CHAPITRE IV
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Uestrada de Macapâ. — Ea partant pour ce voyage de sept jours à pied^ voyage de i4o kiloiiièlres, je m'abandonnais à diverses réflexions philosophiques.
En présence de ce désert sans horizon je pensais aux déserts des premières civilisations pastorales,; aux Aryas du Septa-Sindhou 9 aux Accads et aux Soumirs de Chaldée , aux Araméens du haut Euphrate. Les déportés arabes, évadés, réfugiés à Para, viendront-ils ici planter leur tente ou bâtir une nouvelle ville sainte? Ou bien une colonisation européenne intensive va-t-elle utiliser ces territoires et mettre la main sur la clef de TAmazone? L'évolution humaine y prépare-t-elle le développement de nouvelles civilisations pastorales, ou plutôt les cultures du pays, canne à sucre, maïs, manioc et autres , y enrichiront-elles de denses populations?
Les soldats perdirent une journée sur le bord du fleuve à faire leur provision de farine de manioc. Nuit et jour, d'épaisses fumées s'élevaient de la rive : quelques feux de bivouac de voyageurs, des feux allumés pour écarter les tigres, des broussailles incendiées, des savanes incinérées s'allumaient à l'horizon.
Le voyage commença à six heures du matin. Partis de la case de Gabriel, nous marchons dans la bordure boisée du
fleuve jusqu'à Tendroit où nous rencontrons l'estrada dont la bouche est un peu plus bas. La forêt se continue.
La route est montagneuse, ravagée par les pluies de l'hi- j
ver etencombrée d'arbres tombés; on ne trouve pas déplus [
mauvais sentiers dans les forêts indiennes de l'intérieur.
Le chemin , jadis sabré, ne Test plus depuis longtemps : de hautes herbes, des taillis, Tout envahi. Pas de courrier possible par chariot comme autrefois. Au bout de deux heures, on entre dans cette sorte de campo-garenne qui sert de transition au campo limpo. Les soldats portent sur leur tête les deux sacs dans lesquels j'ai enfermé mes bagages. Nous marchons en file indienne; on grimpe des coteaux, on descend des vallées, on va sur un gravier pointu riche en minerai de fer, au milieu- de champs de pierres noires tapissés de petites touffes d'herbes sèches, entre quelques bouquets de bois qui se montrent à l'horizon.
Par endroits, le sentier est encombré d'herbes coupantes qui lacèrent les pieds et les mains. Le paysage est accidenté. C'est la beira alla (i) du fleuve avec des ravins, des vallées profondément encaissées et des forêts. Nous arrivons au pont Catoupiporé jeté sur un petit ruisseau. Le pont est en bon état. 11 n'y en a qu'un autre, fort mauvais^ dans toute la route, un peu avant d'arriver à Macapà. L'estrada décrit une courbe pour éviter les rivières. Près de ce premier pont, on tl:ouve une habitation déserte. 11 faut encore cinq jours de marche pour rencontrer une case habitée.
L'herbe est mauvaise, dure et compacte, entremêlée de broussailles. Nous mettons le feu derrière nous pour que la savane soit plus propice à nos successeurs, et le feu nous suit pendant des heures.
Bientôt , la garenne s'éclaircit ; les arbustes du campo de-
(1) Hanle rive.
LE PAYS DE MACAPA. qS
viennent rachitiques, les horizons infinis, tristes, monotones. Quelques bas-fonds de bâches avec ou sans flaques d'eau accidentent insufïisamment le paysage. Nous aurons ce tableau sous les yeux pendant six jours.
S'il fait trop chaud, on installe sous un arbuste de la forêt une espèce de tente avec deux moustiquaires. On se procure ainsi un peu d'ombre, une ombre chaude et sèche sous laquelle on essaie de dormir.
