‹ La France équinoxiale (volume 2)Chapitre 14 sur 64 · SPARTERIE · texte numérisé non relu

SPARTERIE

Prodolis forestiers textiles ligneux.

Les Palmiers. — Tous les palmiers sont textiles. Par leurs fibres, leurs filaments, ils sont propres à la fabrication de tous les objets de vannerie et de sparterie. Ils fournissent des cordes et des cordages en même temps que des tissus, des plus grossiers aux plus fins. Leurs fibres peuvent encore fournir d'excellente pâte à papier. La décortication des fibres en vue de leur utilisation comme textile est des plus simples et accessible aux petits capitaux. On peut en tirer aussi des chapeaux aussi fins que ceux de Panama. I^es pagnes, dites de Madagascar, dont les élégantes font des chapeaux, sont tirées des fibres de palmier. Les Indiens connaissaient parfaitement les divers usages de cet arbre précieux : c'est des fibres du bâche que les Mayés tiraient le fil dont ils se servaient pour fabriquer leurs fameux hamacs; d'autres tribus utilisaient le conana, Taouara, le maripa, le paripou, lecaumou, le pataoua, le moucaya, le pinot, le sampa, le palmiste, lemacoupi, Tungaravé, le zaguenette, le chiqui-chiqui, etc.

Les Maho. — Les six variétés de maho ont une écorce textile capable de remplacer le .chanvre. Tout comme les cinq autres, le gigantesque maho taoub peut fournir des cordes,

du fil et servir à la fabrication des vêtements. Son fil est même très beau : il a des reflets argentés. Mais le meilleur des six maboest le petit maho. Les Indiens utilisaient les mabo pour la confection des cordes, ils en tiraient aussi des étoupes pour calfater leurs canots. Les Galibis en faisaient des baniacs magnifiques que Ton croirait encore aujourd'bui, après bien des années d'usage, faits de jute et de fil d'argent. L'abondance des mabo dans la contrée, et particulièrement du petit mabo, qui couvre les terres sablonneuses des bords de la mer, permet de se livrer en grand à l'exploitation de ce textile.

Les Fromagers. — La ouate de ces arbres gigantesques est à peu près semblable au coton, mais beaucoup plus courte et donnant difficilement des fils. Aux États-Unis, on en fabrique des chapeaux. Un gouverneur de la Guyane française s'en confectionna un vêtement dans lequel il se présenta à Versailles. Comme feutre et comme ouate, le duvet du fromager serait réellement précieux , si on en juge par le cas qu'on en fait aux Etats-Unis.

Vyélohy commun dans la colonie, donne, comme on sait, après battage et rouissage, des fils blancs et soyeux.

Prodolu forestiers texUles herbaeéi.

On ne saurait trop insister sur l'importance que présentent dans cette région les textiles herbacés, plus abondants, plus variés et plus riches encore que les textiles ligneux. Ces plantes précieuses se prêtent à des emplois multiples : tissus, sparterie, papier, vannerie. Cinq surtout méritent une mention spéciale : le balourou, le balisier, l'arrouman, le moucoumoucou et la pite.

Le Balourou et le Balisier. — Rappelant par la forme le bananier. Le balourou est providentiel dans la contrée;

on remploie à tout : sa graine nourrit lesoiseaux, ses feuilles sont employées à envelopper toute chose, à faire des paniers, à couvrir les cases, les hangars, les carbets. C'est un textile précieux. Mais il pourrait être plus avantageusement utilisé en le transformant en pâte à papier brute. Son extême abondance, car il tapisse dans bien des endroits le sol delà foret et presque partout forme des bordures le long des criques ou sur le bord des pripris, permettrait, sans grande installation, sans grandes dépenses, d'en tirer d'énormes bénéfices. DVprès le général Bernard, le papier de balourou est un des plus beaux que Ton connaisse. Pousse comme l'ortie, se multiplie comme le chiendent; il sera même difficile de l'extirper jamais d'une façon complète.

