‹ La France et Guillaume IIChapitre 8 sur 30 · GI · texte numérisé non relu

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Deux milliards sont un chiffre; encore faut-il comparer ce commerce franco-britannique aux commerces de la France avec les autres pays étrangers, pour lui

1. Le commerce général comprend l'ensemble de toutes les marchandises transportées d'un pays ù l'autre. Le commerce sjiécial ne comprend que les marchandises achetées par l'un et par l'autre. Entre la France et l'Anirleterre, le commerce général chiffrera dans ses colonnfes mùme les marchandises étranfrères qui ont transité à travers la France vers l'Ang-leterre, et récipru(iuemcnt : le commerce spécial ne chiiïrera que les marchandises aciietécs en France par les Anglais et réciprociuemenl.

... 1 ri.-iT

donner toute sa valeur. Nos trois meilleurs correspondants, après l'Angleterre, sont la Belgique, TAlleinagno et les Etats-Unis. En 1901, notre commerce s|ircinl avec ces trois correspondants se chiffrait cunimo suit :

Coiiiniorcc franeo-belpe 982 millions do francs.

— fraiico-alloniniicl . . . 878 — —

— fraïK'O-aiiié'ricaiii. . . 7''1 — —

C'était, pour le total de nos échanges avec ces trois pays, deux milliards et demi de francs, — à peine le quart en plus de la seule Angleterre. Et dans ces chiffres globaux étaient comprises tout à la fois nos importations et nos exportations. Or, nos ventes n'atteignent pas toujours et partout la valeur de nos achats. Les États-Unis, qui nous vendaient, en 1901, pour 481 millions de francs, ne nous achètent que pour i230 ou "-loO millions. L'Allemagne nous vendait pour 4G1 millions et nous achetait seulement pour 417. La seule Belgique ne nous vendait que pour 386 millions alors que ses achats dépassaient chez nous 596. Mais c'était encore l'Angleterre qui, de beaucoup, restait notre meilleure acheteuse. Depuis dix ans, la même proportion s'était maintenue entre ses ventes et ses achats en France. Nous vendions aux Anglais le double de ce qu'ils nous vendaient :

Commerce franco-britannique.

(En millions de francs.)

Ventes de la France. . 1 027 1 030 1 227 1 204 Aclials de la France. , 530 010 074 007

Rencontre amusante : de chaque coté du détroit, ces chiffres étaient invoqués par le nationalisme commercial pour créer la haine entre les deux peuples : « La France nous exploite, disaient en Angleterre les fauteurs du protectionnisme renaissant. Chaque année, elle diminue ses commandes chez nous, alors que nous augmentons les nôtres chez elle. » Et nos anglophobes de répondre en chœur : « Les Anglais nous volent : ils ne viennent acheter nos produits que pour les revendre à gros bénéfices, après les avoir anglicisés. L'Angleterre, pour nous, est, à vrai dire, non pas un client, mais un simple commissionnaire et nos profits sont diminués de toute la commission que prélève cet intermédiaire fâcheux. »

Voilà d'admirables matières à mettre en discours patriotiques ! Pourtant le simple bon sens et l'expérience journalière nous disent que le commerce ne se maintient longtemps entre deux partenaires que si tous deux y trouvent leur intérêt et leurs commodités. Quand, d'ailleurs, les protectionnistes anglais soutenaient que nos achats en Angleterre diminuent, c'est — les chiffres et calculs de 'SI. Périer sont probants — qu'ils se trompaient ou voulaient bien se tromper dans leurs statistiques : depuis dix ans, nos achats en Angleterre ont augmenté de douze pour cent. Et les calculs de M. Périer prouveraient de môme à nos anglophobes que l'Angleterre consomme en réalité les neuf dixièmes des produits qu'elle nous achète : c'est à peine si, bon an mal an, son rôle de commissionnaire porte sur cent ou cent vingt mil-

lions de nos produits. La vérité est que, depuis dix ans, vingt ans, trente ans même, le commerce franco -britannique s'est maintenu avec le même rythme, parce que, en réalité, il faisait les affaires des deux peuples.

j\lais laissons de côté la façade anglaise de la question et, pour ne regarder que la façade française, admettons encore, malgré les calculs de M. Périer, que l'Angleterre soit notre commissionnaire, autant et plus que notre cliente, et qu'elle n'achète nos produits que pour les revendre à l'univers. Assurément, si les choses étaient ainsi, nous devrions secouer le joug d'un pareil trafic et tâcher de devenir nos propres commissionnaires, à une condition pourtant : c'est que nous eussions le moindre intérêt à ce changement et que nos frais de commission ne dussent pas à l'avenir dépasser du triple, du quintuple, — je dirai : du décuple même — les bénéfices qu'à l'heure actuelle nous abandonnons au facteur britannique.

Le malheur est que cette condition, cette toute petite condition, ne sera jamais réalisée. La nature même de notre commerce mondial fait que nous aurons toujours besoin d'un intermédiaire entre notre travail et notre lointaine clientèle. Pour bien comprendre cette nécessité, prenez en exemple l'un des articles du commerce franco-britannique : les diamants.

