‹ La France équinoxialeChapitre 7 sur 57 · EXCURSION A COUPT ANI . XXV · texte numérisé non relu

EXCURSION A COUPT ANI . XXV

vieux marins et les vieux pacotilleurs que j'ai pu rencontrer. Si mes informations n'offrent pas un caractère d'exactitude mathématique, elles présentent au moins à leur actif une aussi forte dose de vérité relative qu'on est en droit de l'exiger, et elles ont le mérite de donner pour la première fois une idée d'ensemble de la géographie générale de cette région si mal connue des territoires sud-est de la Guyane française. Je groupe sous un même chef mes observations personnelles et mes renseignements, à titre de chapitre rectificatif et détaillé de la géographie physique et politique de ces contrées. Je traiterai d'abord de la géographie proprement dite en insistant sur les erreurs à rectifier et les faits nouveaux à inscrire.

Ouassa. — Le Ouassa est un fleuve important, sans sauts ni rapides. Il peut être remonté par un bateau tapouye de 12 tonneaux jusqu'au village de Ouassa. Le même bateau peut remonter le Couripi et le Rocaoua jusqu'aux deux villages. Il faut deux jours pour se rendre en bateau tapouye de Saint-Georges d'Oyapock à Couripi, trois jours du village de Couripi à celui de Rocaoua, et deux jours de celui de Rocaoua à celui de Ouassa. L'ancienne route par terre de Saint-Georges d'Oyapock au village de Ouassa, route a sabrée », est obstruée aujourd'hui. C'est sur la rive droite du Ouassa, un peu au-dessus du village, que se trouvait l'ancienne ménagerie Pomme. En face, sur l'autre rive, existent des terres élevées couvertes de forêts. Il ne reste plus aucun vestige de l'habitation Pomme (i).

Cachipour. — Il n'existe pas de pointe à l'embouchure du Cachipour, comme le portent à tort certaines cartes. Le Cachipour est un fleuve beaucoup plus important que le Ouassa. Il prend ses sources près de celles de l'Oyapock

(1) Dans le 'Couripi, vivent des esclaves brésiliens réfugiés; dans le Racaooa, des Palicours ; et dans le Ouassa, au-dessus du confluent du Rocaoua, des Arouas.

XXVI EXCURSION A COUJVANI.

et de celles de l'Aragouari. Il y a une vingtaine d'années, un Tapouye, habitant du village de Cachipour, ëtant clans rOyapock, remonta ce fleuve jusqu'aux sources; là, les Oyampis lui montrèrent les ruisseaux qui forment le Cachipour, qu'il se proposait de descendre jusqu'au village. Mais il se trompa et descendit l'Aragouari.

A plus de trois kilomètres au lai^e de l'embouchure du fleuve, l'eau est encore douce. Malheureusement la navigation du Cachipour, bien que ce fleuve n'ait ni sauts ni rapides jusqu'au village, est difficile; la pororoca se fait un peu sentir en rivière. De plus, à certaines époques de Tannée, principalement pendant l'hiver, les marées sont si faibles , les vents si contraires, que les bateaux tapouyes mettent jusqu'à huit jours pour remonter au village. Toutefois, en profitant des fortes marées et des vents favorables, les tapouyes peuvent remonter jusqu'au bourg en un jour. Un petit vapeur accomplirait régulièrement ce trajet en douze heures.

Le Cachipour communique avec le Ouassa en deux endroits : au-dessus du bourg et près de la côte. Au-dessus du bourg, on donne le nom de crique Varado à l'ensemble de deux petits cours d'eau qui sortent d'un priprî, presque complètement vide et vaseux pendant l'été. L'un des cours d'eau coule vers le Cachipour, l'autre vers le Ouassa, établissant ainsi pendant les pluies une communication naturelle entre les deux fleuves. Non loin de la côte, derrière une savane littorale qui s'étend du Cachipour au Ouassa, se trouve un pripri d'où sortent deux petites criques qu'on peut explorer en pirogue. L'une tombe dans le Cachipour vers l'embouchure, l'autre dans le Ouassa en aval du confluent du Couripi. Le pripri est à sec pendant l'été.

A partir du cap d'Orange, derrière la ligne des palétuviers, s'étendent de grandes savanes marécageuses allant

EXCURSION A GOUNANI. XXVI I

pendant plus de 3o kilomètres du côté de Cachipour sur lo kilomètres de profondeur. Entre ces savanes et la ligne des palétuviers se trouvent des collines. Plus haut, entre le village de Cachipour et celui de Ouassa j à mi-chemin, non loin de remplacement de Tancienne ménagerie (i) Pomme, au milieu d'une magnifique savane, se trouve la montagne Pelade qui n'est pas boisée mais gazonnée. La rivière, la côte et les savanes de Cachipour sont des plus riches en moustiques et en maringouins. Il existe un chemin par terre du village de Cachipour à celui de Ouassa, très difficile, mais assez court. Sur la côte, Tigarapé (2) marqué sur les cartes a des 5 Bouches », s'appelle aujourd'hui «t des 3 Bouches ».

