‹ La France en AlgérieChapitre 73 sur 116 · Liv. III, chap. i, p · texte numérisé non relu

Liv. III, chap. i, p

dents plus complexes. Tantôt, elle conserve fidèlement le assé, le reproduit sans cesse et condamne les descendants penser et à vivre comme leurs ancêtres. Chez les peuples uropéens, depuis les temps les plus reculés que rapporte histoire, il y a toujours eu un perpétuel mouvement 'hommes et d'idées; c'est, pour prendre l'expression de lenan, une procession de « grands faits universels » qui appellent, d'abord civilisation grecque, conquête et civiliition romaines, puis christianisme, conquête germanique, uerres, croisades, culture grecque et latine, Renaissance, écouvertes, protestantisme, mouvement littéraire, commerial, industrie, philosophie, Révolution, etc. Dans un semlable milieu, tout progrès de l'intelligence a été fixé par hérédité et est devenu la base d'un nouveau progrès. L'héîdité a joué pour les peuples européens à peu près le même Me que la mémoire pour l'individu1; des acquisitions sucîssives et continues ont été faites par les générations. Ce >nt ces lentes acquisitions qui expliquent les désaccords si >mplets, les contrastes si grands que Ton observe dans les lœurs, dans la littérature, dans le commerce entre l'époque 3 saint Louis, de Louis XI ou de Louis XIV et l'époque îtuelle.

Les peuples de l'Afrique se sont développés, depuis des fccles, dans des conditions sensiblement différentes. Après abandon des Romains de Rome et de Constantinople (le as-Empire), les Arabes sont devenus les maîtres du Maghreb, • et les tribus conquérantes n'étaient pas, ainsi que nous ivons vu*, parmi les plus intelligentes et les plus avancées. 8s hommes grossiers et rudes ont imposé leur religion à utes les populations, telle qu'ils la comprenaient euxêmes, c'est-à-dire en exagérant ses défauts : le dogme Hivernant la société, l'union indiscutable du spirituel et i temporel, le renoncement à la lutte, la condamnation de ut progrès, la satisfaction de la seule vie matérielle, la umission absolue à Dieu, ou, ce qui serait plus exact, la rfgnation aux forces de la nature. Comme si cela n'était

. Ribot, loc. cit.

. Liv. I, chap. u, p. 61.

pas assez, cette société arabe et berbère islamisée est demeurée enfermée jusqu'à ce siècle, vivant sur elle-même, presque sans relations avec les nations européennes, privée ainsi de toute éducation, ignorante même de l'imprimerie. Tandis que les Turcs et les Égyptiens entraient en conlact avec l'Europe par les guerres, la politique, le commerce, par les ordres et les missionnaires chrétiens qui fondaient des écoles où la jeunesse musulmane pouvait venir recevoir une première instruction, les populations du Maghreb, qu'elles fussent gouvernées par des princes arabes ou par des Turcs, demeuraient « impénétrées » et « impénétrables ». Ainsi, les nomades de l'Algérie sont demeurés nomades et ont fait adopter leur genre de vie à une grande partie des populations berbères, — ainsi, les Berbères sédentaires sont demeurés enfermés dans leurs montagnes, se léguant d'âge en âge l'envergure d'esprit, les procédés agricoles, les moeurs primitives du cultivateur du vne siècle, du paysan des provinces éloignées de l'Empire romain.

Cette explication, il était nécessaire de la donner. Elle satisfait la raison; elle fait sentir clairement pourquoi un fossé existe entre Européens et Arabes, en même temps elle fait juger de sa profondeur. Ce n'est pas tout encore. Si nous voulons comprendre la civilisation musulmane, la société musulmane, il nous faut renoncer à notre infatuation de « civilisés ». Summer Maine a fort bien expliqué dans les Lois anciennes qu'il y a des races insensibles au progrès. « Il est fort difficile, écrit-il, pour un citoyen de l'Europe occidentale, de se bien convaincre de la vérité que la civilisation dans laquelle il se trouve n'est qu'une rare exception dans rhistoire du monde. Notre manière de penser, nos espérances, nos craintes, nos idées spéculatives seraient profondément bouleversées, si nous pouvions nous représenter combien les races progressives sont en minorité dans la grande masse de l'humanité. Il est hors de doute que la plus grande partie de l'humanité n'a jamais montré le moindre désir de réformer ses institutions civiles depuis qu'elles ont été jetées dans un moule qui leur a donné leur forme définitive. »

