‹ La France en AlgérieChapitre 8 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

U Terre. — Aspect général du Magreb ou Ile de l'Occident. — Principales lignes géographiques de l'Algérie. — Les deux chaînes de l'Atlas. — Les trois zones. — Le Djurjura; l'Aurès. — Le Tell, ses djebels, ses plaines et ses torrents. — Climat de la région tellienne. — Les Hauts Plateaux.

— Aridité de la steppe. — Les Chotts. — Chaîne de l'Atlas méridional. — Le Désert; ses différentes formes. — Les hamada, les vallées, les dunes.

— Les eaux souterraines. — Les oasis.

Ut habitants. — La configuration du pays indique qu'il n'est pas habité par un seul peuple. — Pourquoi aucun des peuples de l'Algérie n'a su faire l'unité à son profit. — Les Arabes et les Berbères.

Us Arabes. — Leur vie; sa grande simplicité. — Ils sont pasteurs et agriculteurs. — Les tribus et les douars. — Forme aristocratique de la société arabe. — Les nomades sur les ruines romaines.

Les Berbères. — Les premières populations de l'Afrique ont été nomades. —

— Les Ly biens; leurs mœurs. — Les Aurasiens. — Les Kabyles; ils sont sédentaires, agriculteurs, commerçants et artisans. — Le village kabyle. — La langue berbère. — Haine des Kabyles pour les Arabes. — Traits de ressemblance entre les Kabyles et les paysans français.

ks Berbères et les Arabes dans les ksour et les oasis. — Soins donnés aux palmiers. — Les Mzabites. — Les Touareg. — Proportion des Arabes et des Berbères. — Arabisation et islamisation des Berbères. — Mélange des deux races. — Le type a perdu de sa pureté. — Les Maures, les Koulouglis, les Juifs, les Haralins, les Nègres. — Les « Béni Ramassés •• — Caractères communs à toutes les populations du Magreb central : misère, ignorance, état déplorable de l'agriculture, de l'industrie et du commerce.

Us i civilisés » d'Europe et les « primitifs » d'Algérie.

La terre.

La guerre est terminée. Quelle est la terre conquise? Quelles populations l'habitent?

Voyons d'abord la terre, — la terre au lendemain même de

1. Géographie universelle de Elisée Reclus, Hachette et C1*, éditeurs, Paris. — bu Spitzberg au Sahara de Charles Martins, Germer Baillière, éditeur, Paris. — Les Prolégomènes d'Ibn Khaldoun ; traduction de de Slane, Impri-

la prise d'Alger, lorsque ni cultures, ni roules, ni ponts, ni travaux hydrauliques, ni villages, ni villes ne témoignent encore de la présence d'une nation européenne; ce sera une simple étude géographique.

Avant de la parcourir, élevons-nous en ballon au-dessus des plus hauts sommets; prenons une lunette assez puissante pour nous faire voir le pays en tous sens, à plusieurs centaines de kilomètres, et jugeons de son aspect général.

Le pays d'Algérie, séparé à l'ouest et à Test du Maroc et , de la Tunisie par des lignes conventionnelles, qu'aucun accident de terrain n'indique, fait partie, avec ces deux Etals, d'une même unité géographique, d'un même tout. Ce tout limité au nord par la Méditerranée, à l'ouest par l'Atlantique, au sud et à l'est par le Sahara forme une sorte de presqu'île dans le continent africain. Les Arabes, en la désignant dans leur langage imagé sous le nom de « Djezirat-el-Maghreb », « l'Ile de l'Occident », ont très exactement constaté l'œuvre de la nature. Des sables, des dunes, des plateaux, des landes séparent «l'Ile de l'Occident» du continent africain et la science la considère comme une ancienne dépendance de l'Europe.

Mais celte unité géographique est elle-même divisée par les deux hautes chaînes de l'Atlas. Elles courent, l'une et l'autre, du Maroc à la Tunisie plus ou moins parallèles, plus ou moins éloignées, plus ou moins rapprochées, suivant une direction générale sud-ouest-nord-est, formant deux barrières qui partagent le pays en trois zones. En Algérie, ces barrières sont particulièrement indiquées; d'où le Tell ou zone maritime, les Hauts Plateaux ou zone des landes, le Désert ou zone des oasis. La superficie totale de ces trois zones est considérable; réunies, elles ont presque l'étendue de la France l ; encore le Désert est-il illimité : en s'y enfonçant,

merie impériale, Paris. — Trente-deux ans à travers rislam, déjà cité. — La Kabylie et tes coutumes kabyles de Hanoleau et Lelourneux, Imprimerie nationale. — La Civilisation des Arabes du Dr G. Le Bon, Firmin-Didot, éditeur, Paris. — La France dans le Sahara de Ernest Mercier, Leroux, éditeur, Paris. 1. L'Algérie occupe sur la Méditerranée, en face des côtes de France et d'Espagne, une étendue d'environ 1 100 kilomètres. Sa superficie totale est d'environ 480 000 kilomètres carrés; celle de la France est de 529 000 kilomètres carrés. Le Tell a 136 000 kilomètres carrés; les Hauts Plateaux, 88 000 kilomètres carrés; le Désert, 255 000 kilomètres carrés.

on arriverait aux collines de sable qui forment le contour septentrional du bassin du Niger, puis, en allant plus loin, jusqu'au fleuve même.