Par ses colonies de l'Afrique australe, l'Angleterre détient aujourd'hui en monopole presque absolu la

production du diamant brut : par sa Gompagnie de Beers, Londres en est devenu Tunique marché. ]\Iais TAngleterre, qui vend le diamant brut, ne le taille pas, et c'est la France qui, pour une grande part, travaille cette matière anglaise. La France achète donc à Londres cette denrée, qui lui est nécessaire : là-dessus, le commissionnaire anglais prélève un premier bénéfice, et ce bénéfice est important.

Puis la France taille le diamant et, pour la majeure partie, ce sont les bijoutiers de Birmingham qui le lui rachètent à seule fin de le revendre aux Anglo- Saxons du monde entier : d'où second bénéfice du facteur britannique.

Il serait préférable assurément qu'ayant chez nous les tailleurs de diamants nous eussions aussi le marché du diamant brut et la clientèle directe des bijoutiers dans tout Tunivers. Mais nous voyez-vous organiser des flottes et des services de transport à seule fin d'aller trois fois par an chercher quelques kilogrammes de diamant dans l'Afrique du Sud ou distribuer quelques hectogrammes de roses et d'étoiles aux quatre coins du monde?

Pour être typique, cet exemple du diamant n'est point paradoxal. La plus grosse part de notre commerce est, au contraire, de ce modèle. Nous achetons, souvent très loin, une faible quantité de denrées étrangères, et nous revendons, plus loin encore, un || faible volume de produits nationaux. Nous recueillons néanmoins de très gros bénéfices, parce que

notre travail met en nos produits exportés une valeur qui décuple le prix de la matière importée.

Aussi faut-il bien prendre garde à certaines statistiques et à certaines déclamations des statisticiens. A cuber seulement le volume ou à additionner les chilïVes bruts de nos échanges, il est chez nous et dans le monde toute une école de Jérémies qui se lamentent sur la progression gigantesque du commerce allemand, du commerce américain, de tous les commerces nouveaux, et qui mettent en regard l'ascension très lente de nos propres affaires. Ils n'oublient, je crois, que d'établir le calcul des bénéfices réels. Jamais ils ne se sont demandé si peutêtre, à l'inventaire annuel, le commerce allemand ou américain ne gagnait pas un peu moins sur 10 000 tonnes de charbon ou de fer et sur 2 millions de blé ou de sucre que nous-mêmes sur une tonne de soie ou sur 100 000 francs d'articles de Paris.

Et il faut encore prendre garde aux conséquences immédiates, nécessaires, d'un pareil commerce. Nos apports des marchés lointains, comme nos envois à ces mêmes marchés, ne sauraient occuper une grande flotte commerciale, telle surtout que la fera de jour en jour une révolution accomplie sous nos yeux. Car, depuis dix ans, les transports maritimes ont subi une révolution profonde, dont une enquête anglaise sur la décadence du port de Londres a mis en lumière la nature et les résultats.

Jusqu'en 1890, il semblait que les vapeurs de 7 à 8 000 tonnes dussent être les géants de lespèce. Le

trafic anglais les tenait pour les plus économiques et les plus commodes. Mais, depuis 1890, les Allemands sont entrés en jeu. Le transport à très bon marché de leur camelote encombrante et de leurs produits sans valeur était pour eux la condition fondamentale du profit. Ils mirent à la mode les énormes vapeurs de 10 à 12 000 tonnes, et les Anglais, pour lutter contre les frets allemands, ont dû se pourvoir des mêmes engins*. Diminuant les frais généraux en des proportions considérables, ces énormes bateaux monopolisent bientôt les transports lointains et suppriment toute concurrence des bateaux plus petits ^.

En France, par la nature môme de notre travail, nous n'aurons jamais de quoi remplir régulièrement ces grandes arches du commerce universel : tous nos diamants et articles de Paris tiendraient dans le coIlVe-fort de l'un de ces géants. Et par la nature de notre sol, nous ne disposons pas non plus des richesses minières, charbon et métaux, qui pourraient nous donner le monopole des constructions maritimes et

1. A la fin de 1901, les enqut'-teurs anglais dressent le tablean suivant des marines commerciales :

De o à 7.000 De 7 à 10.000 Au-dessus de 10.000 Vapeurs. tonnes. tuiines. tonnes.

Anj»leterro 255 80 28

Allemagne 81 18 24

États-Unis 31 1 6

France 18 5 2

2. Cf. Blue Book, Cd. liai, p. 29 : The economical ship is the large ship and unless you can provide for the large ship, you cannot compete oj'r the carrying trade.

• If's transports lointains. D'autres peuples ont ces richesses minières et il se trouve aussi que les produits de leur travail national nécessitent de pareils engins de trafic. Les Anglais ont une quarantaine de bateaux dépassant 10 000 tonnes; les Allemands en ont une trentaine; combien les Américains en fabriqueront-ils demain pour leur trust de l'Océan? En France, nous n'avons que deux ou trois de ces monstres; mais quel intérêt, ne pouvant les remplir, aurions-nous à en posséder davantage?

