CHAPITRE PREMIER
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De Qtjrenne à Mapa. La noyade. — Je repars de Cayenne le lo août i883. Ce coup-ci, c'est pour mon grand voyage. Il devait durer deux ans, avec bien des traverses.
J'avais pris passage à bord d'une petite goélette montée par des nègres et des mulâtres de Counani. En sortant de la rade, une fausse manœuvre de l'équipage me jeta à la mer. Au bout d'une heure je fus repêché, inerte^ sans pouls, déjà bleuâtre. Le docteur Lenoël, qui faisait le voyage avec moi, dut s'astreindre pendant cinq quarts d'heure aux frictions les plus énergiques pour opérer le miracle de ma résurrection. J'étais encore oppressé et souffrant quand, le douzième jour de notre traversée, nous arrivâmes à Counani.
Je ne restai que vingt-quatre heures au village. J'y rencontrai mon ami Joaquim Ferreira Magalhens, mort de- , puis, hélas! des suites de coups de couteau qu'il reçut à
•/•>£. PATS DE 3fAPA.
Mapa. JoaquimT'iDe fit engager un créole de Cayenoe, Clëment Dempift*,** qui m^accompagna ensuite jusqu'au no
Aprçs [deux jours de mer, nous arrivâmes an village de UatiSiCW^S an soir.
v..Je*descendis chez Joaquim, qui m'aida dans mes prépa- *-«;-jratirs pour mon Toyage dans Tintérieur. Joaquim n*est pas '• seulement un notable commerçant, la personnalité la plus remarquable du pays contesté, c'est un grand coeur, un Taillant, le héros du bas Amazone. Personne mieux que lui ne connaissait les régions que j'allais TÎsiter. C'est grâce à lui que je dus de surmonter aisément les difficultés qui se présentèrent.
J'utilisai les quelques jours que je consacrai aux prépatifs à étudier le viUage de Mapa.
Village de Mapa, — Mapa est bâti sur la rive méridionale d'un petit igarapé vaseux qui fait communiquer la Petite* Mapa, appelée Mongoube dans son cours inférieur, et le Maranhao, déversoir duLago-Graodedans la Grande-Mapa.
L'igarapé du village n'a pas plus de trente mètres de largeur aux grandes marées et en hiver ; Pété, à marée basse, il est presque à sec.
Les bateaux de trois ou quatre tonnes nW naviguent €|u'à la faveur des marées. Les bateaux de quinze à vingt tonnes n'y trouveraient, en aucun temps, un fond suffisant. Les deux rives de l'igarapé sont couvertes de palétuviers. Le site du village de Mapa se trouve au milieu d'un immense marécage.
La situation de la boui^de, sur les bords d'un cours d'eau qui n'est pas accessible aux grands bateaux, n'est pas favorable. Le marais de boue et de palétuviers au sein duquel elle est perdue en fait un des endroits les plus chauds de la contrée et les plus infestés de moustiques.
LE PATS DE MAPA. ô
maringouins et autres insectes de la même famille. Cependant Mapa, bien qu'au milieu des marécages, parait aussi sain que Counani. Les habitants n'ont guère à soi](Trir de la fièvre.
La population totale du village est d'environ cent individus. On compte une vingtaine de maisons, dont une seule, celle de Joaquim Magalhens, est réellement confortable. Celle de son associé, Daniel, qui n'est pas encore terminée, et celle de Joaquim Séverine, second commerçant de Mapa, sont ensuite les plus propres, les plus européennes* Toutes les trois n'ont qu'un rez-de-chaussée, sont planchéiées et construites avec les briques du poste français. Celle de Magalhens est couverte en tuiles , ainsi que l'église, dont les briques de notre ancien poste ont fait également les frais.
Toutes les autres cases, disposées soit de chaque côté de l'unique rue du village, rue longeant l'igarapé, soit derrière, sans ordre, au milieu des abatis, sont de véritables carbets d'Indiens.