Au nord, la côte, faile le plus souvent de falaises à pic ou de collines, se détache, sur une mer bleue, comme une ligne presque droite. Combien ce rivage algérien est moins découpé, moins gracieux que celui de la France ou encore que celui immédiatement voisin de la Tunisie! Les golfes sont rares et forment presque tous des demi-cercles d'une pureté géométrique. Nulle part, on ne voit des flots entrer profondément dans les terres; nulle part, on ne rencontre sur la côte algérienne l'équivalent du lac de Bizerte, des golfes de Tunis, de Hammanet ou de Gabès.

Le système orographique algérien est loin d'être aussi simple. Entre la mer et la chaîne de l'Atlas septentrional, c'est par centaines que l'on compte les « djebels » ou chaînons qui forment une saillie distincte, une vallée, un plateau.... L'ensemble est tourmenté; d'immenses plaines sont entourées de montagnes descendant en pentes rapides ou même escarpées. Bien des pics de l'Atlas septentrional dépassent 1 500 mètres, mais c'est souvent moins par leur hauteur que par les escarpements de leurs falaises, mises à nu par des éboulis ou des érosions, que les montagnes algériennes sont remarquables. Les routes stratégiques, que nos soldats et nos ingénieurs devront construire, ne pourront quelquefois franchir les montagnes qu'en passant en d'étroites gorges, comme celles de la Chiffa, du Chabet, ou bien en gravissant par de nombreux lacets des croupes élevées.

En avant du Tell, partie dans Alger, partie dans la province de Constanline, s'élève un des massifs les mieux délimités de l'Algérie, le Djurjura. L'oued Sahel, l'oued Isser et la mer l'entourent. Le Djurjura avec ses mille contreforts, ses mille pics fièrement dressés, a un aspect grandiose. Son sommet le plus élevé, le Lalla-Khedidja, atteint 2 308 mètres. A lest du Djurjura, et comme le continuant, les Bibans et les Babors forment un autre massif montagneux.

Les Hauts Plateaux, tantôt vastes steppes dénudées, dépourvues, sur des espaces considérables, de végétation

arborescente, tantôt, en d'autres parties, couverts de forêts, sont la zone de transition entre le Tell fertile et le Désert aride et nu partout où il n'est pas arrosé. Leur altitude moyenne atteint 900 à 1 200 mètres, mais çà et là des montagnes pelées s'élèvent brusquement de ces surfaces horizontales. A l'extrémité méridionale des Hauts Plateaux se déroulent les chaînes, se dressent les sommets du second Atlas; les principaux sont : le Djebel-Amour et le Djebel-Aurès. Ce dernier est le massif de montagnes le plus élevé d'Algérie; son pic suprême, le Ghélia, a 2 312 mètres et dépasse de quelques mètres le Lalla-Khedidja dans le Djurjura. De sa croupe on distingue à la fois au nord, la surface immense des Hauts Plateaux et de leurs Ghotts, tandis qu'au sud, pardessus les alignements grisâtres des montagnes inférieures, on aperçoit une ligne bleue, droite, immense : la mer du Sahara. Ici, les roches brûlées par les rayons qui se reflètent du sol ardent sont complètement dépourvues de végétation; elles brillent de couleurs éclatantes; l'une s'appelle le mont de la Joue-Rouge.

Tel est l'aspect général; on a l'impression de contrastes très accusés; le détail les fera plus accentués encore.

Voici les grandes plaines du Tell : plaine de Bône, plaine de la Mitidja, plaine du Chelif, plaine du Sig près de la mer; plaine d'Affreville, plaine d'Eghris dans l'intérieur. Elles sont fertiles, l'humus apporté par les rivières et les torrents, par les eaux d'orage, y forme une couche profonde; elles produisaient du blé au temps de Rome, mais elles ont presque cessé de le produire avec les Arabes. Partout, à perte de vue, ce sont des friches, des buissons, des broussailles, des champs de palmiers nains parcourus par de maigres troupeaux; au loin, quelques groupes de tentes. Si le voyageur qui parcourt ces plaines à demi désertes, car la population est rare, avance ou seulement tourne la tète, il voit d'innombrables chaînes, chaînons et collines qui courent dans toutes les directions, s'enchevêtrent les unes dans les autres. Le Tell, en effet, ne tire pas son appellation du mot romain « tellus », plaine; mais d'un mot arabe qui signifie colline, terrain accidenté, et le nom a été justement donné. Des hauteurs tiennent tout le

