‹ La France et l'étrangerChapitre 101 sur 177 · DE LA PRODUCTION DE L'OR · texte numérisé non relu

DE LA PRODUCTION DE L'OR

Tout le monde connaît les graves questions que soulève, particulièrement au point (Je vue du monnayage (adoption d'un seul étalon, or ou argent, ou maintien, là où ils existent, des deux étalons) et de la hausse des prix, l'accroissement énorme et imprévu, depuis 4848, de la production de l'or. Noire intention ne saurait être de traiter ces questions, dont la discussion a déjà produit des volumes, mais seulement, nous renfermant dans le domaine des faits, de résumer les renseignements les plus dignes de foi et les plus récents sur les produits des principaux gites aurifères.

Il est certain que Tora été connu dans les temps les plus reculés. Les bijoux et les monnaies de nos musées attestent que, dès la plus haute antiquité , ce métal avait reçu ses deux pnncipales destinations. La Genèse nous offre Tun des plus anciens témoignages de l'idée attachée à sa valeur. On y lit, en effet, dans la description de la teiTe de Cbavila (chap. 2) que cl'or précieux» se trouve dans ce pays enchantée Ailleurs (chap. 13) il est dit «qu'Abraham était très-riche en bétail, eu argent et en or. »

Afrique.

LV paratt avoir été produit de temps immémorial en Afrique. Il était abondant chez les Égyptiens. Leurs bijoux, leurs meubles, leurs ustensiles de toute nafure, leurs tombeaux en font foi. Hérodote (III, 33) assure que la richesse de l'Ethiopie, au temps de la conquête de l'Egypte par Gambyse, était si grande, que les chaînes des prisonniers étaient en or, et Pline (VI, 29) assure que, dans l'État de Méroë, les métaux précieux étaient travaillés par 400,000 sculpteurs. Ces exagérations, quelque fortes qu'elles soient, prouvent que le sol occupé par l'ancienne Ethiopie produisait de l'or.

Toutefois , les anciens historiens ne donnent aucun renseignement précis sur les lieux où il s'exploitait et encore moins sur les quantités extraites; ce n'est que dans des temps relativement modernes que l'on a pu savoir que la richesse aurifère de l'Afrique n'est pas limitée à la côte orientale, mais s'étend encore à l'intérieur et surtout à la côte occidentale. C'est là que se trouvent la Guinée et la Côte d'Or, avec lesquelles les Portugais, les Hollandais et les Anglais ont entretenu de longues et fructueuses relations commerciales, dont l'exportation de l'or était la base.

L'or se trouve en Afrique, sous toutes les formes, soit dans les montagnes, sous forme de veines ou filons, soit dans les cours d'eau ou les terres d'alluvion. Les gisements de l'intérieur sont encore peu connus , par suite des difficultés qu'oppo-

sent aux voyageurs le climat et Thostilité des indigèoes. On sait seulenient, par la quantité considérable de poudre d'or qu'apportent les caravanes, qu'ils doiveot être d'une grande richesse et que, r^ulièrement exploités , ils donneraient probablement des produits aussi abondants que les gisements californiens ou australiens. On consultera avec intérêt, sur ce point, l'ouvrage déjà ancien de Russeger {Voyages dans f intérieur de l' Afrique) ^ notamment en ce qui concerne le pays des Rubanègués, et ceux de Fasoglo et Berta, au sud*ouest de l'Âbyssinie. Les voyageurs plus modernes, tels que les deux Barrow, Mungo Park, Uchtenstein, John Cami^ell, Bureheli, Gaillié, et de nos jours, le docteur Livingstone et Henri Barlb ont également donné d'utiles renseignements sur l'existence des gttes aurifères dans le c^tie de l'Afrique; mais ces renseignements n'ont pas l'importance de ceux que Ton doit à Russeger* D'après Barth, l'or forme le* principal commerce de Tombouctou, où il est apporté du pays de Bambouc. Dans le Soudan, les anciennes mines d'or de VÂlmour paraissent épuisées ; mais on exploite des laveries aurifères de Fazokl, de Tira, de Theiloum, au sud-est de Kordofan. Il en existe d'autres (qui sont moins coDnues) dans l'Âbyssinie et le pays des Gallas. Le mont Aruch*Kof possède un gite aurifère non exploité. L'or du Soudan se dirige sur Benghasi et le Caire.

