‹ La France et Guillaume IIChapitre 28 sur 30 · Cf. Slatistichcs Jahrhuch fiir dos deulsche Reich · texte numérisé non relu

Cf. Slatistichcs Jahrhuch fiir dos deulsche Reich

2. Th. Schiemann, Deutschland und die grosse PoUlik, anno 1002, p. 371.

de Panama et des Antilles dano'ses; mainlien du atatn qiio au Brésil... Ce souci des États-Unis pour le maintien du Brésil en son état présent rappelle l'intérêt qu'au xviii'' siècle les voisins de la Pologne prenaient au maintien de l'intégrité et de la constitution polonaises. Quand un État, de la taille du Brésil, n'est pas capable de se gouverner selon son intérêt, la main protectrice du voisin est toujoui's sujette à caution... Mais le moyen d'écarter du Brésil l'immigration allemande, italienne ou française? L'évolution de ce pays suit sa route naturelle et il me semble que cette immigration, qui ne porte dommage à pei'sonne, est pour le Brésil d'un avantage considérable.

Les Brésiliens, sans écouter ces bonnes paroles, se sont jetés « sous la main protectrice du voisin >5. Le consul anglais de Hambourg écrit en juin 1903 :

Bien que les résultats du commerce avec le Brésil n'aient pas été considérés en 1904 comme satisfaisants, ils présentent tout de même quelque amélioration sur ceux de 1903... Mais la concurrence des États-Unis est rendue d'autant plus menaranle pour les fournisseurs européens que le Brésil accorde des avantages aux importations américaines, sous forme d'exemptions ou de réductions de douanes, en échange de la libre admission des cafés brésiliens aux États-Unis.

Ces droits préférentiels de 20 p. 100 en faveur des produits américains ne s'appliquaient encore qu'aux farines, articles de caoutchouc, horloges, montres et vernis. Ce sont les farines argentines qui auront le plus à soulTrir; mais déjà, pour les articles de caoutchouc, les montres et horloges, ce sont les Allemands qui perdent le marché. Demain, si les manufactures, quincaillerie, verrerie et verroterie américaines étaient

pareillement avantagées, que deviendrait la camelote allemande ?

Il semblait qu'il était grand temps peut-être d'intervenir pour montrer à ces Brésiliens que, derrière les cargo-boats et les transatlantiques de Hambourg, il y a les cuirassés de Kiel. Postée à Mogador ou Agadir, la force allemande serait beaucoup plus proche de la terre brésilienne que la force yankee : Agadir est sous la même latitude que la Nouvelle- Orléans. Entre le cap San Roque, pointe orientale du Brésil, et le cap Vert, pointe occidentale de l'Afrique, la traversée est inférieure à huit cents lieues ; du cap San Roque à New- York, on doit compter sept ou huit mille kilomètres. Au sud du cap San Roque, les capitales et grands marchés de FAmérique latine, Pernambouc, Bahia, Rio de Janeiro, Santos, Montevideo, Buenos-Ayres, etc., seraient en réalité sous rinfluence ou la menace allemandes, si le pangermanisme réussissait à faire d'Agadir ou de Mogador un Gibraltar ou un Aden germaniques.

Il ne faut donc pas nous étonner que les projets allemands aient alarmé non seulement la France, mais l'Angleterre et les États-Unis et le monde entier, sauf le sultan de Constantinople : le dernier soutien de la Triplice, l'empereur de Vienne, lui-même, pour d'autres raisons néanmoins, ne promit et ne donna qu'un appui sans enthousiasme. Les pangermanistes

durent renoncer à toute annexion. Ils se bercèrent quelque temps de l'illusion qu'une police internationale les conduirait par des voies détournées au même résultat. Le vote des puissances leur prouva bientôt que, malgré cette feinte, le danger d'un port allemand au Maroc inquiétait encore les deux mondes et que, seule, la solution franco-espagnole tranquillisait tous les intérêts

Lâchant alors leur revendication allemande ou internationale sur les ports du sud, les diplomates impériaux revinrent à leur projet sur l'un des ports du centre. Comme Oualidiya est une ruine où il ne saurait être question de mettre une police, c'est à Casablanca qu'ils voulurent s'assurer le bénéfice d'un port neutre où, lentement, on tâcherait de faire un reposoir germanique, avec ou malgré la surveillance de la Suisse ou de la Hollande... Voici la description que les Instructions nautiques donnent de Casablanca :

Dahr-el-Beida, l'ancienne Anafi (Casablanca des Portugais) fut jadis une ville florissante; elle est aujourd'hui petite et pauvre, et sa population ne compte pas plus de dix mille âmes, dont à peine deux cents Européens... La ville est le centre d'un grand commerce de laine, cuirs et grains... Le port est desservi par six compagnies de navigation... On trouve devant la ville d'immenses bancs de maquereaux, que les pêcheurs portugais viennent capturer et saler... Le mouillage est dangereux, surtout en hiver, parce qu'il est entièrement exposé aux vents du large, qui rendent la mer excessivement grosse, et parce que le courant, qui porte obliquement sur la côte, rend l'appareillage très malaisé avec les forts vents d'ouest... Le

débarcadère est dans une petite ci-ique avec une plage de sable d'une trentaine de mètres. Par les vents frais de l'ouest au nord, toute communication avec la terre cesse d'être possible.

Malgré les risques de leur mouillage, Casablanca et son voisin Mazagan sont aujourd'hui les ports les plus actifs du Maroc pour les exportations. Quelques travaux en rade, qui donneraient un peu de sécurité aux navires, tripleraient aussitôt les échanges. Ces travaux seraient à Casablanca plus longs et plus coûteux qu'à Mogador : au-devant de la crique actuelle, il faudrait pousser en mer les deux bras d'une double jetée pour enclore le bassin d'abri.

Mais cette mise de fonds eût trouvé bien vite un beau revenu dans les redevances du commerce, si, les autres ports étant sous la police franco-espagnole, les Allemands avaient pu installer en celui-ci leurs amis de Zurich, ces intermédiaires suisses qui tombent de plus en plus sous la main de la finance berlinoise : il n'est pas douteux qu'avec quelques sacrifices et leurs scientifiques méthodes les Allemands, en leur nom propre et au nom des Suisses, n'eussent bientôt créé de toutes pièces le reposoir, arsenal et magasin pour le service de leur Weltpolitik, mais aussi pour le danger de notre Afrique musulmane, de la paix méditerranéenne et de la sécurité transatlantique.

Page 1