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CHAPITRE XVIII

Pluie et beau temps. — Cotignac et son rocher. — Le Luc. — Histoire d'un goiielet de cuir. — Les monts des Maures. — La Garde- Freinet. — Un Cochinchinois de Dunkerque. — Le vent.

« Moussu Berlol ! Moussu Bertot ! »

C'est la voix d'Amiel, qui, fidèle à la consigne, crie la diane sous mes fenêtres dès le petit jour. A peine ai-je ouvert mes volets que je suis aveuglé par des torrents d'eau. Les silhouettes familières des Besseillons, que je salue chaque matin, les tours de Pontevès, les mûriers, les vignes, les oliviers, tout disparaît dans la trombe.

(( Bon Diou ! Moussu Bertot ! Vous ne comptez pas partir d'un temps pareil? »

Gela paraît difflcile, en effet. Je vais tenir conseil avec Hippocrate jeune. Conseil fort court, d'ailleurs, car à peine lui ai-je décliné le bulletin météorologique du jour que ce sybarite s'enfonce sous ses couvertures et ne répond plus à mes questions que par d'éloquents ronflements.

Ce premier point ainsi réglé, je descends voir un peu ce que promet le baromètre. Il est au beau fixe!

Amiel m'explique que dans ce bienheureux pays rien ne se passe comme ailleurs. Les éléments, comme les tempéraments, y sont extrêmes et exagérés. Les petites pluies y sont inconnues, et le soleil y a des ardeurs nonpareilles ; mais les changements y sont brusques et rapides, — et vienne à souffler le vent de mer. Moussu, toute cette eau va s'en aller. Gouquin de sort ! ce ne serait pas long, et le baromètre n'a peut-être pas tort.

En effet, de larges déchirures se produisent dans les nuées blanches, et le ciel, ce ciel bleu, profond, divin, de la Provence, apparaît par ces échappées. Le vent de mer poursuit son œuvre bienfaisante. Les nuages lourds replient leurs humides draperies, dont il arrache et éparpille des lambeaux qui s'envolent vers la Sainte-Baume. Je commence à croire que nous partirons aujourd'hui. Voilà que le dieu Soleil, délivré de cet

épais manteau, envoie resplendissant ses rayons sur les campagnes noyées. Tout fume, tout sèche, les feuilles partout se redressent au contact de ces ardents baisers. Allons, les routes seront bonnes ! Pendant le dîner, — on dîne à midi, — la terre achève de s'égoutter, le ciel a repris son éclat merveilleux. 11 n'y a pas de temps à perdre; bouclons notre bagage, faisons de rapides adieux, et en route pour la Méditerranée !

La roule de Barjols à Cotignac traverse, à partir de Rognette, une contrée d'une solitude et d'une désolation extraordinaires, déchirée de ravins sans eau et de brusques collines sans arbres. Aucune verdure, aucune maisonnette ne vient rompre l'impitoyable sévérité de cette scène. Deux tours carrées, isolées, sarrasines, se dressent sur le ciel, et tout à coup le sol finit sous les pieds, on arrive à la grande descente de Cotignac, dominée par une muraille noire de rochers, suspendus en stalactites géantes audessus de la petite ville. Ce mur à pic, de 80 mètres de hauteur, est percé d'une multitude de trous, de grottes, de couloirs. Très longtemps il a servi d'habitation en même temps que de forteresse aux Arabes maîtres du pays. Nous grimpons dans ce dédale, découvrant par moments, encadrées dans quelque irrégulière fenêtre,

d'immenses étendues de pays. A force d'errer de salle en salle, d'escalier en escalier, on arrive au sommet du plateau et Ton s'aperçoit que par ce labyrinthe la base du rocher communiquait avec la forteresse construite au sommet, et dont il reste encore les deux grosses tours carrées que nous avons vues. Des éboulements ont obstrué des passages, des escaliers ont disparu, des voûtes de tuf se sont fendues, et l'exploration de cette cité bizarre, vraie fourmilière humaine, ne va pas sans quelque gymnastique et beaucoup de poussière. Mais elle est fort intéressante. Les Arabes ont toujours attribué à l'eau une importance considérable : aussi trouve-t-on, dans les replis les plus cachés de ces grottes, des citernes ingénieusement disposées pour emmagasiner les infiltrations du rocher.

