‹ La France en AlgérieChapitre 61 sur 116 · Masqueray, Journal des Débats, 13 septembre · texte numérisé non relu

Masqueray, Journal des Débats, 13 septembre

Au lendemain de la conquête de la Kabylie, le gouvernement général, méconnaissant les différences tranchées qui séparent le Kabyle de l'Arabe, prit quelques mesures, qui, si elles avaient réussi, auraient « arabisé » la Kabylie : les Kabyles, qui ne se conformaient pas à toutes les prescriplions de l'orthodoxie islamique, furent incités à une plus stricte observance ; on les engagea à construire des mosquées dans les villages qui en manquaient; on leur en construisit même. D'autre part, dans ce pays de petites républiques indépendantes, l'autorité militaire constitua une administration à l'arabe, institua des bach-agha ou grands seigneurs indigènes '.

Une pareille faute, mais dont les conséquences furent certainement plus graves, a été commise dans la région de l'Aurès. Lorsque furent soumis les Aurasiens, qui appartiennent à la race berbère et se sont conservés presque purs au milieu des tribus arabes, l'administration se crut en présence Je populations semblables à celles qu'elle avait rencontrées dans la région du Tell ou sur les Hauts Plateaux et leur appliqua le même régime. C'est ainsi que l'on substitua ou que l'on superposa, aux institutions municipales et démocratiques des Berbères, la féodalité arabe incompatible avec leurs mœurs et leurs traditions. Le Koran remplaça en fait de Code civil, les vieux kanoun (coutumes) des villages, et les « cadis », la justice des djemàa. Lorsque l'on désira donner une loi aux Aurasiens, on choisit la loi musulmane dont ils s'étaient défaits; quand on voulut entrer en relations avec eux, on leur parla la langue religieuse du Koran au lieu de leur parler leur langue. Il ne serait pas excessif de dire que nous avons « islamisé » l'Aurès. Ces erreurs eurent de tristes conséquences : les exactions des caïds — hommes étrangers, d'origine arabe — soulevèrent de nombreux mécontentements, des insurrections même, comme celle de 1879, et ainsi des populations de race berbère furent poussées vers l'Islam et les associations religieuses, par ceux mêmes qui avaient intérêt à les soustraire à ces influences *.

i. F. Charvcriat, A travers la Kabylie et les questions kabyles. Pion, éditeur, Paris.

Page 1