Rinn, loc. cit
ceux attachés aux pures doctrines de l'Islam, en dénonceront le caractère; ils continueront à s'affilier aux ordres indépendants, irréconciliables; ils considéreront les concessions faites aux chrétiens comme un manquement aux ordres du Prophète. Celte observation même s'appuie sur des faits. Les services que les chefs des Tidjanya, Aissaoua, Hansalya, nous ont rendus, ont quelque peu déconsidéré ces ordres auprès des purs, tandis que les confréries des Rahmanya et des Derqaoua que nous avons le plus frappées, parce qu'elles nous ont paru fournir le plus d'inspirateurs ou de combattants aux insurrections, ont augmenté d'influence et vu s'accroître le nombre de leurs membres. De pareils faits constituent, en quelque sorte, des démentis à la politique que nous conseillons; ils ne doivent cependant pas nous faire perdre espoir. Que pouvons-nous, en effet, rechercher chez un peuple convaincu de l'excellence de sa religion, presque toujours ennemi de la nôtre, souvent fanatisé? Ce n'est assurément point de rallier toutes les congrégations, tous les fanatiques, tous les mystiques; c'est seulement de désagréger la population musulmane, de rompre son unité. A nos ennemis qui prêcheront la « Guerre sainte », l'espérance dans un « maître de l'heure », ou tout au moins la haine et le mépris de l'infidèle, nos amis répondront par les paroles de Tedjini que nous avons citées plus haut ; ils leur diront encore ce qu'enseignent certains marabouts : « Rien n'arrive sans la volonté de Dieu, et puisque Dieu a donné la force aux chrétiens et leur a permis de soumettre les musulmans, les vrais croyants doivent se courber devant cette force qui est une émanation de la volonté de Dieu ». L£ Koran luimême contient de nombreux versels derrière lesquels nos amis pourront se retrancher : « Il se peut qu'un jour Dieu établisse entre vous et vos ennemis la bienveillance réciproque. Dieu peut tout; il est indulgent et miséricordieux *. » Abd-el-Kader, enfin, notre ennemi le plus redoutable, a laissé entendre après la grande guerre des paroles de paix : « On voit qu'au fond ces trois religions (mahométane, chrétienne,