pays, viennent mourir sur les bords de la mer. Les rivières, les torrents sont encaissés. Ces hauteurs même deviennent sur certains points de véritables montagnes : le massif du Dahra, celui plus élevé de l'Ouarcnsenis, dont un pic atteint 1 985 mètres, celui plus élevé encore, plus découpé, plus sauvage du Djurjura que continuent vers Test les Bibans et les Babors. Il est peu de massif montagneux aussi curieux que celui du Djurjura : partout des arêtes vives, des crêtes escarpées, des ravins profonds sans corniches, ni retraits, qu'il faut longtemps contourner pour parvenir aux cimes. Les parties supérieures du Djurjura, rendues à peu près infranchissables de novembre à mai par les neiges, n'ont d'autre végétation que des cèdres clairsemés; plus bas, dans les cols, dans les hautes vallées, se dressent des futaies incomparables.

Dans un pays aussi accidenté que le Tell, il ne peut y avoir de fleuves, non plus qu'en Kabylie, et cependant ces régions reçoivent des nuages pluvieux en quantité considérable. Les pluies, plus violentes, plus grosses qu'en France, tombent en abondance à certaines époques; il semble que le ciel fonde sur la terre. Les eaux roulent alors sans obstacle sur les pentes dénudées des montagnes, creusant et ravinant le sol, entraînant avec elles l'humus des collines et des coteaux; au bout de quelques jours, ou de quelques semaines, elles se sont écoulées vers la mer en torrents troubles, à moins qu'elles ne se soient amassées en lagunes salées ou eu marais pestilentiels au voisinage du littoral, comme à la « Sebkha » d'Oran, dans la plaine du Sig, dans la plaine de la Uitidja, au lac Haloula, au lac Fezzara et aux lacs de la Calle1. Pendant la plus longue partie de l'année l'eau manque presque partout. C'est ainsi que le lit des rivières, ou mieux des torrents, subit des variations extraordinaires. La Macta, le plus régulier de tous, roule 800 mètres cubes à la seconde dans ses crues, et n'en a plus que 2 à la saison sèche; le

i. Le lecteur ne doit point oublier que le pays est décrit ici tel que nous l'avons rencontré à l'époque de la conquête. Les travaux d'assèchement ne sont point encore faits, de même que les cultures européennes ne couvrent pas une partie du sol et que les villages ne piquent pas leur note blanche et rouge dans la campagne.

Chélif varie de 1 450 mètres cubes à 1 me. OS ; Tisser, le Sébaou, l'oued Sahel, torrents de la Kabylie, l'oued el Kebir, la Seybouse, elle-même, qui a un cours presque normal, ont le même régime. A l'exception du Chélif, qui vient du Djebel- Amour et traverse toute la région des Hauts Plateaux, ces torrents sont d'une médiocre étendue parce qu'ils naissent • dans les chaînes de l'Atlas septentrional. Partout les lils fluviaux sont beaucoup trop vastes pour le flot qui les parcourt. Autrefois, il y a des siècles, peut-être n'en était-il pas ainsi. On croit qu'à des époques reculées, et même encore au temps de l'occupation romaine, la quantité d'eau qui tombait sur la terre d'Afrique était considérable. Mais aujourd'hui le terrain . est presque sec. Pendant une partie de l'année, les oueds algériens laissent voir le fond de leur lit, fait, tantôt de rocs, nus et de cailloux, tantôt de nappes de sable où, comme sur ; les grandes routes, le vent soulève la poussière en tourbillons, i- A la vérité, au-dessous du lit superficiel desséché, se trouve; souvent un lit souterrain sur lequel les masses d'infiltralion . ne cessent pas de couler pendant les chaleurs les plus fortes de l'été.

On pressent, en constatant une semblable sécheresse, que le Tell, bien que voisin des côtes de la Provence, bien que région maritime, ne doit pas jouir du même climat que la France méridionale. L'hiver, qui est la saison des pluies, commence généralement en janvier et ne dure guère que deux mois; le printemps finit avant le mois de mai; l'été se prolonge jusqu'en septembre; à cette époque, des pluies^ rafraîchissent le sol et la terre se revêt d'un deuxième prin-î temps. La température est sur le bord de la mer assez sem-s blable à celle des côtes méridionales de l'Europe; dans l'in-I térieur, elle varie en raison de l'altitude ou de la disposition!, des montagnes. A Alger, la moyenne annuelle est de 18°,1; en août, mois le plus chaud, le thermomètre monte à 25°; dans les régions montagneuses du Tell on constate, en hiver 5° au-dessous de 0, en été, 32 au-dessus. A Tizi-Ouzou, en Kabylie, le thermomètre dépasse 40°; en Petite Kabylie, il atteint en août 43°. Les mois de juillet, d'août et de septembre sont sur presque tous les points très pénibles; certaines

régions, d'ailleurs, sont particulièrement éprouvées; c'est ainsi que dans les plaines fermées par un cercle de collines ou de montagnes, privées ainsi de la brise de mer, l'air est stagnant, la chaleur étouffante; des maxima de 46° sont constatés presque chaque année à Orléansville dans la vallée de Chelif; dans quelques ravins, entre Oran et Aïn-Temouchent, on a subi jusqu'à 55° à l'ombre.

