Diploinalic and Consuhir Hcporls, Annual Séries, n
i janvier. — Faillile de la banque Marx fils, Darmsladl : r.uix en rcrilurc.
16 janvier. — Détournements du directeur de la Crcdit- Bank de Franconie à Ansbach : perte, 1 million de marcs.
6 mars. — Faillite de la Deutsche Gninchchuldbank.
11 mars. — Fermeture judiciaire de la banque Albert llolz de Breslau : 800 000 marcs de dépôts gaspillés.
'28 mars. — Découverte de faux dans les livres de la Preiissische Hypotheken-Aktien-Bank : aucun bénéfice depuis 1897; tous dividendes payés sur le capital.
28 mars. — Fuite du banquier Schalm, de Liiben : déficit, 300 000 marcs.
lî) avril. — Faillite du banquier A. Meissner, à Striegau : passif, 1 200 000 marcs.
17 avril. — Banqueroute de la Gexverbebank, à Kempen : dettes, 640 000 marcs.
18 mai. — Chute de la Pommeriche Hypotheken-Acticnbank. 20 mai. — Faillite de la Rhcinische Immohilicn- Acticnhank.
29 mai. — Crise de la ISieclerschlesische Crcditbank, à Liegnitz.
30 mai. — Liquidation à 60 p. 100 de la banque Middcndorf et C'% à Essen.
H juin. — Faillite de la Creditanstalt fur Handel und Industrie, à Dresde : déficit de 50 millions de marcs. 26 juin. — Faillite de la Banque de Leipzig.
Jusqu'à la fin de Tannée 1901, ce lamentable calendrier se poursuit pour arriver, le 29 décembre, à la culbute du groupe Spielhagen, qui, dans la seule année 1900, avait trouvé moyen de perdre 27 millions de marcs avec un capital souscrit ne dépassant pas 4 millions. Durant les douze mois de cette année de catastrophes, lAllemagne tout entière fut éprouvée. ]\Iais le mois de juin et les villes saxonnes virent le plus beau de l'orage, et la faillite de la Banque de
Leipzig peut être prise comme l'exemple le plus typique et le cas le plus désastreux.
Ancienne renommée de crédit; capital de 00 millions de francs ; réserve dépassant 20 millions; clientèle énorme avec douze mille comptes courants ; appui de la Banque royale de Saxe et de la Banque d'Empire : tout semblait réuni pour donner une solidité inébranlable à cette Banque de Leipzig. Mais tout fut emporté dans une folle entreprise de chimie mondiale.
En 1889, un brasseur avait fondé à Cassel une société pour la dessiccation des drèches et pour l'emploi industriel des résidus de brasseries et de sucreries. Avec un capital n'atteignant pas un demi-million de marcs, cette Société des Drèches s'était lancée en mille autres affaires. Elle mettait surtout son espoir en un brevet pour la distillation du bois, et, ce brevet, elle entreprit de l'exploiter ou de le vendre à travers l'Europe, soit par elle-même, soit par des sociétés affiliées. En 1894, de gros dividendes de 10 à 12 p. 100 lui amènent des capitaux et introduisent ses actions sur le marche de Berlin. Par une série d'inventaires fictifs, on fait hausser ces actions de 135 à 480 marcs. La Banque de Leipzig croit alors faire une affaire merveilleuse en achetant un gros paquet de ces titres à 173 marcs. En novembre 1890, en effet, l'action vaut 895 marcs et les dividendes montent à 50 p. 100.
L'entreprise est devenue mondiale : Hongrie, Norvège, Italie, Russie, France, Galicie, Belgique, elle a couvert l'Europe de trente-deux sociétés-filles.
Do faux inventaires annoncent les triomphes de ces succursales et célèbrent les ventes toujours plus productives du brevet. La Banque de Leipzig soutient patriotiquement cette conquête allemande des marchés européens. Mais les fonds allemands ne peuvent suffire : on fait appel aux Belges et aux Anglais. Ceux-ci ne montrent aucun empressement. Alors la Banque de Leipzig rentre en scène et ses avances directes et indirectes finissent par atteindre lOG millions de francs...
Un beau jour, on doit avouer que, depuis trois ans, la Société des Drèches ne vit que sur son capital et que ce dernier a entièrement disparu. La Banque de Leipzig^ du même coup, doit fermer ses guichets : son bilan accuse 120 millions de passif pour 65 millions d'actif.
