‹ La France et Guillaume IIChapitre 17 sur 30 · OCTOBRE · texte numérisé non relu

OCTOBRE

l'iio entreprise allemande. — La prospérité. — Les sociétés en I liMiis. — Matières premières et main-d'œuvre. — La spéculation. - la Loi des Bourses. — Les traités de 190-3. — L'invasion améii aine. — Les faillites de banques. — La Société des Drèchcs. — iximrtations allemandes. — La crise allemande et la paix moniale.

Les victoires allemandes ont de pénibles Icnde- Qains. Après les triomplics de 1870-1871, l'Empire ivait connu la dure année 1873 avec ses ruines linanières et ses craintes de famine. Les merveilleuses nnées 1894-1899 avaient marqué cette campagne ndustrielle et commerciale qui conduisit au succès le 1900 et qui ramena les Allemands triompliei- à 'aris, dans les galeries de notre Exposition. Voici [ue la fin de cette année 1900 — annus mirabilis, lisaient les Allemands qui, même dans les affaires, l'oublient pas leur latin — et toute l'année 1901 et e début de 1902 ont apporté des désastres, des aillites retentissantes, une crise générale du comacrce et de l'industrie.

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Dès Fautomne de inOO, les consuls étrangers signalaient à leurs gouvernements la grandeur et l'intensité de cette crise; en septembre 1902, notre consul^ à Stuttgart, 'SI. Jullemier, écrivait encore à notre Moniteur officiel du Commerce :

La grande fabrique de bonneterie Vereiniglc Tricot fabriken Vaihingcn, à quelques lieues de Stuttgart, qui passe pour la plus considérable de l'Allemagne, annonce qu'elle réduit son capital de 800 000 marcs. C'est là une nouvelle preuve du peu de bénéfices que réalise cette industrie et des difficultés que rencontre l'Allemagne pour faire face à la crise actuelle. Ce qui s'est passé dans cette fabrique est l'histoire banale de presque toutes les grandes entreprises allemandes.

L'usine produisait des articles à bon marché, répandus dans le monde entier. L'affaire paraissait excellente. Grisés comme tous les industriels allemands, les directeurs 'voulurent étendre le cercle de leurs opérations. Comme la majorité de leurs confrères, ils s'adressèrent aux banquiers, auprès desquels ils trouvèrent naturellement un concours empressé : la Wih'tcmber'jische Vcreinsbank avança les fonds et contribua à faire de la fabrique de Vaihingen la colossale entreprise que l'on sait. !

Mais le phénomène qui s'est produit sur tout le territoire i de l'Empire se manifesta également ici : la production allemande dépassa les besoins de la consommation nalionale et étrangère. L'année dernière, les propriétaires dej l'usine, qui devaient 1 million de marcs là la banque, durentir mettre leur affaire en actions au capital de 3 millions ctv demi de marcs. La crise continuant, il a fallu prendre de^ mesures idus radicales et réduire le capital, en avouant que d'autres sacrifices seront peut-être nécessaires.

Il y a eu ainsi, sur tous les points du territoire, un u fm cage » des usines allemandes au moyen des banques, il c'est, on l'a souvent répété, à cet appui des banques qu'csl, dû l'essor prodigieux de l'industrie germanique. Aujour-

'hui encore, un grand nombre crentreprises industriollos e continuent leurs affaires qu'au moyen des fonds mis à ;ur disposition par les banquiers. Ceux-ci n'attendent que ! moment favorable pour se di'gager en niellant l'aflaire n actions.

Mais les nombreux kraclis qui se sont produits dans les anques et la situation incertaine et vacillante de beauoup d'établissements de crédit montre que l'état financier st loin de s'améliorer. Car, la plus grande partie des capilux allemands ayant été affectée, par l'intermédiaire des anques, à des entreprises industrielles, une crainte légime se manifeste auJourd"liui dans le public, au sujet de es alTaires. L'argent ne peut donc plus aflluer comme uparavant.

Les petits rentiers recbercbent plus volontiers aujour- 'hui des placements moins chanceux : ils se tournent vers 3S fonds d'État. Les capitaux disponibles auraient même ne tendance à s'adresser aux emprunts et fonds d'État trangers. La Bourse de Londres vient d'admettre à la cote emprunt impérial de cent millions de marcs 3 p. 100 et 3S consolidés prussiens 3 p. 100, qui se montent à 277 milions 794 400 marcs. Il s'agit là d'emprunts anciens; mais e fait que ces opérations soient devenues d'une telle mportance sur la place de Londres est symptomatique, et a pi^esse allemande manifeste le regret que le marché lational se décharge ainsi des emprunts nationaux aux- [uels il doit sa véritable force.