Les yeux, qui ne peuvent se fermer, se promènent mélancoliquement sur des amphithéâtres broussailleux couverts d'une végétation naine et rousse , sur des marbrures blanches ou noires de champs crayeux ou ferrugineux, sur de vagues ondulations qui s'étagent mollement sur des collines de même aspect et se fondent dans le plan général d'un horizon qu'une pluie de lumière couronne et voile d'une atmosphère scintillante et poudreuse.
Des coteaux lointains, les forêts qui les ombragent, quelques grands arbres isolés dans la savane, apparaissent et disparaissent tour à tour, selon que les nuages adoucissent ou laissent étinceler l'éclat aveuglant du soleil.
Pas un chant d'oiseau , pas un cri d'insecte , mais parfois une biche qui passe inquiète sur un coteau , comme la gazelle au Sahara.
L'herbe est médiocre. Comme dans la plus grande partie des savanes, il manque l'appropriation par le bétail. Quand il y a eu incinération, parfois le sable à nu est en mouvement sous les pieds. Â midi ces champs de sable rouge prennent des aspects de fournaise. Et toujours des arbustes de plus en plus maigres, des ondulations de plus en plus molles et des horizons infinis. L'œil n'a rien pour se récréer, sinon les ravins à bâches que l'on rencontre parfois toutes les heures, parfois toutes les demi-journées.
En voici un qui peut être pris pour type. C'est le Détroit,
94 K I-E PAYS DE MACAPA,
au nord du senlier, à la fin du premier jour de marche. 11 est profondëment encaissé; on voit à peine les têtes de ses haches. De Tautre côté, des plateaux blancs, calcaires, crayeux, rocheux ou argileux, s^élèvent avec des prétentions à la montagne. Leur$ flancs rapides sont nus et pâles; leurs surfaces sont gazonnéesde vert, de rose, et agrémentées d'avenues naturelles qu'on prendrait pourdes boulevards ou des squares. Parfois le plateau est uni comme une place publique.
L'orage, quotidien pendant la première moitié de la route, illumine de lueurs blafardes ce paysage bizarre. Le fond du Détroit, vu de Testrada, fait lefTet d'un puits. En réalité, il est long d'un kilomètre , large de 200 mètres et profond de n^. Il est gazonné et humide, un maigre fliet d'eau stagne au centre; de chaque côté s'étendent les bâches.
Sur les bords de la cuvette, de profondes entailles accusent l'action des eaux. Dans ces crevasses grimpent des broussailles ou s'élèvent majestueusement quelques grands arbres isolés.
La pluie tombe; tout est noyé pendant des heures dans une brume épaisse; le paysage du ciel devient plus triste et plus monotone encore que celui de la savane. C'est la nuit, on la passe sous son parapluie, ou dans son hamac pendu à deux acajous sauvages. Aussi mouillés dans un cas que dans l'autre, le lendemain le soleil nous séchera. De plus l'averse nous aura fait faire connaissance avec un des plus intéressants habitants du campo : le moustique blanc qui ne pique pas mais qui rentre partout, dans le nez, les yeux, la bouche et les oreilles, élisant pour ainsi dire domicile dans tout votre corps.
C'est dans ces conditions que je commençai mon second jour de pèlerinage. Je distingue maintenant la faible ligne de collines qui sépare le bassin de l'Âragouaryde celui de TAniazone.
LE PAYS DE MACAPA. oS
Je rencontre les plus gros nids de Tourmis que j*aie \us de ma route; ibsont d'argile, de forme conique , parfaitement durcis, et de la grosseur d'un sac.
Nous nous engageons bientôt dans le terrible bois de Saint-Jean situé au faite de partage des eaux. La foret est morte maintenant. Les cèdres géants dépouillés de leurs feuilles n^ombragent plus les taillis morts à leurs pieds.
Les broussailles sauvages elles-mêmes sont mortes, desséchées, et leurs feuilles tombées tourbillonneront bientôt au vent s'il y a jamais du vent dans cette région où aucune des formes de la vie ne semble pouvoir se manifester. Des pierres, des roches noirâtres couvrent le sol, et semblent, tant elles ont une apparence calcinée, être tombées du soleilou avoir été vomies par un volcan.
