PRODUITS FORESTIERS ALIMENTAIRES
Proflalts forestiers allmeiitalres llfneox.
Les Palmiers. — « L'espèce humaine, dit Linnée, a sou fc habitation naturelle au sein des régions tropicales, où rc les palmiers lui fournissent spontanément une riche ali- (c mentation; elle s^établit artificiellement en dehors des <t tropiques, arrachant à une nature marâtre la chétive ce subsistance extraite des céréales. » La Guyane possède aS ou 3o variétés de palmiers. Chacun de ces arbres donne sa graine, dont on mange soit la pulpe extérieure, soit l'amande, soit les deux produits. Les palmiers fournissent un mets excellent : le « chou palmiste, » qui atteint parfois la longueur d'un mètre et la grosseur de la cuisse. Ce chou est la ressource classique du voyageur perdu dans les bois.
Le Cacaojer sjhestre. — Le cacaoyer sylvestre est très répandu aux Tumuc-Humac, dans le haut bassin de l'Oyapock, où il vit en famille, sur les bords de l'Aragouari et du Yari. L'exploitation des cacaoyers sylvestres en Amazonie
74 l'ES RICHESSES DE LA GUYANE.
se solde annuellement sur la place de Para par une somme de lo millions de francs. C'est sur les bords du Bas-Yari que nous primes, au dix-huitième siècle , les plants de cacaoyers qui ont formé les premières plantations de lllede-Cayenne« Les fruits sauvages sont un peu plus amers que ceux cultives, mais un procédé de raffinage fort simple bien connu des Brésiliens du Para, enlève tout goût d'amertume au chocolat du cacaoyer sylvestre.
VÂrrow-root. — L'arrow-root est extrait de la racine d'une marantacée, espèce d'arbrisseau aquatique fort répandu dans le pays.
Le Touka^ dont le nom est déjà connu en France, est un des plus beaux arbres de la région tropicale. Quant il a atteint son développement complet, les plus gros noyers d'Europe paraîtraient petits auprès de lui.
Les toukas sont si communs dans les îles de l'Amazone et sur les rives du cours inférieur du fleuve, que plusieurs i>ateaux partent tous les ans, quand la saison est venue, de Para et de Mapa, faire la récolte des cabosses. Ces cabosses, grosses au moins comme le poing, atteignent parfois une grosseur double. Leur enveloppe, extrêmement dure, renferme de une à deux douzaines d'amandes exquises, aussi fines que nos meilleures noisettes. Ces fruits singuliers tombent pendant un mois environ, de janvier à mars, et jonchent le sol de petits boulels de canon. Les ramasseurs de touka ne s'aventurent point sous les arbres avant que la saison soit complètement passée. Mais, aussitôt, les bateaux sont chargés, les amandes sont vendues au Brésil et dirigées vers l'Europe, pour y être transformées en huile ou consommées comme fruit de dessert. Ces a castanhas, >i comme les appellent les Brésiliens, peuvent soutenir la comparaison avec les amandes de Provence les plus renommées. On trouve des toukas dans les forets des environs de Cayenne.
A Roura, il en existe des plantations. Le prix de la cabosse varie à Cayenne de 20 à 5o centimes. Chaque arbre peut en produire une centaine au moins, soit, par pied de touka, un revenu annuel de 20 à 5o francs.
I-.es Canari-Macaque (marmite des singes) sont au nombre des arbres les plus singuliers de la contrée. Ce sont deux espèces de couratari dont les fruits affectent la forme d'une petite marmite, au couvercle adhérent par une charnière mobile. L'un des deux couratari renferme dans son <c ca-* nari » des amandes au goût fort agréable ; l'autre, « l'arbre à la marmelade, » a son canari plein d'une espèce de confiture fort recherchée des singes et qui est comme le miel de la forêt. Les créoles font avec ce miel des préparations excellentes.
Les arbres de la forêt oflrent au voyageur trois fruits délicats :
Le Balata^ petit fruit du grand arbre du même nom. Ce fruit est gros comme une petite prune, son goût rappelle celui de la pêche. Malheureusement, pour faire la cueillette, il faut souvent couper l'arbre au pied, car les fruits du balata ne poussent que dans les hautes branches, et ceux qui tombent au pied de l'arbre ne valent rien, étant trop mûrs et desséchés par le soleil. Les Mombins donnent la prune-mombin généralement très goûtée. On en tire une boisson rafraîchissante délicieuse. La Carambole, fruit du carambolier, est un fruit oblong, partagé en lobes cannelés. La chair en est jaune et l'épiderme rougeâtre. C'est le fruit de la région dont le goût se rapproche le plus de celui de la prune d'Europe.