Le climat, les eaux, l'aspect général du sol sont, dans les Hauts Plateaux, tout différents de ce que Ton a observé dans le Tell. En parvenant au sommet des chaînes de l'Atlas septentrional on met le pied dans une plaine immense, unie, pierreuse, à l'aspect vague et gris, interminable steppe dont le regard cherche en vain les profondeurs.... A certains jours, le « siroco », vent intolérable qui apporte l'air enflammé du désert, souffle dans ces plaines désolées, brûlant les lèvres et les yeux, desséchant la gorge. Voici l'alfa, longue feuille finement roulée d'un vert bleuâtre qui pousse par touffes rondes et couvre le sol à perte de vue; voici, ailleurs, des pâturages clairsemés, verts en hiver, brûlés en été; puis le tableau change, le terrain n'est plus le même : d'un côté, ce sont des ondulations assez larges et profondes pour dissimuler, à 2 ou 3 kilomètres du regard, un parti de soldats, une armée même; d'un autre, ce sont des forêts de cèdres, là touffues, ici dépouillées, des bouquets de pistachiers, de frênes, de genévriers, de broussailles, et, dans le lointain, des montagnes dénudées. On ne trouve d'eau presque nulle part. Il pleut cependant, surtout il neige, dans ce « pays de la soif » où l'hiver le thermomètre descend quelquefois à plus de 10° au-dessous de zéro. Durant la saison rigoureuse, la neige tombe fréquemment; le vent, quelquefois, amasse les flocons en énormes remous de plusieurs mètres d'épaisseur; plus tard, des pluies abondantes tombent, mais sur les grandes plaines unies, sans abri, sans ombre, le soleil de l'été a bientôt desséché les oueds, brûlé les plantes, et fait baisser très bas le niveau des « chotts ». Les chotts sont des lacs intérieurs, de petites mers, qui reçoivent les eaux de toute la steppe, car les Hauts Plateaux forment un bassin lacustre; leurs rivières, à l'exception du Chelif, ne se jettent pas dans la Méditerranée. Enca-

drée dans les chaînes parallèles de l'Atlas, la région des steppes s'affaisse assez régulièrement vers le centre dans toute sa longueur, dessinant ainsi deux versants inclinés vers une même dépression. De nombreux oueds, au fond de sable, alimentés seulement pendant quelques mois de l'année, font converger les eaux, que la terre et le soleil n'ont point absorbées, vers des bas-fonds étendus où le sel et le soufre se rencontrent mêlés au sable. Ces dépressions ne sont, à proprement parler, ni des lacs, ni des marais, ni des salines. Que Ton imagine de vastes surfaces d'eau immobiles, sans profondeur, s'étendant à perte de vue en contournant les berges, peu élevées, de plateaux gypseux. Sur leurs bords une légère croûte de sel s'est formée; des tamarins, des roseaux, de hautes herbes y trouvent leur vie. Sous les rayons du soleil, ces lacs ont un reflet d'une couleur bleuâtre métallique qui rappelle celle de l'acier. Entre les chotls, qui s'étendent en longueur (chotts Gharbi, Chergui, El-Hodna, Guerah), on rencontre quelques salines ou « Sebkha » (Zahrez-Gharbi, Zahrez-Chergui), immenses nappes de sel longues et larges de plusieurs dizaines de kilomètres, miroirs démesurés étincelant aux rayons du soleil.

Le versant sud de la ligne des chotts est remonté jusqu'au sommet, et voici l'Atlas septentrional avec ses principales chaînes : d'abord, les montagnes des Ksour, les moins élevées, puis, le Djebel Amour, ensemble de plateaux découpés par des torrents, où la neige tombe en hiver si drue que son épaisseur dépasse quelquefois 30 centimètres; puis, le massif de l'Aurès, aux formes arrondies, revêtu de bois de chênes verts, cl de pins d'Alep. Tout à coup, d'une dernière hauteur ou d'une brèche ouverte dans la montagne, l'œil surprend un spectacle nouveau : c'est, dans le profond silence d'une complète solitude, dans une atmosphère d'une rare transparence, le désert éclairé par le soleil incandescent, un immense décor où nulle forme n'arrête et ne soutient la couleur.