Au milieu de la forêt morte, le sentier disparait sous des jungles d'herbes coupantes que l'hiver reverdira peut-être, mais qui, pour être mortes maintenant , ne sont pas moins oflensives. Cest le matto bravo (i). L'estrada était jadis sabrée comme l'accuse la ca puera desséchée dans la forêt dépouillée.
On sort du bois de Saint-Jean par des bas-fonds pleins d'herbes coupantes et de roseaux-jungles de 2 à 3 mètres de hauteur. On disparait dans ce fourré au milieu duquel on marche au hasard.
C'est merveille qu'on ne rencontre aucun serpent , mais ici tout semble mort. Au delà, l'ancienne trace du sabrage, rectiligne, rectiligne dans les coteaux, rectiligne dans les vallées, rectiligne à l'infini, se poursuit à travers une autre forêt sans verdure et un pesant ennui, et fmit par aboutir à un ravin à bâches qu'on appelle Malacabado (mal terminé).
Assis sous les bâches de Malacabado, j'écoutai^ dans les
(1) Le bois méchant.
feuilles des palmiers le soufTle d'une petite brise dont le bruissement rappelait le crépitement d'un incendie , quand je vis venir, courbes et chargés, pieds nus, mal velus, deux hommes à l'aspect maladif, se traînant plutôt qu'ils ne marchaient.
C'étaient deux pauvres soldats qui portaient le courrier de Macapa à la colonie. Ils étaient partis de Macapa depuis déjà six jours.
Nous profitons de l'orage et de la pluie pour nous remettre en route. Le temps est plus doux, la marche moins pénible; alertes, nous cheminons dans le campo-garenne , à travers des espaces auxquels nos soldats du courrier viennent de mettre le feu.
J'allai à l'avant-garde, le nez plein de l'odeur de la savane brûlée : quelque chose de beaucoup plus acre qu'une poussière d'été après la pluie. J'allais, marchant sans voir, dans le vide d^un paysage sans accident et sans repère, lorsque quelqu'un d'assis sur le sentier me tira de mes rêveries. Celait un tigre qui paraissait aussi rêver. Les tigres sont nombreux dans la savane, mais inofïensifs. On peut s'endormir sans faire de feu. Ce sont, me disent les soldats, les amis du voyageur.
Le troisième jour nous fait passer du bassin de l'Aragouary dans celui de l'Amazone. Le campo devient presque limpo. Quelques grands arbres plantés çà et là jalonnent la route. L'un d'eux donne à une immense étendue du campo le nom de savane de Pao (i) Grande. C'est en cet endroit que nous laissâmes l'estrada qui suit encore longtemps les faites de partage, pour prendre un raccourci. Après une longue marche dans de fastidieux paysages, nous arrivâmes enfin à un ruisseau, le Lazareth, affluent du Pe-
(1) PaOf arbre.
drero, qui va à l'Amazone. La tête de ce cours d'eau , où nous le traversons, est encore fort peu importante. Elle a tout au plus 2 mètres de large, mais coule à i mètre de profondeur avec rapidité sur un sable clair qui reflète les silhouettes de la forêt. Nous grimpons la berge de droite, beaucoup plus élevée et plus boisée que celle de gauche , puis nous arrivons, par une forêt peuplée de singes, à un petit affluent du Lazareth, également large de 2 mètres et profond de 3 pieds, à l'eau également claire et limpide. Nous ne résistons pas au plaisir de prendre un bain , sachant que nous serons quatre jours sans plus trouver d'eau courante. Un ravin à bâches, des champs de pierres noires et pointues, un autre ravin à bâches avec des jungles de 2 mètres de hauteur, avec peu ou point de serra dos (i) : c'est le campo-garenne interrompu jusqu'au pont de la banlieue de Macapâ.