Que nous le voulions donc, de bonne ou de mauvaise grâce, notre commerce, pour réduire ses frais au minimum, sera de plus en plus obligé de recourir aux commissionnaires étrangers. Transportant en Chine ou en Australie quelque cent mille tonnes de leurs propres marchandises, ces commissionnaires y joindront quelques kilogrammes des nôtres : nos colis-postaux ne feront que l'appoint aux ballots de l'Angleterre, de la Belgique ou de l'Allemagne.

Sauf quelques denrées de volume et de poids, qui peuvent entretenir notre marine nationale en certaines régions, nos produits sont et seront distribués au monde par l'intermédiaire du facteur étranger. Anglais, allemand, belge, américain, lequel de ces facteurs choisirons-nous? Notre intérêt évident est encore de préférer le facteur anglais avec lequel nous sommes liés de longue date et qui, se contentant de voiturer nos produits, n'entreprend jamais de les imiter ou de les contrefaire.

Ce qui peut nous atteindre, en effet, le plus directe-

ment dans nos revenus et grever ou supprimer nos bénéfices, ce n'est pas la commission anglaise : c'est bien l'imitation américaine et la contrefaçon belge ou allemande. L'habitude des relations et la différence des tempéraments ont fait, comme le dit fort bien M. Périer, que notre production française est aujourd'hui complémentaire de la production britannique. Pour leur plus grand bénéfice réciproque, les deux nations se sont partagé les rôles. Avec l'Angleterre pour correspondant, il se trouve donc que toutes nos facultés ont leur emploi et que tous nos mérites sont estimés à leur maximum. C'est encore ce que montre fort clairement M. J. Périer, quand il vient à analyser le détail des transactions francobritanniques.

A prendre d'abord nos achats en Angleterre, on peut voir par un rapide inventaire que ces produits anglais font, non pas concurrence, mais simple complément aux produits de notre travail national. De tous les pays où nous achetons, l'Angleterre est celui qui nous vend le moins d'articles similaires aux nôtres : les blés américains, les vins italiens et espagnols, les jouets et soieries de Suisse et d'Allemagne peuvent faire concurrence à notre industrie ou à notre agriculture.

Ni les champs ni les ateliers anglais ne fournissent

au monde et à nous-mêmes ce que nous offrent nos ouvriers et nos paysans : la nature des deux sols en a disposé ainsi; un fait géologique domine toute cette colonne de nos achats. Une moitié de l'Angleterre est un bloc de houille et de minerais : notre pays est fort mal pourvu de ces richesses souterraines. Il en résulte que nous achetons à FAnglcterre CQ,que ses mines lui procurent et ce que les nôtres ne sauraient nous donner, c'est-à-dire :

1° de la houille et des métaux;

2° certains articles de consommation courante, que la houille anglaise permet aux usines britanniques de fabriquer à très bas prix ;

3° certaines matières premières que la houille anglaise, de tous les points du monde, amène sur 'entrepôt britannique.

En premier lieu, nous sommes les meilleurs clients des charbonnages anglais. Non seulement tous nos ports, mais encore toutes nos grandes villes de l'inténeur, malgré le développement constant de nos charbonnages, consomment de la houille anglaise. Sur io ou 50 millions de tonnes que l'Angleterre annuellement vend au monde, nous en prenons 8 millions; l'Allemagne et l'Italie, qui viennent après nous, n'en prennent chacune que 6 millions : pour cette houille, [îotre paiement annuel atteint 190 ou 200 millions Je francs. Ajoutez 100 millions de francs pour le fer et les autres métaux, soit bruts, soit travaillés, machines, outils, appareils, instruments, etc. C'est 300 millions que l'Angleterre perçoit chaque année

de ce premier chef. Si nous ne voulions plus les payer aux Anglais, nous aurions à les payer à d'autres fournisseurs, car nous ne pouvons pas tirer de notre sol ces produits indispensables.

En second lieu viennent les articles de consommation courante. Ce sont les tissus communs ou grossiers qui forment le noyau : 23 millions de francs en cotonnades, 40 millions en lainages, 10 millions en soieries, 6 millions en tissus de jute et de lin. Ajoutez quelques produits chimiques (25 millions), des peaux et pelleteries préparées (17 millions), du papier, des conserves alimentaires, quelques objets de modes, etc. Au total, c'est 180 millions de francs que nous payons pour ce deuxième chapitre. Ici encore, le vendeur étranger nous est indispensable, car nous n'aurons jamais de bénéfice à fabriquer ces articles communs, que le travail des machines etTabondance du charbon permettent, seuls, de produire à des prix rémunérateurs.