Le Sahara parait, au premier aspect, une mer de sable. Est-ce aussi le fond d'une mer dont les eaux auraient disparu? Les savants l'ont cru d'abord, mais aujourd'hui, on sait que ces sables arides étaient, il y a des siècles, vivifiés par des

eaux, abondantes, que des forêts couvraient d'immenses espaces. Des « pierres écrites » trouvées, il y a quelques années, dans le Sud or an ai s et sur d'autres points, ont même permis de reconstituer les différentes phases de l'existence des premiers habitants du Sud : nous assistons à leurs chasses, nous les voyons vivre en groupes, tailler leurs silex, préparer leurs aliments; nous apprenons que leur pays était habité par des éléphants, des hippopotames, des rhinocéros, des buffles à grandes cornes. La science n'est certaine de rencontrer des fonds, autrefois couverts par les eaux, que dans la partie du désert formant le sud de la province de Constantine, et une partie de celui de la province d'Alger. L'immense dépression observée aux pieds des derniers contreforts des chaînons de l'Aurès méridional, et dont le centre est occupé par le chott Melrir, serait le lit d'une ancienne mer, d'un grand golfe, prolongement de la Méditerranée.

Le Désert n'est point, comme on se le figure quelquefois, un long tapis de sable uni, dépourvu de toute végétation; il présente au moins trois aspects différents : les hammada, les vallées, les dunes.

Les « hammada » sont des plateaux calcaires, secs, pierreux, arides, où l'eau est rare; souvent ils se terminent, sur un ou plusieurs côtés, par de véritables falaises à pic. Le plus souvent nus, quelquefois couverts d'une herbe rare, ils sont le vrai désert. — Les « vallées » ont un tout autre aspect. Leur P iut de départ est dans les montagnes, les plateaux, les défilés du versant septentrional des Ziban, de l'Aurès, du Djebel Amour; leur direction généraler le sud. Sans doute, dles étaient parcourues autrefois par les grandes rivières qui devaient arroser le Sahara. Aujourd'hui elles sont, pour la plupart, desséchées, mais beaucoup possèdent des fleuves souterrains, telles les vallées du Souf, de l'oued llir, du fiourara, du Touat, dln-Salah. Dans d'autres régions, ces vallées ont des fleuves apparents, tels l'oued Igharghar, I l'oued Mia, l'oued M'saoura, l'oued Namous, torrents aux I lits très larges, peu profonds, où coule Teau des pluies pen- • dant l'hiver et qui, le reste de l'année, demeurent complète-

ment à sec. Le sable des vallées n'est pas stérile; une végé tation brûlée par le soleil en été, mais verdoyante après le premières pluies d'hiver, couvre une grande partie du sol ce sont différentes variétés d'arbrisseaux, quelques plante sans tiges couvertes de fleurs, puis aussi un gazon fin. - Les « dunes » sont le désert de sable, — sable très fin, trè sec, jaune ou rouge, ici presque uni, là vagué, ailleur amoncelé en dunes élevées par le vent, modelées parfois mais rarement déplacées par lui. La végétation est plus rar dans ces sables que dans les vallées, cependant on y rencontr de Therbe, quelques touffes d'alfa et une graminée haute d 2 mètres, le drin, très recherchée par le chameau. Au déseï de sable appartient l'Erg, ou « région des dunes », qui s'éten dent au loin dans le sens de la latitude du Maroc à 1 Tripolilainc.

Désert des hammada, désert des vallées, désert des dunes c'est partout la même immensité morte, le même silène accablant, la même chaleur lorride, la même almosphèr desséchée. L'été dure d'avril à octobre. En juin, juillet € août, la température s'élève de 20 à 30 degrés à 45, et mêm à 50; c'est ainsi que le thermomètre indique à certains jour 48 degrés à Biskra et 50 à Ouargla. Il n'y pas dans l'air u atome d'humidité; la sérénité du ciel est telle que jusqu' l'extrême horizon les êtres et les choses se révèlent ave une netteté parfaite; le berger indigène monté sur une dun ou le minaret d'une oasis aperçoit les maraudeurs jusqu' deux journées de marche. Le soleil est si chaud au milieu d l'été que l'on ne peut poser le pied nu sur le sol, ni porter 1 main sur un objet *. Cependant la créature humaine n souffre pas encore assez; tout à coup, le ciel prend à l'horizoï une teinte rougeâtre, devient peu à peu grisâtre et livide; 1 soleil, dépouillé de ses rayons, offre un aspect sanglant; Pat mosphère se charge de sable fin, emporté par le vent comm l'écume de la mer pendant la tempête; le désert se creuse e devient houleux; c'est le simoun qui passe I La poitrine di voyageur est oppressée, son œil est sanglant, les chameau:

1. Le sol atteint, en été, au milieu du jour, une température de 65 ( 70 degrés.

s'emportent dans un galop furieux, ou s'arrêtent et couchent leur long cou dans le sable.