La population de Mapa, à part quelques Brésiliens à peu près blancs, quelques Européens tels que Magalhens, un autre Portugais d'Europe, un Provençal et un Italien, tous trois employés de commerce, la population de Mapa se compose en plus grande partie de gens de race indienne plus ou moins pure, tapoujres de toute provenance, soldats déserteurs pour la plupart.
Les nègres, presque tous esclaves fugitifs, ne sont pas nombreux. Cette population 'est indolente, travaille moins que celle de Counani et que celle des Lacs, fait fort peu de farine de manioc et s'adonne peu au caoutchouc et à la pèche. Le peu d'activité du pays semble se porter de préfé rence vers l'élève du bétail. De nouvelles ménageries se créent maintenant en savane, mais cette industrie n'a pas encore reçu un bien grand développement.
Les commerçants de Mapa, et principalement Magalhens qui personnifie, pour ainsi dire^ i*esprit d'entreprise dans toute cette contrée, de Cayenne à Para, envoient des bateaux faire la pèche dans les lacs, des hommes travailler le caoutchouc, en même temps qu'ils achètent, pour revendre, caoutchouc, poisson et farine. Les relations sont plus fréquentes avec Cayenne qu^avec Para, les vents et les courants rendant plus faciles les communications avec la première de ces deux villes. Les marchandises importées par la voie de Cayenne sont d'origine française, celles importées par la voie de Para viennent des États-Unis de l'Amérique du Nord. Ces marchandises consistent en étoffes, tissus, tafia, genièvre, vin, haches, sabres, comestibles. Le commerce des conserves, si important à Counani, est presque nul à Mapa.
Le commerce se fait au moyen de quatre ou cinq ba-teaux tapouj-eSj de quatre à dix tonnes chacun, appartenant à Joaquim Magalhens, Joaquim Séverine , et à quelques autres commerçants de la région.
Dans les payements, la monnaie brésilienne a seule cours. On accepte l' or et l'argent de toutes les nations, de préférence aux milreis de papier du Brésil, mais on refuse nos billets de la banque de France.
Le taux des bénéfices est énorme. Il est, en moyenne, de deux cents pour cent, et la population n'y trouve rien à redire.
Cette population, apathique, indifférente, résignée, ne fait aucun effort pour améliorer sa situation. Les tapouyes de Mapa, moins actifs que les mulâtres de Counani, retourneraient sans doute à la primitive vie indienne sans le contact et l'action de la petite population européenne ou blanchie de commerçants et d'employés de commerce qui vit au milieu d'elle. Sans qualité marquée, ils n'ont guère plus
de défauts saillants, si ce n'est un penchant prononcé pour l'ivrognerie. Ils sont mauvais payeurs par paresse, inclinés à faire main basse sans scrupule sur des objets d'alimentation et de toilette^ mais ils ne sont pas voleurs dans le sens civilisé du mot. Ainsi, l'église de Mapa est toujours ouverte, la caisse s'y trouve dans une malle qui n'est jamais fermée, et l'on n'a pas encore eu de vol à constater. Ce n'est pas cependant la crainte de la damnation qui les a retenus, car leur religion, faite d'une superstition grossière, ne tient pas devant un verre de taGa. Ces gens sont assez indifférents à la question de leur nationalité, si on peut employer un tel mot pour des malheureux qui comprennent si peu la chose. Il ne serait pas exact de dire qu'ils tiennent beaucoup à être Français, mais ils n'aiment guère le Brésil. Ces fugitifs se souviennent de leur jeunesse malheureuse, peut-être aussi de leurs fautes ou de leurs crimes; dans les Brésiliens blancs ils voient d'anciens maîtres, d'anciens tyrans. Leur idéal serait de rester ce qu'ils sont : Mapaenses, indépendants, autonomes, en anarchie. Toutefois, s'il leur fallait opter, ils s'empresseraient de se réclamer de la France. D'ailleurs il existe chez eux un parti français assez militant.