Nous incendions en grand la savane, puis nous faisons halte, car c'est l'heure du repas de midi. Le soleil est au méridien, nul nuage n'obscurcit le ciel, mais bientôt d'immenses tourbillons de fumée envahissent les quatre coins de l'horizon. Les crépitements de l'incendie , les ronrons de la flamme, se font seuls entendre sous la voûte noircie; la flamme rouge s'avance en conquérante , parfois semble s'arrêter et mourir devant un obstacle infranchissable; puis, joyeuse, dévorant les champs de roseaux des marécages, s'élève folle vers le ciel comme pour s'unir au firmament de fumée. La fournaise roulante va lentement, moins vite qu'un homme à pied, mais elle est tenace, passe les ruisseaux et bientôt nous oblige à lever notre camp sous la pluie, quotidienne dans la première partie de notre route , et qui éteint notre incendie.
(1) Serrados, fourrés.
gS LE PAYS DE MACÂPA.
Les savanes sont assez bonnes en cet endroit; j'y ai remarqué une particularité bizarre : c'est une infinité de poteaux semblables à des poteaux télégraphiques, qui ont été plantés dans ce campo absolument limpo pour indiquer originairement la direction à suivre. De cette savane, fort élevée entre toutes celles de la contrée qui le sont beaucoup, on voit assez distinctement les montagnes de Tartarougal et même, bien plus loin encore, une autre montagne qui, d'après les soldats, serait la serra do Campo de Mapa.
Le quatrième jour nous continuons notre route dans cette savane qui semble ne pas devoir finir. Les ruines d'une case construite sur le bord de Testrada et qu'on appelle Rio- Branco, du nom d'une rivière voisine qu'on ne voit pas, indiquent à nos guides la moitié du chemfn. Un sentier de a kilomètres conduit de la bicoque à un petit igarapé presque à sec. Le paysage est triste et monotone, il est toujours identiquement le même depuis le passage de l'affluent du Lazareth. C'est un plateau sans horizon, avec des arbustes clairsemés, rabougris, une herbe rare et médiocre, de vastes espaces incinérés, des champs crayeux et calcaires dans lesquels les eaux de l'hiver ont creusé des ravins profonds laissant la craie à nu et blanche.
Les effets du voyage commencent à se faire sentir : le pantalon et les chaussures ne tiennent plus, tout est en lambeaux, un des soldats est pris d'une fièvre violente qui devait le tuer en route. Il faut s'arrêter à chaque instant pour attendre le retardataire. Le paysage s'attriste, la savane est pleine d'arbustes dépouillés, comme morts, qui attendent l'hiver pour reverdir. Notre pèlerinage se poursuit silencieux; nous sommes les uns bien fatigués, les autres mala* des, mais ici il faut marcher ou mourir. Les soldats se traînent péniblement, pieds nus, sabre au côté. On marche parfois une journée pour trouver un œil d'eau qui se trouve
être desséché, c'est le désert^ loo kilomètres sans une maison habitée, un jour entier sans eau potable. Il n'y a pas plus d'un voyage par mois dans ce petit Sahara , et les voyageurs ne suivent pas toujours l'eslrada , car ils prennent souvent des raccourcis. Qu'on imagine un voyageur égaré ou malade dans ces solitudes!
Le cinquième jour, trois heures avant le lever du soleil, on recommence à cheminer, cheminer, cheminer devant soi, dans le vide, à l'infini, sans arriver, et on trouve cette occupation stupide. Le crépuscule, car il y a bien une heure ici entre le coucher de la lune et le lever du soleil, est triste et enfonce dans l'âme encore plus profondément le dégoût et l'ennui. Le soleil a beau monter dans le firmament et l'illuminer de ses rayons, le soleil qui réjouit le cœur de l'homme jette dans la tristesse et le découragement le voyageur fatigué. Les provisions de nourriture et de forces sont épuisées; il faut marcher dans la chaleur, la faim, la lassitude physique et morale. On arrive à une habitation ; indifférent à l'endroit et à Thehre, on se laisse tomber, morne, inerte, vaincu, ayant besoin de tout et indifférent à tout, l'âme oppressée et prostrée- Seul , on se laisserait mourir.
