V. — Acclimatement de la race blanche
en Amazonie.
Une objection que l'on ne manquera pas de faire est la prétendue impossibilité, pour la race européenne, de s'acclimater dans les pays chauds. On ne manquera pas de montrer les fièvres comme s'opposant irrémédiablement
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à l'acclimatement. Il n'est pas mauvais de faire ici quelques généralités.
11 n'y a en réalité qu'une maladie en Amazonie telle qu'elle existe aujourd'hui, c'est-à-dire inculte : c'est la fièvre. La fièvre est due non à l'élévation de la température, mais à l'humidité, à la décomposition des matières organiques à la surface du sol, aux miasmes qui se dégagent d'une terre vierge fraichement remuée,, aux émanations palustres.
L'Amazonie, une fois cultivée comme la France, serait aussi saine que la France elle-même. Les marais drainés et desséchés, la fièvre disparait ; l'homme a civilisé l'air comme la terre. Le climat de la Mitidja était au nombre des plus malsains et des plus fiévreux du monde : maintenant que la Mitidja est cultivée, ce canton est parfaitement sain. La Bresse, l'arrondissement de Marennes, les marais Pontins, la Sologne, n'ont-ils pas pendant longtemps empoisonné leurs habitants? Mort le marais, morte la fièyre, au tropique comme dans les climats tempérés! Il ne faut pas que l'Européen s'imagine, pas plus que le nègre ou tel autre coolie, tant qu'ils vivront au milieu des défrichements, être suffisamment acclimatés pour être à l'abri de la fièvre des marais.
Il n'y a seulement qu'à s'attaquer à la cause de la maladie pour faire disparaître la maladie. Les médecins des fièvres paludéennes sont les défricheurs. Leur mortalité sera forte, évidemment, aussi est-ce pour cela qu'il ne faut y employer que des coolies, nègres , jaunes ou rouges.
Il est évident que pendant la période des défrichements, aux débuts de la colonisation , la fièvre exerce des ravages. Comment préserver l'Européen des atteintes de la fièvre? Eh ne l'employant pas aux défrichements, en l'installant dans des terres déjà défrichées et bien exposées.
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Réservant la question des prairies, où lacclimatenient des colons blancs ne présentera aucune difficulté, voyons quelles précautions il faut prendre pour la colonisation en forets. Il n'y a pas seulement les marais et les défrichements à éviter, mais les lieux exposés au vent des défrichements et des marais. Il faut choisir, pour installer les colons européens, des défrichements opérés sur certaines régions élevées, bien aérées, exposées aux grands courants atmosphériques. Ces endroits, même situés au milieu de la nature tropicale la plus inculte et la plus sauvage, seraient absolument sains. Ainsi installés aux altitudes moyennes , dans des cantons relativement tempérés, les colons européens pourront attendre que les coolies, par leurs défrichements, aient assaini le climat.
Il y a aussi la fièvre jaune. A ce mot de fièvre jaune rémigrant est frappé d'épouvante et s'arrête sur le rivage de l'Europe ou bien se détourne vers l'Amérique du Nord, malgré les séductions de l'éternel printemps tropical et ces jours délicieux qui, du lever au coucher du soleil, donnent le printemps , l'été et l'automne.
D'abord la fièvre jaune ne rè^ne que sur la côte, dans l'intérieur elle est absolument inconnue. Et sur la côte elle n'est pas endémique, c'est-à-dire permanente, continuelle, elle ne règne que par épidémies, c'est-à-dire à certaines époques, comme le choléra en Europe. Le fléau n'est pas authoctone, il voyage. La mortalité des grandes fièvres jaunes ne dépasse pas celle des grandes épidémies d'Europe : pneumonie ou fièvre typhoïde; un mort sur huit malades, et cette proportion s'affaiblit tous les jours. La fièvre jaune n'est nullement le fléau qu'on s'imagine, mais une de ces maladies épidémiques comme il en règne passagèrement même dans les lieux les mieux famés du globe. Comme la pneumonie et la phtisie, et mieux qu'elles encore.
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elle recule devant la science de Thygiène et le travail de riiomme, qui civilisent les climats et les approprient.