Grottes à Arcy, grottes à Hautecour, grottes à Sassenage,à Gotignac! Hippocrate jeune prétend que nous sommes engagés dans une voie caverneuse et que nous faisons un voyage grottesque, et, pour se consoler, ayant appris que l'industrie de Gotignac est la fabrication des chapeaux de feutre, se fait indiquer la fabrique et va s'en commander un, tout ce qui se fait de mieux.

Gette fantaisie ne devait pas avoir pour lui un bien grand succès. Lorsqu'il reçut plus tard, à Paris, le chapeau commandé, il se trouva qu'il était si large de bords, si triomphant de forme, si

brigand d'aspect, si provençal en un mol, qu'il n'a jamais osé le mettre. Et le pire, c'est que le feutre en est excellent, inusable, luxueux. Et voilà mon pauvre ami condamné à se travestir perpétuellement, lorsqu'il ira au bal masqué, en bandit corse ou en Calabrais.

Cotignac est très espagnol, pittoresquement parlant. De l'époque mauresque, les gens ont gardé les beaux platanes qui ombragent de larges avenues; ils ont gardé les petites rues étroites, sombres, raides, pavées, comme à Gordoue, de galets ronds, bordées de maisons à rares fenêtres grillagées, comme si le harem était derrière; les a:yUlejos , carreaux de faïence où le bleu domine, et dont s'ornent les façades des magasins; et des eaux, des eaux claires, limpides, courant partout.

Mais combien plus pittoresque il devait être, il y a cinq ou six siècles seulement, avec sa population musulmane, logée dans le sinistre roc noir aux mille trous; lorsque la forteresse dressait tout en haut les créneaux de ses murailles et ses tours où scintillait le croissant et flottait l'étendard du Prophète; lorsque les femmes, drapées dans leurs haïks et leurs féredjés, descendaient les longs escaliers des terrasses ou prenaient l'air, accoudées à quelqu'une des fenêtres naturelles!

C'était le beau temps. Le nôtre est tout aux chapeaux de feu Ire.

En quittant Colignac, on prend une très jolie route, fort agréable pour vélocer, qui conduit à Garces, un gros bourg accroché aux flancs d'une colline rocheuse, et qui fait un merveilleux effet, avec ses toits plats en tuiles rousses, ses vieilles maisons couleur croûte de pain et ses ruines sarrasines. Un petit torrent coule à ses pieds et s'étale en cascades blanches au milieu des pierrailles. Sous les platanes, toute la population mord à belles dents à même les tranches de miélouns, ces fruits sans rivaux avec lesquels, dit le proverbe, on fait trois choses utiles en même temps : on boit, on mange et on se lave la figure!

Garces dépassé, nous voici dans le magnifique vallon où la rivière l'Issole coule dans des défilés de rochers rouges comme du sang. O peintres du gris et des brumes, artistes décolorés et anémiques, Garrière, Raffaëlli, et vous, surtout, grand Puvis, arrivez, oyez l'éclatante fanfare que sonne ici la nature, voyez ces débauches de couleurs, ces orgies de rouge, ces profusions d'ombres bleues plus claires que le reste, ces crudités de langage; ici pas de vos finesses de convention, de vos tons distingués et faux ; c'est violent, tranché, heurté, brutal, contraire à la saine phi-

losophie de Fart, et pourtant c'est harmonieux, c'est beau, et cela s'imprime ineffaçablement dans l'âme.