Les préparatifs du voyage étant terminés, je confiai à Joaquim Magalhens, qui partait pour Para, mes malles de voyage, en le priant de les laisser à Slacapd chez le viceconsul portugais, Silva Mendes. Puis je commençai ma tournée par les rivières de Mapa.
Bouche delà Mapa. — La Mapa, à son embouchure, est un fleuve de trois cents mètres de largeur. La barre est assez dangereuse. Autrefois la bouche de la Mapa était beaucoup moins large qu'aujourd'hui. C'est depuis que les lacs se sont vidés qu'elle a pris ces proportions.
Il existe, à l'embouchure du fleuve, sur les deux rives et aussi dans l'ile que les cartes brésiliennes appellent Cuara ,
b LE PATS DE MAPÂ.
des terres assez élevées pour y bâtir un fort et une petite ville. Mais rétablissement coûterait fort cher, devant être construit en terre à demi affermie, et de plus il serait infesté par les insectes que ne chasserait qu'un complet et lointain défrichement. Les mouches, il est vrai, ne sont pas un obstacle devant lequel on puisse reculer. Toutefois leur voisinage est suffisamment désagréable pour qu'on désire l'éviter.
C'est dans cette région de la bouche de la Mapa que je constatai pour la première fois l'extraordinaire rapidité avec laquelle se forme, dans cette contrée, le terrain quaternaire. Les dépôts alluvionnaires y atteignent en des endroits plus d'un mètre par an. Car toute cette terre est en formation ainsi que la région des lacs jusqu'à Tartarougai et à l'Apurema.
Il y a vingt ans, d'immenses étendues de terres aujourd'hui couvertes de palétuviers étaient des bassins lacustres, les bateaux y pénétraient à marée basse avec deux et trois mètres d'eau jusqu'aux barrancas actuels de la Petite-Mapa et du Lago-Grande.
Mapa-Grathde. — Les lacs se comblent et les rivières s'obstruent. Il en est ainsi aussi bien dans le delta de Mapa-Grande qu'à la Petite-Mapa et aux lacs. Le bras de Mapa-Grande qui allait jadis rejoindre le Mayacaré est obstrué depuis déjà plusieurs années.
Pour le Mapa-Grande, dès qu'il sort de la région des alluvions récentes, il coule en savane entre des berges parfaitement solidifiées et fixées depuis longtemps.
Chacune de ses rives est ornée d'une bordure de bois d'une largeur variable au delà de laquelle s'étend la savane. Sur la partie de la berge alternativement couverte et découverte se trouvent des moucoumoucous, et, parmi les grands arbres de la bordure ^ des cambrouzes et des pi-
nots. Ce sont les grands arbres de la bordure du Mapa- Grande que les habitants de Mapa utilisent pour leurs constructions navales, lis vont chercher des bois jusqu'à six jours en rivière. La navigation du fleuve est dangereuse à cause de nombreux bancs de sable cachés sous Teau, et de courants violents qui empêchent d'aller contre marée. Ces courants , qui sont de près de cinq nœuds à l'heure, se retrouvent dans toutes les branches des Basses- Mapas. On n'essaye pas de les remonter, il faut attendre la marée, ce qui occasionne une grande perte de temps.
Mapa-Grande est un peu moins large, mais aussi beau, sinon plus, queleCounani. C'est à Mapa- Grande, dans le haut du fleuve, à un jour de canotage, que se trouve l'habitation d'Estève Cardozo , le capitaine du Mapa, capitaine sans aucune autorité, le gouvernement de la capitainerie étant actuellement anarchique. On compte six ou sept habitations sur les bords de Mapa-Grande avec une trentaine d'habitants. Chaque habitation a sa ménagerie. L'une de ces habitations est celle d'un créole de l'Oyapock, récemment arrivé aux Mapas. C'est la première constatatio nque je fis de ce fait, dont j'eus depuis des preuves nombreuses , que l'émigration des créoles de Cayenne dans les territoires contestés, et celle des Français dans le bassin de l'Amazone, commencent à prendre des proportions respectables. Je trouvai aussi, mouillé en rivière, un bateau-tapouye appartenant à un habitant de Mapa-Grande. Le district a encore, paratt-il, une autre goélette. Cette petite flottille est le signe d'un commencement de prospérité et d'une tendance au développement.
