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ÉTAT ÉCONOMIQUE ET SOCIAL DU RIO BRANCO

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Sécheresse f variole et famine. — aS janvier- 22 février. — Il n'y a pas actuellement assez d'eau dans le rio Branco pour permettre aux batelôes de descendre. La sécheresse est exceptionnelle cette année. Tous les dix ans la repiquète de décembre (Boyassu) ne. se produit pas, les batelôes ne peuvent descendre la secca qu'en mai, un été torride se prolongeant jusque-là.

De plus, un cas de variole s'étant produit à Boa-Yista, il en est résulté une frayeur générale , maîtres et Indiens ont déserté le village pour se réfugier dans les fazendas; il me serait impossible d'arranger deux Indiens pour descendre en montaria jusqu'à Manâos. Je suis prisonnier de la secca et de la hechi^a (variole). Il faut attendre.

Il n'y a pas de batelao récemment arrivé de Manâos, d'où, pas de provisions à Boa-Vista et pour moi pas de lettres. En février, le batelao de Manoêl José Campos, mon hôte, un Portugais fort serviable, doit arriver à Boa- Vista. Peut-être m'apportera- t-il des nouvelles; il y a huit mois que je n'ai reçu un mot de personne.

Je suis complètement débilité , anémié. Pour rétablir ma santé profondément altérée j'aurais besoin d'un bon régime et d'un long traitement. J'ai la face terreuse, les yeux creux, caves, les traits étonnamment amaigris. Or Boa-Vista

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est maintenant aussi dépourvu de tout qu'une maloca du centre. Ni viande fraîche, ni lait, ni fruits, ni vin, pas même de cacha ça. Ce régime de farinha et de carne secca n'est pas débilitant, mais il irrite Testomac et fait empirer mon eczéma.

Pendant les périodes de sécheresse, l'existence de ces pauvres fazendeiros est loin d'être plantureuse. Il leur seraitcependantfacile avec le mais, le lait , le fromage , la viande fraîche, les haricots, les bananes, de se procurer le confort. Mais ils sont imprévoyants et insouciants : il y a de l'Indien dans leur caractère. A Boa-Vista il n'y a guère que mon hôte, le très sympathique José Campos ; un jeune Brésilien, Carlos Magalhens, et le maître d'école du village^ Capistrano da Silva Motta, qui aient daigné s'assurer le confort quotidien.

Comme il est écrit que je ne serai pas quinze jours sans avoir quelque nouvelle maladie, me \oici souffrant, depuis mon arrivée à Boa-Vista, d'une névralgie cruelle, déjà ancienne de quinze mois, et qui de temps à autre vient se rappeler à mon souvenir.

4 février, de nuit. — Le batelâo de Campos, à bord duquel je dois avoir des lettres, fait quarantaine au Carneiro, à un jour en aval de la chacoeira. Sur dix personnes d'équipage, y compris le patron, sept sont mortes de la variole. Restent le patron et deux Indiens. La consternation est générale à Boa-Vista. Avant deux mois peut-être, il va être impossible d'arranger un Indien pour descendre à Manâos.

Les Indiens civilisés, moins braves que les sauvages, ont peur de la mort. S'il éclate dans les nialocas une épidémie de variole, nous sommes bloqués ici. Et le batelao de Campos n'apporte aucune provision alimentaire.

On appréhende sérieusement une épidémie de variole

dans les tribus du haut. On ne peut prendre aucune précaution sanitaire, le reste des équipages décimés, au lieu d'observer la quarantaine, fuit de nuit pour les malocas qui ne tarderont pas à être infectées. La variole fait en ce i;noment, disent les lettres de Manaos, des ravages terribles sur les Indiens du rio Negro, du Purus, du Madeira et de la ville.

Enfin! Les fazendeiros ont réussi à engager quatre Indiens vaccinés, qui, avec une égaritea, vont chercher de la vaccine à Manâos. Je descendrai avec eux. Le batelâo de Campos fait toujours (|uarantaine au Carneiro. La correspondance qu'il apporle n'est pas encore arrivée ici.

Ne laissons pas le rio Branco sans donner sur cette rivière quelques notes générales de géographie ethnique, d'ethnographie et d'économie sociale.

Notes de géographie ethnique. — On serait mal venu de nier, pour ce qui concerne le rio Branco, la rapide disparition de la population indigène.

En 1787, on comptait vingt-deux ^ribus aii rio Branco.