Bien que la facilité relative qu'il y a pour les colons blancs bien installés d'éviter les maladies locales soit chose incontestable, il ne faut pas manquer toutefois d'apporter une sollicitude éclairée dans le choix et le mode de recrutement des émigrants européens. Plantation d'hommes est chose délicate, c'est comme une plantation d'arbres, et sans doute il en meurt , c'est la loi.
On applaudit un général qui sacrifie 20,000 hommes pour remporter une victoire stérile, mais qui lui vaudra à lui de la gloire, et pour étendre le cercle de nos richesses, de nos grandeurs, de nos jouissances, pour élargir la civilisation nous n'aurions pas assez de larmes pour quelques malheureux qui auraient subi la loi commune ? Les émigrants sont les plus nobles soldats de la civilisation. Ils ont en vue une vie plus considérée, un véritable avancement dans la hiérarchie sociale, une descendance enrichie, la fortune. Ils sont les plus vaillants, les plus courageux parmi les pauvres. Car celui qui ne se sent que des inclinations paisibles, à qui suffit l'horizon du village et les émotions de la vie des champs, celui-là, en un mot, qui se sent capable' de supporter la pauvreté, ne traverse pas les mers, au delà desquelles les épreuves le suivront. Donc, tout en sachant nous départir à l'endroit de ces vaillants, de ces lutteurs, d'une sensiblerie qui serait ridicule, ne devons-nous pas moins apporter la plus vive sollicitude dans le choix et le mode de recrutement des émigrants d'Europe.
Pour faire de la culture dans les pays chauds il faut, autant que possible, recruter des paysans. Les paysans, habitués aux travaux de la vie en plein air, résisteront bien mieux que les rachitiques de l'atelier, qui ont ton-
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jours vécu à l'ombre, se livrant à un travail peu pénible. Ce n'est pas qu'il faille battre le tambour aux carrefours comme jadis, pour attirer les colons; il faut des contrats individuels librement débattus. Si l'opération marche bien, les premiers arrivés attireront leurs frères.
Il serait aisé aussi de faire des colonies d'enfants trouvés. Ces enfants sont souvent scrofuleux, et les scrofuleux se guérissent rien qu'en respirant l'air des pays chauds , et guérissent si complètement qu'ils donnent naissance à une race vigoureuse.
Toutefois, en thèse générale, ce sont les constitutions les plus robustes, et ndn les plus faibles, comme on l'a capricieusement prétendu, qui s'acclimatent le plus facilemeht et le mieux aux pays chauds.
La famille s'acclimate mieux que l'individu. Il importe de ne pas embrigader des célibataires pour les emmener coloniser. Il est bien préférable de contracter avec des familles. L* enfant comme le vieillard y gagneront. Celui-là ne s'aperçoit pas qu'il change de climat; celui-ci a la retraite chaude, la promenade en plein air au soleil permanent, un climat qui lui épargne les catarrhes.
Mais on ne saurait trop le répéter, il faut, autant que possible, chercher des cultivateurs, des éleveurs de bestiaux, et refuser ces rebuts de la ville et des ateliers, paresseux et rachitiques.
Il importe beaucoup moins qu'on ne s'est plu à le dire dans ces derniers temps, que l'émigrant soit du Nord ou du Midi, Normand ou Portugais, Flamand ou Italien. On a fait à ce sujet, à propos de l'Algérie, de curieuses fantaisies statistiques qui malheureusement ne prouvent rien : ne sontce pas les Normands, les Bretons et les Saintongeais qui furent les premiers colonisateurs de la Guyane et du Brésil ?
Le transport des émigrants, autrefois chose terrible, 1res
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dangereuse, n*est plus aujourd'hui qu'une véritable partie de plaisir. C'est merveille de voir quelque navire d'émigrants allemands partant de Hambourg pour les États-Unis, quand il fait escale dans quelque station intermédiaire. Il est préférable de ne prendre toutefois que quelque deux ou trois cents émigrants à la fois : il est plus facile de les bien installer et de les mettre en état eux-mêmes de recevoir de nouveaux convois. Les attractions puissantes qui poussent vers les pays chauds ceux qui y ont déjà vécu, ou qui y retiennent ceux qui y sont établis, seraient bien plus puissantes encore si on trouvait là-bas la famille, le village, surtout quand les premières familles xl'émigrahts auront été à même de constater qu'on se porte aussi bien sous réquateur qu'en Europe; que le blanc, dans des conditions normales, n'a pas une mortalité plus forte dans cette nouvelle patrie que dans l'ancienne, et qu'enfin les cultures des pays chauds sont incontestablement moins pénibles que celles que le paysan est obligé de faire en Europe.