Le sixième jour, réconforté par l'hospitalité du senhor dos Reys, fazendeiro ayant i,ooo têtes de bétail, des plantations de tabac , de maïs , des bosquets d'acajou et six demoiselles à marier, je reprends avec les soldats le sentier douloureux. Nous longeons de loin le rio Fréchal. Le soldat malade s'arrête, incapable de marclier. Trois jours plus tard, un de ses camarades revint le chercher, il était mort. Nous poussons péniblement jusqu'à la case d'un vieux nègre où nous passons la nuit. Je n'ai rien vu, pensé à rien ; les jambes seules ont fonctionné.
Voilà la septième aurore dans cette savane maudite. Noa«
lOO LE PAYS DE MACAPA. |
avons tous la fièvre , quelques-uns ont les jambes enflées. Voici une habitation abandonnée avec un bosquet d'orangers. Laissons-nous choir ici et dormons-y jusqu'à la nuit a l'ombre. Faisant un efTort suprême ^ au soleil couchant, nous marchons encore trois heures. Macapa! c'est Jérusalem.
J'y entre avec la fièvre. Le vapeur est parti depuis le matin, et mes malles sont absentes.
La ville de Macapa. — J'eus une vive appréhension au début. '
En arrivant, je ne pus voir M. Silva Mendes gravement malade, et son commis me transmit fort inexactement ce que son patron l'avait chargé de me dire. Mes malles avaient été déposées par Joaquim Magalhens, qui n'avait pu accoster, dans une fie voisine de la ville, et le surlendemain de mon arrivée, M. Silva Mendes, qui m'avait logé et mis en pension chez un excellent homme de tailleur, le senhor Royo, second chef du parti conservateur de la comarca (i), faisait porter chez moi mes bagages. Je trouvai chez M. Silva Mendes toute l'urbanité, l'amabilité, la bonne volonté, la politesse, la générosité désirables. Je dus rester à Macapa du 17 octobre au i*' novembre pour attendre un nouveau vapeur. Malgré la fièvre, j'utilisai de mon mieux mes loisirs forcés.
Macapa est situé à Tembouchure du fleuve des Amazones à 33o kilomètres du cap de Nord, sur la rive septentrionale, ar 2* i5" de latitude nord et Ss»** 58 ' 19" de longitude occidentale.
La ville, qui n'était alors qu'un poste militaire, fut prise en 1696 par M. de FeroUes, gouverneur de Cayenne.
Macapa et Pinsonia, — Macapa, située sur la véritable
(1) Arrondissement.
LE PAYS DE MJLffiCP'A- lOI
embouchure de rAmazone, aspire à éti^JcL-capitale de l'Amazonie, '-y''.
Elle se dit sacrifiée à Santa-Maria de BeleiA-'dq Grao
*- »•* • Para, la ville du Tocantins. ^-'VIV .
Capitale d'une province brésilienne distincte, Macay^'*ser> rait, pense-t-elle, la capitale de la vallée. Tout le commercé/.*- • du grand fleuve aboutirait à son port; tous les vapeurs de * .•' cette Méditerranée de l'Amérique* du Sud auraient Macapa pourpoint de départ et pour point d'arrivée; Macapâ serait un Shangaî, une Alexandrie.
Les habitants ont demandé à diverses reprises d'être la capitale d'une province de Pinsonia (i) comprenant le bassin septentrional de l'Amazone jusqu'au rio Negro, au rio Branco et aux frontières nord de l'empire. On a repoussç leurs réclamations. Dès 1853, on présenta à la Chambre des députés de Rio de Janeiro un projet de loi demandant la création de la province de Oyapokia entre l'Amazone, le rio Négro, le rio Branco et les limites septentrionales de l'empire. Macapâ devait être la capitale de cette nouvelle province.