Counanij rio Noue. — Pointa Grande est presque aussi avancée sur la côte voisine que le cap d'Orange sur le golfe d'Oyapock. La péninsule est pleine de marécages, la ligne des palétuviers est interrompue en divers endroits par les pripris. Un long pripri s'étend pendant l'hiver derrière toute la presqu'île et en fait alors une ile qu'on appelle l'ile des Garses (aigrettes). Le golfe formé s'appelle Foundo do Cambou. Pointa Grande est toujours difïicile à doubler; la mer est très mauvaise dans ces parages qui sont les plus redoutés de toute la côte d'entre le cap d*Orange et le cap de Nord.

 l'embouchure du Counani, la montagne qu'on appelait jadis montagne des Mayés s'appelle aujourd'hui montagne de Counani. Le lac , que l'on désignait sous le nom de Ouiouini, est appelé aujourd'hui le Lac, ou la Lagune* C'est un pripri dans lequel tombe le rio Nove

(1) Ménagerie : mot local employé dans toute la Guyane française pour dire ferme à bétail; c'est la fazenda des Brésiliens.

[7) Jgarapé: mot indien, ruisseau, petite rlTière; de igara: canot, pirogue-, et pé : sentier ; le sentier de la pirogue.

XXVIII EXCURSION A COUNANX.

aux sources inconnues ; à l'époque des pluies, le lac communique avec la mer par le Goyabal (appelé Oyrabo sur les cartes) et avec le fleuve par la crique Française. Le rio Nove, presque aussi large et aussi profond que le Counani, coule dans la savane. Il communique par un pripri hivernal avec le Carsevenne. Le rio Nove a beaucoup d'urnes et d'autres antiquités indiennes, à trois jours du lac. Il passe pour posséder de riches gisements aurifères.

Au milieu de l'embouchure du fleuve de Counani se trouve un banc de sable et de vase qui découvre aux très basses marées et n'est couvert que de trois mètres d'eau à marée haute. Le chenal de la rive droite est meilleur que celui de la rive gauche, mais encore n'a-t-il que cinq mètres d'eau à marée basse. A l'embouchure , le fleuve a bien 5oo mètres de largeur. Vis-à-vis du bourg , il en a cent cinquante.

De l'embouchure au bourg, on compte quatre rapides. La passe de l'un d'eux est dangereuse, car elle est fort étroite; un vapeur d'un tirant d'eau de 4 à 5 mètres devrait attendre une très forte marée pour la franchir. Les marées sont fortes en rivière, elles atteignent 6 mètres. A marée haute, on a lo mètres d'eau dans le fleuve. Dès qu'on a passé l'embouchure, on ne trouve plus de palétuviers. Les berges sont couvertes de moucoumoucous, et les rives de cambrouzes, de pinots , de maripas et de grands arbres. Le fleuve décrit des méandres nombreux. C*est un des plus beaux cours d'eau du Contesté de la .côte, à l'eau claire et douce, aux poissons délicats, à l'air vif, aux terres hautes, sans moustiques ni maringouins. De l'embouchure au bourg, il y a environ 25 kilomètres en comptant les méandres et i5 en ligne droite. Il existe une dizaine d'igarapés sur la rive droite, et un peu moins sur la rive gauche.

Le bourg, situé rive gauche, sur un plateau, est dsins

EXCURSION A GOUirAItri. XXIX

une situation exceptionnellement saine. Cest le centre le plus peuplé de la côte contestée. Les voies de communication font défaut. Seuls, de petits sentiers rayonnent autour du bourg jusqu*à 5 ou lo kilomètre^ dans la forêt. Depuis vingt-cinq ans que le bourg a été fondé par Chaton, consul de France à Para^ la mortalité a été des plus faibles; le cimetière ne compte qu'une trentaine de croix avec quelques inscriptions en portugais ou en français.

La marée se fait sentir au delà du bourg et jusqu'à 4o kilomètres de l'embouchure.

Un peu plus haut, le fleuve devient extrêmement sinueux ; des méandres longs de 7 à 8 kilomètres ne sont parfois séparés l'un de l'autre que par un isthme de cinquante mètres. On remonte jusqu'à dix jours de canotage sans voir le fleuve diminuer sensiblement de largeur. On trouve toujours des rapides, mais aucun d'eux n'offre de dangers réels. Le pays est complètement désert. C'est dans cette région des hauteurs que se trouverait un lac, le lac du Transporté, de trois jours de circonférence, qui ferait communiquer le Counani et le Cachipour, d'après ce que raconta, dit-on, un forçat évadé de Cayenne qui le découvrit. Cette communication existe plus bas par la crique de Hollande qui sort d'un pripri dont un émissaire tombe dans le Cachipour. C'est aussi dans la région des hauts, à cinq jours de canotage du bourg actuel, que le fameux consul Chaton avait commencé l'exploitation d'un placer qui donnait 3 fr. 5o à la bâtée. Faute de fonds, Chaton dut abandonner son entreprise.