Des récits des divers voyageurs, on peut conclure: 1^ que les districts aurifères de l'Afrique se trouvent entre les parallèles des 42^ et W degrés de latitude Donl, à la fois à la côte orientale, occidentale, e( à la côte sud-orientale, entre les 25^ et 15® degrés de latitude sud, en face de l'Ile de Madagascar; 3^ que l'or s'y trouve surtout dans des terrains d'alluvion qui doivent leur origine à des montagnes de granit et de gneiss traversées par des veines de quartz.

Asie.

' On ne connaît aucun gisement aurifère en Arabie, et il y a lieu de supposer que les richesses en métaux précieux attribués, par les anciens historiens, au\ populations de l'Arabie dite Heureuse, et notamment aux Sabéens, provenaient de la côte orientale d'Afrique avec laquelle ces populations entretenaient d'activés relations commerciales. Les plus anciens documents )^storiques connus attribaeot à l'Inde de riches exploitations aurifères à la fois dans les montagnes et dans les cours d'eau« Ces documents ont été confirmés par les renseignements modernes.

Le Thibet, placé entre les deux puissantes chaînes de l'Himalaya et de Kueocbio. payait autrefois, à la Chine, de lourds tributs en métal d'or.

L'ile de Bornéo est très^ricbe en gisements aurifères, qui sont exploités en grande partie par les Chinois. J. Crawford, dans son Histoire de l'archipel Indien^ attribue à Bornéo sept districts aurifères, dont un, celui de Montradok, occupe babiludl^ m^t environ 6,000 ouvriers.

L'or se trouve également en quantités considérables dans la Malaisie, où il est surtout exploité sur les bords des cours d'eau. Il se, rencontre encore, dans des proportiws que l'on ignore, dans les autres parties de l!archipel bidien, notammefil .aux Célèbes et à Sumatra, où il se fait remarquer par sa Qnease et sa pureté. — I^ royaume de Siam renferme des mines ()'or, mais dont l'exploitation ne parait pe ètie fructoetise« — La Cochinchine, le royaume des Birmans, la pémnsule^de Dekkan, la grande Ile de Ceyian, les côtes de Malabar sont riches en métaux précieux. — < A l'est de l'Asie, la Chine possède de nombreux gisements aurifères, surtout dans les provinces du nord-ouest et du sud-est; leurs produits paraissent être d'une mé-

diocre abondance, p» suite, soit de la pauvreté du mioei'ai, soH des vices de Texploitation. — Le lapon est riche en métaux précieux ; mais l'extrême difficulté, pour les Européens, de pénétrer dans le pays, n^a pas permis d'en connaître le gisement Au nord de l'Asie se trouve la ^ande chaîne des montagnea de l'Aliai, ipie Ménandre deByzance, écrivain du septième siècle, appelait déjàb montagne ctàr;élie s'étend entre le 50^ el le 53.3 degrés de latitude nord , et forme la limite méridionale du grand établissement sibérien, depuis les riches mines d'argent du. Scblaogenberg et du confluent de TUba et de Tlrlysch jusqu'à la mer de Baiikdi. La Russie y entretient d'importantes exploitalions dont une partie appartient o la couronne, et l'autre à des particuliers ou à des compagnies. Tout l'or recueilli est livré à l'établissement que la couronne possède dans l'Aitaï, pour y être e^aj^', puis envoyé à l'hôtel des monnaies de Saint-Pétersbourg. Là, il est essayé de nouveau, puis mounoyé, et sa valeur est remise aux ayants droit en espèces , déduction faite des Trais de transport et de firappage. En 1845, on évaluait déjà à 30 millions de roublesassig^nats, la part revenant aux particuliers sur le produit de l'exploitation. Les documents officiels évaluent à 25,000 le nombre des ouvriers employés, la même année, dans les laveries de la Sibérie occidentale.