Une région aussi déshéritée n'est cependant pas morte ; des hommes y vivent. C'est que l'été brûlant est suivi d'un hiver pendant lequel la température baisse, et quelques pluies tombent; c'est aussi, que, par un phénomène curieux, aux journées les plus chaudes des mois de juillet et d'août, succèdent des nuits froides où le thermomètre fléchit jusqu'à 2 et 3 degrés au-dessous de zéro; c'est surtout que, sous ces sables brûlants et desséchés, coulent des rivières souterraines. On l'a vu, le versant des chaînes bordières des plateaux qui regardent le sud épanche ses torrents dans le désert ; la plupart sont bus par le soleil, d'autres disparaissent sous la terre. Ceux-ci, protégés par le sable qui les recouvre contre les feux du jour, coulent sur un fond argileux qui les empêche de se perdre dans les profondeurs de la terre. Ainsi un réseau de; rivières souterraines parcourt le Sahara : qu'une de ces rivières, qui tendent sans cesse à reprendre le niveau de leur point d'infiltration, vienne à rencontrer une composition de terrain favorable, elle rejettera le sable qui la protège et surgira à la surface : c'est une source, c'est un puits naturel. Souvent le sol est trop dur pour que les eaux puissent s'ouvrir un passage; mais, que l'homme vienne à creuser, les eaux jaillissent : c'est un puits artificiel.

L'eau crée l'oasis. On appelle oasis, dans le Sahara, un assemblage de jardins et de cultures, qui doivent leur vie soit à une source, soit à un puits naturel ou artificiel ; le village ou les villages sont dans le centre ou au pourtour. Brisé par la fatigue et la chaleur, le voyageur aperçoit tout à coup, au loin, un point d'un vert sombre; il peut comme le marin au terme d'un long voyage crier : « Terre ! » c'est une oasis. Il y trouvera Teau et le palmier dattier, arbre nourricier du désert. Sans le palmier le Sahara serait inhabité. La poésie arabe a fait de cet arbre un être animé, créé par Dieu le sixième jour en même temps que l'homme. C'est un arbre privilégié supportant, à la fois, les froids nocturnes de 6 degrés au-dessous de zéro, et les chaleurs diurnes dépassant quelquefois 50 degrés. Il atteint une quinzaine de mètres, sa cime

38 LA FlUNCE EN ALGÉRIE.

flexible résiste au vent du désert, il se contente d'une eau saumâtrc, reste vert pendant que tout ce qui l'entoure se torréfie à un soleil implacable. A l'ombre du palmier !, poussent, dans certaines oasis, les arbres à fruits, la vigne, les céréales, la luzerne, les légumes et d'autres plantes encore, parmi lesquelles le henné qui sert à teindre les ongles des femmes arabes, — et les cheveux des Européennes.

Les habitants.

Est-il surprenant que dans un pays aussi accidenté, divisé par la nature en zones si distinctes, délimité par des obstacles difficilement franchissables, la population ne soit pas unie? Non, assurément.

Supposons un géographe, dans son cabinet, attentivement penché sur une carte : il voit les divisions du pays si caractéristiques, si nettes, ses plaines, ses massifs montagneux, sa steppe, son désert. Il ne sait de l'histoire qu'une chose, à savoir : que ce pays a reçu des invasions successives. Deman — dons-lui si les habitants sont unis en une même nation ou^» au contraire, sont séparés en groupes de caractères distincts*^ Il répondra que les populations doivent être divisées, dissem — blablcs, à moins qu'une race sensiblement plus forte, sensi — blement plus intelligente que les autres ait réussi à fair*: l'unité malgré la nature et contre elle.

La France a été, depuis le commencement des temps histc* —

i. Tous les palmiers ne donnent pas de fruils; cet arbre est dioïque. « Il 3" a des pieds mâles et des pieds femelles. Les pieds mâles ont des fleurs munies d'étamines seulement, et formant une grappe renfermée, avant 1^ maturation du pollen, dans une enveloppe appelée spathe. Les pieds femelle^» au contraire, portent des régimes de fruits enveloppés également dans un* spathe, mais qui ne sauraient se développer si le pollen, ou poussière d«E?s étamines, ne les a pas fécondés. Pour assurer cette fécondation sans planta r un trop grand nombre de maies improductifs, les Arabes montent, à Pépoqi* J* de la floraison, vers le mois d'avril, sur tous les individus femelles, et ins»E" nuent dans la spathe un brin chargé de fleurs mâles dont les étamines fécor»" dent sûrement les jeunes ovaires; alors les fruits grossissent, devienne** l charnus, et forment des grappes appelées régimes, dont le poids atteint que* " quefois de 10 à 20 kilogrammes. Pour multiplier les dattiers, on ne sème pc*-^ les noyaux des fruits,. quoiqu'ils germent avec une extrême facilité, car &** ne saurait ainsi deviner d'avance quel sera le sexe de l'arbre; on préfère dom*; détacher du tronc des palmiers femelles un rejeton que Ton plante, et qi* ' devient un arbre productif à partir de l'âge de huit ans. » (Charles Martins-}