Même si, dans un nouvel accès de la fureur protectionniste, nos droits de douane relevés rétablissaient Tégalité de lutte pour le producteur français, galvauder le temps et l'habileté de notre main-d'œuvre i à des besognes aussi peu profitables serait d'un calcul] ruineux. Nos protectionnistes les plus férus recon-j naissent que la consommation nationale ne pourrait] assurer aucun revenu à telle et telle de ces usines] qui, pour gagner en somme très peu, doivent produire d'énormes quantités et dont, seul, le marché mondial peut fournir la clientèle suffisante. Nos

droits de douane ne réussiraient pas à faire vivre ces industries chez nous : il faudrait encore des primes à l'exportation. En ce genre de gaspillage, nous avons atteint la limite.

Troisième chapitre : la valeur des matières premières, que nous achetons à rentropôt britannique, atteint 150 millions. Les matières textiles en forment plus des trois quarts : 86 millions pour les laines, 33 millions pour le chanvre et le jute. Le reste est fait de denrées exotiques, caoutchouc, plumes, fourrures, épices, etc., et de matériaux précieux, nacres, coquilles, pierres fines et métaux rares. Ici nos anglophobes s"écrient que voilà bien Texploi talion anglaise! A quoi bon payer ce courtage à l'entrepôt anglais? Pourquoi ne pas nous adresser directement aux pays producteurs, qui sont parfois nos propres colonies? Voilà 150 ou 180 millions de francs que nous ne devrions pas payer à l'Angleterre !

J'ai dit plus haut quelles étaient les nécessités du trafic maritime et combien peu elles me semblaient compatibles avec les conditions de notre travail. Nous avons fait le nécessaire, et au delà, pour sauver notre marine marchande et lui permettre d'atteindre les lointains entrepôts. Nous avons approché, dépassé même, la limite du possible. Nous avons réduit au minimum nos achats sur l'entrepôt anglais : pour le thé, pour le café, pour le coton, pour la soie, nous ne dépendons plus de Londres ni de Liverpool, et pour les laines nous en dépendons beaucoup moins qu'il y a vingt ans. Il ne me semble

pas que nous puissions faire davantag-e. La laine, grâce aux colonies d'Australie et du Gap, est en réalité une matière anglaise. Il est logique et nécessaire que nous rachetions aux Anglais, et il nous est encore plus avantageux de l'acheter aux Anglais de Londres, qui sont nos clients, que d'engager des frais énormes pour aller la prendre chez les Anglais de Sidney, qui sont nos rivaux, comme nous allons voir.

Dans ce troisième chapitre donc, comme dans les précédents, nous n achetons aux Anglais que le complément indispensable à nos besoins. Retirant à Londres notre clientèle pour les denrées exotiques, c'est à Hambourg, Anvers ou Rotterdam que nous porterions notre argent. L'Angleterre n'a perdu le marché du café qu'au profit de Hambourg, qui en détient le monopole dans une moitié de l'Europe. L'Angleterre ne perdrait le marché du tabac qu'au profit d'Anvers et des manufactures belges ou au profit de quelque trust américain.

Avons-nous intérêt vraiment à changer de fournisseur? Trouverons-nous ailleurs un correspondant aussi propre que l'Angleterre à bien rémunérer notre travail?

L'Allemagne ou l'Amérique paieraient-elles d'un meilleur retour les achats que nous leur ferions? La réponse est aisée : notre consul va nous dire ce que représentent exactement nos ventes à l'Angleterre.

Nos ventes à TAngletere se divisent d'elles-mêmes en plusieurs catégories (je conserverai les excellentes classifications de M. J. Périer en son lumineux rapport); mais elles se groupent aussi autour de deux causes principales.

Si nous vendons beaucoup aux Anglais, c'est, d'une part, que les deux pays sont très différents de soi et de climat et que la terre française produit en abondance maintes sortes de vivres dont « ils n'ont Das en Angleterre » , et c'est, d'autre part, que la nèmc différence existe entre les aptitudes et les Euvres des deux peuples : le paysan et l'ouvrier rançais ont des talents inconnus de l'autre côté du léti'oit.

La différence de sol et de climat est toute à notre ivantage : elle nous rapporte annuellement 230 milions de francs.

Sauf une vingtaine de millions pour les bois (nos andes et notre Bretagne fournissent leurs poteaux ux mines anglaises) et une dizaine de millions pour s fleurs, plantes et graines, tout ce chapitre serait empli par une liste de vivres. Notre vigne nous aut 100 ou 110 millions par ses vins, champagnes, queurs eteaux-de-vie. Prunes, noix, cerises, pêches, oires, fraises, etc., nos fruits figurent pour une quaintaine de millions. Pommes de terre, tomates, ignons, légumes frais de toutes sortes, c'est encore

une quarantaine de millions que nous valent nos primeurs. Ajoutez 15 millions de poissons et sardines.

Étant données la situation et la nature (}es deux terres anglaise et française, quels que fussent les occupants du sol français, on peut croire que l'Angleterre se serait toujours adressée à ses voisins les plus proches, pour la fourniture de ses vivres quotidiens. Mais M. J. Périer a grand raison de faire une classe spéciale pour d'autres fournitures, qui sont dues aux aptitudes, non pas de notre sol, mais de notre paysan.