En outre des dépôts aurifères des monts Altaï, la Russie exploite encore, en Asie, ceux bien plus riches de la partie centrale des monts Oui^l, où For se trouve surtout en grains ou pépites. Les districts aurifères où les laveries sont établies, sont au nombre de onze. L'or de l'Oural est presque toujours roèléà l'argent, le plus souvent dans la proportion de 6 à 8 p. 100; il contient également, mais en trés-^aîble quafnlité, du fer et du cuivre.

Il faut encore citer parmi les exploitations aurifères de la Russie, celles qu'elle possède dans la vaste contrée de l'Asie centrale située entre la mer Caspienne, les frontières de la Sibérie, la Chine et les kbanats de Kbiva et daKhokaii^ r^i a reçu le nom de Kirghizie. L'or et l'aident s'y trouvent^ a la ibis^ en veîoe&dans les rnonr lagnes, et à l'état de sable ie long des oours d'eau, iusqu'à ce jour> les' gîtes d'allu-* vion ont été seuls fouillés, mais dans des conditions très^défectueusea, l'état de barbarie des habitants et l'absence de toute sécurité pour les Européens n'ayant* pas permis d'établir des travaux Tôliers.

Les premières découvertes de l'or dans le Caucase (Russie transcaacajiienne) re-^ montentaoxannécs4861 et 1852. D'après le rapport de l'ingéntem» chargé , dans ces deux années, d'étudier les lieux, cla conslitatbn géologique d'une partie de 1» chaîne du Caucase (située an delà du ment Caucase sur une étendue de^â kiloa^-) et la couche des gites aurifères, rappellent, sous tous les rapports ^ les districts me^ tallifères les plus riches de la Sibérie;» Toutefois, lesgîtes exploité» jusqu'à ce jour n'ont donné, peut-être, par le fait de l'imperfection des procédés d'extraction, c|Be des produits d'une faible valeur.

Il résulte des données qai préoèdeni que les posBessions Tussœ en Asie (àon l'étendue est en longueur d'environ 8,500 kilora.), sont traversées , dans toutes Ic^ directions, par des montagnes ayant des i^ersants innombrables qtii contieno©^ [>resqtie tous des gisements d'or et d'argent plus ou^ moins riches. L'or y a été cie^ couvert jusque sur les bords de la mer Glaciale- D'après les r(Dttille& opérées jusqu -ejour, oe sont ks gîtes aurifères qui y dominent, l'or en filon n'ayant encore e^^^ ix)uvé que sur un petit flomfcre de points et avec une 4i*ès-fîMble épaisseur. ^ les gites est très-variibte} elle va de quelques <;entimètres^ àf plusieui^ mètres. '

La production de For dans la Russie asiatique a constamment et fortement augr mente de 1835 à 1847, ann^ dans laquelle elle parait avoir atteint son maximum (S7,800 kilog.). Depuis, elle a diminué, pour rester stationnaire dsns ces dix dernières années. On peut Févaluer actuellement à S3,000 kilog. par an, représentant une valeur de 76 Y, millions de francs.

D'après M. Tarassenko-Otreschkoff (De Vor et de V argent, in^8^ 1856), sa quantité et àa valeur auraient suivi, par périodes, la marche ci-après :

PAUODU.

TALBCB

kilofnoimet. «o fr«K«. KiUgruMM*. FriMt.

1810 fi 1825-1826 .... 16,435 54,830,448 ^ 1,027 3,426,903

1825-182dJil848 .... 231,543 772,445,780 10,067 33,584,599

De 1851 à 1855 92,085 307,206,156 23,021 76,801,539

A partir de la dernière période, les documents publiés par le ministère des financer sont incomplets et ne permettent pas de déterminer le mouvement de la production annuelle. En 1854, dernière année pour laquelle ils l'indiquent exactement, elle a été de 25,897 kilog. valant 86 Vt millions de francs.