Les Parauillanas qui habitaient aux sources du Takutu et du Repunani. Ce sont les Parauillanas qui fournirent le phis d'Indiens aux povoaçôes de la rivière. Ils vendaient des esclaves aux Hollandais. Ils sont aujourd'hui complètement éteints.

Les Amarihas habitaient la même région, ils avaient trois tuxaus, appelés alors principaes. Ils sont éteints comme les Parauillanas.

Les Atorradis habitaient la même région que les Amarihas et les Parauillanas. Ils avaient trois tuxaus. On possédait quelques Atorradis au Garmo. Les Atorradis sont aujourd'hui considérablement réduits en nombre.

Les Caripurias habitaient la serra Makarapan. Ils faisaient un grand commerce d'esclaves qu'ils vendaient aux Hol-

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landais. Ils ne descendaient guère au rio Branco. Ils avaient quatre tuxaus. Il ne reste plus aujourd'hui que deux ou trois douzaines de Caripunas au bas Repunani.

Les Caraïbes habitaient la même région que les Caripunas. Ils faisaient aussi le commerce des esclaves avec les Hollandais. On les disait cannibales. Ils étaient en guerre avec les Caripunas. On ne trouve plus aujourd'hui que de rares échantillons de cette tribu dans le voisinage des Caripunas actuels.

Les Macuchis habitaient de la serra Makarapan aux sources du Mahii. Ils avaient cinq tuxaus. Ils étaient complètement sauvages et ne descendaient pas au rio Branco. On n'en eut que deux qui furent établis à Sainte-Marie. Ils faisaient la guerre avec des flèches empoisonnées à Turari , ils avaient pour ennemis les Uapichianas. Aujourd'hui les Macouchis sont la tribu la plus nombreuse du rio Branco, ils ont dû augmenter en nombre.

Les Uapichianas {Ouapichiunes^ habitaient des sources du rio Mahu à celles du rio Parime. Ils avaient quinze tuxaus et étaient alors la tribu la plus nombreuse de la contrée. Déjà presque tous pacifiques, domestiqués, habitués à travailler avec les blancs, ils étaient aussi nombreux que les Parauillanas dans les povoaçôes. Les Macuchis, les Caripunas et les Parauillanas étaient leurs ennemis. Aujourd'hui ils sont bien moins nombreux que les Macuchis.

Les Tucurupis habitaient aux sources du rio Parime. Ils étaient peu nombreux. La tribu est éteinte.

Les Acarapis(\m habitaient la même région étaient également peu nombreux. Il y en avait un à Sainte-Marie. Ils ont disparu depuis longtemps.

Les Oaj'cas habitaient depuis les sources du Parime jusqu'à celles du Amajari. Ils avaient six tuxaus dont un, avec sa famille, était établi à Concessao. Ils eurent jadis un

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traité avec les Espagnols. On ne trouve plus vestige de cette nation.

Les Arinas habitaient aux sources de l'Amajari. C'étaient des Indiens déserteurs des aidées espagnoles. Ils avaient deux tuxaus. La tribu est détruite.

Les Quinhaus habitaient aux sources de Tigarapé Cadacada. Ils étaient peu nombreux et avaient un traité avec les Espagnols. La tribu est éteinte.

Les Porocotos habitaient Tigarapé Taktu. Ils étaient également sous l'influence espagnole. Ils avaient deux tuxaus et étaient peu nombreux. Ils n'ont guère diminué en nombre.

Les MacuSy également sous l'influence espagnole, étaient nomades. On les rencontrait fréquemment près de la Serra Andauari. Il parait qu'il en existe encore dans cette région.

Les Aoaquis habitaient aux sources du Cahuamé. Ils avaient trois tuxaus et étaient assez nombreux. Les Espagnols avaient traité avec eux. La tribu a disparu.

Les Guimaras habitaient aux sources du Maraca. Us avaient deux tuxaus. Us avaient un traité avec les Espagnols. La nation a complètement disparu.

Les Zaparas habitaient au Mocajahi. D'abord ils eurent des traités avec les Espagnols. Réduits par les Portugais , ils provoquèrent, en 1781, une révolte dans les tribus et les povoaçoes, révolte qui, en s'élendant, amena avec l'attaque des Jauapiris à Sainte-Marie, arrivée vers la même époque , la rapide décadence des povoaçoes qui, de 1787 à 1878, furent complètement abandonnées. En iS/jo, Schomburgk trouve encore quelques Zaparas à l'Uraricuera. Aujourd'hui la nation a disparu.

