PRÉFACE. XI
tout tranquillement à supprimer le crédit de la seconde année, pendant que je suis là-bas, au cœur du Territoire indien, sans nouvelles de France depuis quinze mois, mais poursuivant, sur la foi des traités. De plus, ces administrateurs, aux allures étonnamment dégagées^ trouvent bon de renforcer cette décision nouvelle qu'ils viennent de prendre en contradiction avec la décision primitive, par un désaveu dans les règles, désaveu aussi stupéfiant dans la forme que dans le fond, de tout ce que je venais de faire par ordre. Quand ce paquet de gentillesses administratives me parvint, à la fin de la seconde année, chez les Indiens Atorradis où j'étais en train de mourir, je protestai , humblement. On devine ce que me valurent mes réclamations.
Toutefois, aujourd'hui, j ai tout oublié, car la lance d'Achille a guéri les blessures qu'elle avait faites. Et, d'aise, j'en pourrais presque voir mes cheveux renoircir, si je ne préférais les aller blanchir, complètement sans doute cette fois, dans une nouvelle exploration au pays de mes premiers travaux.
De Cayenne à Para, l'Amazone, le rio Negro, le Uaupès, le rio Branco, les montagnes centrales de la Guyane, telles sont les étapes de mon voyage.
Je ne pense pas qu'aucun voyageur ait jamais parcouru d'une seule traite dans cette contrée un itinéraire aussi étendu. Si j'étais mort à la besogne, j'eusse trouvé dix apologistes pour un.
Déjà, à la fin de mon voyage, M. Jules Ferry, —