La saison de Tarrivée est indifTérente comme celle de l'âge des émigrants. Faut-il partir sans esprit de retour ? question oiseuse. On doit partir dans l'espérance non d'une fortune subite et merveilleuse, mais de la prompte conquête d'une aisance qui va toujours s'augmentant, et permettra un jour de jouir et de l'ancienne et de la nouvelle patrie , et de toutes les autres encore.
Une chose qu'il ne faut jamais négliger est l'hygiène des premiers temps de l'arrivée. L'hygiène de l'acclimatement a une assez grande importance. L'acclimatement ne peut jamais être un préservatif complet de toute maladie possible, quand même le pays serait en pleine culture, les pays les plus sains de la terre ayant leurs maladies. L'accliauatement est une accoutumance générale au milieu. Outre
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riiygiène, hygiène universelle, ou conduite à tenir pour se bien porter, commune et de tous les instants, il y a à observer une hygiène locale, variable selon le climat.
Ce mot d'acclimatement a je ne sais quoi de sinistre qui effraye. On [^'imaginerait qu'il faut changer de peau, de teint , de foie, de cœur, de vêtements, d'habitudes et de cerveau pour passer d'Europe aux pays chauds. Il importe d'effacer ce que les médecins ont mis de terrifiant dans ce mot. Les précautions pour l'acclimatement sont de petites précautions, simples, usuelles, instinctives, peu nombreuses^ telles que celles que l'on prend (|uand on passe des froids de janvier aux chaleurs de juin et de juillet. H n'y a que cela derrière la phraséologie savante qui a cherché à traiter de la pathologie, et je ne sais quelle prétendue action mystérieuse du climat chaud sur ceci et sur cela, sur le foie et sur les poumons, sur les mains et sur l'intelligence. L'acclimatement de l'Européen aux pays chauds ne dure pas plus que le passage de l'hiver à l'été, de trois à six mois environ. Qu'est-ce qui le caractérise? une éruption de petits boutons cutanés appelés bourbouilles, produits par un excès de transpiration. Transpiration et bourbouilles sont signes de santé. La transpiration ne doit jamais cesser pour longtemps. Ce serait un signe de maladie, même chez les vieux créoles. Quand les bourbouilles apparaissent chez ceux-ci, elles sont l'indice d'une santé robuste. L'expérience recommande les bains froids du matin ou du soir, une simple ablution de cinq minutes. Mais les bains de mer, quand on les a à sa disposition, sont ce qu'il y a de meilleur.
Il n'est pas nécessaire d'abandonner les vêtements européens. Nos vêtements d'été ou bien encore des vêtements de laine, sont ce qu'il y a de meilleur pour la contrée. Les petits soins, — petit soin est un tout-puissant vain-
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qiieur, — ne sont pas à dédaigner plus en Amazonie qu'en Europe. Les refroidissements, quoique plus difficiles à prendre qu'en Europe, les courants d'air, quoique moins pernicieux, doivent cependant être évités. Il ne faut pas non plus africaniser l'Européen. Il est bon qu'il ait une maisonnette très propre, entourée d'un petit jardin, vrai chalet ou cottage.
Une fois installé dans sa maisonnette rustique, que le colon européen travaille; le travail en pays chaud, quel que soit ce travail, vaut mieux que l'oisiveté, la terre fût-elle même médiocrement saine.