Produits forestiers alimentaires herbacés.
Les herbacés du grand bois fournissent deux fruits exquis : l'ananas sauvage et la marie-tambour.
V Ananas sauvage n'est pas rare dans la forêt. Il est moins gros que l'ananas franc, mais son goût est aussi fin,
La Marie-Tambour est une liane fort commune sur le bord des criques. Son fruit, gros comme une noix, est formé d'une enveloppe pulpeuse de couleur jaune, renfermant une masse de petits noyaux granulés verdàtres, d'un goût délicat et parfumé.
Le Couzou appartient à la même famille, le fruit est identique à la marie-tambour, seulement il est gros comme un œuf.
VOjrampis, ainsi nommé de la tribu indienne où on l'a trouvé pour la première fois, est un couzou plus gros qu'une orange. Ces trois fruits sont réellement délicieux. Les placériens qui remontent les criques ne manquent jamais de s'arrêter quand ils voient les lianes précieuses, pour remplir la partie libre du canot de ces beaux fruits aux couleurs d'or.
PRODUITS FORESTIERS OLEAGINEUX.
L'extrême abondance des graines oléagineuses dans les forêts de la contrée est telle, qu'il semble que l'on puisse s'étonner à bon droit de ce qu'il n'esxite pas à Cayenne, ou dans l'un des quartiers de la colonie, une huilerie centrale où convergeraient tous les produits recueillis sur les points abordables par eau. M. Michély avait établi à Cayenne une huilerie centrale en i85i. Il achetait ouabé, carapa, sésame à 4 francs le baril de graines, — pouvant donner 21 litres d'huile, d'une valeur de i5 francs. — (Les huiles de drupe ont seules la propriété, comme on sait, de former des savons sans le secours de l'art ; or, ces huiles sont celles principalement fournies par la fabrication locale. Celles de graines sont propres à la fabrication
de savons mous, à Téclairage ordinaire, aux arts et la médecine). — £n même temps que s'établissait à Cayenne rhuilerie centrale Michély, était créée à Neuilly, près de Paris, une manufacture d'huile d'aouara d'Afrique, qui fournissait 2,000 litres d'huile par jour. Tous ces essais ont été abandonnés. Depuis les débuts de l'industrie aurifère, il a été impossible de trouver dans la colonie des bras pour les industries agricoles.
La France, tributaire de l'étranger pour les graines oléagineuses et les huiles pour près de i5o millions par an, trouverait dans les forêts de la Guyane un véritable grenier d'abondance.
Prodalts forestiers oléagineux Ugnenx.
Les Palmiers. — Vingt ou trente espèces de palmiers poussent spontanément dans la région. Les palmiers sont surtout des oléagineux. Or, comme ils sont extrêmement répandus, on peut être certain que l'industrie de la fabrication des huiles est appelée à prendre en Guyane un immense développement. Le palmier peut être immédiatement utilisé, pour ainsi dire sans capital et sans bras, en se bornant à ramasser ses graines dans la forêt, qu'il serait d'ailleurs facile d'aménager en oléagineux dans certains cantons comme celui de Kourou, par exemple.
UAouara du pays ne pousse pas en touffe divergente offrant l'aspect d'un éventail comme l'aouara pays nègre. Sa tige est droite, garnie de piquants, et atteint jusqu'à 10 mètres. Ses fruits sont jaunes, tandis que ceux du palmier africain sont noirs. L'huile du palmier indigène ne diffère en rien de celle du palmier africain, sinon qu'elle lui est un peu supérieure. L'aouara du pays est extrêmement commun, on en peut trouver jusqu'à 3oo à l'hectare, donnant 4
régimes par pied et i litre p«ir régime, soit 4 litres par arbre et près de 1 ,200 litres à Thectare, d'une valeur de plus de 1,200 francs. Jl est rare cependant de trouver ainsi laouara en famille, une moyenne de 100 pieds à l'hectare est déjà considérable. Mais on trouve cette moyenne dans un grand nombre de terres sablonneuses, où on n'a qu'à détruire les arbres étrangers et à exploiter la plantation naturelle. Sans capitaux, avec ses deux bras, le colon peut ramasser autant de graines d'aouara qu*il en veut. Cette industrie n'est point inconnue aux Paraenses. De janvier à mars, époque de la grande maturité des aouaras, on peut ramasser en moyenne ^5 régimes par jour, pendant 8,0 jours, soit 2,000 régimes, donnant 2,000 litres et valant plus de 2,000 francs. Ce travail ne prendrait au colon des côtes sablonneuses que les seuls loisirs de cette saison sèche. Les colons qui s'adonneraient à cette entreprise, pendant les temps où la concurrence ne serait pas forte, pourraient, en ramassant les aouaras, se faire des revenus considérables. L'aouara aura son jour dans la colonie. — Dans l'aouara indigène comme dans l'aouara pays nègre, c'est la pulpe extérieure ou parenchyme qui est utilisée. L'amande donne un corps gras, solide, appelé tiotio dans le pays; on l'extrait au moyen d'une forte chaleur. A Sierra-Leone et à Maryland on vend ce produit, plus ou moins liquéfié, sous le nom d'huile d'amande de palme ou de graisse africaine.