Les ménageries, cependant, sont encore assez pauvres. Elles renferment des bœufs, des chevaux, des chèvres, quelques moutons. La plus forte possède à peine 200 têtes de bêtes à cornes. En plusieurs endroits on voit des abatis
récents que l'on savapne. Mais en sominey le district, malgré de sérieux éléments de richesse, est encore misérable ; on ne trouve rien à acheter, pas une poule, pas un œuf. Les cases sont de pitoyables carbets établis sur pilotis avec une échelle à perroquet pour grimper sur un plancher de jusards qu'abrite imparfaitement de la pluie une mauvaise couverture de feuilles de palmier.
L'ameublement est presque nul et ne se compose que de quelques hamacs et d'une rudimentaire batterie de cuisine.
Je remontai Mapa- Grande jusqu'au premier saut en face duquel a été construite une case. Le site est magnifique. Au milieu de la chute s'élève une ile dont la base est couverte d'un gazon frais. Sur la rive droite la dalle de la cascade se continue par une énorme roche plate qui est là comme le soubassement d'un palais détruit •
En aval, en amont, les eaux sombres et profondes du fleuve reflètent les falaises végétales des deux rives.
Les meilleurs bois de construction navale et civile abondent dans les bordures forestières et d'énormes pirarucus fréquentent cette partie du fleuve, riche aussi en poissons délicats. Sur les rives, derrière les bordures, la savane s'étend jusque sur les bords de la Petite-Mapa.
Le site de la première cachoeira est un endroit tout désigné pour l'établissement d'un ou plusieurs futurs centres de colonisation.
Petite-Mapa. — La Petite-Mapa, que je remontai aussi , est beaucoup moins importante que Mapa-Grande. Elle a sa source en savane, son premier saut est à un jour de canotage du village. C'est une rivière tout à fait secondaire. Elle coule parallèlement à l'igarapé da Serra.
Dans la partie inférieure de son cours, les apports de la marée comblent rapidement la Petite-Mapa.
On y iroit d assez nombreux vestiges d'anciens établissements : abatisy parcs, datant à peine de quinze ans et qui ont du être abandonnés faute d'eau. Un peu en amont, on trouve sur les bords de la rivière des champs de roseaux ; de chaque côté, la ligne des forêts marque l'ancien lit de la Petite-Mapa. Ce cours d'eau se comblera rapidement si l'on ne procède au nettoyage, car le courant n'est pas assez fort pour maintenir un chenal libre. Dans la région des champs de roseaux, qui a deux ou trois kilomètres de longueur, la rivière est elle-même pleine de ces graminées, sans chenal la plupart du temps, et encombrée de radeaux naturels de bois flottants qui pourrissent sur place. En s'aidani de fourcas, et en faisant efTort avec les pagayes, on ouvre à la navigation un passage dans ces barrancas, mais non sans peine.
L'hiver, le marais des roseaux est plein d'eau. On ne trouve plus, comme en été, de grandes étendues vaseuses ; les pirogues glissent au milieu des herbes comme des oiseaux aquatiques.
En amont de la région des roseaux et des barrancas s'étendent de grands espaces d'eaux libres; la rivière, dont l'aspect est autrement changeant, grandiose et pittoresque que celui du Counani ou de Mapa-Grande, s'étend en expansion lacustre sur 3 à 4oo mètres de largeur. D'immenses étendues y sont plantées de bâches; parfois les bâches sont morts sur de grands espaces, leur tête est tombée à leur pied et alors les champs marécageux de la Petite- Mapa ofTrent l'aspect de quelque ruine égyptienne et font penser aux colonnades des temples de Louqsor. Le vent soulève les flots de la rivière lacustre et l'on voit voyager les terres flottantes, petites prairies couvertes de fleurs, de gazon et quelquefois même d'arbustes, qui vont lentement d'une rive à l'autre. Toutes les terres qui entourent la Petite-Mapa
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en cet endroit ont ainsi voyagé au souffle des vents et peu à peu se sont solidifiées et fixées.
