L AMAZONE ET LE RIO NEGRO. IO
Nous avons croisé deux vapeurs, aujourd'hui. La nuit, on commence à entrevoir de loin des abatis qui brûlent sur les rives de TAmazone. Puis le paysage s'embellit : c'est l'immense incendie de la forêt vierge dans la nuit sombre. Nous passons sans les voiries collines d'Almeïrim, du Jutahy et de Paraquara , qui s'étendent sur la rive gauche entre Almeîrim et Prainha.
Prainlia. — Nous touchons à Prainha à quatre heures du matin. Prainha, à l'embouchure de l'Urabucuara , est une petite ville d'environ 200 habitants.
Monte Alegre. — L'embouchure du Gurupatuba est médiocre. Nous remontons la rivière dont les rives, couvertes de la végétation des terres moyennes, possèdent quelques habitations. A huit heures nous mouillons devant la jolie petite ville de Monte Alegre^ un des points les plus sains de l'Amazonie. Monte Alegre, qui a environ 5oo habitants, est située dans un horizon de collines abruptes. Elle se compose de deux villes, la villebasse avec une jolie plage, une trentainede maisons à un étage construites à l'européenne, et la ville haute dont on n'aperçoit, dans le fond, que l'église à deux tours.
De dix heures du matin à quatre heures du soir la chaleur est maintenant accablante, bien que ce soit l'hiver. Le ciel est d'airain, pas un souffle, et la machine nous rôtit.
A six heures nous nous arrêtons pour prendre un passager d*entrepont, à une fazenda construite dans le style des maisons de Zanzibar. Des iles d'herbes flottantes voyagent autour de nous.
Saniarem. — A neuf heures nous faisons escale à Santarem. La nuit est noire. Nous ne voyons qu'une douzaine de lumières. Au dehors, la tempête. Le vent fait rage. Santarem est la plus grande ville entre Para et Manàos, elle compte 4,000 habitants.
Alemquer. — Nous passons^ cette nuit, l'importante ville
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diAlemquer^ située rive gauche sur un parana de l'Amazone , et qui a i,ooo habitants.
Ohidos et les savanes. — Ce matin, 4 janvier, à 9 heures, un peu en aval de l'embouchure du Trombetas , nous rencontrons 06/^j, la villela plus importantede la rive gaucheentre Macapà et Manàos. Elle compte environ i,5oo habitants. Obidos est bâtie sur descollines et dans des replis de terrain. I.a ville est masquée par des hauteurs. Elle est défendue par deux petits fortins armés chacun de trois canons.
Obidos est la capitale des prairies du Bas Amazone. Ces prairies s'étendent sur la rive gauche du fleuve, de Macapa, à Faro. Limitées au Jamundâ, elles se trouvent toutes dans la province de Para. Les centres les plus riches en bétail sont, après Obidos, Alemquer, puis Monte Alegre et Faro, puis Prainha. Alme!rim et Macapi ont, sous ce rapport, moins d'importance. Toutes ces prairies, de Macapa à Faro, comptent environ 60,000 têtes de bœufs. De Faro aux campos du rioBranco, c'est le grand-bois.
Faro. — Ce soir, tempête^ pluie et vent, avec accompagnement de tonnerre. Nous avons failli aborder un vapeur dans la brume. Toute la nuit , pluie, vent et froidure. Nous nous arrêtons un instant à Faro^ à l'embouchure du Jamundâ. Faro est une petite ville de 5oo habitants.
Panntins. — Un peu plus loin, c'est Parintins, jolie petite ville de plus de 600 âmes.
Ce matin, 5, suite du mauvais temps. Des terres élevées se succèdent sur la rive gauche et des plages de sable sur la rive droite. La brume et la pluie alternent.