L'alimentation peut être la même qu'en Europe sans danger pour le colon. Il n'est pas de préjugé plus ridicule que celui de conseiller d'imiter, de parti pris, le genre de nourriture des indigènes, genre de nourriture généralement des plus défectueux. Il pourra, sans frayeur, se nourrir du mieux qu'il pourra, et c'est assurément ce qu'il aura de mieux à faire. Qu'il ne se prive pas non plus de vin. Les vins, qui se bonifient très vite sous l'équateur, vieillissent vite, deviennent plus légers, plus digestes. Le thé lui sera aussi d'un usage précieux. Et surtout le café, qui, à lui seul, peut presque nourrir le travailleur. On en prend énormément, jusqu'à dix et quinze fois par jour^ en Amazonie, et c'est là une excellente chose. C'est la vie en boulettes des philosophes arabes. A l'état amer, sans sucre, le café sera^ un succédané du quinquina. Que le colon n'oublie jamais que le pot-au-feu est,a-t-on dit, le meilleur des réformateurs passés, présents et futurs, et, plus encore aux pays^ chauds qu'en Europe, la providence de l'homme blanc.
La reproduction du colon est un point qui a aussi son importance. On l'a obscurci d'énormes in-octavos. On a dit que le climat chaud maintenait une excitation continuelle, que bientôt de graves désordres, des maladies terribles^ se
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déclaraient dans Torganisme, etc. , etc. C'est là sans doute le témoignage de jeunes fonctionnaires coloniaux bien payés. Les fonctions génésiques ne sont ni plus ni moins sollicitées dans les pays chauds qu'en Europe , et les enfants des \ieux blancs que Ton voit aux colonies sont florissants de santé, du moins pour une génération ou deux. Et on nous présente le tropique comme un spectre!
Les régions tropicales sont à peine au début du développement et de la prospérité que l'avenir leur réserve. Le temps n'est plus où l'on ne voyait en elles que de curieux territoires où les nègres esclaves cultivaient sous le fouet quelques bibelots exotiques. Le tropique deviendra le plus puissant facteur de la production et de la consommation générales.
Dans les contrées européennes^ et même dans la presque totalité des contrées de climat tempéré , la terre, premier instrument de tout travail, a atteint une valeur excessive. Seules, les terres des régions tropicales, et particulièrement celles de l'Amérique chaude, peuvent être données au plus bas prix.
Ce n'est que dans la zone tropicale qu'il est actuellement possible de trouver d'immenses réserves disponibles, incultes, sans valeur. Il ne reste plus de grandes étendues de terres tempérées disponibles, mais seulement quelques lam« beaux dispersés. Les terres tropicales sont de la plus exubérante fertilité, leurs produits spontanés actuels, leurs forêts économisées par les siècles, leur capacité productives ont des richesses qui n'ont pas de rivales dans la zone tempérée.
La race européenne est la plus apte à exploiter les terres tropicales, parce que c'est elle qui dispose des moyens d'assainissement, de défrichement les plus puissants, en même temps que les plus grandes aptitudes au travail et les plus grandes capacités.
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Les défenseurs de l'esclavage étaient jadis d'accord avec les ardents de l'abolitionisme pour combattre l'introduction dans les régions tropicales des travailleurs européens : « Il n'y a que le nègre qui puisse travailler ces terres, » disaient les uns; et les autres pensaient : a Le nègre chez lui^ aux nègres émancipés, la terre. »
Les esclavagistes s'opposaient à l'émigration blanche dans les pays à nègres. Protecteurs fanatiques de la race nègre, les ministres du culte évangélique répandent la terreur sur l'émigration européenne dans la zone chaude : ils publient, dans les journaux du Royaume-Uni, ce redoutable avis faisant, aux paysans, savoir que, s'ils affrontent jamais comme cultivateurs le climat du tropique, ils ne tarderont pas à avoir six pieds de terre sur le corps. Il faut savoir que, depuis l'émancipation, ces bons pasteurs se seront assurés sur les nègres un empire aussi absolu que celui des jésuites sur les Guaranis du Paraguay. Toutes les épargnes des nègres sont déposées entre les mains des missionnaires. Le plus clair de leurs économies est pour l'église et le pasteur. Le cottage du révérend, s'il est muni de tout le confort désirable, le doit à la piété de ces bons nègres. La femme du révérend, sa famille, le saint homme même, font des voyages en Europe aux frais de la docile communauté. Quand on a de si bons paroissiens, on ne tient pas à les mettre en contact avec des émigrants d'Europe, gens sceptiques et peu disciplinés, dont la bourse serait moins largement ouverte au ministre de Dieu. Et tel est le fin mot de la comédie.