Le Caumou donne une huile blanche semblable à celle d'aouara, propre à l'alimentation, l'éclairage, la savonnerie. Les graines de caumou donnent en huile 18 p. 0/0 de leur poids total.
Le Campa. — On en distingue deux variétés, aux fruits également oléagineux : le carapa rouge et le carapa blanc. Le carapa est un bel arbre, précieux en ébénisterie et fort répandu dans les bois. Ses fruits, de la grosseur du poing.
LA for:êt. ^q
sont à 4 valves. Ils laissent échapper à maturité, de février à juillet, une grande quantité d'amandes amères qui donnent une forte proportion d'huile. Celte huile, qui brûle sans fumée avec une belle flamme, est précieuse pour la saponification. Elle préserve de la piqûre des vers et des insectes les bois qui en sont enduits. Un pied de carapa donne 3o litres d'huile, à i franc le litre, soit un rendement de 3o francs par arbre. L'hectare peut contenir environ 5o pieds, soit un rendement de i,5oo francs à Thectare. Le carapa est peut-être le seul arbre de la Guyane poussant en famille. Dans certaines régions, on trouve des forêts de carapa ne renfermant pas lo p. joo d'arbres étrangers. Tel est le cas des forêts de carapas du quartier de Kourou. Sur la rive gauche de ce fleuve, à une dizaine de kilomètres du bourg, on trouve des bois de 2 à 3,ooo carapas vivant en famille. Ces arbres sont égalementa boudants il l'Oyapock, au Ouanari, à Ouassa, au Cachipour, et aussi à l'Amazone, où onles appelle andirobas. Les propriétaires des forêts naturelles de carapas pourraient aisément les agrandir et les rendre régulières, en détruisant les arbres étrangers qui s'y trouvent. Le revenu net des carapas serait fort élevé, car les frais de récolte, de transport, de trituration et de pressurage ne seraient pas bien considérables. Le rendement obtenu par la meilleure méthode, qui est celle de la presse à froid, est énorme; il est en huile de 5o p. loo et même de 70 p. 100 du poids des amandes. De plus, on retire des tourteaux une espèce de suif assez estimé. Enfin, il faut remarquer qu'il n'y a pas de graines de perdues, car, même en complète germination, elles fournissent une huile aussi bonne que celle retirée des graines sèches.
L'aouara, le carapa et le caumou sont par excellence les trois arbres oléagineux de la contrée. Mais les autres oléagineux de la forêt, ligneux et herbacés, sont très nombreux.
8o LES RICHESSES DE LA. GUYANE.
Proëolts forestiers oléavlneax herbacés.
Le Oimbé. — Le ouabé est une liane qui grimpe sur des arbres ressemblant au carapa et au touka, ce qui la fait prendre parfois, mais à tort, pour un arbre de celte famille. Le fruit de cette liane a beaucoup de ressemblance avec celui du carapa* 11 est à trois valves , contenant chacune une amande. Ces amandes renferment une si grande quantité d'huile, qu'en les présentant au feu elles s'enflamment d'elles-mêmes. Des expériences ont permis de constater que l'amande du ouabé contenait de 70 à 75 p. loo d'une huile vraiment magnifique, à la fois comestible et siccative. Le ouabé croit en abondance dans les terrains humides, sur les bords de la mer et des rivières. Le fruit est mur en novembre et en décembre. Il serait alors aisé d'en ramasser une grande quantité de barils. — Dans la Guyane française, il est plus abondant dans les quartiers sous le vent que dans les quartiers au vent. — Les plantations de ouabé, faites de graines ou de boutures, rapporteraient au bout de dix-huit mois. — C'est avec l'écorce de l'amande du ouabé que sont fabriqués ces colliers et ces bracelets noirs si recherchés par les femmes créoles des Antilles.