Itacoatiara. — A huit heures du soir, deux heures d'arrêt à Itacoatiara, l'ancienne Serpa , bâtie au sud du lac de Serpa , sur une petite colline. Itacoatiara a environ 5oo habitants. Dans l'intérieur des terres, au nord-ouest, est Capella, dans te delta du Uatuman; et, au nord-est , Concessào^ sur le lac de
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Serpa. Concessao a environ 5oo habitants. Un peu plus loin est Si'heSf qui a aussi environ 5oo âmes , sur le lac de TUrubii ; et Matarj'j à rembouchure de la rivière du même nom.
Mandos. — Ce matin, 6 janvier, à onze heures, sous la pluie, nous arrivons à il/a/zaojr, ville de 1 5, ooo habitants, capitale de TAmazonie intérieure et chef-lieu de la province de l'Amazonas.
Manâos est à 1,626 kilomètres de Para. Le passage, en première, coûte 80 milreis, soit, au pair, 200 francs.
Le rio Negro. De Manâos à Thomar. — Après dix jours à Manâos, lesquels me parurent courts grâce à l'excellente hospitalité de M. A. d'Anthonay, un Parisien ayant aujourd'hui une dizaine d'années d'Amazonie, j*embarquai, le i6au soir, sur lé vapeur qui fait le service mensuel du rio Negro. C'est actuellement le Mojù, le plus mauvais vapeur de la compagnie de l'Amazone. Le Mojû a deux petites cabines, Tune pour les hommes et lautre pour les dames. Le pont sert de salle à manger^ de salon et de fumoir; une grande table longue en fait tout l'ornement. Le soir, autour de cette table, on voit se tendre, sur le pont devenu maintenant dortoir, les dix-huit hamacs des passagers de première.
Nous avons avec nous un notable indigène du rio Negro, Manduk Aguiar» caboclo élevé en Europe, parlant correctement le français et l'anglais. Il est de petite taille, d'aspect mongoloïde, d'une majesté bourgeoise. C'est d'ailleurs un garçon fort sympathique.
Tauapecaçu à Muirapinim. — A six heures du matin nous sautons tous, commodément, dans un débraillé sans façon , du hamac au café. A huit heures nous arrivons à Tauapecaçu y village qui a dix maisons dont une d'aspect européen, et une centaine d'habitants, le plus souvent dispersés dans les sitios des forêts voisines , comme il est d'usage dans toute cette contrée, Le rio Negro, qui est maintenant aux
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eaux moyennes y présente d'immenses plages de sable. Une comète apparaît, ce soir, 17 janvier, à huit heures, dans la direction du sud-ouest. A huit heures et demie nous nous arrêtons un instant à Miuixipinim , village invisible dans la nuit.
Après une nuit de pluie et d'orage, le temps est frais et brumeux. Bien que nous soyons au-dessus de la baie de Boyassd , nous avons encore au rio Negro une largeur libre plus grande que celle de l'Amazone.
AyraOy et son maître cf école. — A midi nous arrivons à j4jrâoy qui compte une vingtaine de maisons avec environ cent cinquante habitants, village et sitios voisins. Je me dispenserai à l'avenir, pour le rio Negro et le Uaupes, de cette indication. Il demeure entendu que la population d'un village ne demeure que temporairement au village; la plupart du temps elle esta la campagne, dans ses sitios voisins. On a une maison a /a 2;///^ pour y aller à l'époque des fêtes; le reste du temps on vit chez soiy dans la maison de plaisance de la forêt.
Ayrao est un des quatre villages du rio Negro dotés de maitres d'école. Les trois autres sont Moura, Carvoeiro et Barcellos. Le « professor publico » d'Ayrao est un bon vieux Portugais naturalisé brésilien , et électeur, ce qui est le rêve de plus d'un maître d'école du Brésil. Le bon Mendes , — c'est le nom du magister, — a, dans une salle en bousillage, sur des bancs à l'américaine, une cinquantaine d'élèves, attentifs et intelligents. L'origine européenne de Mendes se traduit dans son jardin : j'y vois des treilles et des figuiers. Les raisins sont bons , mais le figuier, récemment planté, n'a pas encore donné de fruits. Ayrao est d'ailleurs un village intéressant. La race est fortement croisée d'Indiens, mais la plupart de ces métis ne paraissent pas moins civilisés que nos paysans d'Europe. On trouve des machines à coudre dans la plupart des familles.