Quoi qu'il en soit de la philosophie de l'art, au pied de ces escarpements sanglants, le soleil n'a l)as pu encore effacer toutes traces de l'orage récent. Un lac artificiel s'est fait son lit en travers de la route, et ce n'est pas sans peine que nous traversons cet obstacle, bientôt suivi d'un autre de même nature. Enfin, tantôt roulant, tantôt nageant, nous arrivons au village de Cabasse, et, 10 kilomètres plus loin, à la charmante et coquette petite ville du Luc. Nous retrouvons là la civilisation sous la forme du chemin de fer de Fréjus, la grande ligne de Marseille en Italie.

Nous y trouvons aussi de bien séduisantes fontaines, dont les potables diamants, bien supérieurs à l'or potable des alchimistes, nous tentent surabondamment. C'est alors que l'idée me vient de m'enquérir si quelqu'un dans le pays ne pourrait pas me vendre un gobelet de cuir, qui serait pour nous d'une inestimable valeur en ces contrées de soleil et de sources. Après d'infructueuses recherches chez le bourrelier, chez l'armurier, je trouve mon gobelet, le seul du pays, chez l'horloger. L'horloger d'ailleurs est absent. De quoi mon ami l'excuse en affirmant qu'un artiste de cette profession sans cesse sort et ressort, et qu'on ne peut le saisir, étant à échappement.

COTIGXAC — LA GARDE-FREINET 245

Entre le Luc et les monts des Maures s'étend une vaste plaine toute couverte d'oliviers et de pins, et sillonnée d'une foule de petits torrents, qu'on passe sur des ponts en dos d'âne. Les Maures alignent devant nous leurs cimes et leurs pentes couvertes de forêts, remparts infranchissables au milieu desquels l'œil cherche en vain où peut bien se trouver le passage. Nous croisons deux ou trois bicyclistes que, polis, nous saluons de la voix et du geste, et qui, impolis, filent sans nous répondre. Assurément ils sont étrangers à ce pays, et Anglais probablement.

Cependant notre route s'insinue entre deux ondulations de la plaine et ne tarde pas à se glisser au milieu des montagnes. Voici une belle montée qui s'annonce. De 100 mètres, au niveau de la plaine du Luc, nous allons nous élever à plus de 500. Aussi mettons-nous bientôt pied à terre. De nouveau nous devenons montagnards. Mais ces montagnes-ci diffèrent beaucoup de celles que nous avons déjà parcourues. Du schiste, du granit, des gneiss, des basaltes remplacent les calcaires que nous venons de quitter à Yarages, à Gotignac, au Vallon Sourd. Par une conséquence toute naturelle, nous sommes maintenant au milieu d'une végétation sensiblement autre. Ce sont des châtaigniers aux puissantes racines, des pins d'Alep aux sombres parasols, et, dans les défilés, les chênes-liège, dont les

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branches dépouillées tendent des bras saignants au milieu des fourrés. Les lauriers roses descendent vers les torrents et le fond des ravins; les myrtes, les lentisques envahissent tout, et, cramponnés aux rochers tout rouges, des aloès, des agaves épanouissent leurs panoplies de sabres et de scies bleuâtres, d'un bleu d'acier. Par moments, un palmier dresse son élégante aigrette.

Où sommes-nous? En Afrique? Non, en Syrie plutôt, en Arabie, en Palestine, au Liban, et involontairement nous cherchons des cèdres. Comme notre route passe, suspendue en corniche sur les pentes d'une gorge escarpée, au loin, dans les horizons nets et lilas, le soleil descend, entouré de longues bandes de nuages cuivrés brodés d'un or étincelant; tout s'incendie de reflets de pourpre, tout s'ensanglante, rocs, chênes et nous-mêmes, et il semble qu'une solennelle horreur plane sur cette silencieuse splendeur.

