Livre jaune sur les niïaires du Maroc, p
l'envoi d'expéditions en vue de reclierches et d'études économiques. Comme ia plupart de nos colonies sont ptu susceptibles d'extension, comme, au contraire, le Maroc peut devenir une colonie de peuplement et d'agriculture, en même temps qu'il serait un point d'appui des plus pré- , cieux pour notre flotte sur une route de navigation des plus importantes, il est désirable que le Gouvernement Impérial fasse le nécessaire, au cas où le statu quo ne pourrait être maintenu au Maroc, pour s'établir dans la région ouest de ce pays, où déjà le négoce allemand occupe une situation considéi'able, souvent même prépondérante, et pour que notamment Oualidia et Agadir soient occupés, comme précédemment Tsingtau en Chine, afin de démontrer et d'affirmer nettement la sphère d'intérêts allemands dans ce pays.
Pour la pénétration en Afrique, — « pour avoir ung pied dans l'Alïrique et aller s'estendre plus loing », comme disait Razilly, — les Allemands avaient aussi reconnu, depuis longtemps, l'importance des routes terrestres qui, du Sud-Marocain, rayonnent jusqu'au Sénégal, au Niger, au Tchad et même au Nil, à travers le Sahara et le Soudan. Au long de ces routes marocaines et sahariennes, jusqu'à Tombouctou, leur explorateur 0. Lenz avait passé de longues années, avant et après 1880, à des expéditions, des recherches et des études économiques.
Depuis 1880, le rôle commercial de ces routes a presque disparu : Français, Anglais et Allemands eux-mêmes, remontant les fleuves ou les pentes de la Sénégambie et de la Guinée, ont atteint les marchés soudanais par leurs bateaux, rails et routes du Sénégal, du Niger, de la Bénoué et du Chari. C'est
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par ces voies maritimes et fluviales, désormais, que 1(< relations de l'Europe avec le Soudan sont éta- Mics : les pistes et caravanes du Sahara perdent chaque jour de leur clientèle.
!Mais, le commerce ruiné, restent toujours sur ces n Mîtes africaines les files de pèlerins qui, d'oasis en oasis ou de village en village, s'en vont des profondeurs occidentales de l'Afrique musulmane vers les mosquées et villes saintes du Levant, vers Bcrber et Khartoum, ponts du Nil, vers Souakim, port de la mer Rouge, vers Djedda et la Mecque. A travers toute l'Afrique désertique ou soudanaise, depuis le Sahara et le Soudan atlantiques jusqu'aux Bischarin et Soudan égyptiens, ces fdes ténues mais continues maintiennent le courant d'une foi menaçante, oij partout grésillent les étincelles de la guerre sainte, où le moindre court-circuit aurait tôt fait d'allumer un incendie que rien ne pourrait arrêter.
Sur les derrières de l'Algérie française et de l'Egypte anglaise, ce courant d'islam peut causer soudain de terribles surprises : Mogador ou Agadir, sous le doigt de l'Allemagne, serait devenu comme le bouton électrique qui eût fait sonner la révolte musulmane dans notre Sud-Oranais et notre Touat, ou dans ces provinces du Haut-Nil que les Anglais viennent à peine de reprendre au mahdisme.
En leurs discours publics et leurs actes officiels, les pangermanistes n'ont jamais témoigné de l'ambition qu'ils avaient de cette influence religieuse. A Tanger, néanmoins, l'Empereur s est posé en cham-
pion de l'islam contre la pression sacrilège de TEurope; à Constantinople, il a promis que sa droite, toute-puissante, écarterait du monde islamique la profanation et la violence; en son fameux toast de Damas (octobre 1898), il s'est proclamé « l'ami de^ trois cents millions de musulmans ». Le successeur de Mahomet, le khalife, qui se dit chef de tous les musulmans, même des hérétiques persans et des schismatiques marocains, a remercié l'ambassadeur de Guillaume II après le discours de Tanger.
De ces encouragements impériaux aux peuples du Coran, les effets n'ont pas tardé à nous apparaître. Dès le mois de juin 1905, nos officiers d'Aïn-Scfra signalaient les espoirs un peu fous que suscitait dans les mosquées du Sud-Oramais l'annonce d'un secours impérial. En janvier-février 1906, ils interceptaient des correspondances où l'intervention prochaine de l'Empereur était formellement promise par les officiers du Ghérif. En même temps, notre Imprimerie nationale découvrait qu'un fonctionnaire prussien au Caire, le comte M. von Oppenheim, tentait de faire éditer à Paris, sous le couvert d'un Algérien •, des pamphlets panislamiques, dont il n'avait pas osé risquer la publication dans l'Egypte anglaise, et dont Berlin n'avait pas, semble-t-il, voulu assumer la responsabilité officielle ou indirecte.
M. Bihourd écrivait encore le 30 mai 1904 :
L' Assemblée coloniale allemande, réunie ù SlctLin le 27 de 1. Viiir lo Journal des Débals du 9 février 1906.
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co mois, a voté à l'unaniniilo l'adresse suivante au Cliancelier :
1° Tant que durera au Maroc l'état de choses présent, la liberté commerciale sera garantie dans toute sa plénitude, et les droits politiques et économiques des sujets allemands y résidant devront être sauvegardés de façon expresse ; 2" au cas où le statu quo serait modifié en faveur de la France, l'Empire allemand devrait recevoir des compensations au moins égales à l'accroissement de la puissance française, compensations correspondant à la fois à l'importance de ses intérêts économiques dans le pays, aux besoins qu'a sa flotte de points d'appui maritimes et aux besoins d'expansion de sa population.