Europe.

Turquie. — Il est certain que les anciens exploitaient des mines d'or dans la Tlirace. Sur les. frontières de ce pays et de la Macédoine, les monts Pangéiens contenaient de grandes richesses aurifères; le fleuve Hébros roulait, en outre, beaucoup d or. Il y a lieu de croire que les anciennes exploitations ont été plus ou moins activement continuées, de nos jours, dans la Roumélie (ancienne Tbrace);(Dais on manque de renseignements précis sur ce point, comme, au surplus, sur TeDsemble de la production minérale dans l'empire.

Grèce. — Les dépôts aurifères que peut contenir ce pays sont inconnus; on a sd seulement par les journaux qu'en 1859, du sable d'or a été découvert sur la rire gauche de l' Achetons, non loin de Missolonghû

Autriche. — Au nord-est de l'Europe, on rencontre une région aurifère baignée par le Danube, qui comprend les principautés Holdo-Valaques ainsi que les andeones provinces romaines de la Dace et de la Pannonie (aujourd'hui la Hongrie et la Transylvanie). En 1856, les exploitations de ces deux provinces ont produit 2,630 marcs d'or (1,473 kilog.). En Hongrie, l'or existe sur divers points du cours de la Theiss, depuis sa source jusqu'à son débouché dans la plaine de Tysza-Vjlak. Dans la Bukowine, on le rencontre à Jakobéni, où les paysans et les bohémiens lavent les sables aurifères, peu productifs, de Bistridza. Dans le Banat, on l'a trouvé au sud de Weisskirchen, sur les versants du Loqua; il existe également sur les confins militaires de la Vatachie , 'dans les terrains ternaires situés au nord du village Dolnia- Lupkowa.

Les gisements aurifères de ces divers pays sont au-dessous de la réputation qui leur a été faite. Ils sont loin notamment d'avoir même la richesse de ceux de rOural et de l'Altaï, dont l'exploitation est abandonnée. Mais il n'en est pas ainsi des minerais d'or que Ton trouve dans les Carpathes. Dans cette chaîne, qui peut être considérée comme un prolongement des Alpes et renferme la grande région tertiaire traasjivano-bongroise, de véritables mines d'or se prolongent à des distances et quelque-

fois h des profondeurs considérables. Ces mines, exploitées dès la pins haute antiquité, le sont encore aujourd'hui avec succès. L'or y est mêlé à des éléments nombreux

qui lui enlèvent sa couleur et ne permettent que difficilement de le reconnaître; ce

sont le tellure, le plomb, le fer, l'antimoine, l'argent, le cuivre et le soufre. Au point de vue métallurgique, les minerais d'or des Carpathes se divisent en trois catégories bien tranchées :

1^ Les minerais aurifères et argentifères (or et argent natifs, tellure d'or et d'ar* gent);

2^ Les minerais en pyrites (pyrites de soufre avec une faible quantité d'or);

â° Les minerais de plomb argentifère.

Les puits qui livrent les minerais aurifères les plus importants sont situés dans les localités ci -après :

1® Bôsing, en Hongrie, au nord-est de Presbourg; le produit par mois varie entre 90 et 145 grammes; 2® les corâilals de Sohler, 'Gômorer et Zipser : produit par an variant de 392 à 448 hectogrammes d'or; 3° le Banal; dans ce district, il faut citer surtout l'exploitation d'Oravicza. Longtemps abandonnée, elle a été reprise en 4844 et a livré en trois ans 73 kilogrammes d'or pur ; 4° le comitat de Bihar, et particulièrement la mine de Rezbanya, où se rencontrent l'or, l'argent, le plomb et le cuivre; 5^ Chemnitz en Hongrie, l'exploitation la plus considérable de toute la monarchie autrichienne et dont on retrouve des traces jusqu'au neuvième siècle. En 1854, elle a produit, pour l'or seulement, un poids de 668 hectog.; B^Rremnitz, au nord de Chemnitz, placé dans les mêmes conditions géognostiques que cette dernière localité, c'est-à-dire produisant, comme elle, de l'or, de l'argent, du cuivre, du fer, de l'antimoine, etc.; 7® Telkybania; ses filons de trachyte aurifère, abondants autrefois, sont actuellement abandonnés; 8^ Nagybania, où l'or se trouve dans le trachyte et le porphyre vert, et spécialement le puits de Kreulzberg, exploité déjà sous la domination romaine.