Notre programme porte que nous coucherons ce soir à Grimaud. Mais les programmes des touristes, comme ceux des hommes politiques, sont faits pour être violés. Aussi, comme la nuit vient, que la route est infiniment moins bonne pour la bicyclette que tout à l'heure, dans les

rares endroits où la penle est assez modeste pour permettre de pédaler, nous nous arrêterons à la Garde-Freinet, que voici à notre droite, amas rouge de maisons jetées comme par caprice sur une terrasse gigantesque en apparence inaccessible. Aussi bien la Garde-Freinet est-elle un point remarquable dans ce remarquable pays. Au neuvième siècle les Maures s'emparèrent de cette position formidable, qui commande le seul passage traversant le massif des Maures, qui le barre même, pour ainsi dire. Aussitôt, tous les châtelains des environs abandonnèrent au plus vite leurs forteresses, tant le nom seul des Sarrasins inspirait de terreur. Les infidèles sV établirent à leur place et devinrent maîtres incontestés de toutes les montagnes. C'est de là qu'ils s'élançaient pour des expéditions maritimes qui rendirent longtemps si dangereuses les côtes de la Méditerranée. La Garde- Fraxinet , comme on disait alors, était un si célèbre et si redouté repaire que partout où les Maures élevaient une forteresse, on l'appelait la Garde : la Garde- Adhémar, la Gardette, etc.

Il fallut des siècles i)our chasser les mécréants de leurs tanières. La Garde-Freinet résista longtemps, et, comme elle était le nœud de la situation, c'est seulement lorsqu'elle tomba que les Maures furent sérieusement réduits à l'impuissance. On prétend, et la chose n'est pas invrai-

semblable, qu'une petite colonie tint bon, dans les forêts presque inaccessibles derrière la Garde-Freinet, et que sous Louis XIII il y en avait encore.

Les filles de ce village ont une réputation de beauté proverbiale dans la Provence, où pourtant il y en a tant de jolies. Et le fait est que celles qui venaient en bandes joyeuses remplir leurs cruches à la fontaine de la place étaient vraiment d'admirables Mauresques et les filles, certes, des hardis pirates qui écumèrent jadis la vaste mer.

Nous feignîmes, naturellement, une soif inextinguible, afin de contempler plus longtemps ces ravissantes créatures. Si elles étaient pour nous un spectacle dont nous ne pouvions nous lasser, nous en étions aussi un fort curieux pour elles, et apparemment fort comique, à en juger par les rires et les babils qui s'échangeaient à notre sujet. Malheureusement nous n'en comprenions pas un mot, et la réplique n'était pas possible. C'est à regret que nous quittâmes la fontaine, et nous avons vraiment bu quelques coups de trop ce soir-là.

« Ma foi, messieurs, la première fois que le capitaine me dit : — Sergent, j^renez douze hommes avec vous, emmenez-moi ces six gaillards-là

Au bas de la cascade de Sillans (page 234).

et faites-les fusiller derrière les paillettes, làbas, — je vous assure que ça me donna un rude coup. C'étaient des malheureux malingres, tout jaunes de peau, avec des petits yeux bridés, pas méchants. Des détachements faisaient toute la semaine des tournées dans le pays, un satané pays fièrement humide, tout plein de petits canaux, qu'ils appellent des arroyos. On arrêtait par-ci par-là tout ce qu'on rencontrait. On amenait ça au quartier ; l'interprète — c'était une vieille brute de Chinois qui ne savait pas un mot de cochinchinois et encore moins de français — faisait semblant de les interroger; et puis on les fusillait. Tous les samedis, c'était réglé. »

C'était notre hôte de la Carde-Freinet, le meilleur homme et le plus digne aubergiste du monde, avec qui nous causions, les coudes sur la table. La bonne M'"^ Sola venait de nous improviser un dîner avec des œufs, des côtelettes et des pommes d'amour, car il ne passe personne à la Garde-Freinet, c'est un lieu bien peu fréquenté, et deux voyageurs à la fois y font événement. Or il arrivait qu'en ce pays perdu nous trouvions dans le père Sola un ancien sergent d'infanterie de marine, ayant en cette qualité « longtemps parcouru le monde », comme on dit à l'Opéra- Comique, et dont la conversation, pittoresque et suggestive, nous intéressait vivement. Les petits sentent tout autant que les plus instruits et les

plus prétentieux, ils pensent souvent aussi juste, parfois plus, ils sont plus humains, plus vrais, et, partant, racontent mieux. Notre ancien sergent était le type de ces modestes, dont Fambition se borne à faire bien la besogne, à n'avoir pas de punitions et à devenir, une fois le service fini, d'honnêtes et bons citoyens. Ce cfui ne l'empêchait pas, ayant beaucoup vu, d'avoir beaucoup retenu.