Étrange préjugé! Pourquoi donc serait-il interdit aux blancs de cultiver le café, le cacao, le coton et autres plantes des tropiques ; cultures moins pénibles, plus faciles et plus rémunératrices que celles de l'Europe?
Ne sont-ce pas les blancs qui ont fondé la prospérité des
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États-Unis du Sud depuis rëmancipation? Mais Texpérience du travail des blancs dans les régions équinoxiales a été déjà faite sur une assez grande échelle, et cette expérience est concluante.
Il est parfaitement établi que racclimatement sous toutes les latitudes est plus facile à la race blanche qu*à toutes les autres, grâce à ses ressources industrielles et à son énergie morale. C'est elle qui a préparé ces colonies, où l'on proclame aujourd'hui que les noirs seuls peuvent travailler : la Martinique, la Guadeloupe, la Barbade, Cuba, Porto-Rico. L'histoire de ces colonies en fait foi. Les blancs cultivent la moitié de Cuba et la plus grande partie de Porto-Rico. Les États-Unis n'ont-ils pas fait en grand Texpérience du travail des blancs dans les pays chauds? Ce sont des ouvriers blancs qui ont fait ce chemin de fer de Panama, sur le compte duquel on a fait courir de si ridicules légendes. On sait aujourd'hui, grâce à Armand Reclus, que ce travail de terrassiers accompli dans des marais n'a pas été si funeste aux blancs. Les essais de colonisation blanche tentés d'une façon intelligente à la Jamaïque, à Sainte- Lucie, à Brisbane, à Guatemala, à Suriname, ont tous parfaitement réussi. Dans toutes ces régions tropicales, le travail des blancs s'est montré en qualité et en quantité bien supérieur à celui du nègre, car la population ouvrière européenne est celle qui sait le mieux travailler, qui a plus que toute autre le besoin d'acquérir, celle qui consomme le plus, et, par suite, est capable de créer le plus grand mouvement commercial. Il est constaté que l'ouvrier blanc, employé à la terre, même comme engagiste, peut, tout en faisant des économies plus sérieuses , travailler à meilleur marché que le nègre. Plus économe, plus laborieux, il rend bientôt à celui-ci la concurrence impossible à soutenir, et le nègre doit chercher d'autres occupations ou disparaître.
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Le prolétariat européen est la mine d'émigration pour l'Amérique chaude.
Les légions, aussi nombreuses que lamentables, du paupérisme se composent de malheureux et de coupables. Parmi les premiers se trouvent ceux qui ne peuvent pas trouver de travail, ou qui sont condamnés à un travail trop peu rémunérateur. Des millions de malheureux sont ainsi jetés par la concurrence industrielle dans les situations les plus misérables, où la famine et la maladie assiègent tous les jours leur santé et leur existence. D'autres, désespérés, vaincus dans la lutte, sont tombés dans le vagabondage, la mendicité, le vol. Ce n'est pas sans quelques précautions qu'on pourrait jeter par milliers ces malheureux au Tropique américain.
il faudrait procéder au début avec lenteur et méthode, emmener peu de ménages à la fois, et ceux-là seulement dont l'éducation professionnelle serait immédiatement uti* lisable; engager les autres pour trois ans, par exemple, pour avoir le temps de faire leur éducation d'agriculteur. Au bout de l'engagement, en possession de leur métier, ils auraient la terre. Les guerres religieuses ont peuplé les États-Unis, l'industrialisme fera émigrer le paupérisme européen en Amazonie. Que tous ces malheureux seraient heureux de trouver, où ils vont, des cieux enchantés et d'y devenir, après une courte épreuve, propriétaires de terres produisant de deux à Irois récoltes par an! Pourquoi né piiblie-t-on pas assez que l'Amazonie est accessible aux travailleurs blancs, et que c'est la terre promise de ces misérables trop nombreux que notre organisation industrielle a transformés en véritables parias vivant, de génération en génération, dans une invincible misère!
Pour éviter toute équivoque, hâtons-nous de dire que tout ce qui précède ne vise que Vacclimatement des individus.
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U acclimatement de la race est une toute autre question que nous étudierons ailleurs.