Burdeau, loe. cil
vaux prennent des développements excessifs, les devis sont dépassés et Ton entraîne l'Etat à tout payer. Sa part contributive s'élevait en 1886 à 570 000 francs, tandis que celle du syndicat n'était que de 140 000 francs environ. Aujourd'hui le syndicat doit au Crédit foncier d'Algérie, et, ce qui est plus, à l'entrepreneur qui a exécuté les travaux. Mais que lui importe? il espère bien faire encore payer la métropole. Déjà il lui a été accordé, en principe, une nouvelle subvention de 100000 francs; peut-être même l'a-t-il encaissée à l'heure actuelle. Pour les usagers, ils ont pendant plusieurs années refusé de consentir les sacrifices qui leur étaient demandés et récemment, le rôle des taxes qu'ils devaient s'imposer en 1891, s'élevait à une somme insuffisante pour amener le fonctionnement régulier du syndicat.
Après tous les faits que nous venons de rappeler, la conclusion ne saurait être douteuse. Il y a partout dans la colonie, à tous les degrés, un singulier système de laisser faire, de « tolérance administrative ». L'administration ferme les yeux sur les abus, les gaspillages, les laisse se perpétuer, « parce que c'est l'habitude », ou à la demande d'une personnalité politique locale, ou encore dans la crainte de mécontenter les colons. C'est ainsi que mille abus, ayant tous leur répercussion sur le budget métropolitain, se perpétuent dans nos provinces africaines. C'est ainsi, encore, que tel fonctionnaire envoyé en Algérie par la métropole va parfois jusqu'à oublier les intérêts du Trésor, lorsqu'ils sont en contradiction avec les prétentions exagérées des colons; ces prétentions, il les avive, il les précise, il les fait siennes; on l'a vu les venir défendre à Paris.
Mais nous avons suffisamment montré les abus, les gaspillages, les prétentions qui, avec le temps et la faiblesse de la métropole, sont nés et se sont développés sur la terre d'Afrique.
Cependant, il convient de préciser par des chiffres la situation telle qu'elle se présentait à la fin de 1891. Le régime de faveur dont bénéficiaient les colons en matière d'impôts, comparé aux charges pesant sur le contribuable métropoli-
tain, présentait alors un écart de plus de 28 millions !. Nous avons indiqué, dans le cours même de ce chapitre, quelles étaient les contributions indirectes et les taxes d'enregistrement qui n'atteignent pas, ou n'atteignent que partiellement, les Algériens. Nous avons dit, en ce qui concerne les taxes douanières (chapitre vu), que la colonie bénéficie d'une exemption partielle de droits sur les cafés, les vanilles, les sucres. Ainsi, en 1891, l'Européen d'Algérie ne payait environ que les 6/10 des impôts qui incombaient aux métropolitains (exactement 62 fr. 50 p. 0/0) ou, ce qui revient au même, tandis que les impôts et taxes de l'Etal, du département et de la commune représentaient en France 120 francs par tête, ces mêmes impôts et taxes ne représentaient dans notre colonie que 75 francs.
Et la colonie est riche! elle se développe tous les ans! Au cours des vingt-cinq dernières années, sa population européenne, sa propriété bâtie, son commerce, sa navigation ont doublé! Les Anglais, nos maîtres en colonisation, comprennent autrement que nous, l'administration financière de leurs possessions d'outre-mer! Plus pratiques, plus sages, ils exigent qu'une colonie subvienne à ses besoins dans toute la mesure dont elle en est capable *. Il est impossible de nier que nous ayons été, jusqu'à ce jour, beaucoup moins rigoureux vis-à-vis de notre colonie africaine.
Ce n?est cependant pas hier que s'est posée, pour la première fois, la question de faire contribuer davantage l'Algérie à ses dépenses. Il y a vingt-huit ans qu'un de ses gouver-