‹ La France équinoxiale (volume 2)Chapitre 4 sur 64 · XI.I PRÉFACE · texte numérisé non relu

XI.I PRÉFACE

volume, composé, & première vue, de fragments disparates, cousus ensemble. Si Ton se donne la peine de rexaminer d'un peu plus près, on s'aperçoit aussitôt, tout au contraire, qu'elles ont entre elles un lien matériel et un lien moral, qui en font un ensemble indivisible et leur donnent une puissante unité.

Le lien matériel consiste dans la double préoccupation de peindre et de renseigner. Tantôt l'auteur, s'abandonnant au vagabondage d'une imagination singulièrement féconde , nous dévoile la nature tropicale, telle qu'elle est, avec ses charmes capiteux et ses mystères séduisants. Tantôt, revenant à des peusées plus positives, il éj;ale complaisamment devant nos yeux des tableaux statistiques, il classe les produits du sol comme dans un cadre de taxinomie, il interprète les phénomènes sociaux, et serre de près la vérité scientifique, tout en ayant l'air d'émettre un paradoxe.

Le lien moral consiste dans l'amour raisonné de la patrie française, que respirent toutes les pages de ce livre. C'est pour elle, c'est pour sa grandeur, c'est pour son influence morale làbas qu'il écrit et qu'il propage. Ce lettré est un patriote clairvoyant. Cet explorateur est un diligent commis-voyageur en idées françaises.

M. Henri Coudreau n'avait pas vingt-cinq ans quand il fut envoyé en mission dans les pays dont il nous entretient aujourd'hui. 11 n'en a pas encore vingt-huit, et U en parait quarante. Dans les pays du soleil, la neige a plu sur ses cheveux ; mais, du moins, n'a-t-elle pas éteint la flamme patriotique qui l'anime.

Revenu des solitudes amazoniennes, il rêve d'y retourner. S'il était né Anglais, à cette heure on aurait déjà mis à profit ses renseignements; on aurait utilisé son indomptable activité. Mais il est Latin, et nous autres, Latins, nous aimons à recommencer de temps en temps l'histoire de Christophe Colomb , en petit.

Je crains bien qu'il ne reste confondu dans les rangs des voyageurs à caps et à cités, et je lui souhaite de ne pas avoir le

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