‹ La France en AlgérieChapitre 48 sur 116 · I. Voir chap. vu, p · texte numérisé non relu

I. Voir chap. vu, p

sociétés établies dans la colonie, tandis que l'Algérien n'a pas le choix : il doit payer avec une traite. Cette traite, il Tacheté chez les trésoriers-payeurs ou à la Banque. Négligeons le prix très minime qu'elle coûte pour ne retenir qu'un fait : la Banque vend toute Tannée, à Alger, et dans ses succursales, surtout entre les mois de septembre et de mars, qui sont Tépoque des gros payements de l'Algérie en France, des traites sur le Trésor français; elle encaisse, et le Trésor paye1. Ces sommes encaissées, elle eu bénéficie, elle les garde et cela d'autant plus facilement que, si elle tire sur le Trésor, le Trésor ne tire pas sur elle; celui-ci, d'ailleurs, ne pourrait offrir au commerce métropolitain des trailes sur la Banque de l'Algérie. Telle est l'origine du compte courant. Si on parcourt une série de bilans de la Banque de l'Algérie, on verra qu'elle est perpétuellement débitrice du Trésor, malgré que celui-ci cherche constamment à se faire rembourser. Il y a quelques années, la Banque devait au Trésor jusqu'à 35 millions; depuis, son compte courant débiteur a sensiblement fléchi ; à certaines époques, il a oscillé entre 20 et 30 millions, mais il a souvent dépassé ce dernier chiffre et aujourd'hui il est de 40 millions. Est-il possible de modifier cette situation? La question a été tournée et retournée; les meilleurs esprits n'ont trouvé aucune solution complètement satisfaisante. A ce point de vue, les adversaires du renouvellement ont raison de dire que, seule, la substitution delà Banque de France à la Banque de TAlgérie, c'est-à-dire l'établissement de Tunilé de billet, pourrait faire disparaître ce compte courant et rendre au Trésor ce qui lui est dû. Toutefois, s'il est en quelque sorte mathématiquement impossible tant que TAlgérie aura une banque spéciale, et surtout tant que les importations de la colonie dépasseront ses exportations, de faire disparaître le compte courant avec le Trésor, il est possible de le diminuer. En premier lieu, le ministère des finances doit veiller à ce que le compte courant ne s'élève pas trop haut, profiter de toutes

4. Les trésoriers-payeurs vendent eux aussi des traites, mais comme ils versent à la Banque les sommes qu'ils ont reçues et dont ils n'ont pas besoin tout afflue, en réalité, dans les coffres de celle-ci.

les occasions pour le faire descendre el cela notamment dans les années où l'Algérie, faisant une bonne récolte, voit fléchir la différence qui existe généralement entre ses importations et ses exportations. Il doit aussi, et d'ailleurs il le fait déjà, mais peut-être avec trop de modération, exiger de la Banque un intérêt pour les sommes qu'il a chez elle en compte courant. Il faut, en second lieu, se rappeler que ce n'est pas pour le Trésor un devoir, une obligation, de faciliter aux Algériens leurs payements en France, de leur vendre à très bon marché, et sans tenir compte du prix du change, les traites dont ils ont besoin. Nous sommes ici en présence d'une faveur consentie à titre gracieux. Cette faveur doitelle être perpétuellement continuée? N'est-il pas permis de penser que le ministère des finances doit, peu à peu et sans faire naître aucune crise, prendre des mesures dont le résultat serait d'obliger les Algériens à acheter leurs traites sur France non plus à la Banque, mais aux guichets des sociétés privées, des établissements ordinaires de crédit?

Nous n'hésitons pas à conclure en faveur du renouvellement du privilège; nous croyons avoir suffisamment répondu aux deux principaux arguments de ceux qui réclament l'établissement de la Banque de France en Algérie. Cependant nous n'avons pas dit encore qu'à un pays nouveau , il faut des institutions nouvelles, spéciales, adaptées au milieu. La Banque de France, avec ses habitudes strictes, ses traditions, ses exigences, quant à la solidité des personnes présentant des effets à l'escompte, rendrait-elle aux colons algériens, habitués à certaines facilités, en ayant besoin, les services qu'ils espèrent? ferait-elle d'ailleurs — et là est peut-être le point le plus important — le crédit à l'agriculture? Comptet-on lui demander en Algérie ce qu'on n'ose pas, avec raison, lui demander en France, d'escompter le papier agricole? D'autre part, si la Banque de l'Algérie a commis des fautes, dont ses actionnaires supportent et supporteront les conséquences, elle a aussi des titres. Il serait injuste de ne pas reconnaître qu'elle a aidé la colonisation; qu'elle a délivré les colons de l'usure; qu'elle a contribué puissamment à la constitution du vignoble des trois provinces; enfin, c'est grâce

à elle que chaque propriétaire peut, à l'époque des semailles ou des récoltes, trouver les sommes dont il a besoin.

Il faut tout dire : si le gouvernement ne renouvelait pas le privilège de la Banque de l'Algérie et la condamnait par conséquent à la liquidation, il déterminerait, dans la colonie, une crise : la Banque ne devrait-elle pas, en effet, réaliser tout son avoir, presser ses débiteurs en retard, les exproprier et partout mettre en vente ses propriétés? Déjà les terres ont subi une baisse ; de combien cette baisse serait-elle augmentée?

Est-il besoin d'ajouter que la faveur d'un renouvellement ne doit être accordée à la Banque que sous des conditions nettement déterminées? Nous avons indiqué déjà celles ayant trait à la diminution du compte courant; quant à celles relatives au crédit agricole, l'expérience les dicte elle-même : la Banque pourra — cela est dans l'intérêt même de la colonie, pour son bien, afin qu'elle ne soit pas entravée dans son développement économique — continuer de prêter à l'agriculture par l'intermédiaire des comptoirs locaux, mais ces prêts agricoles devront être sagement réglementés. La formule du rapport présenté aux actionnaires en 1887 est la vraie : aux établissements spéciaux, la charge des opérations foncières proprement dites, des prêts à long terme; à la Banque, le prêt à court terme, peu élevé, qui doit seulement mettre aux mains des colons les sommes indispensables à la préparation et à la rentrée des récoltes annuelles.

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