PRODUCTIONS AGRICOLES
la colonie. Il donne trois récoltes par an : Teau des pluies remplaçant avec avantage dans ces régions équatoriales le dispendieux système des irrigations de Lombardie, d'Egypte et de Caroline. La Guyane hollandaise et la Guyane andaise ont de magnifiques rizières. Cette dernière colonie récolte assez de riz pour nourrir tous ses coolies. Cette culture n'augmente en rien les chances d'insalubrité du pays. La Guyane française aurait pu exporter de grandes quantités de riz, malheureusement on n'a pas pensé à se procurer des machines à décortiquer.
Le Sagoutier, qui est acclimaté, produit de 6 à 800 livres par pied d'une assez bonne farine. 11 se reproduit de luimême et pousse sans culture. On en tire le sagou.
V Arbre à pain présente deux variétés : Varùre à pain à graines dont les fruits rappellent la châtaigne, et Y arbre n pain igname dont les fruits rappellent l'igname. Les uns et les autres se mangent cuits.
Toutes ces cultures vivrières demanderaient l'emploi de la charrue. Mais jusqu'à ce jour les terres de la Guyane française n'ont été cultivées qu'à la pelle et à la houe, suivant le mode des indigènes, quand les indigènes travaillaient.
Laussat, en 18 19, essaya de la charrue tirée par des bœufs et tenue par des noirs. 11 introduisit aussi le sarcloir. Laussat fit continuer ses expériences à Laussadelphie, où les colons qui devaient labourer ne firent rien de bon par suite de leur inconduite, à Macouria, à Monjoly, à Baduel, au Canal-Torcy et dans différentes habitations. Les expériences furent aussi décisives et aussi concluantes qu^on pouvait le désirer. On pouvait croire la charrue introduite pour toujours dans la colonie; mais à peine le gouverneur avait-il laissé Cayenne, que l'habitude et la routine reprenaient le dessus et que la charrue était abandonnée pour la pelle et pour la houe.
En 1826, un autre administrateur intelligent, le général Bernard, employa la charrue sur une habitation de terre basse sise en rivière. Les résultats furent aussi décisifs que l'avaient été ceux des expériences de Laussat. Mais cette fois, l'hostilité de la population se manifesta bruyamment, et le général Bernard fut obligé de dissimuler, de cacher ses succès. Bernard tint bon, il continua à faire cultiver sa propriété à la charrue. Il n'employait que des Européens, ses laboureurs étaients des artilleurs congédiés, anciens garçons de ferme dans leur village. Le général établit qu'un homme et une charrue donnent en huit heures trente-cinq journées de nègres. Il réfuta victorieusement toutes les objections qu'on lui faisait. On lui objectait les ^herbes : il les sabrait, les brûlait, et sa charrue les enfouissait dans le sol. «Les chicots : il les fendait et les brûlait jusqu'aux dernières racines. Les racines traçantes : il les faisait couper et arracher quand il les voyait, et, si elles brisaient le fer de la charrue, sans se décourager il faisait raccommoder le fer. On lui disait que le labourage ne donnait pas de bons résultats en terre argileuse : il aurait pu montrer les terres de l'Escaut, de la Vendée, du Marais, de la Hollande, il se contenta de faire voir les résultats qu'il avait obtenus : sa charrue avait exhaussé les terres basses, les avait rendues meubles, poreuses, susceptibles de recevoir les influences de l'air et avait complètement détruit les mauvaises herbes. Tant que le général Bernard habita la Guyane française, il y eut deux ou trois charrues dans la colonie. Le général une fois parti, le pernicieux instrument disparut et les créoles revinrent à la culture galibie.
Pendant ce temps, une colonie sœur, la Réunion, essayait aussi du labourage à la charrue. Les créoles de l'ile africaine, s'étant bien trouvés de l'innovation, persévèrent dans la voie du progrès. En 181 2, l'ile ne produisait que
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484)562 kilogrammes de sucre; en 183^, vingt ans après, grâce en partie à l'emploi de la charrue, la production du sucre atteignait à la Réunion 4o millions de kilogrammes.
Ces grosses ressources de Talimentation sont complétées par les légumes elXes fruits y cultures vivrières secondaires au point de vue de Timportance totale du rendement et de la valeur générale comme denrée d'exportation.
Pour rénumération des fruits et des légumes, nous prions le lecteur de se reporter à la nomenclature qui termine ce chapitre.
Cultures oléagineuses.
En première ligne des cultures à la fois lucratives et aisément accessibles aux petits capitaux, se trouvent celles des végétaux oléagineux, représentés principalement par les palmiers, très communs dans la région.
Le plus précieux des palmiers est sans contredit le Cocotier. Le cocotier est le roi des végétaux. A lui seul il peut satisfaire à tous les besoins de la vie. Dans les pays torrides, il est l'indice du progrès : c'est l'arbre de la civilisation. Il donne son amande, qui vaut la noix ; son lait, qui n'est pas mauvais; sa sève, qui, fermentée, donne un vin agréable;
ses fibres, qui constituent un des meilleurs textiles; sa tige, qui donne les piquets et les lattes de la maison des Tropiques. Sans cocotier point d'Inde, dit le proverbe. Mais tout cela est de l'utilisation sauvage, et c'est uniquement au point de vue de l'huile et de la bourre que le colon devra se placer. L'huile fournie par l'amande du coco passe pour la meilleure <les huiles. La bourre fournit une partie des cordages employés au Brésil et dans l'Inde. Ces deux seules propriétés donnent au cocotier une telle valeur, que seul, parmi tous les végétaux, il est imposé dans l'indoustan par les Anglais,
qui pourtant importent une quantité considérable d'huile et de bourre de coco. La moelle du cocotier est employée en blindage pour les navires de guerre.
Le cocotier donne ses fruits en toute saison, toute Tannée, tous les jours. Au bout de cinq ou six ans il est en plein rapport. Chaque pied donne par an environ 240 cocos, les 3oo pieds que peut nourrir un hectare jonchent donc le sol de près de 7,200 cocos, rendant pour i,5oo francs d'huile et donnant pour 1,000 francs de bourre. Soit un rendement total de 2,5oo francs à Thectare. Le prix marchand d'un coco est de 10 centimes à Cayenne, soit un revenu de 760 francs à Theclare, si on vend le produit brut.
Les cocotiers réussissent très bien dans la région. Sur la côte du Brésil, de Maranhao à Pernambouc, sur une longueur de 25o kilomètres et snr i kilomètre de profondeur, le littoral est bordée entre les montagnes de sable, de magnifiques forêts de cocotiers. Au Venezuela, dans les provinces littorales de Cumana, Barcelona, Caracas, Carabobo, Coro, Maracaîbo, plusieurs propriétaires se font 5o,ooo francs de revenus rien qu'en huile de coco.
l'Aouara pays nègre est le palmier à huile d*Afrique fournissant l'huile de palme. C'est ce fameux palmier qui couvre le sol au Cap- Vert et dans différentes parties de la Guinée. Ilest acclimenté, naturalisé à la Guyane française. Il y a tellement prospéré, depuis que Kerkowe l'a introduit en 1806, que dans certains quartiers on le croirait indigène.
L'aouara pays nègre est en rapport sept ou huit ans après avoir été planté. En attendant qu'il donne des fruits, on peut faire des cultures dans les intervalles laissés libres entre chaque pied. Chaque arbre donne, d'après le général Bernard, six régimes, soit 36 litres d'huile, 225 pieds à l'hectare donnant 8, 100 litres. Le litre d'huile de palme se vend près de 1 franc sur place, soit près de 8,000 francs à l'hec-