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CHAPITRE XXIII

Guerres civiles. — Piolenc, Mornas, Mondragon, Donzère. — Un pont séduisant. — Viviers. — Le pays blanc. — Une victime des agents voyers. — Le Teil, Rochemaure, Cruas.

Nous avions traversé, du côté de la Garde- Freinet, des contrées toutes pleines du souvenir et des traces des Sarrasins ; à Orange tout nous rappelait la conquête romaine. Nous allons maintenant, en remontant le Rhône, vivre au milieu des restes presque sanglants, presque fumants encore, des atroces guerres de religion du moyen âge.

Partout où un étranglement de la vallée, un

promontoire de rocher, un coude de fleuve permettaient de s'établir, on construisait une forteresse. La plupart étaient formidables et leurs ruines ont conservé quelque chose d'effrayant. C'est d'Avignon à Vienne comme un redoutable chapelet qui témoigne de l'acharnement des luttes d'autrefois. Muets témoins d'affreux crimes, de pillages, de scènes d'horreur et de carnage, de pendaisons, d'exécutions en masse, de raffinées barbaries, où revient sans cesse, comme celui de Barbe-Bleue dans un conte, le nom du baron des Adrets, ils semblent n'avoir survécu à ces siècles rouges que pour orner de leurs murs démantelés cette belle vallée du Rhône, et faire la joie de l'artiste et du voyageur qui passe.

Au départ d'Orange, commence déjà la série de nos châteaux. Car nous passons, en quittant la ville, sous l'Arc de triomphe, que les princes d'Orange avaient trouvé moyen de changer en forteresse et qu'ils habitèrent. On ne dit pas s'ils s'y trouvaient bien logés.

La route est parfaite, nous roulons délicieusement dans l'air frais du matin. La journée s'annonce magnifique, et nous filons avec la rapidité du vent dans la plaine. A 2 kilomètres d'Orange, nous traversons l'Eygues, un torrent capricieux qui court se jeter dans le Rhône. Des

collines rocheuses apparaissent bientôt. Les ruines qui les couronnent sont celles du château de Piolenc. La petite ville, que nous traversons, est toute remplie de fortifications menaçantes, de poternes, de voûtes basses et noires, de créneaux.

Trois kilomètres plus loin, nouveaux rochers, nouveau château fort. Celui-ci est particulièrement tragique d'aspect. Il est campé sur un mur de roc de plus de deux cents pieds de hauteur à pic, et d'une couleur brune sinistre.

Là se passa une scène affreuse. En 1565, Mornas était huguenot. Les catholiques s'en emparent et passent la garnison au fil de l'épée. Quelques jours après, c'était la Fête-Dieu. Les plus fanatiques d'entre les vainqueurs tendirent le devant des maisons avec la peau des cadavres huguenots. Les protestants devaient prendre une belle revanche. Montbrun, un lieutenant du baron des Adrets, alors protestant, reprend la ville et le château. Le baron arrive le lendemain; avisant le précipice, il fait amener au sommet, par escouades, tous les habitants, toute la garnison, et les malheureux sont précipités dans le vide. Les cadavres sont ensuite jetés dans le Rhône; à ceux des chefs on plante des cornes dans la tête, on met des bâtons blancs dans les mains, et on les abandonne, liés sur des planches, au fil de l'eau, avec cette pancarte :

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