(( Et vous les fîtes fusiller tout de même, \os six prisonniers?

— Ah vaï! ceux-là, non. Arrivé près des paillettes, je dis au caporal : — Je ne suis pas bien, garçon; j'ai quelque chose dans le corps qui me travaille, — c'était vrai, que ! — il faut que je reste un instant là derrière. Tu commanderas le feu. — Compris, qu'il me dit, sergent; rien qu'à votre mine, je vois ce que vous avez; ça m'a fait ça, à moi aussi, les premiers temps. Ça va être fait dans cinq minutes. — Ah ! elles me parurent longues, messieurs, les cinq minutes! Cinq siècles. Je me disais : Mais qu'est-ce qu'ils ont donc qu'ils ne tirent pas? Enfin j'entends le feu : Pan, pan, pan, pan, pan! Allons, que je me dis, ça y est. Je revins à mes hommes. En effet, ça y était.

— Drôle de façon de coloniser!

— Coloniser! Ah, bou Diou! Il faut avoir vu les choses de près comme nous autres pour voir comme nous nous y entendons. Un jour, je vois

Une rue de Cotignac (page 240).

des hommes de ma compagnie qui se préparaient à administrer à une femme du I3ays une raclée de vingt-cinq coups de bambou; ordre du lieutenant, je crois. Je vais trouver, dans sa tente, le capitaine, qui avait beaucoup d'amitié pour moi, et je lui raconte la chose, un peu vivement, je suppose : — Mon capitaine, est-ce que vous permettrez à des soldats français de battre une femme? Je ne sais pas ce qu'elle a fait; mais, vrai, ça serait moins lâche de la fusiller'. — Le capitaine, qui était étendu dans son hamac, me répond : — Sola, mon ami, mêlez-vous de ce qui vous regarde, si vous ne voulez pas que je vous f...iche au blocl »

Et le brave père Sola, à ce souvenir, et à bien d'autres que nous lui fîmes raconter, avait les larmes aux yeux.

Tout cela gagnait encore à être dit dans cet expressif idiome provençal, si nerveux à la fois et si doux, avec cet accent méridional si abondant en notes riches et en exclamations naïves. Rarement nous avions entendu un aussi bel accent. Comme nous en faisions entre nous la remarque, notre hôte nous apprit qu'il était de Dunkerque ! Mon ami lui dit que lui était du Calvados. Alors, joie extrême ! Vé, un compatriote, presque un voisin! Vite, fllle, femme, amis, tout le village, d'être appelés pour être témoins du fait, et se réjouir de compagnie!

COTIG.XAC LA GARDK-FFîKlNF.T 2.J.)

Sola avait rencontré un homme du .Nord comme lui, un voisin !

Tout est relatif en ce monde.

Nos chambres sont d"une propreté hollandaise, d'une propreté que le patron a dû importer de Dunkerque. Mais voilà qu'à peine sommes-nous couchés, un vent s'élève, dime violence inouïe. Il souffle avec une rage insensée contre la maison, qu'il semble près de déraciner du sol, il furibonde contre les tuiles, secoue les persiennes, siffle, hurle, gronde, menace en trombe, frappe en bélier, passe en rafales d'ouragan. Dans nos lits il nous semble être couchés en la cabine d'un paquebot sur une mer furieuse. Des rêves étranges où se mêlent les récits exotiques du soir et les ululements du vent nous réveillent plusieurs fois en sursaut.

Nous apprîmes le lendemain que la Garde- Freinet est en proie toutes les nuits à ces tempêtes, vu sa position au milieu du couloir qui mène de la mer à la plaine. Il paraît même que cette nuit ce n'était rien du tout et que rarement on n'avait dormi si tranquilles au village.

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