Une douzaine de millions pour les œufs; 50 millions pour le beurre; 7 millions pour la volaille; l^t millions pour le sucre; une trentaine de millions pour diverses autres denrées : au total, 213 million; de francs, dont l'Angleterre paie la supériorité d( notre paysan sur ses fermiers et ouvriers agricoles Car ni la place, ni le climat, ni les récoltes ne man queraient à l'Angleterre pour produire elle-mèm' tous ces articles; mais elle n'a pas la main-d'œuvr adéquate à cette besogne. Son régime de la grand' propriété, favorable jadis à la grande culture et rélevage extensif, a toujours été contraire à l'exif tence d'artisans agricoles. La grande propriét entraîne la culture et la pâture industrielles, poi ainsi dire mécaniques, où l'homme n'est plus qu'ur machine au service d'autres machines, dans les mair du maître ou des contre-maîtres. Or, le régime cl. libre-échange a fait que les gigantesques cultures ( l'Amérique, de la Russie et de l'Inde ont tué

i^ranclc culture anglaise, et que, ruiné par les pûturrs lustralienne ou argentine, l'élevage anglais penche m même destin.

Quelques grands propriétaires anglais, aristocrates ît bourgeois enrichis, qui, de leurs affaires et de eurs propriétés urbaines, tirent un énorme revenu, ?'olïrent encore le luxe de maintenir leurs eslates

uraux et d'avoir des récoltes ou un cheptel modèle. Mais la classe moyenne des fermiers anglais a dû ]uitter la partie : les terres du Norfolk restent en

riche ; les fermiers de l'ouest émigrent par bandes v^ers le Canada. Ces fermiers sont des gentlemen éner- 2^iques, mais inaptes à un autre rôle que le commanlement. Ils ne peuvent et ne veulent conduire qu'une ï'rande entreprise qui « paie » et qui les enrichisse "apidement. Aux colonies ou aux États-Unis, ils se ,rouvent en terrain favorable. En Angleterre, ils ne laignent ni ne savent se plier aux minuties, aux soins néticuleux, aux petits travaux à la fois pénibles et 'émunérateurs de la culture maraîchère et intensive, ie la basse-cour et de la laiterie, sans lesquels la terre mglaise ne peut plus les nourrir, — et dans lesquels, m contraire, excelle notre paysan.

Chez nous, l'appât de la petite propriété et la nécessité de tirer le meilleur parti du moindre lopin ont ;réé une classe innombrable de véritables artisans

gricoles, pour le profit de toute notre agriculture et môme de nos grands propriétaires. Car si, par pxemple, ces derniers vendent 125 millions de francs de sucre en Angleterre, ce n'est pas que le climat de

la Grande-Bretagne, ou son sol, ou son régime de grands domaines soient défavorables aux plantations de betteraves : tout au contraire. Si, malgré les essais de tels lords richissimes, la betterave n'occupe là-bas que de restreintes superficies et ne fournit que la nourriture du bétail, ce n'est pas non plus que, par leurs primes à l'exportation des sucres, les gouvernements continentaux aient supprimé les bénéfices et l'existence même de la production anglaise : c'est que les champs britanniques n'ont et n'auront jamais en quantité suffisante cette main-d'œuvre soigneuse et patiente, dont la betterave a besoin et dont noire petite propriété fournit nos sucreries de Flandre et de Picardie.

Mais notre petite propriété a ses résultats les plus fructueux dans les produits de la laiterie et de la basse-cour. Une Société anglaise, National Poiiltry Organisation Society, s'efforce d'enseigner aux cultivateurs anglais l'élevage de la volaille, et le chancelier de l'Échiquier, en 1901, sir M. Hicks-Beach, ne^ dédaignait pas d'en présider les réunions. Il est certain qu'avec son climat et avec les grains étrangers, qui lui coûtent moins cher qu'à notre paysan nos grains nationaux, l'Angleterre ne devrait acheter aucune volaille au dehors. Mais il manque à la ferme anglaise un organe essentiel. Elle n'a pas ce merveilleux producteur de travail et de richesse, que presque seuls nous possédons au monde : la fermière. Ce n'est pas au paysan et au fermier français, c'est à nos fermières et paysannes que l'Angleterre paie;

annuellement quelque soixante-dix millions pour ses œufs, son beurre et sa volaille. Tant que nous saurons défendre ce commerce contre les Danois, Russes et autres paysans, nous le maintiendrons : jamais la fermière anglaise ne condescendra à cette besogne.

En somme, pour notre agriculture, ces deux premiers chapitres de nos ventes anglaises représentent dans les bonnes années un revenu de quatre à cinq cents millions de francs. Seule au monde, FAngleterre peut nous le payer, et elle ne demande qu'à nous le payer, parce qu'à notre défaut elle devrait le payer à d'autres : ses champs ne pourront jamais la nourrir. Voici maintenant pour notre industrie.