En amont de cette région lacustre, la rivière, rétrécie à 5, 4 ^t 3 mètres, coule entre la double bordure de bois qui la sépare de la savane.
Dans toute cette partie de son cours la Petite-Mapa a son eau plus ou moins salée, mais jamais complètement douce.
Formation de la terre. — Aussi bien dans la portion lacustre que dans le cours inférieur, la Petite-Mapa présente .dans son lit, à marée basse, une grande quantité d'énormes chicots, sans doute plus que centenaires, qui ne peuvent provenir que d'une ancienne terre-ferme disparue. Comment expliquer la présence de ces chicots au fond du lit actuel de la rivière? Par un mouvement volcanique qui se serait produit sur le prolongement de Taxe déjà connu de la ligne des Antilles et qui aurait amené l'effondrement des terres récentes?
L'examen des tlots de terre haute des savanes. Ilots de terrains fort anciens, pi*esque azoîques, et produits sans doute par l'éruption, aux âges géologiques primitifs, de bulles volcaniques, l'examen de ces tlots qui sont restés fixes au milieu des changements de niveau des terrains qui les entourent, semble donner raison à cette hypothèse.
Les lacs ayant été alors produits par une action souterraine, les embquchures se sont agrandies et les apports de l'Amazone se sont précipités par cette porte grande ouverte.
Ainsi le mouvement de bascule qui vide les lacs dans la mer, d'une part ; de l'autre, les apports de l'Amazone entrant plus aisément par les embouchures agrandies : tels sont les deux agents qui transforment en terre ferme une région primitivement lacustre et marécageuse.
Aussi bien l'Amazone est«il le grand constructeur de toute ]a côte septentrionale* Ce sont ses apports qui, entraînés par le courant maritime littoral, envasent tous les ports jusqu'à Cayenne.
De ce fait que les bateaux de 4o tonnes pouvaient encore naviguer il y a 4o ans dans les lacs qui aujourd'hui ne sont plus accessibles qu'aux montarias (i), on peut induire que le mouvement de bascule est rapide, et sans doute continuel.
De plus, le fai^ historique de l'obstruction presque complète, dès la (in du siècle dernier, du bras de mer qui faisait communiquer le détroit de Maraca et l'Âragouari, indique que c'est vers le Lago-Novo que doit se trouver la tête d'axe du mouvement géologique qui verse dans la mer les lacs de cette partie de la côte.
V ancien poste français. Les ruines. — Avant de me rendre aux lacs, je voulus accomplir un devoir pieux. Je m'étais promis depuis longtemps de faire une visite à l'ancien poste français de Mapa.
Le beau pays de Pinsonia (2), de Macapa à Manaos, sur toute la rive gauche de l'Amazone et jusqu'aux Tumuc-Humac, après avoir été longtemps français en entier et sans conteste, fut Un jour délaissé, abandonné sans défense aux audaces des Portugais par l'incurie de la vieille monarchie qui livrait de même, presque sans coup férir, le Canada à l'Angleterre.
Le traité d'Utrecht stipule l'abandon par la France du bordj de la nW gauche de l'Amazone, c'est-à-dire la renonciation de la France à la navigation du grand fleuve.
Toutefois la côte maritime jusqu'au cap de Nord resta
(1) Monlaria : le canot ordinaire. Ce mot est portugais.
(2) De Vincent Pinson, le narigateur qui, le premier, releva les côtes de ce pays où il monilla dans une rivière (le Vincent Pinson^ sur l'emplacement de laquelle les diplomates disputent depuis deux cents ans.
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incontestablement française jusqu'à la fin du dix-huitième siècle. Mais, après les guerres malheureuses du premier empire, les Portugais émirent la prétention toute nouvelle de nous évincer de Pinsonia.
