre en Algérie. — L'armée employée aux travaux publics.

~~ Premiers travaux. — Le plan des travaux publics. b* politique hydraulique. — Les pluies en Algérie. — Conditions particulières des provinces d'Alger et de Constantine. — Les grands barrages. — Le barrage de l'Habra. — Sommes dépensées pour la construction des barrages. — Les points d'eau sur les Hauts Plateaux et les puits dans 'e Sahara. — Comment il faut poursuivre la politique hydraulique. 143 routes. — Statistiques. — La question des routes. — Leur entretien est f°uvent négligé. — Certains faits excusent ce mauvais entretien. — Insuffisance des routes. — Quelques exemples. — La Petite-Kabylie. — La cnerté du prix de revient. — Les agents des travaux publics construisent lroP chèrement. — Le « coulage ». — Les faux frais, les indemnités. — Ce (ju Une commune mixte doit au service des travaux publics. — Exagération "e. la dépense. — Quel est son chiffre exact? — Les condamnés milila|res et civils employés aux travaux publics. *** chemins de fer. — Statistiques. — Lourdeur de la dépense à la charge j*e l'État. — Prix de revient au kilomètre des lignes ferrées. — La voie 1&rge et la voie étroite. — Cherté des transports. — Comparaison des krifg de France et d'Algérie pour quelques marchandises. — Abaissements qu'il est possible de réclamer. — Autres critiques. — L'œuvre de la construction des chemins de fer n'est pas achevée. — Programme de» a,înées à suivre. — Lignes de pénétration : Biskra, Tongourt, Ouargla. — kfc Transsaharien. — Lignes d'intérêt local. — Le rôle des départements ei* matière de chemins de fer. — Les trois départements ont projeté la instruction de chemins de fer d'intérêt local ou de tramways. — Plan Qdoptè dans le département d'Alger. — Caractère de lignes affluentes que doivent avoir les chemins de fer départementaux. "e la continuation de l'œuvre des travaux publics. — Ce qui reste à faire. ^-Caractère budgétaire que prend la question ainsi posée.

II est peu de services qui aient plus d'importance, dans une colonie agricole et de peuplement, que le service des travaux publics. Un des premiers soins de la métropole doit

être, en effet, de « préparer » le pays, c'est-à-dire d'assainir les terres et de les allolir, d'aménager les eaux, de construire des routes, dans le but de favoriser l'installation des colons, de solliciter « leur venue ».

L'œuvre des travaux publics était particulièrement considérable en Algérie et, disons-le de suite, elle est loin d'être achevée.

Tout d'abord, il fallut ouvrir des routes pour assurer les communications entre les villes conquises, entre les premiers villages fondés; puis, les plaines de la Mitidja et de l'Habra, les environs de Miliana, de Djidjelli, de la Galle, de Batna, de Bône et de bien d'autres centres, nécessitèrent de nombreux travaux d'assainissement.

Les travaux entrepris au lendemain de la conquête furent exécutés par les troupes; ils avaient, d'ailleurs, souvent un intérêt militaire. Plus tard on vit les gouverneurs généraux mettre les bras de nos soldats au service du génie et des ponts et chaussées. L'armée fut employée à tout : à la construction des roules et des villages, à l'abatage des arbres en forêt, même au greffage des oliviers et au démasclage des chênes-liège !.

A mesure que la conquête s'étendait et s'affermissait, le programme des travaux publics était établi, complété.

Rien n'était plus urgent, nous venons de le dire, que les travaux hydrauliques. D'un côté, il fallait assainir le pays par des dessèchements, des drainages, des plantations d'eucalyptus; qui aurait pu vivre dans des vallées fiévreuses? D'un autre côté, il fallait assurer de l'eau aux villages fondés; l'eau, c'est la vie des habitants, c'est leur récolte. Dans le Tell, les rivières sont des torrents; grosses pendant une courte période de l'année, elles sont bientôt presque à sec ; sur les Hauts Plateaux et dans le Désert, les oueds, les sources ou les puits sont rares. Un des hommes qui a le mieux écrit sur l'Algérie, Jules Duval, a dit fort heureusement qu'il fallait suivre dans notre colonie « une politique hydraulique ».

Les grandes lignes de cette « politique » furent, dans la

i. Colonel Ribourt, loc. cit.

région maritime, d'arrêter, par des barrages, l'eau des torrents, à l'époque où elle est abondante, pour la conserver précieusement dans des réservoirs et ensuite la distribuer dans tout le pays, par des canaux d'irrigation, à l'époque des sécheresses. C'est ici le lieu de noter que la hauteur des pluies, recueillies en Algérie, est plus grande que ce que l'on pourrait attendre, a priori, dans un pays dont la réputation de sécheresse est si bien établie. Dans tout le Tell des provinces de Constantine et d'Alger, on recueille annuellement en moyenne plus de 600 millimètres de pluie; cette quantité augmente rapidement quand on se rapproche du littoral et dépasse un mètre dans la Grande-Kabylie. Ces chiffres peuvent être mis en regard de quelques autres observés en France : dans les plaines de la Loire, le bassin de Paris, la vallée inférieure du Rhône, il tombe entre 500 et 600 millimètres d'eau par au; dans une grande partie de la Normandie, il tombe de 800 à 900 millimètres. Si donc le régime des eaux était régularisé d'une manière convenable, à la fois par des barrages et par le .reboisement des montagnes, la région tcllienno des provinces de Constantine et d'Alger se trouverait dans des conditions très satisfaisantes. La province d'Oran est moins favorisée que ses deux voisines : même sur le littoral, et sauf dans le massif montagneux de Tlemcem, la hauteur annuelle des pluies est partout inférieure à 600 millimètres.

La quantité de pluie diminue rapidement quand on franchit la limite du Tell et des Hauts Plateaux. Elle atteint 400 millimètres au plus sur cette région et tombe à 300 millimètres à la limite méridionale. A l'origine du Sahara, la diminution est plus brusque encore : la courbe de 200 millimètres passe un peu au nord de Biskra et de Laghouat et, au sud de cette courbe, dans le Sahara proprement dit, la quantité des pluies est extrêmement faible '.

La mauvaise distribution des pluies dans le Tell a tout d'abord préoccupé. Pendant certains mois de l'année, l'eau tombe avec abondance, des orages serrés lavent la terre;

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