Le projet fut repoussé.
En iSSg, le même projet fut de nouveau soumis à la Chambre et eut le même sort que la première fois.
En 1870, un sieur Candido Mendes de Almeida fit signer, par 387 habitants de Macapâ et des environs, une pétition demandant la création d'une province d'Oyapokia ou Pinsonia. Ijà pétition fut présentée à la Chambre qui rejeta le projet.
Ainsi, par trois reprises, le titre de capitale fut refusé à Macapâ qui en a conservé une jalousie très vive contre Para, son heureuse rivale.
(1) Du nom du*naTigateur Vincent Pinson, qui le premier en releTa les c6(es.
I02 r.k."*tA*YS DE MACAPA.
Malade. — Grayienient malade à Macapa, je pus à peine y
-Rédaction de ma relation de voyage : j avais *. ** •
tous les jcHjrs la fièvre. J'étais au début de la carrière, je n'a-
vais •iîék- encore l'habitude de rester des journées entières ^ââ nourriture comme cela m'était arrivé dans l'estrada de •V.\Ma'capâ où y pendant trois jours, je ne mangeai pas et ne bus '\ ' que de l'eau sale. Ces petites privations m'avaient fatigué L'estomac ne fonctionnait plus.
L'air malsain de la ville aggrava mon état.
Petites misères de l'initiation.
Cet état de maladie devait persister pendant tout le temps de mon séjour à Para, du 7 novembre au 3o décembre. Je ne me guéris complètement des fièvres du Mapa et du cap de Nord qu'une fois arrivé dans les hautes terres qui sont au-dessus des chutes du rio Negro, dans la région relativement saine du Uaupes. Quand j'arrivai à Para, je me trouvai au milieu d'une épidémie de fièvre jaune alors dans sa période aiguë. Pour charmer les loisirs de l'attente, dans ma triste chambre d'hôtel, j'écoutais les gémissements de mes deux voisins de chambre, un Anglais et un Allemand, qui, dans l'espace de quinze jours, furent emportés tous les deux par le fléau.
J'avais aussi la fièvre, mais pas la jaune, la palustre; celleci me préserva de celle-là.
Macapa, de même que le Mapa, les Lacs, l'Apurema et l'Araguary, n'avait jamais été visité par un voyageur français. La Condamine, qui y passa en 1744» d ^^^ seulement les premiers fondements. Aussi, mon séjour dans cette ville produisit-il une certaine sensation.
La ville. — Macapa estune petite ville de 2,000 habitants environ, dont plus de la moitié s'absente en été pour travailler le caoutchouc. C'est une ville de seringueiros, me disait-on dédaigneusement à l'Apurema. xArrogance de gens
LE PAYS DE 3I/VCAPA. Io3
riches habitant le plus beau district peut-être de Pinsonia. Macapa n'est presque rien, il est vrai, mais pourrait devenir une des capitales du inonde. La ville est pauvre, presque sans industrie et sans commerce.
Le chiffre total des importations et des exportations était de 5oo,ooo francs en 1862. Aujourd'hui il doit être bien inférieur à cette somme. Des fazendas de cinquante têtes de bétail, sauf celle de dos Reys qui en compte mille, un peu de caoutchouc : voilà toutes ses richesses. Population de petites gens, ouvriers, petits commerçants, peu ou point de bourgeoisie.
Population peu instruite : Técole primaire ne compte que cinquante et un garçons et dix-huit filles. Ce n'est qu'en 1842 que le territoire de Macapa a été élevé au rang de comarca. Mais Macapa commande l'Amazone, et son territoire colonisable par les Européens est grand comme le Portugal.
Les rues de Macapa sont perpendiculaires et orientées exactement est-ouest et nord-sud. Elles sont toutes perpendiculaires ou parallèles à l'Amazone. Elles sont fort malpropres, ce qui est une des causes principales d'insalubrité. Les places publiques sont immenses et nombreuses.