PRODUITS FORESTIERS MEDICINAUX.
La Guyane française est peut-être le pays du monde le plus riche en plantes médicinales. On y connaît plus de i5o plantes, herbes, arbustes ou grands arbres, ayant dans leurs feuilles, leurs fruits, leur sève, leurs fleurs ou leurs racines des propriétés déjà expérimentées* Lin naturaliste peut aisément payer ses voyages dans l'intérieur de la contrée en ramassant des plantes médicinales.
LA FORÊT. 8l
Parmi les plantes dont les propriétés sont les mieux connues en Europe la Guyane possède le copahu , le sassafras^ le ricin, le tamarin, le papayer, la salsepareille, Tipéca. Toutes sont très communes, et rien ne serait plus facile que de réaliser des bénéfices sérieux dans cette industrie destinée à prendre un jour dans le pays un très grand développement .
Déjà les Brésiliens du Para et de l'Amazone ramassent sur leurs terres la salsepareille et l'ipéca, et exploitent le copahu et le ricin. Cette industrie rapporte annuellement aux deux provinces plusieurs centaines de mille francs.
Les naturalistes elles médecins qui ont' étudié l'intérieur de la Guyane française ont tous été frappés de l'extrême richesse du pays en plantes médicinales. Ces trésors, comme tous les autres dont ce pays regorge, n'attendent que la bonne volonté des hommes.
Produits forestiers médicinaux lifneux.
Le Copahu est commun dans la région des montagnes. C'est un grand et bel arbre employé dans la construction et l'ébénisterie. On n'a qu'à le percer avec une tarière pour en retirer le lait qui s'écoule aussitôt. Un travailleur peut recueillir dans sa journée i5 kilogrammes environ de copahu; ce qui représente, à 4 francs le kilogramme, prix moyen, 60 francs pour une journée de travailleur.
Le SassafraSy dont on connaît l'emploi dans les maladies vénériennes, n'est pas rare dans les forêts.
Le Ricin ou PalniorCliristi est un des végétaux caractéristiques de la flore guyanaise. Le ricin abonde de la côte aux montagnes et des montagnes à l'Amazone.
Le Tamaririy également très répandu, n'a guère été employé jusqu'à ce jour dans la colonie que pour la construction.
Le Papayer est un des arbres les plus communs du pays. On sait qu'on a déjà commencé en Europe à retirer du fruit du papayer la papaïne, qui a les mêmes propriétés que Ici pepsine.
Prodnltfi forestiers médicinaux herbaceiï.
Le plus répandu est la Salsepareille. C'est en ramassant de la salsepareille à l'Approuague que rindien brésilien Paoline découvrit les placers de la Guyane française. Les Tapouyes et les Brésiliens de Para s'adonnent en grand à la recherche et à la préparation de la salsepareille. Un travailleur peut rariîasser dans sa journée, laver et sécher, lo kilogrammes de racines. Ce qui, au prix moyen de 5 francs le kilogramme, lui fait une journée de 5o francs. Les racines une fois séchées, on les boucané pendant vingt-quatre heures sur un feu lent et on en fait des bottes d'une quinzaine de kilogrammes chacune.
V Ipéca (Ipécuacanha), si recherché dans la médecine brésilienne, est également apprécié en Europe. L'ipéca n'est pas rare dans les forets de la Guyane.
PRODUITS FORESTIERS RÉSINEliX.
(^Gommes j résines^ baumes. — Tous ligneux.)