riques, plusieurs fois envahie, conquise, traversée par des populations diverses, qui tour à tour se sont établies, plus ou moins nombreuses, dans l'ensemble du pays ou seulement dans cerlaines régions, subjuguant les premiers habitants; elle a reçu des Ligures, des Ibères, des Basques, des Celtes, des Kimris, des Romains, des Wisigoths, des Burgondcs, des Francs, des Sarrasins, des Normands, des Arabes. Pourquoi toutes ces races, si diverses, se sont-elles fondues en un seul peuple, en une seule nation, dont chaque membre parle la même langue, aime la même patrie? C'est, d'abord, parce qu'aucun accident de terrain considérable, aucune barrière, ne séparaient les régions comprises entre la Manche, l'Océan, les Pyrénées, la Méditerranée, les Alpes, le Jura et le Rhin '.

'C'est, ensuite, parce que les Romains ont été assez forts pour fondre en une seule nation toutes les races qu'ils ont rencontrées dans la Gaule; et que, plus tard, les nouveaux vainqueurs, les Francs, ont été à leur tour assez forts pour soumettre le pays entier, tout en prenant sa langue, sa religion, sa civilisation ; c'est, enfin, que la Royauté et la Révolution ont réalisé une unité préparée par les Barbares.

L'Algérie, comme la France, a été souvent envahie par des peuples différents. Les premiers habitants, les Lybiens, ont été successivement envahis, couverts, soumis ou refoulés parles Phéniciens, les Grecs de la Cyrénaïque, les Romains,

• 'es Vandales, les Grecs du Bas Empire, les Arabes, les Turcs. Mais parmi ces peuples, ni les uns ni les autres n'ont pu, ou n'ont su, occuper tout entière celte région si accidentée. Les barrières élevées par la nature ont arrêté les vainqueurs, servi de refuge aux vaincus. C'est ainsi que les Phéniciens, les Romains, les Grecs, les Turcs, ne se sont établis que sur le littoral, dans les plaines, dans les vallées basses, sur une partie seulement des Hauts Plateaux et, au plus loin, sur quelques points de la ligne septentrionale du désert. Les Arabes, derniers conquérants véritables — car les Turcs,

1. Le Rhin est le point faible des frontières naturelles de la Gaule; il n'est Pas infranchissable; ce n'est pas un mur comme la chaîne des Pyrénées et celle des Alpes; aussi a-t-il été franchi par des populations de races germaniques qui se sont établies sur sa rive gauche.

s'ils les ont soumis, n'ont jamais constitué en Afrique qu'un état-major peu nombreux, — sont arrivés au vne siècle, puis surtout au xie, plus forts, plus hardis, plus nombreux peutêtre qu'aucun des précédents envahisseurs. Ils ont parcouru le pays tout entier, se sont établis dans le Tell, sur les Hauts Plateaux, dans le Désert. Mais, parmi les vaincus, les groupes qui ont voulu conserver leur liberté ont pu se réfugier, les uns, dans les massifs montagneux du Tell ou de l'Atlas, les autres, dans les oasis dont le Désert est semé. Montagnes et oasis étaient des barrières que la nature offrait à leur sentiment d'indépendance. Sur ces hommes rebelles aux vainqueurs, ni la langue, ni les mœurs des Arabes n'ont pu mettre leur définitive empreinte. C'est ainsi que la France, en Algérie, a rencontré, outre les Turcs très peu nombreux et qui pour une bonne part ont immédiatement quitté le pays !, les conquérants, les Arabes; — les vaincus — débris confondus des descendants des races aborigènes et des races conquérantes continuellement refoulées, — les Berbères.

Les Arabes sont comme les Juifs, comme les Syriens, de race sémitique. Ce sont des « primitifs » sur qui les siècles ont passé sans apporter aucun changement. Au lendemain de la conquête nous avons pu observer que leur genre de vie, leurs coutumes, leurs mœurs étaient exactement ce que nous savons qu'elles étaient déjà il y a plusieurs siècles. Comme aux temps bibliques, ils vivaient en tribus. Ils sont, en général, d'une taille un peu au-dessus de la moyenne, robustes, bien faits, leur peau est hâlée ou brune, ils ont le visage ovale, le front large, élevé, le sourcil noir, l'œil de la même couleur, vif et enfoncé, le nez droit, la bouche bien taillée. On est frappé de la finesse des extrémités et de la fierté de l'attitude. Les Arabes ont les qualités et les défauts engendrés parleurs conditions d'existence, par la vie nomade. Le trait le plus saillant de leur caractère est un mélange intime d'ardeur pour le pillage et d'hospitalité, de cruauté et de générosité chevaleresque. Mais par-dessus tout, ils ont