Le comte Pfeil, qui s'était chargé de faire le rapport sur la question, a dit que l'Empire avait encore la possibilité de mettre la main sur une terre où rAUemand pouvait prospérer, qu'il fallait diriger vers le Maroc les trente-deux mille éraigrants qui vont chercher fortune aux États-Unis tous les ans, que ces émigrants trouveraient là un climat et des conditions de production appropriés à leur activité, qu'enfin, au point de vue politique, le Maroc était à l'heure présente le seul point d'appui dont pourrait se servir la marine allemande pour maintenir, au cas de complications internationales, le libre passage entre l'Atlantique et le canal de Suez.
Les journaux annoncent qu'une manifestation analogue, organisée par les pangermanistes, aura lieu prochainement à Liibeck.
Un point d'appui au Maroc était, non seulement utile à la marine impériale pour « maintenir, au cas de complications internationales, le libre passage entre l'Atlantique et le canal de Suez », mais indispensable si Berlin entendait pousser jusqu'au bout cette Weltpolitik, qui engage le drapeau et les intérêts de l'Empereur sur le pourtour de l'Afrique, en
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Océanie, en Chine, et qui, tôt ou tard, doit aboutir à la rupture, à la guerre avec TAng-leterre.
Les Anglais fermant le canal de Suez, comment établir les communications entre Kiel et Kiaotchéou, sinon par cette route du Cap que tout récemment la flotte russe a dû réapprendre pour tenter de secourir Port-Arthur et Vladivostok? Mais au long de cette route, Texpérience toute fraîche des Russes montre bien qu'il faut des relâches et des magasins : sans Dakar et les escales françaises, que serait devenue la flotte de Rodjetvenski ?
L'Allemagne possède trois ou quatre pans de littoral africain; mais elle ne peut pas y avoir de bon reposoir pour ses escadres. Depuis le temps de Razilly, les maîtres de l'Afrique ont changé ; mais les Allemands aujourd'hui, comme les Français alors, n'ont que « des quartiers où l'ayr est très mauvais; il n'y a lieu en Affricque propre aux [Allemands] que l'isle de Montgaddor » et les baies du Cameroun...
Faut il ajouter que TEldoradde de Razilly miroite toujours devant les yeux des coloniaux et pangermanistes? Venezuela ou Rrésil, c'est dans l'Amérique du Sud, peut-être, que Berlin risquerait le plus volontiers quelque coup de force pour donner officiellement au Deidschtum la prééminence qu'officieusement il a déjà conquise en certains États de la République brésilienne, en certains ports du continent sud-américain.
Juste en même temps que les débats d'Algésiras,
les journaux nous racontaient les singuliers débarquements de la Panther allemande sur le littoral brésilien, ses remontées dans les fleuves jusqu'au Paraguay, — la Gazette de Cologne, fièrement, annonçait que, pour la première fois, un bateau de guerre européen, la Panther, avait paru devant Assomption, — et les établissements plus singuliers encore des charbonniers allemands aux Canaries.
Depuis quelques années, le commerce allemand se plaint de la diminution de ses affaires dans les ports sud-américains.
Au Brésil surtout, il se sent menacé. Récemment les Allemands pensaient du Brésil ce que Razilly écrivait de toute TEldoradde : c'est que, les maîtres actuels étant incapables de mettre en valeur ce pays merveilleux, il faudrait la science et la discipline germaniques pour suppléer ou remédier à la routine et à l'indolence créoles. En fait, ce gigantesque paradis brésilien est encore désert : quatorze ou quinze millions d'habitants sur huit millions de kilomètres carrés, à peine deux habitants par centaine d'hectares ! Quel parti une exploitation méthodique saurait tirer de cette terre à café, à sucre, à cacao, à coton, à caoutchouc ! Pour le port épicier de Hambourg, quel fournisseur et, pour l'Allemagne usinière, quelle ferme! Dans le journal Export, le docteur Jannasch — le même qui fut l'un des théoriciens et l'un des ouvriers de la pénétration allemande au Maroc — s'efforçait, en de longs articles, d'attirer les capitaux et entreprises allemandes vers ce pays de
« mynes, esmerauldes, canes à sucre, baulmes, taintures, poyvre rouge et tabac ».
En certains États de la République brésilienne, des colonies alîeiuandes se sont établies et prospèrent; les statistiques y dénombrent trois ou quatre cent mille Allemands, et les pangermanistes considèrent Rio Grande do Sul comme une province de leur futur empire. Dans tout le Brésil, le commerce allemand a pris pied et, pour le cabotage, les compagnies de Hambourg ont installé des services locaux ou lié partie avec les petites compagnies indigènes. L'Allemagne est devenue, d'année en année, un meilleur client du Brésil; mais elle n'a pas trouvé le réciproque :
Commerce de l'Allemagne au Brésil *.
(En millions de marcs.)
Achats . .
lis
Ventes . .
Le professeur Th. Schiemann, — ce chroniqueur de la Gazelle de la Croix qui acccompagnait l'Empereur dans sa visite à Tanger, — écrivait le 5 novembre 19022 :
The American monthly licvicui of Rrvieios nous donne les olijcctifs de la diplomatie américaine : rt'ciprocilé comini-Tciale avec Cuba, Terre-Neuve et le Canada; acquisition