‹ La France en AlgérieChapitre 74 sur 116 · La Tunisie. Calmann Lévy, éditeur, Paris · texte numérisé non relu

La Tunisie. Calmann Lévy, éditeur, Paris

2. Les Kabyles et la colonisation de l'Algérie. Challamel, éditeur, Paris.

plusieurs personnes qui s'occupaient des choses de l'Algérie. La grande insurrection de 1871 a donné malheureusement aux prédictions de M. Aucapitaine un éclataut démenti et Ton a vu u les hommes les plus franchement et les plus solidement soumis à la France » se jeter, avec fanatisme, dans une grande guerre, incendier les fermes et les récoltes des colons. Toutefois, beaucoup de personnes qui écrivent et parlent aujourd'hui sur les questions algériennes, éprouvent pour les Kabyles une sympathie particulière. Jugeant sur l'extérieur seul, sans se préoccuper de l'état de l'intelligence, ni du cœur et de la conscience, elles estiment que les moutagnards kabyles sont bien près de nos paysans de France, qu'il est facile de les « assimiler », et, par eux, de parvenir aux Arabes. M. Elisée Reclus exprime notamment cette opinion dans sa Géographie universelle. Plus récemment un colon a repris * les idées autrefois défendues par M. Aucapitaine. Il s'agirait de créer, sur différents points de la région du Tell, des villages kabyles à côté de villages français; on exigerait des Kabyles appelés à fonder les nouveaux villages — ici nous entrons dans les régions de l'utopie — la connaissance du français, l'engagement de prendre un nom de famille, de se faire inscrire sur le registre de l'jétat civil, de renoncer à la polygamie; en retour de ces conditions, ils « jouiraient immédiatement de l'électorat municipal et départemental, l'électorat politique étant provisoirement réservé ».

« Franciser » les Kabyles, et par eux « franciser » les Arabes, ce sont là de profondes et dangereuses illusions. Les Kabyles ne sont point aptes à tenir le rôle qu'on veut leur confier. S'il convient de maintenir les distinctions très nettement relevées entre Arabes et Kabyles, si le Kabyle a sur l'Arabe une supériorité marquée, il y a, contrairement à l'opinion que nous combattons, fort peu de traits communs entre le Kabyle et le paysan français, tandis qu'il y a des différences très profondes.

Le Kabyle est sédentaire et travailleur; il aime la terre, lui fait produire tout ce qu'elle peut donner; il est économe; il

i. De Caix de Saint-Aymour , Arabes et Kabyles. Ollendorf, éditeur, Paims.

s'engage chez les colons, devient un bon ouvrier, apprend soigner la vigne. Il faut ajouter que, lorsque dans la plain de Bône ou dans la Mitidja, on rencontre un Kabyle, la bêch à la main, vêtu d'un pantalon et d'un grand chapeau de paill à larges bords qui cache sa calotte rouge, on croit voir u paysan français. Mais tout ceci est l'extérieur; voyons d plus près. Le Kabyle est passionné, querelleur, vindicati: âpre au gain jusqu'à pratiquer couramment l'usure; le Kabyles se prêtent entre eux à plus de 10, 20, 30 p. 0/(1 non pas par an, mais par mois ; les juifs n'ont pu s'élabli parmi eux, parce que, disent-ils, ils se suffisent à eux-mêmes Leurs idées sur la droiture et l'honnêteté sont sensiblemen différentes des nôtres. Il y a dans chaque tribu un homm< qui reçoit le butin fait par les voleurs, se charge de le mcttr< en lieu sûr et de l'écouler; c'est Youkaf ou receleur; il est ai milieu de ses compatriotes très considéré ; dans les campa gnes de France, nos paysans hésiteraient-ils à le regarde] comme un voleur, ou du moins comme un complice?

On a observé que le Kabyle est, bien plus rarement qu( l'Arabe, polygame; cela est vrai; mais s'il n'a qu'une seul< femme à la fois, il en change fréquemment grâce au divorce de telle sorte qu'à la polygamie simultanée, il a substitué 1< système de la polygamie successive. Encore faut- il ajoute] que les kanoun kabyles sont plus durs pour la fille et poui la femme que le droit musulman; ils nient, ou réduisent i presque rien, le droit des filles à l'héritage paternel, ils refu sent à la femme le droit d'obtenir le divorce, même pour la causes les plus légitimes ; elle a seulement la faculté de si mettre « en insurrection », et de retourner chez ses parents son départ ne rompt pas le lien qui l'attache à l'homme Ces mœurs « familiales » ressemblent-elles à celles du paysat français?

A ces faits, il convient certes d'opposer quelques exceptions heureuses : on a vu des Kabyles réclamer la naturalisation française ', l'ouverture d'écoles dans leurs villages1,

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