1. Au lendemain de la prise d'Alger, le général de Bourmonl fit embarquer les soldats et les fonctionnaires turcs pour l'Orient, en mùme temps que partaient, de leur propre volonté, de nombreuses familles.

un sentiment très vif de l'indépendance, sentiment porté à un point dont, en Europe, on ne peut facilement se faire une idée. Pour avoir leur liberté, ils renoncent à se fixer au sol. En rencontrant en Algérie des tribus toujours errantes, on vient à se souvenir de ce passage de Diodore de Sicile où il est dit, que, chez les Nabathéens nomades de l'Arabie Pétrée, il était défendu de planter du blé, des arbres à fruits, de bâtir des maisons, parce qu'à garder de tels biens on sacrifie sa liberté.

Déjà, on pressent la vie des Arabes d'Algérie. N'aimant pas la terre, ils ne connaîtront pas la propriété privée, seule forme que nous voulions adopter en Europe. « Où entre la charrue, dit un de leurs proverbes, entre la honte. » Ils seront pasteurs plutôt qu'agriculteurs, et leur vie nomade entraînera le particularisme de la tribu. Il existe chez les Arabes trois sortes de terre, trois formes de la propriété : c'est d'abord le terrain de parcours de la tribu elle-même; il peut être immense; c'est une propriété collective ; c'est le domaine que les tribus voisines doivent respecter; — puis le terrain communal, qui appartient à l'ensemble du douar, sur lequel paissent les troupeaux de chacun; — enfin, à côté de celle propriété collective, se renconlre la propriété familiale; chaque famille peut posséder une ou plusieurs parcelles de terre lui venant par héritage, par achat. Sur ces parcelles, vivent en commun les membres d'une grande famille; — ils sont cinquante, cent, deux cents, plus peut-être; lorsque s'ouvrent des successions, le Cadi (juge) constate les droits de chacun, délivre quelquefois des titres ; la propriété cependant reste indivise entre tous les ayants droit.

Sur cette terre dont elle semble si peu se soucier, si l'on juge, au point de vue européen, de son mode d'appropriation, mais à laquelle elle tient en réalité profondément, parce que c'est sa vie, son existence, la tribu se déplace suivant les saisons. Le plus souvent son territoire de parcours s'étend en profondeur; il a quelquefois 300 et 400 kilomètres de longueur; il est, partie dans le Tell, partie sur les Hauts Plateaux; partie dans le Tell, partie dans le Sahara. Elle est, suivant la saison, sur un point ou sur un autre; elle

estivc dans le Tell, hiverne dans le Sahara; sa preraièi préoccupation est d'assurer la vie des troupeaux; elle cherch dans ses déplacements les pâturages du Tell, l'alfa des Haul Plateaux, l'herbe et les broussailles du Désert; elle fuit 1 sécheresse, évite les plus grandes chaleurs et les plus granc froids. Cependant l'indigène ne sait pas soigner ses bêtes il ne s'inquiète ni de leur nourriture, ni de leur reprodu< tion. — Le lait et la viande des troupeaux ne suffiraient ps à sa vie; des céréales lui sont nécessaires; il sèmera donc. , la saison des labours, il retourne la terre avec une charru primitive qui est encore telle que la charrue décrite pe Magon : le soc est de bois, on le chausse, au moment d travail, d'un sabot de fer terminé en pointe. Cet araire trac des sillons irréguliers, peu profonds, contourne, pour h respecter, les buissons, les palmiers nains. La récolte semél'Arabe repart. Il ne reviendra que pour la moisson; alors coupera le blé ou Forge avec la faucille, et, pour la coi server, mettra sa récolte dans un silo *.

Médiocres pasteurs et médiocres agriculteurs, les Arab« n'ont aucune disposition pour l'industrie et le commerce : av< la laine et les peaux de leurs bètes, ils font quelques étoffe quelques tapis, quelques objets de cuir. Quant au commerc ils ne le comprennent pas. Le Koran, d'ailleurs, le tolère peine; ses commentateurs font de même. Après avoir inlerd certaines opérations, l'historien Ibn-Khaldoun qui définit commerce l'art « de faire augmenter son capital en achetai des marchandises et en cherchant à les vendre plus ch< qu'elles n'ont coûté », observe aussitôt que le négociant do être entreprenant, hardi, qu'il doit savoir éblouir ses jug« (car il aura des difficultés) et que souvent il est conduit à « 1 fraude et à l'adultération des marchandises ».

Une vie aussi simple, aussi peu active, entraîne une org* nisation sociale et des mœurs particulières. La tribu est un grande famille qui porte le nom de son père ou de son fonds tour*. Ses chefs, agha et caïd, appartiennent à une aristocrati guerrière (djouad), ou à une aristocratie religieuse (mari

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