VJrrownan a deux variétés : la rouge et la blanche. Très commun dans les pripris. Il rendrait dans la sparlerieles services que rendrait le balourou dans la fabrication du papier et le petit maho comme textile. Il atteint la hauteur de 4 mètres, supérieure à celle du bananier et surtout du balourou. C'est dans les savanes basses noyées et dans les pripris qu'il se plait et qu'il atteint ses plus grandes dimensions. Il pousse en éventail de longues feuilles à forte côte. C'est cette côte qui serait surtout précieuse dans la sparterie. Les feuilles, que l'on divise avec les dents en lanières minces comme une feuille de papier, sont textiles. Ce sont les Indiens qui ont montré aux créoles le parti qu'on pouvait tirer de l'arrouman. L'arrouman était par excellence l'herbe des Indiens. Ils en faisaient des /^ag^^r^î»^, corbeilles légères, munies d'un couvercle; des catouris, espèces de hottes; des ouaouaris, éventails à souffler le feu ; des niatoutouSj espèces de nattes ou tapis; des bacallas^ petits paniers peints en mosaïque et d'un tissu délicat; des couleiii'rrs ou presses à manioc; des manarets^ borgnes y gouris, et autres ustensiles de vannerie. L'arrouman remplace-

rait avantageusement le rotang dans tous les ouvrages auxquels on emploie actuellement celui-ci.

I^ Moucoumoiicou tient un peu du balourou, mais beaucoup de la tayove. Il est extrêmement commun dans les terres basses, où il forme d'épais cordons le long des rivières. Peut être employé à la fabrication du papier.

La Pite, — La Pite ressemble à l'ananas. C'est le véritable chanvre du pays. On la taille, la rouit et la bat comme le chanvre. Ses fils, blancs, longs et soyeux, sont supérieurs à ceux du maho. Ses usages sont depuis longtemps connus des Indiens, qui l'emploient concurremment avec le maho. Au Para, fes Tapouyes et les Brésiliens en font des bas et des gants. L'Espagne cultivait autrefois la pite pour en faire de la dentelle.

L'exploitation des bois.

Jusqu'à ce jour, l'exploitation forestière a été en enfance dans la Guyane. Elle s'est faite d'après les procédés les plus primitifs, sans machines, avec peu de bras, et des bras coûtant plus cher encore que ceux qu'on aurait pu recruter en Europe. Les États-Unis fournissent à Cayenne des planches de. sapin pour les travaux de menuiserie, pendant que cent espèces précieuses pourrissent aux portesde la ville dans les forêts d'à côté. Ces admirables essences guyanaises, inutilisées aujourd'hui, sont pourtant aussi riches que variées. Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un coup d'œil sur la nomenclature des bois de la Guyane que nous donnons à la fin de ce chapitre.

Les pessimistes font une douzaine d'objections à l'exploit tation forestière en Guvane :

I. Les arbres, disent-ils, ne poussent pas en famille, ce qui occasionne une grande perte de temps. Aux États-

Unis, au contraire, les sapins vivent toujours en famille, ce qui facilite l'exploitation. — Sans doute, mais ces sapins qu'on trouve en famille aux États-Unis, on ne les trouve qu'à 3 ou 4)000 mètres d'altitude, et c'est là' qu'il faut aller les chercher. En Guyane, au contraire, les essences que l'on exploitera s'étagent entre le niveau de la mer et une alti* tude de 3 à 4oo mètres. Qu'importe que les essences ne vivent pas en famille? ]l faut les exploiter toutes, abattre tous les arbres', couper la foret à pied. On exploitera sur une grande échelle, puis on classera les essences, mettant ainsi à profit le luxueux désordre de la forêt. « A côté d'un balata, on trouvera un ouacapou, un simarouba, un cèdre noir, un grignon fou, un langoussi. Débitez le balata en pièces propres aux machines, en bois de charpente, et les bouts en longrines pour les chemins de fer; une bonne scie, mue par une locomobile, se chargera de cette opération, et vous trouverez dans le tronc des pièces qui, pour les machines, donneront de 2 à 3oo fr. Choisissez dans le ouacapou les pièces qui peuvent être utilisées pour la marine et ensuite pour la construction civile. Faites des planches avec le simarouba au moyen d'une sie circulaire à grand diamètre qui sei*a mue par la locomobile, les planches de simarouba se vendront dans la contrée même pour les travaux d'intérieur. Avec le cèdre noir, qui se scie très facilement, vous ferez des bordages incorruptibles qui sont fort appréciés en Europe. Avec le grignon fou, vous aurez des planches à Tusage du pays et que vous pourrez aussi exporter. Avec le langoussi^ vous aurez des bois courbes que vous enverrez en Europe. » (Chaton.)