Il est permis de se demander dans quelle mesure cette risc financière va réagir à son tour sur l'industrie et le ommerce. Si les fabricants allemands sont réduits à leurs ropres ressources, s'ils ne peuvent plus compter sur le encours des banquiers, pourront-ils faire face à la situaion et continuer leurs opérations sur une aussi vaste clielle? Il semble bien qu'il faille s'attendre à de nouveaux nécoraptes à moins d'une énorme augmentation dans les lemandes ou de la création de marchés nouveaux, ce lue roptiinisme le plus confiant ne saurait aujourd'hui escompter.

Notre consul, par cet exemple particulier, nou-^ décrit fort exactement Fallure et comme la courbe générale de cette crise allemande.

L'Allemagne avait connu Textréme prospérité. Le travail et la science de la nation, les soins des gouvernements et le régime économique inauguré par les traités de 1892 avaient suscité dans tout FEmpire une foule d'affaires ingénieusement établies, habilement dirigées. Depuis 1894, surtout, ces affaires allaient étendant de jour en jour leur clientèle et leurs bénéfices. De 1890 à 1900, le commerce extérieur de TAllemagne, importations et exportations, augmenta de plus d'un tiers. Déjà, de 1871 à 1890, le progrès, sauf quelques années mauvaises, avait été continu.

De 1890 à 1894, s'il y eut encore de médiocres années, c'est à des causes toutes passagères, à la rupture des relations russo-allemandes surtout, qu'il fallait les attribuer.

Mais ce fut depuis 1894 que le commerce extérieur de l'Allemagne conquit vraiment la clientèle de l'univers. Les exportations passaient de 4 milliards 100 millions de francs, en 1890, à 5 milliards 700 millions en 1900, et le tableau suivant nous montre qu'en ces exportations les matières premières et objets d'alimentation ne tenaient qu'une faible place. C'étaient les produits fabriqués qui venaient au premier rang. Leur valeur croissait d'année en année.

Le monde entier devenait le client de l'Allemagne industrieuse :

Exportations de l'Allemagne.

(En inUlions de francs)

Années.

Total.

Matiorcs

Objets

Produits

premières.

d'alimentation.

fabriquc's

Pour satisfaire à celte clientèle mondiale, l'Empire se couvrit de fabriques. La main-d'œuvre déserta les champs et afflua vers les villes industrielles. Il fallut des capitaux. Comme ils étaient rares, l'industrie se mit en fixais pour les attirer. Elle promit à ses prêteurs des intérêts de 8 et 9 p. 100, à ses actionnaires des dividendes de 14 et 16 p. 100. Tous les capitalistes, petits et grands, accoururent à ces placements rémunérateurs. Mais, pour payer celte aide, l'industrie dut décupler sa production, et le commerce dut trouver, vaille que vaille, une clientèle encore plus grande. Ce fut une opération hasardeuse.

Les sages et ingénieuses affaires de 1894 firent place à des entreprises plus risquées. On prit des engagements à longs termes avec de lourds escomptes et des crédits sans fin. L'Allemagne accepta tous les clients et toutes les commandes qui se présentèrent. Elle distribua ou plutôt jeta sur le marché mondial ses ballots et ses machines, avec une légèreté qui scandalisa les vieux commerces anglais et français. Ses commis-voyageurs souscrivaient à toutes les

conditions, baissaient les prix au gré de chacun, ouvraient des crédits presque illimités et, ne cherchant que la quantité des aflaires, ne s'entouraient d'aucun renseignement, d'aucune garantie sur la solvabilité des clients. Les petits bénéfices, dont l'industrie allemande s'est toujours contentée, ne purent bientôt plus compenser les grosses pertes qu'amena cette façon de vendre n'importe où, à n'importe qui, à n'importe quel prix.

Alors, sentant venir les années mauvaises ou forcés de chercher de nouveaux capitaux, les industriels mirent leurs affaires en actions. Des sociétés à grands frais généraux se formèrent pour administrer des entreprises qui, déjà, ne pouvaient plus supporter le poids des frais engagés et des emprunts. Les industries minières, métallurgiques, chimiques et électriques, surtout, virent éclore ces sociétés.

Le tableau suivant montre bien le développement exagéré que prirent à travers tout le pays ces sociétés minières et électriques, durant les dix années dernières:

Sociétés métallurgiques et chimiques créées en Allemagne.

{Capital en millions de francs.)

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