La différence des sols industriels, si l'on peut ainsi parler, n'a pas mis une moindre différence entre les productions des deux peuples. Le premier résultat a été la formation toute dilTérente de l'ouvrier anglais et de l'ouvrier français. N'ayant qu'à exploiter les richesses naturelles qu'elle avait à profusion sous la main, l'industrie anglaise ne s'est préoccupée que de recruter une armée permanente, nombreuse et régulière, d'ouvriers solides, disciplinés, propres à toutes les besognes. Ayant au contraire à découvrir, à inventer des sources de richesse que sa terre ne lui fournissait pas, l'industrie française a dû choisir d'ingéni(;ux et habiles agents, de fins limiers, toujours en quête de nouveaux bénéfices par de nouveaux

perfectionnements. Et notre consul fait très bien ressortir cette différence :

L'ouvrier anglais est sensé, très soucieux de ses intérêts et cependant respectueux de l'ordre, généralement consciencieux dans le travail qu'il a accepté, très apte à servir des machines, excellent pour la grande industrie, mais plutôt lourd d'esprit et de corps. De plus en plus déspécialisé par le machinisme, il est très rarement « ouvrier-artisan », partant peu ingénieux, médiocrement inventif. L'ouvrier français souvent n'a pas toutes les qualités de son camarade anglais; mais il est tout particulièrement vif de corps et d'esprit, fort ingénieux, d'une gi^ande dextérité manuelle, doué de beaucoup d'imagination et fréquemment d'un sentiment artistique très raffiné. C'est que notre ouvrier est beaucoup moins despéci'ilisé que son camarade britannique et, depuis des siècles, la classe ouvrière française compte un grand nombre d'artisans.

La France, parmi les grands pays industriels, est l'un de ceux qui possèdent le plus de petites industries. L' <( article de Paris » et 1' « article du Jui'a » sont les deux prototypes des produits de nos ouvriers spécialistes et de nos artisans. L'Angleterre rend justice aux qualités manuelles de notre classe ouvrière, à l'esprit inventif de notre peuple. Un journal qu'on ne saurait accuser de tendresse à notre égard, l'impérialiste Daily Mail, écrit : « ... Dans ses réussites industrielles, la France doit beaucoup à ses ouvriers, à leurs conceptions et à l'exécution de leur travail. L'ouvrier français trouve une satisfaction personnelle à exécuter avec soin une pièce de travail bien dessinée. C'est dans cette disposition de la main-d'œuvre que gît le secret de la perfection du mobilier français, du bric-à-brac, des tapisseries et des plus hautes branches de l'art. »

Kt la même Daily Mail ne rend pas moins justice à nos grands inventeurs : « La navigation aérienne et sous-marine sont les deux plus intéressants problèmes de la science des transports. Il est étrange que la seule nation qui ait fait des progrès dans ce sens soit la France — cette France

prétendue rétrograde et en décadence. Actuellement la nouvelle floraison des intelligentes et splendides activités de la France a réduit au silence ceux qui aiment tant à proclamer combien sa situation est affligeante. »

Brosses, boutons, meubles, bibelots, bijoux, etc., notre consul estime à 86 millions de francs le revenu annuel que nous vaut en Angleterre cette ingéniosité de notre main-d'œuvre et cette invention de nos créateurs. Môme quand les imitateurs étrangers, et TAllemagne surtout, s'en emparent pour en faire des produits usuels et courants, ces nouveautés françaises ne cessent pas de nous valoir des bénéfices.

Mais c'est alors une autre qualité de notre industrie qui nous garde la prééminence : il manque toujours à ces imitations étrangères, même anglaises, le soin ou la réussite du détail. Notre consul dit justement : « Tandis que les industries anglaises s'adonnent surtout à la fabrication de l'article banal, commun, de consommation courante et bon marché, notre industrie pour l'exportation fabrique surtout l'article de fantaisie ou de luxe, toujours marqué d'une certaine recherche. »

C'est encore 180 autres millions que l'Angleterre en 1901 nous payait pour ces articles « soignés », dont elle eût trouvé, chez elle ou ailleurs, les similaires, mais non les équivalents. Les industries qui fabriquent ces articles sont pourtant plus nombreuses et plus développées chez elle que chez nous. Elle a de grandes usines de faïence, de porcelaine, de verrerie : elle nous donne pourtant 15 millions de commandes.

Elle a des tanneries énormes : cependant elle nous achète pour 3o millions de peaux mieux soignées. Malgré le développement de ses industries chimiques et malgré la concurrence allemande, elle nous paie une cinquantaine de millions pour maints produits dont la fabrication dépend de manipulations délicates, d'une connaissance spéciale ou d'un tour de main. Il n'est pas jusqu'à certains articles métallurgiques (en cuivre surtout), dans lesquels notre travail soigneux n'arrive à imposer sa fourniture à l'Angleterre des métaux (55 millions par an). Notre ingénieuse, délicate et minutieuse industrie des automobiles nous valait déjà 10 millions en 1901 : elle dépasse 60 millions aujourd'hui.