Moura et les anthropophages. — A six heures du matin,
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nous arrivons à Moura, Tancienne Pedreîra. La chaloupe de guerre destinée à protéger Moura contre les Jauapirys est mouillée en face du village.
Moura compte environ vingt maisons, dont quelques-unes couvertes en tuiles , et cent cinquante habitants. Quelques pieds d'orangers ont été plantés le long de la rivière. On y trouve aussi quelques cocotiers. Des Iles nombreuses et des plages rocheuses forment un beau paysage* aux environs. Agassiz n'a pas dépassé ce point.
Tous ces villages du rio Negro, sauf Barcellos, sont de rimportance de Counani ou de Mapa.
Ici on ne parle que des récents exploits des terribles Jauapirys, des soldats et des habitants qu'ils viennent de massacrer à la suite du pillage, bien imprudemment accompli par les braves du village, de huit pirogues jauapirys qui venaient pacifiquement pécher dans le rio Negro.
Le climat du bas rio Negro est électrique et énervant.
Vordinaire du bord. — L'ordinaire du bord se dessine : ni pain ni vin, mais des cure-dents à discrétion. Pour quinze personnes, nous avons deux carafes d'un vin de campéche fortement dilué. Il nous faut boire de cette mauvaise eau du rio Negro, si lourde, noire comme de l'encre dans la rivière, jaune-verdâtre dans le verre. Le pirarucù et la carne-secca forment la base de l'alimentation. Les passagers, bien que tous commerçants du rio Negro et habitués à la vie du pays, ne trouvent nullement cet ordinaire à leur goût.
 une heure , nous passons le rio Branco. î^es trois bouches du delta ont très peu d'eau maintenant, à peine assez pour une montaria. A cette époque de l'année, le rio Branco est au plus bas étiage.
Les eaux des deux rivières, sur plus de cent kilomètres, ne se mêlent pas.
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Cari^oeiro. — Nous avançons, toujours à la sonde, avec une ou deux brasses de fond. A quatre heures nous arrivons à Cari^oeiro, village de quinze maisons et de cent habitants. Trois maisons sont couvertes de tuiles.
Nous naviguons entre des tles d'alluvion. Les berges, fort élevées, sont lointaines. La nuit, il nous faut mouiller, de crainte d'ensabler.
Ce matin^ 20, le temps est très frais. On a la sensation de rhiver. Nous naviguons sur des bas-fonds entre des lies basses. Le pilotage devient difficile.
Voici la plage où a été récemment assassiné le jeune frère du docteur Al fredo, avocat de Manàos.
BarcelloSj V ancienne capitale, — Le 21 , à six heures du soir, nous arrivons à Barcellosy chef-lieu de comarca et capitale du moyen rio Negro. Le Barcellos actuel se compose d'une trentaine de maisons couvertes en tuiles. Sa population est d'environ 200 habitants. Autrefois, alors que Barra do rio Negro, la future Manâos, n'était encore qu'un village sans importance, Barcellos, qui était le chef-lieu de .la capitainerie du Rio Negro, comptait 4»ooo habitants. Sur la berge, on voit encore des marbres inutilisés qui datent du siècle précédent. Sur l'autre rive débouchent le Daîmini et l'Araka qui communiquent, dit-on, avec le Catrimani.
On dépose à Barcellos l'assassin du frère du docteur Alfredo. Selon la loi de l'empire, le criminel doit élre jugé au chef-lieu de la comarca où le crime a été commis. On fait une enquête; puis on le juge, s'il y a assez de jurés. Comme il n'y en aura pas assez à Barcellos, car toute la population est en ce moment au caoutchouc et à la piaçaba , l'individu sera, après l'enquête , reconduit au jury de Manaos. Ce misérable est un Indien^ qui assassina de propos délibéré, à coups de sabre et de fusil, le malheureux jeune hommequ'il avait pour patron.
