‹ La France et Guillaume IIChapitre 13 sur 30 · Diplomatie and Consular Reports, n · texte numérisé non relu

Diplomatie and Consular Reports, n

tropicale continue de maintenir la vie publique et privée dans les vieilles mœurs d'autrefois. Ni les gisements de houille et de pétrole, qui seraient abondants et riches, ni les mines de sel et de métaux, qui sont nombreuses et variées, n'ont encore éveillé la vie nouvelle de l'industrie et des usines.

Le Venezuela n'est toujours qu'une plantation espagnole, c'est-à-dire, au long de la mer, sur le talus ou dans les vallées des monts, un semis de villes et do fermes isolées qu'entourent des champs de café, de tabac, de cannes, de maïs, de riz, et des enclos de bananiers, d'orangers, de grenadiers et de palmes. La population n'est aussi qu'une plantation européenne en pays de races conquises ou asservies, mais non assimilées : quelques îlots ou quelques représentants — si même il en reste — de la pure race castillane sont clairsemés dans une foule bigarrée de métis, de nèjîres et d'Indiens autochtones.

Les Allemands pensèrent que cette plantation vénézuélienne pourrait être l'une des terres promises à bur industrie et à leur commerce. Le calcul qu'ils faisaient en 1896 avait toutes les apparences de la justesse.

Relier entre elles ces villes et ces fermes de planteurs, pai un réseau de railways, qui consommeraient les fers, rails, poutres et machines des usiniers du Rhin; drainer les « épices » vers la côte et, de

là, sur les grands transatlantiques, vers le marché de Hambourt;- qui les distribuerait à l'Europe; payer les épiées en tissus, manufactures, bibelots, quincaillerie et camelote; bref, devenir les acheteurs et, tout ensemble, les pourvoyeurs de ce grand pays et toucher à l'exportation comme à l'importation d'honnêtes bénéfices : les Allemands pensèrent qu'un tel rôle leur devait échoir et ils calculèrent que les risques à courir étaient compensés vingt fois par les avantages à prévoir.

En ces termes, leur calcul était juste. Il est certain qu'il fallait au Venezuela un correspondant et un commissionnaire en Europe, pour lui faire ses achats et SCS ventes : ni les Anglais, ni les Français, établis pourtant sur ce marché, n'en avaient encore apprécié toutes les ressources ni servi tous les besoins.

Il est certain, d'autre part, que les conditions naturelles du "Venezuela pouvaient faire de ce commerce, au profit des Allemands, une source d'inépuisables revenus : « La fertilité de cette terre est une merveille. A ma porte, je vois un champ toujours cultivé en maïs, dont on coupe les tiges comme fourrage quand elles ont sept à huit pieds de haut; puis un peu de fumier et de nouvelles semailles donnent une nouvelle pousse : je suis arrivé ici fin décembre 1897; en juin 1899, j'assiste à la sixième récolte », écrit un consul anglais '.

Dans la pratique pourtant, les calculs allemands se

Page 1