A ces 180 millions de francs pour les articles « soignés », il faut ajouter enfin 550 ou 600 millions dont l'Angleterre paie la science, le goût, la fantaisie, l'art de nos industriels et ouvriers :

L'industriel britannique excelle à créer et à diriger en Angleleri'e ou à l'étranger (car il ne craint pas l'expatriation) les entreprises organisées sur un grand pied. Il risque beaucoup pour gagner beaucoup. Mais, s'il est hardi, énergique et par-dessus tout tenace, il a généralement pou de goût pour la recherche scientifique ou artistique. Il préfère les industries peu compliquées, qui fabriquent en grand l'article solide. Dès qu'une industrie, par suite des progrès des sciences, vient à se compliquer, il s'adresse à l'étranger pour acheter des brevets ou pour se procurer des techniciens. Si l'industriel français n'a jjas toujours cette forte volonté et cette initiative (bien qu'il ait fait à cet égard de grands progrès depuis quelques années), il a, par coulre, des aptitudes intellectuelles émiueutes : une inlel-

ligence prompte, une vive imagination, enfin et surtout un goût afiiné, une grande inclination pour la recherche artistique et scientifique.

Les Anglais aiment le bel article, l'article riche et artistique; riches eux-mêmes, ils peuvent le payer. Mais, en bien des cas, ils se contentent de racheter au dehors, sans chercher à le produire chez eux. Alors qu'ils ont conquis le monopole presque absolu des tissus ordinaires de laine et de coton, leur soierie n'a fait que diminuer au cours des trente années dernières; leur consommation de soie brute est dix fois moindre qu'en 1857; leurs importations de soieries en pièces a triplé depuis 1891. Aussi l'Angleterre est devenue la plus fidèle province de notre commerce lyonnais : même en cette année 1901, où la guerre sud-africaine leur causait de grandes pertes, Lyon et les « soyeux » français retiraient de l'Angleterre plus de 150 millions de francs. Et pour la laine, Bradford, Huddersfield et Leeds excellent à fabriquer les draps à bon marché; mais la fantaisie de nos tissus, l'art de nos impressions, le goût et la perfection de nos coloris donnent à Reims, Roubaix et Tourcoing une vente annuelle de 1 iO millions.

Comme notre agriculture, notre industrie doit ses plus fructueuses affaires à nos femmes, à l'art de nos ouvrières. Vêtements, lingerie, chapeaux, plumes et fleurs, modes et dentelles, gants, bottines et corsets : c'est pour 180 ou 200 millions de francs que l'Anglaise aujourd'hui nous achète. Le temps n'est plus où Taine, dans ses Notes sur l'Angleterre, remarquait

le peu de soin et de temps que TAnglaise accordait à sa parure. Nos grands couturiers ont des succursales à Londres. Les catalogues en anglais du Bon Marche circulent dans tout le Royaume-Uni. De 1891 à ISOP;. l'ensemble de nos soieries vendues là-bas a augmenté de 195 p. 100 : durant les trois dernières années, il avait un peu faibli par suite de la guerre; mais il était encore en 1901 supérieur de 94 p. 100 à ce qu'il était en 1891.

C'est à « l'incomparable ouvrière » française (dit notre consul) que va et qu'ira de plus en plus la dîme des bénéfices anglais dans le monde : les pays anglosaxons deviennent nos meilleurs clients pour le vêtement féminin. Plus l'Angleterre s'enrichit, et plus elle recourt au travail de nos femmes, parce que les siennes grandissent en nonchalance et en snobisme. Alors que la vaillante et industrieuse Française est presque toujours la collaboratrice de son mari dans les affaires et souvent l'âme de la maison, l'Anglaise n'est jamais qu'un poids mort ou un conseiller fâcheux : « Si nous avions vos femmes, me disait un Anglais très versé dans notre commerce, nous serions en affaires le premier peuple du monde ». Et il ajoutait sans même sourire : « Nous le sommes malgré tout, parce que vos femmes ont leurs maris. Rien ne paralyse autant l'expansion de vos affaires que ce mari de votre petite bourgeoise, paresseux par vanité, rapace par ignorance, féroce par sottise... »

En résumé, notre industrie, comme notre agriculture, ne fournit aux Anglais que le complément de leur production nationale. Aussi, bien que nous leur vendions beaucoup plus que les Allemands, jamais on n'entend contre nous sur le marché britannique les âpres récriminations qu'y soulève la concurrence allemande. La difTérence des pays et des peuples crée? sans doute, chez les deux nations, des façons difl'érentes d'agir, de penser et surtout de sentir, qui trop souvent amènent ou pourraient amener de graves malentendus. Mais cette différence même crée la parfaite harmonie de leurs intérêts, et M. J. Périer avait raison de conclure en ces termes tout son chapitre de nos ventes à l'Angleterre :

Le Royaume-Uni, en dépit des circonstances défavorables du moment qui tendent à restreindre les achats britanniques, reste néanmoins un énorme débouché pour nos produits. Il appartient à nos agriculteurs, à nos industriels, à nos commerçants, de se pénétrer de plus en plus de l'importance qu'a pour eux ce marché anglais, si riche et si voisin, ce marché qui absorbe, année moyenne, plus d'un milliard de francs de marchandises françaises. Qu'ils veuillent donc ne pas oublier que, de tous nos débouchés, l'Angleterre est non seulement, et de beaucoup, le plus important, mais aussi le plus stable, le plus extensible, celui enfin qui nous est le plus largement ouvert par la nature môme des choses, c'est-à-dire par la dissimilitude géologique et climatérique des deux pays et par la dissimilitude des deux races.