Les Tapicaris, voisins des Guimaras, étaient aux sources du Mocajahi. Comme eux, ils étaient soumis aux Espagnols, et comme eux ils ont complètement disparu.

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Les Paochianas sont de la famille des Zaparas et des Tapicaris. Ils habitaient alors le Catpraani moyen et inférieur. Ils étaient nombreux. On en trouve aujourd'hui une cinquantaine au Mocajahi.

Les Barauanns habitaient le haut Culrimani. Ils avaient trois tuxaus. On comptait beaucoup de Barauanas au Carmo. Il en reste aujourd'hui une vingtaine dans le haut Padauiri.

Les Chaperos et les GuajaroSj dès celte époque peu nombreux , ont aujourd'hui complètement disparu.

Sur ces vingt-deux tribus qui existaient au rio Branco en 1787 , treize se sont éteintes, huit ont diminué en nombre^ seuls les Macouchis , les plus sauvages^ sont devenus plus nombreux. Il faut tenir compte aujourd'hui des quelques tribus plutôt mieux connues que nouvelles : les Jarecu^ nas'y alors confondus avec les Macuchis; les Chiricumos du Âmajari; les Maracana des Maracas; et les tribus bravas du bassin oriental , qui alors n'étaient pas découvertes.

II existe deux groupes de Macuchis : ceux de l'est, qui habitent le Mahu, le Takutu etCuandu Cuandu; et ceux de l'ouest, qui habitent l'Uraricuera, TAmajariet les Maracas.

Les Macuchis du Mahu n'ont plus aujourd'hui de tuxau. Les Anglais donnent au Mahu le nom d'Iren, mais ce nom est impropre. Le nom d'iren était donné autrefois par les Macuchis au Takutu , de Sâo-Joaquiin au confluent du Mahu, et c'est de cette appellation antique. que vient le nom [donné aujourd'hui par les Anglais à cette rivière.

Le haut Coti (le Cotinga des Anglais) est uapichiana, le bas et le moyen Coti, le Surumu, sont macuchis. Tous les Macuchis de cette région sont soumis au tuxau Maciani (nom indianisé de machada : hache) qui habite au Coti. Il y avait jadis, au haut Coti, une maison de commerce anglaise. Elle a été abandonnée il y a une douzaine d'années. Quelques Macuchis de la contrée entendent un peu l'anglais.

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Pour les Macuchis, le Surumii prend sa source au-dessus du Maruaye et tombe dans le Takutu. Le Coti est affluent du Surumu. Il y a, dans ces rivières presque sans eau, quelques ubas inacuchis.

Au Takutu y le centre macuchi le plus important se trouve dans le coude intérieur de cette rivière , à la serra du Tucano.

La haute et longue serra Cuandu Cuandu est le plus important de tous les centres macuchis. Il y a là autant de Macuchis que dans tous les autres centres réunis. On les dit sauvages et à moitié féroces. Les deux maisons anglaises du Repunnni en ont quelques-uns à leur service. Ils n'entendent pas l'anglais. Cuandu Cuandu est à huit jours de canot au-dessus du fort de Sao-Joaquim , en remontant la rivière. La montagne est tr'ès riche en bois précieux, muirapinima et autres. Un seul fazendeiro du rio Branco est allé en tirer pour la construction de son batelao, les autres n'osent, par crainte des indigènes mal famés.

Les Macuchis des Maracas ne sont guère moins sauvages que ceux de Cuandu Cuandu. Comme eux, ils vont de tangue et de calembé. Il parait que leurs voisins, les cannibales Maracanas, qui habitent un peu plus haut dans les Maracas, les tuent à la chasse et les mangent. Au-dessus de ces Maracanas, et jusqu'aux sources de l'Uraricuera {urari : poison, cuera : bouche), vivraient des Krichanas également anthropophages. Cette région des Maracas est, dit-on, très riche en riz sauvage.* Tous les Macuchis, au commencement du siècle, étaient fameux par leurs flèches empoisonnées. Aujourd'hui ils les ont abandonnées pour les fusils.

Au-dessus des Macuchis^ du Amajari au Mazaruni , et principalement au Roroïma où se trouverait leur grand centre, vivent les JarecunaSy tribu parente des Macuchis

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