Cette histoire de la Sociélë des Drèches et de la Banque de Leipzig nous répète la même aventure et les mêmes péripéties que l'affaire de Vaihingen, dont M. Jullemier nous faisait plus haut le récit. Tous les cas particuliers en cette crise allemande se ressemblent. La courbe générale, à travers tout l'Empire, a toujours été la même. Mais, facile à dessiner, cette courbe est presque impossible à chiffrer exactement. Pour mille raisons, les statistiques ne peuvent pas nous en faire connaître la réelle hauteur.
En matière de crédit, l'intervention des puissances
publiques OU financières masque el atténue les traces extérieures du désastre : les gouvernements et les grandes banques, la Banque d'Empire surtout, ont fait tous leurs efforts pour reculer certaines liquidations, qui ne viendront plus que lentement et se feront en douceur.
En matière de commerce extérieur, pareillement, les conséquences réelles d'une semblable crise peuvent revêtir un aspect favorable et trompeur. Telle statistique, exacte pourtant, semblerait indiquer un maintien et même une hausse des affaires, alors que cette apparence de progrès ou détat satisfaisant recouvre des ventes forcées et des défaites à vil prix. Il faut noter pourtant que les statistiques officielles, pour le commerce général de l'Empire en 1901, indiquent une faible baisse à l'exportation et une baisse beaucoup plus forte à l'importation :
Commerce de l'Allemagne.
{Valeurs en millions de marcs.)
Années. Importatious. Exportations.
IS'Ji 4 515 3 349
18!)G 4 8'Ji) 4 152
i'JOU G iOG 3 101
l'JOl G 010 4 825
Mais, en cette baisse, il faut noter aussi que les exportations de produits fabriqués semblent n'avoir pas diminué; de 1900, année prospère, à 1901, année
ruineuse, TcxporLalion de inanuracLurcs allemandes n'est tombée que de cent millions de marcs à peine (3 086 millions en 1900, 2 978 millions en 1901).
A s'en tenir à ces chiffres, on pourrait donc croire qu'il ne s'agit encore que d'une très faible dépression industrielle. Mais ces chiffres bruts ne traduisent pas la vérité : ce fut la nécessité de vendre à tout prix, pour faire argent de tout, qui maintint, seule, lei exportations de manufactures à une si haute valeur. En outre, l'Allemagne avait souscrit un peu partout de longs engagements : elle a livré, en 1901, les fournitures et commandes prises depuis trois et quatre années.
Ces chiffres du commerce extérieur ne peuvent donc nous donner aucune mesure adéquate. A l'intérieur de l'Empire, il est des indices plus Aisiblcs et plus graves : c'est, d'une part, le renchérissement de la vie, avec l'avilissement de certaines matières premières; c'est, d'autre part, le chômage de multitudes affamées, avec la fermeture d'usines toujours plus nombreuses et la baisse ou la suppression des dividendes aux actionnaires.
Dans tout l'Empire, ce renchérissement de la vie est sensible pour le passant même : il n'est pas d'hôtel dont la carte ne porte une surcharge aux prix de sa table d'hôte. Les déplorables récoltes de 1902 firent encore hausser la valeur des provisions. Après les pluies persistantes de cet été sans chaleur, il fut probable que l'Allemagne du Sud ne pourrait pas ven. danger, et il était certain que l'Allemagne du Nord
laissait pourrir sur pied ses céréales encore vertes : « Toutes les matières premières du bâtiment, écrit le consul anglais de Munich', sont par contre tombées de oO p. 100. Le millier de briques, qui valait 30 marcs en 1899, est tombé à 25 marcs à la fin de 1900 et ne trouve plus d'acheteurs à 18 marcs en 1901. »
Quant au chômage, il arriva qu'en 1901 des émeutes d' « inemployés » éclatèrent à Francfort, à Mannheim et en Silésie. Ces multitudes de travailleurs, attirés de la campagne, se trouvaient subitement sans la moindre ressource. A la fin de 1901, les statistiques officielles estimaient à quatre-vingt-treize mille le nombre des sans-travail. L'Empire, les États et les municipalités rivalisèrent d'enquêtes et de mesures effectives. Leurs efforts combinés réduisirent un peu le chômage au début de 1902. On espéra pendant quelques semaines une reprise générale du travail, sinon des bénéfices. Mais l'automne, avec ses nouvelles de récoltes perdues, ramena une aggravation : les usines réduisirent encore leur personnel et leurs journées.
Notre consul de Stuttgart écrit dans le Moniteur officiel du Commerce du 23 septembre :
Dans l'exposé de la situation du travail pour l'industrie métallurgique en Allemagne, publié par la Correspondance ouvrière, je relève les renseignements suivants, intéressants pour l'état économique de l'Empire. Depuis la fin de mai, les affaires, en ce qui concerne la métallurgie et les machines, ont suivi une marche très défavorable. Il sem-