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Moreira. — Parcourues en vapeur, ces rivières, qui ne semblent pas devoir finir, sont d'une monotonie désespérante. Depuis le départ, entre les repas, tout le monde dort.
Nous nous arrêtons à un sitio, rive droite, pour y laisser de la charge à une petite goélette qui est là à nous attendre. Puis c*est Mordra y village en face duquel nous passons la nuit. Moreira construit à la cime d'une espèce de falaise, compte environ dix maisons et cent cinquante habitants.
Ttwmar. — Nous arrivons à Thomar le îi3 janvier à huit heures du soir. Je suis reçu dans la maison des senhores Mendonça et Edmundo. Je pends mon hamac dans un magasin qui regorge de caoutchouc. Le Moju est parti ce matin pour Santa-Izabel, sitio situé à deux jours de Mojû d'ici, et terminus de la navigation à vapeur au rio Negro.
Le magasin de caoutchouc où je suis domicilié est une espèce de hangar fermé servant actuellement de marché public. C'est encombré de malles, de marchandises et de produits du pays sans cesse apportés; je ne désemplis pas toute la journée d'acheteurs et de vendeurs.
Thomar, l'ancienne Bararua des Barès, compte actuellement une quinzaine de maisons, dont cinq ou six à l'européenne, avec une population de deux cents habitants. A cette époque de l'année, la plupart des maisons sont désertes : les habitants sont au caoutchouc et à la piaçaba. On remarque dans la capuera quatre ou cinq cases de belle apparence , à moitié ruinées : dès que le propriétaire a fait sa fortune, il se rend à Rio ou en Portugal et abandonne sa case sans regret.
Thomar a une église, comme tous les villages du rio Negro mais , comme dans tous les villages du rio Negro, l'église n'a pas de prêtre. Sauf Tauapecacu, qui en a un, on n'en trouve pas un seul dans tout le rio Negro et le rio Branco. Quand un prêtre passe, par hasard, dans ces riviè-
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. res, il y opère une magnifique cueillette : tout le inonde se met à se marier.
Le Mojù rentre ici le 27, retour de Santa-Izabel. Il a beaucoup de charge à prendre à Thomar, qui est un centre de quelque importance. La maison Edmundo etMendonça, donne à elle seule, au Mojû 522,000 kilogrammes de caoutchouc. Il charge aussi l^eaucoup de piaçaba. On sait que la piaçaba est la chevelure d'un palmier, chevelure qui, coupée et roulée en bottes, se vend, surplace, 3oo reis le kilogramme (environ 70 centimes).
Excursion au Padauiri (27 janvier — ï5 féx^rier), — Je me propose de remonter le Padauiri pour arriver au rio Branco par le Catrimani ou le Mocajahi.
Nous partons le 27, avec un sieur Jonquiera, Maranhaoense, commis de la maison Aguiar deSao-Gabriel. Nous couchons en rivière. Le lendemain nous déjeunons avec un jeune Portugais appelé Pimenta, marié ici avec une Indienne. Le soir nous arrivons chez Jonquiera, dont le baracao est en face de Tembouchure du Padauiri. Je rencontre chez Jonquiera mon ami de Thomar, Edmundo Ferreira da Costa, qui m'accable de boites de conserves. Pour l'ordinaire, les Brésiliens s'entendent admirablement à pratiquer la plus large et la plus aimable hospitalité.
Le rio Preto. — Les fièvres m'ont repris. Voyager pendant la saison des pluies ! il faut être enragé. C'est du moins Ta vis de mon capitaine. Clément Demont, qui commence visiblement à en avoir assez du métier d'explorateur. Pourtant il n'est pas malade, lui.
Le Padauiri n'est pas la rivière principale, il n'est qu'un affluent de gauche du rio Preto. Nous nous engageons d'abord dans le rio Preto, large de cent mètres et plus. Après un sitio où nous ne trouvons que quatre mamelucas joyeuses, comme il y en a tant dans leur race, nous rencontrons à
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gauche, à la cime de hautes berges, un petit village abandonné.