Il existe un sentier de Counani à Cachipour. Ce sentier a de 3o à 40 kil. de longueur; on se rend d'une bourgade à l'autre en un jour ou deux. Il part d'en face de l'ancienne Mission des Jésuites et passe par le pripri de la crique de Hollande. Ce pripri est à sec pendant l'été; mais il est plein

XXX EXCURSION A GOUNANl.

pendant l'hiver et intercepte alors les communications. Cette route passe par de hautes terres boisées et par des savanes mouillées; elle était bien ce sabrée » jadis ^ mais elle n'est plus entretenue aujourd'hui. La géographie de ces régions intérieures s'est sensiblement modifiée depuis l'époque du poste français de Mapa (i 836-1 840). En ce temps-là le capitaine Dor se rendait de Mapa à Cachipour en pirogue par de longs lacs intérieurs. Les lacs se sont en partie vidés , en se déversant soit dans les fleuves , soit dans la mer. La terre se forme. Après la lagune, le pripri; après le pripri, la savane. Cependant le régime du fleuve de Counani n'a pas beaucoup changé. Aujourd'hui, comme autrefois, on n'y navigue qu'à marée haute, les passes des cachoeiras et le chenal d'entrée étant dangereux à, marée basse pour des bateaux de plus de dix tonnes. Les bateaux tapouyes actuels attendent la marée pour entrer et sortir, bien que quelques-uns d'entre eux ne jaugent guère que. cinq ou six tonneaux.

De l'embouchure du Counani à celle du Carsevenne, la côte, couverte de palétuviers, comme toutes celles du cap d'Orange au cap de Nord, présente quelques ranchos (i), où s'abritent les pécheurs pendant les mois de la pêche (de juillet à novembre). Au lieu dit Eouca, on trouve une agglomération de cinq de ces ranchos.

Carsevenne. Majracaré. — Carsevenne est présenté quelquefois, mais à tort, comme une rivière de peu d'importance. C'est au contraire un des plus grands et des plus beaux fleuves de la côte contestée.

Il est large^ profond, traverse les plus beaux bois et les plus belles savanes de la région. Le carapa vit en famille sur ses rives, et des bœufs abandonnés errent, diton, dans ses savanes. Il n'y a ni moustiques ni maringouins

(1) Rancho : Hangar.

EXCURSION A COUNANI. XXXI

dans le canton. Le Carsevenne a beaucoup de rapides, mais qui n'ont rien d^efTrayant. Ce fleuve avait , au commencement du siècle y une population d'Indiens et de Tapouyes aujourd'hui disparue.

Le Mayacaré est un golfe sur la rive septentrionale duquel on remarque quelques ranchos de pécheurs. Le golfe de Mayacaré ne reçoit aucun cours d'eau important. L'anse est assez profonde; elle otTre partout 5 à 6 mètres d'eau; elle est vaseuse et constitue un bon mouillage. Derrière, dans rintérieur, s'étendent de nombreux pripris peu coilnus, vestiges de Tancien lac écoulé.

Mamca. — L'Ile est déserte. On n'y rencontre même pas un rancho de pêcheur. On y trouve quelques savanes. Les lacs et les igarapés sont poissonneux et giboyeux. Les pripris sont le refuge des canards ; lés bois sont habités par les biches et les tigres; l'ile entière est couverte de maringouins et de moustiques. Tout est noyé, on ne trouve presque pas de terre ferme, même pendant l'estivage, disent les uns; les autres affirment au contraire que l'Ile est de terres hautes.

Mapa Grande , les lacs , le Tartarougal. — Le fleuve de Mapa , à son embouchure, est un peu moins large que celui de Counani; il est vaseux et bordé de palétuviers. En le remontant, on trouve d'abord une Ue formée par deux bras du fleuve, puis un bras qui va sur Mayacaré. Un peu plus haut, on se trouve au confluent de la Mapa Grande et de la Petite Mapa. Mapa Grande est le vrai fleuve, large, profond, bordé de forêts magnifiques, et, comme les autres fleuves de la contrée, encombré de rapides à partir du cours inférieur.

La Petite Mapa est beaucoup moins importante. Elle est envahie aux deux tiers par d'énormes bancs d'une vase nue sur laquelle ne pousse pas un brin d'herbe. De chaque côté,

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