Dans ces paroles de notre consul, notez bien les deux mots stabilité et extension.

Ce qui doit, à nos yeux, donner à ce commerce franco-britannique une valeur exceptionnelle, presque infinie, c'est d'abord, outre son importance, sa stabilité. Il est stable par la force même des choses et non par la volonté de l'homme. De Paris à Londres, c'est la nature même et ses lois inéluctables de pente et de niveau qui ont créé ce fleuve commercial. Et, comme les fleuves réels auxquels une longue existence a donné leur profil d'équilibre et qui dans leurs plaines élargies mènent toujours à la mer le même volume d'eaux tranquilles et puissantes, ce commerce bien établi n'est plus sujet au régime torrentiel des trafics plus récents. Il n'a pas ses crues et ses maigres. Il n'a pas ses chutes et ses pertes. Il est régulier, et rien, sauf un cataclysme de la nature ou un gigantesque travail de l'homme, ne saurait en détourner le cours.

Quelques prophètes annoncent sans doute le prochain cataclysme qui détruirait brusquement notre clientèle anglaise en ruinant le commerce anglais au profit de l'Amérique ou de l'Allemagne. Il est indiscutable que l'Angleterre va traverser une crise, et notre consul, qui prévoit cette crise, nous l'explique fort bien :

Pendant loni^temps, les deux nations allemande et américaine, tout adonnées à l'agricultun', se contentèrent de fournir au Royaume-Uni des matières premières; celui-ci, en retour, leur envoyait des produits manufacturés. Alors les ventes des États-Unis et de l'Allemagne étaient, sur le marché anglais comme sur les autres marchés, complémentaires de la production britannique. Mais un moment est venu (nos voisins d'outre-Manche ne le savent que trop) où l'Union américaine et l'Empire allemand, entrés dans l'ère industrielle, se sont mis à fabriquer de nombreux articles bon marché et de consommation courante, similaires aux produits britanniques, et qui concurrencent ces derniers non seulement sur les divers marchés mondiaux, mais aussi sur le propre marché anglais. La production américaine et la production allemande, de moins en moins complémentaires de la production britannique, lui sont de plus en plus antagonistes. Et cela résulte de ce que les trois nations, ayant des ressources naturelles et des aptitudes de race presque semblables, sont amenées, par la force même des choses, à produire des marchandises similaires.

Malgré tout, notre consul pense que le monde est assez grand pour donner à chacun sa place : rAfricjue et la Chine s'ouvrent à peine; FAmérique du Sud est encore demi-vierge. Et l'Angleterre se préoccupe de son avenir. Elle a commis une lourde méprise en cherchant dans l'impérialisme le remède à ses maux. Notre consul espère qu'elle trouvera le salut ailleurs, dans une rénovation sociale et intellectuelle, qui, loin de porter atteinte à notre commerce, ne pourra que le favoriser. Mettons les choses au pis : l'Angleterre impériale avec ses mines d'or pourra longtemps remédier à la baisse de ses autres revenus; en exposant aux lecteurs les résultats et conditions de la paix

sud-africaine*, j'essayais de montrer comment cette richesse, acquise presque sans travail, mettrait de plus en plus l'Angleterre des golfîelds, comme jadis TEspagne des eldorados, dans la clientèle des travailleurs, ses voisins.

Mais il est aussi des entrepreneurs de grande politique, qui volontiers détourneraient ou saigneraient le fleuve franco-britannique. De ce côté du détroit, ils n'ont pas réussi à entraîner la nation. De l'autre côté du détroit, ils furent au contraire en pleine puissance : leur plan de Zollverein impérial était d'abord dirigé contre nous. Ce plan était fort simple. Le progrès des transports a déjà supprimé la moitié des distances entre la métropole anglaise et ses colonies. Celles-ci peuvent envoyer à celle-là de grandes quantités de vivres, viandes, fruits, laits, œufs et beurre même, qu'elles produisent à profusion. On croyait, par un système de douanes protectrices, écarter de la métropole tous les produits étrangers et réserver le marché anglais aux seuls produits panbritanniques. Le monde anglais aurait eu dans les colonies sa ferme, sa vigne, sa basse-cour et son verger. La métropole n'aurait plus été que la vaste usine entrecoupée de parcs...

On constata bientôt l'inanité de cette conception Le Zollverein impérial augmentait certainement les profits des colonies aux dépens de la métropole : il ne supprimait pas, il ne diminuait même pas grande

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