Le rio Preto et le Padauiri ont déjà été suivis par la commission brésilienne des limites avec le Venezuela (sous les ordres du commandant Araujo.) L'expédition remonta en chaloupeà vapeur jusqu'à la cachoeira, puis, au-dessus, prit des pirogues et plus haut établit , par un des cols delà serra Tapiirapecùy un sentier entre les sources du Padauiri et celles du rioCastano.
Les rives sont bordées de forets de palmiers. Nous passons la nuit dans la hutte d'un seringueiro, en face du confluent du Padauiri et du rio Preto.
Le Padauiri. — Les forêts de palmiers s'étendent toujours invariablement sur les deux rives. La rivière, qui coule presque tout entière dans Thémisphère nord, est maintenant à l'étiage. Au rio Negro, c'était l'hiver; au Padauiri, c'est l'été. Nous rencontrons de nombreuses plages de sable. Parfois, à un coude du cours d'eau, nous voyons s'étendre dans l'intérieur, à perte de vue, des forêts de palmiers dans des marécages broussaiîleux. Parfois nous courons risque de nous ensabler; on navigue au fourca au milieu de la rivière, qui a pourtant, jusqu'à lacachoeira, une cinquantaine de mètres de largeur.
Avec le Padauiri , rivière aux eaux blanches, nous prenons possession du royaume des piuos, des carapates et des maringouins, au milieu desquels nous dînons dans la forêt.
La rivière est banale, toujours des terres basses et des palmiers. Dans les eaux , dans la forêt et sur nos têtes, c'est un grouillement perpétuel; crocodiles, pirarucùs, marsouins, taupes marines, s'ébattent autour de la pirogue; des perroquets et des aras passent dans le ciel en bandes criardes.
Beautés équatoriales. — Les merveilles de la nature tropicale ne sont pas toujours si merveilleuses. Ici ce n'est
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nullement gigantesque, mais désordonné, confus et sale. Ce n'est ni beau à voir, ni agréable à sentir. Ce n'est pas non plus beau à entendre, car le charivari de ces forêts est bien ce qu'il y a de plus agaçant. Ce n'est pas non plus beau à \isiter : les ronces vous déchirent, les lianes vous arrêtent, vous ne voyez rien, le vert vous aveugle, vous enfoncez dans la boue et les détritus où la vermine vous dévore. Chiques ^ tiques, piaos, carapates, moustiques, maringouins, fourmis, punaises, élisent domicile sur la peau et dans la peau de votre individu.
Et toujours la fièvre accompagnée de névralgie et de migraine!
C'est notre troisième journée de voyage depuis Thomar. Les plages de sable deviennent de plus en plus nombreuses. Presque à chaque coude, la rivière laisse une plage et empiète sur la rive opposée qu'elle ronge.
Nousdinons dans la forêt au milieu d'un essaim d'abeilles, et dormons, un peu plus loin, au bruit d'un effroyable concert que nous donnent les jaguars et les oiseaux de nuit.
Les Français de Guyane. — Partis avant le lever du soleil, nous naviguons toute la journée au milieu de terrains en formation et déformation incessante. Le soir, par une pluie battante, nous arrivons chez un Français, Marcel Bettouyth, Bordelais établi depuis quelques années dans la contrée pour y exploiter le caoutchouc et la piaçaba.
Quand les eaux sont grosses (dans cet hémisphère, elles commencent à grossir en avril), on peut faire le voyage du Padauiri au rio Branco en pirogue. Des terres marécageuses alors noyées font communiquer le Padauiri et le Catrimani. Maintenant il est absolument impossible de faire ce voyage; le passage est obstrué et impraticable : au-dessus de la première cachoeira, il n'y a plus d'eau pour une pirogue.
Je vais me dédommager en remontant le rio Negro jus-