2, L'exploitation des bois d'ébénisterie et de construction ne peut être considérée dans la région que comme une industrie locale destinée à fournir aux besoins du pays. Car, dit-on, on n'a fait jusqu'à ce jour en France que des

demandes peu importantes. — Il est évident que malgré leur excellence nos bois de Guyane ne peuvent avoir une réputation solidement établie avant d'avoir été exploités.

3. La nature des bois de construction de la contrée, à quelques exceptions près, est, dit-on, peu favorable à la construction des navires. — Qui donc a trouvé cela? C'est le fait contraire qui a été reconnu vrai, non seulement par l'industrie privée, mais encore par tous les hommes officiels chargés d'expérimenter ces bois.

4. Le prix de revient est trop élevé. — Les boi§ de Guyane ne sont pas encore cotés, il est vrai, à leur juste valeur; mais, dans l'état actuel des prix on peut encore faire 3o francs de bénéfice par stère. Le stère de bois de Guyane, rendu en France, revient à 100 francs et se vend jusqu'à i3o.

5. Beaucoup d'arbres sont vicieux, ce qu'on ne recon* nait qu'après les avoir abattus. Ils renferment des tares intérieures qu'aucun signe extérieur n'annonce. — Il faut fendre par le cœur tous les gros sujets, tant pour s'assurer de leur état que pour empêcher les gerçures qui ne manqueraient pas de se produire si le cœur, bien qu'intact, n'était pas exposé à l'air.

6. On cite quelques personnes qui ont monté des scieries et qui n'ont pas réussi. — Oh pourrait en nommer un bien plus grand nombre qui ont fait leur fortune dans l'exploitation des bois.

7. On cite l'exemple de l'Administration pénitentiaire qui, d'après certains, n'aurait pas obtenu dans ses chantiers forestiers des succès bien remarquables. — Le fait certain est que l'exploitation forestière a toujours donné des bénéfices à l'Administration susnommée, malgré les moyens imparfaits qu'elle avait à sa disposition. Que serait-ce si les forêts étaient mises en coupe par des hommes du mé-

lier, appuyés sur de puissants capitaux, et faisant travailler pour leur compte personnel !

8. Comment pourra-t-on, disent les pessimistes, utiliser les branches faibles, les racines et les fagots? En France, rien ne se perd. — On en fera du charbon qui trouvera bien aisément un débouché sur place. L'industrie du charbonnage a toujours été prospère dans la colonie, et encore aujourd'hui elle se soutient fort bien.

9. Et le halage pour atteindre le point d'embarquement, comment le faire à force de bras dans un pays si peu peuplé? — On le fera avec des Decauville, ou autres petits chemins de fer qui conduiront les bois au dégrat. Car on opère en grand, bien entendu, sans cela il faudrait se contenter d'exploiter sur quelques centaines de mètres de profondeur le long de la rivière.

10. Les bois sont fondriers. Il faudra les charger sur le Decauville, comment charger ces bois énormes sur ce petit chemin de fer? — On les tronçonnera sur place, au préalable, au moyen d'une locomobile.

11. 11 faudrait assurer le débouché. La consommation n'est pas habituée à ces essences. — On fera de la réclame. Le bon marché et la supériorité d'une denrée fînissent toujours par la faire prévaloir sur les produits similaires ininférieurs et plus chers. On n'assure pas un débouché, on le crée, on le force. Il faut commencer par produire.

12. Il faudrait, pour travailler ces bois très durs, soit dans l'ébénisterie, soit dans la construction navale, modifier l'outillage. — Peut-être moins qu'on le croit; mais qu'importe? Tout nouveau produit, toute invention nouvelle, nécessitent des modifications importantes, de véritables révolutions dans l'outillage. C'est un fait banal. Le monde économique est mouvement, changement et progrès.

II est des conclusions qui sont classiques dans la matière et que nous allons citer textuellement pour terminer celte étude. Elles sont extraites d*un rapport de M. de I^parent, directeur des constructions navales, Tun des hommes les plus compétents dans la question des bois.

f< 11 y a lieu de donner une grande extension à Texploita- « lion des immenses forêls de cette région, forêts dont cer- « taines essences annoncent des qualités exceptionnelles « d'élasticité, de force et de durée. Les essais comparatifs « suivants, faits du chêne de France, du teck de Tlnde et <r des bois injectés au sulfate de cuivre, ne peuvent laisser « aucun doute à ce sujet.

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