11 en est deux ou trois rectangulaires, qui sont comme de grandes savanes au milieu de la petite ville. Pas un monument digne d'être signalé.
L'église, qui a été récemment replâtrée, est sans style et nue. Il existait jadis un hôpital militaire et quelques belles maisons sur le bord de la mer ; le tout est tombé en ruines ou a disparu.
On trouve dans les rues quelques réverbères mal éclairés, juste ce qu'il faut pour voir qu'on n'y voit pas.
Les maisons sont vulgaires, en clayonnage enduit d'argile, crépies et blanchies, parfois un peu peintes; beaucoup sont couvertes en tuiles; quelques-unes ont des vitres; la
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plupart sont sans plancher entre la terre nue ou le carrelage, et la toiture. J'en ai remarqué trois ou quatre ayant un peu de style. L'ameublement le plus indispensable fait généralement défaut; le lit est presque inconnu, on dort dans un hamac. La ville passe pour malsaine, fiévreuse, ce qui serait une des causes de la lenteur de son développement. C'est une ville découragée qui a manqué sa vocation et qui est triste. Elle a peu d'esclaves : deux cents environ. Elle en émancipe jusqu'à dix par mois; elle en a libéré mille depuis 1871 . D'ici peu, elle n'en aura plus. Ils sont bien traités, et rien ne les distingue du reste de la population; ce sont des domestiques. [^ raison de cette extrême humanité de la part des propriétaires est dans la facilité qu'ont les esclaves de <c prendre le chemin de Mapa ».
La forteresse. — La ville date de 1744* L^s 18 et 19 janvier 1744? La Condamine terminant son voyage de l'Amazone mesurait 3' de latitude nord à l'endroit où les Portugais élevaient le nouveau fort, le fort de Sao-José. Le fort de Santo- Antonio avait été construit en 1686 sur les ruines de Camaù que son gouverneur avait fait sauter en soutenant un siège contre les Anglais. Le fort de Santo-Antonio fut construit, à deux lieues en aval de la forteresse actuelle, par Fer^ nando de Castro deAthay deTeive. Le fort de Santo-Antonio fut pris en 1696 par M. de Ferolles, gouverneur de Cayenne, qui y lais3a une petite garnison. Cette garnison détruisit le fort avant de se rendre aux Portugais.
Le nouveau fort, la fortcUaze actuelle, peut avoir un certain intérêt archéologique, mais c'est une construction bien inoffensive. C'est un bâtiment rectangulaire, style Vauban, avec des canons qu'un député de Para, M. Mac-Dowel dit qu'il faut envoyer au Musée des antiques. Ces canons sont au nombre de 86, des calibres 36, 24^ i^, 9^ 8, 6, 4^ 3, 2, I . Les murailles ont de 2 à 3 mètres d'épaisseur, mais le ma^
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gasin de poudre n'est jamais approvisionné; les vieilles pièces de la forteresse éclateraient à la première décharge, et la petite garnison des artilleurs qui est là, soigneusement triée sur le volet, a, au su de tout le monde, la valeur militaire des soldats de la colonie de Dom Pedro II d'Aragouary.
Macapâest une ville de déportation, un presidio.
Le principal objet de la forteresse est d'y dépêcher les condamnés, qui y meurent vite. Les toitures, crevées depuis des années, ne sont pas réparées; les gouttières sont passées à l'état d'institution, et les prisonniers qui subissent dans ce bagne un hiver sous la pluie succombent rapidement à des pleurésies aiguës. C'est le Spielberg de S. M. Dom Pedro.
Départ pour: Para, — A Macapà s'arrête, au sud, mon voyage : la rive droite de l'Amazone n'était pas de mon domaine. J'avais désiré un instant me rendre par terre au Jary, pour rattacher les explorations de de Beauve à celle de Crevaux. Faute de temps, d'argent, de santé, je dus me rendre directement à Para , où je perdis cinquante jours à me soigner, du 7 novembre au 3o décembre.
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