La création du poste français de Mapa, en i836, fut une affirmation timide de nos droits. Il eût fallu trancher une fois la question, faire fi de la vieille paperasse d*Utrecht qui ne se sert que des mots inintelligibles de bord et de r/Ve, revendiquer tout Pinsonia et occuper TAraguary. On se contenta de mettre un poste de cinquante hommes dans un Ilot au milieu du lac de Mapa. Et, quatre ans plus tard, en i84o, M. Guizot, sacrifiant les intérêts nationaux à des intérêts dynastiques, faisait évacuer le p oste récemment établi. Le gouvernement brésilien, aussi audacieux que le gouvernement français avait été timoré, créait, la même année, le 5 mai 1840, la colonie militaire de Dom Pedro II, sur la rive gauche de TArâguary (i).
L'ancien poste français de Mapa fut créé sur une petite ile de l'ancien lac. Ijes bateaux de 4o tonnes abordaient alors aisément à quai.
Aujourd'hui, on se rend à l'ancien poste par un ruisseau de trois mètres de largeur, roulant à marée basse un mètre d'eau boueuse au milieu d'une forêt de palétuviers qui obstrue la crique de bois tombés et de chicots.
Ce fort était construit dans un ilôt de terre haute, à deux ou trois kilomètres au moins des rives du lac aujourd'hui envahi par les apports vaseux et couvert de palétuviers. U se composait d'une caserne, d'un hôpital, de la maison du commandant et du bâtiment du génie. Le tout était construit en briques et était à étages, sauf toutefois le génie qui n'avait qu'un rez-de-chaussée.
(1; ProaoMei Aras^uari; rorthogreplM brè&ilieniie ^portngiise) est Aragnary. Toolefois ■ oubUoBS pas que U rm gaodie du fIcuTe est firançaise.
LE PAYS DE MAPA. l3
Deux navires de guerre stationnaient à la bouche de la Mapa ; de Tinfanterie de marine, du génie et des marins occupaient le poste qui comptait toujours au moins un efleclif réel de cinquante hommes.
Les terres du fort s*élèvent maintenant à quelques mètres au-dessus des ail uvions récentes. On n'y trouve pas de palétuviers. Le dégrad se trouve en face d'une anse delà crique. C'est au soleil levant,^ après une nuit passée à canoter dans Mapa-Grande, que je visitai ces tristes ruines de quarante ans.
Les vestiges des anciennes constructions sont généralement à fleur de terre. Seules, trois ou quatre chambres sont à peu près conservées, cependant de grands arbres poussent au milieu. L'îlot de terre haute est étroit et n'est guère long, il n'a pas plus de lo mètres dans un sens et 3o dans l'autre. La moitié en est pavée de briques amoncelées provenant de l'écroulement ou plutôt de la démolition du fort. Les ruines sont disposées suivant une ligne est-ouest. La forêt règne partout, les plantes grimpantes envahissent les trois salles encore à demi conservées et s'entortillent dans les murailles et dans les arbres qui ont poussé entre elles. Ces briques éparses sur le sol , pénible souvenir d'une des faiblesses de la France, sont la propriété collective des Mapaenses actuels qui les pillent à qui mieux mieux. Joaquim Magalhens, Joaquim Séverine, Daniel, en ont construit leurs maisons^ et le village en a construit son église. Toutefois, il se trouve encore assez de matériaux au fort évacué par M. Guizot pour construire à un autre ministre un château, ou à la France une nouvelle forteresse.
Après cette visite archéologique et patriotique je pris la route des lacs, à l'extrémité desquels je n'eus pas du moins l'attristante satisfaction de retrouver les ruines de nos anciens postes de 1777, Macari et Carapopori, évacués
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en 1791, alars<|uela France était en guerre avec le monde entier.
Là, le désert a tout reconquis, la boue et les paléturiers ont tout recouvert; le Français qui tbule ces marécages n*esl pas obligé de savoir que la France, jadis, fit la un pas en amcre.
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