Le Caoutchouc, connu de tous temps des Indiens, a été pour la première fois décrit par Lacondamine à la suite de son voyage de TAmazone, en 1745. Cinquante plantes différentes donnent des gommes plus ou moins analogues au caoutchouc, tant dans l'ancien monde que dans le nouveau, mais en trop petite quantité ou de qualité trop médiocre pour rémunérer l'exploitation. Cependant la consommation qui en devient de plus en plus considérable obligera les producteurs à utiliser de nouveaux
ficus. Le meilleur caoutchouc est produit par le caoutchou-* tier de l'Amazone, très répandu dans les iles et sur Jes rives du fleuve. A Tembouchure de la rivière, et surtout sur la rive gauche, entre TAraouari et le Yari, il vivrait en famille à ce qu'on assure. Le caoutchoutier des iles de TAmazone est un des plus riches. Chaque arbre peut donner 5 litres de lait, soit 3 kilogrammes de caoutchouc, à 5 francs le kilogramme, soit i5 francs par pied. Ce caoutchouc est des plus estimés. L'exploitation en serait facile : si on le plantait de boutures, au bout de quinze ans l'arbre pourrait supporter des incisions. Mais actuellement on ne se donne pas la peine de planter, car il est encore très répandu. — Dans les iles de l'Amazone^ dans la région Des Canaux, à l'embouchure du Yari (Saô- Antonio), régions qui sont le centre de l'exploitation, dans tout l'Amazone, onap* pelle seringueros les gens qui incisent le caoutchouc (de siringa, parce que les Tapouyes en faisaient des seringues). Leur travail, qui rappelle celui des extracteurs de résine de nos foréls de pins, est fort lucratif: par homme et par jour il donne en moyenne 3 kilogrammes de caoutchouc, à 5 francs, prix moyen, soit i5 francs par jour. Et le caout*»' chouc se vend jusqu'à 12 francs le kilogramme! La saison pendant laquelle les seringueros se répandent dans la forêt dure d'avril à décembre. Ce qui représente par homme environ roo jours de travail, assurant une récolte atteignant le chiffre de 3oo kilogrammes de caoutchouc et la valeur de i,5oo francs. 80,000 Amazonenses se livrent annuellement à cette industrie. Para vend pour 110 millions de gomme par an, vingt fois plus que la Guyane française ne vend d'or. — Les caoutchoutiers ne sont pourtant pas rares en Guyane. Les Cayennais n'auraient pas même besoin d'aller chercher aux extrémités sud-orientales de leur territoire les arbres précieux : ils se trouvent aux portes de Cayenne. Tous les
pelits mornes de rivière de i3 à i5 mètres d'élévation en recèlent. Dans les hauts des rivières ils doivent vivre en famille. Fusée-Aublet les savait communs à l'Approuague, à la Comté, à la crique Galibi. Plusieurs placériens en ont vu et incisé dans les forêts de cette région. En i85i , l'Administration de Cayenne engageait les personnes industrieuses à s'adonner à la recherche du caoutchouc. On pensait qu'il se trouvait dans les forêts de l'Ile-de-Cayenne. L'arbre a vingt mètres de hauteur sur un mètre de diamètre à la base, l'écorce en est grisâtre et le bois blanc. Son fruit (sa graine) a le goût de la noisette. ■ Les Galibis et les Garipons « mangent ces graines, dit Fusée-Aublet; j'en ai mangé a aussi , les ai trouvées excellentes et n'ai pas été incom- (c mode, u Quand on découvrit l'or à l'Arataye, on y découvrit aussi le caoutchoutier. P. Chaton, ancien consul de France à Para, se fil l'apologiste du caoutchouc, et ne manqua pas de répéter à ses compatriotes de la Guyane que les Brésiliens de* Para faisaient dans cette industrie des fortunes réellement considérables. Cayenne envoya en France quelques kilogrammes de gomme, mais seulement comme curiosité, et ne s'émut pas davantage. Pourtant, dès le temps de Fusée-Aublet, les Indiens faisaient grand cas de l'arbre qu'ils appelaient siringa. «Pour peu qu'on entaille l'écorce (t du tronc de cet arbre, il en découle un suc laiteux, et a quand on veut en tirer une grande quantité on commence a par faire au bas du tronc une entaille profonde qui pé- « nètre dans te bois, on fait ensuite une incision qui prend o du haut du tronc jusqu'à l'entaille, et par distance on en « pratique d'autres latérales et obliques qui viennent abouti tir à l'incision longitudinale. Toutes ces incisions ainsi pratiquées conduisent le suc laiteux dans un vase placé à l'ouverture de l'entaille; le suc s'épaissit, perd son humidité et devient une résine molle, roussâtre et élastique.
LA. for:êt. 85
« Lorsqu'il est très récent, il prend la forme des instruments « et des vases sur lesquels on l'applique couche par couche. « On fait sécher à mesure en exposant à la chaleur du feu. u Cette couverture peut devenir plus ou moins épaisse, « elle est toujours molle et flexible. Si les vases sont en terre <c glaise, on introduit de l'eau pour la délayer et la faire sor- M tir; si c'est un vase de terre cuite, on le brise en petits mor- « ceaux : c'est la façon d'opérer des Garipons. — Les In- «f dîens savent aussi utiliser en torches la gomme-résine du ce caoutchouc. » (Fusée- Aublet.)
Le Balata franc ou saignant. — C'est cet arbre qui donne la gutta-percha. Malheureusement le lait se concrète et ne coule pas en abondance, ce qui rend l'exploitation peu lucrative.