ublions donc notre dédain pour les races inférieures. Les ulmans pensent, sentent, vivent d'une façon différente ï nôtre, acceptons-les ainsi. Est-ce eux, est-ce nous qui mes en dehors des règles? Il nons faut faire à cette ques- , au sujet des populations du Maghreb, la même réponse m voyageur qui a récemment visité l'Inde, s'est faite pour lindous 1 : Il n'y a pas de règle, il n'existe aucun instrutde mesure avec lequel on puisse évaluer toutes choses; érité est que nos idées et nos coutumes européennes ne que des idées et des coutumes locales, que notre point ue est différent du point de vue musulman, qu'au fond et l'autre se valent et que toutes les façons d'être ou de prendre la vie sont légitimes.

i nous acceptons cette déclaration comme juste et en fai- > notre point de départ, reconnaissons que pour chercher olution de la « question indigène », il faut laisser nos s européennes, notre « civilisation » européenne en ope, pour lire le Koran avec les musulmans, et les voir qu'ils sont, avec leurs idées et leurs mœurs, sans penser les nôtres sont meilleurs, qu'il faut, pour leur bien, les imposer.

n fait d'une importance certaine se présente d'abord à yeux ; c'est que, moins heureux en Algérie que les Anglais 5 l'Inde et que nous-mêmes en Tunisie, il ne nous est pas sible de recourir à la forme du protectorat qui mettrait quelque sorte un intermédiaire entre le vainqueur et le îcu. Nous avons déjà fait cette observation; mais ce n'est trop d'insister.

n Tunisie, où nous avons rencontré des populations assez iblables à celles de l'Algérie, à la seule différence qu'elles t tranquilles et peu belliqueuses, il nous a été possible conserver le gouvernement du bey. C'est un prince munan qui administre, pour une nation chrétienne, un peuple sulman. « Le protectorat, suivant le mot du cardinal igerie, nous a fait l'économie d'une guerre de religion. »

André Chevrillon, foc. cit.

Dès le lendemain de notre occupation, en 1881, les v<p geurs parcourant la Régence, étaient frappés de ce fait, q la conservation du pouvoir nominal du bey ramenait à no bien des hésitants, rassurait bien des consciences, encour geait bien des intérêts : « J'ai vu parmi les indigènes, écr vait Gabriel Charmes ', de fort braves gens qui, involontaire ment partagés entre les devoirs d'une situation aussi trouble que celle-ci, se raffermissaient eux-mêmes en disant : « Apri « tout, nous servons le bey; puisqu'il a passé un traité av( « les Français, obéir à ces derniers, c'est obéir à lui-même.

En Algérie, les événements, la force des choses, c'est-i dire la précipitation avec laquelle nous avons fait embarqu* les Turcs, les difficultés et les lenteurs de la conquête, 1 insurrections, les vices certains du gouvernement des gran< chefs, auquel on a dû renoncer, font qu'il ne peut y ave malheureusement aucun intermédiaire entre les indigènes nous.

« Il ne peut y avoir d'intermédiaire », écrivons-nous, faut aussitôt ajouter que cette opinion a ses contradicteur ceux-ci, opposant les Kabyles aux Arabes, pensent que les pi miers peuvent « franciser » les seconds.

Cette idée n'est point nouvelle. En 1864 un officie M. Aucapitaine f, écrivait un ouvrage où il déclarait qu attendait tout des Kabyles. « La Kabylie, conquise en 18! par le maréchal Randon, est plus franchement et plus so dément soumise à la France que les tribus arabes campé depuis trente ans aux portes de nos villes. » L'auteur vantî les facultés d'assimilation des Kabyles, les comparait ai paysans français, dont ils ont les qualités, avec plus qu'ei peut-être, « le bon sens pratique »; puis il concluait log quement de créer en pays arabe des villages kabyles. I réalisation de ce projet devait amener, selon lui, des aval tages politiques et matériels considérables; il les résuma ainsi : « Elevons jusqu'à nous les jeunes générations arabe et cela par la main loyale des Kabyles ». L'opinion généreuse de M. Aucapitaine était partagée p£

Page 1