On ne connaît, en Transylvanie, qu'un seul district minier considérable; il est situé dans les montagnes de Bihar , qui sépare les grands plateaux de la Hongrie des plaines basses transylvaniennes. Il contient, en quantité très-notable, de l'or, de Targent et des pyrites de fer aurifères. On compte actuellement sur le Bihar 207 puits en exploitation , dont la production annuelle peut être évaluée à 784 kilog.

Les documents officiels portent l'ensemble de la production aurifère en Hongrie et en Transylvanie à une moyenne annuelle de 4,128 kilog.

Dans la Styrie , et notamment dans la région alpestre , quelques gîtes de quartz aurifère donnent une production moyenne annuelle d'un peu moins de 2 kilog.

La Carinthie alpine avait autrefois de nombreuses et riches mines d'or et dVgent; elles sont aujourd'hui à peu près entièrement abandonnées. Les plus importantes se trouvaient et se trouvent encore dans la chaîne centrale des Alpes de Carinthie et de Salzbourg, à des altitudes de 2,000 à 2,850 mètres au-dessus de la mer. Des découvertes wécentes permettent d'espérer qu'une exploitation fructueuse pourra s'établir soit sur d'anciens puits, soit sur de nouveaux gîtes.

Dans le Salzbourg, l'or et l'argent sont exploités à Bôckstein et à Rauris. La pro* duction de l'or a été, en 1851, de 41 kilog.

Mentionnons , dans le Tyrol , la mine de Heinzenberg , où l'or se trouve en lamelles à peine perceptibles à Fœil nu.

Dans la Silésie autrichienne, l'or est exploité dans le district d'Obergrund, au

sud-ouest de Zuckinaotel. Les veines métalliques se composent de plomb argenliière et de pyrite de fer, de soufre aurifère et argentifère. Dès le douzième siècle, l'industrie minière y était florissante.

On sait que la Bohême était , au moyen âge , la terre de l'or par excdlence. L'aiploitadon de ce métal n'y a plus, aujourd'hui, qu'une médiocre importance.

La production de Tor a été officiellement évaluée à 1,478 kilog. en 1855, et à \fiitl en 1859, dans l'ensemble de la monarchie autrichienne.

Saxe, — En Saxe aussi, l'industrie minière a eu, au moyen âge, et même au seizième siècle , une ère de grande prospérité. L'or s'y trouvait et s'y trouve encore (quoique en quantités fort réduites) dans des terrains de formation alluviale, dans le sable des cours d'eau ou le long de leurs rives , rarement à l'état quartzeux.

Harz, — Dans la célèbre montagne de ce nom, l'or s'exploite à Tilkerode,en partie en quartz, en partie dans des couches»de plomb séléniteux.

Rhin. — Sur l'existence de paillettes d'or dans le lit de ce fleuve , on a des documents qui remontent à l'année 667. Il est probablement l'un des cours d'eau daos lesquels, selon Diodore (livre V), les Gaulois recueillaient de For. Il occupe encore aujourd'hui la première place parmi les cours d'eau de l'Europe qui charrient ce métal.

Les deux rives de ce fleuve en contiennent également, notamment dans le voisinage du village de Hehniingen. C'est à partir de Kehl jusque vers Dacblanden, jusque daos le voisinage de Karlsruhe , que les laveurs d'or ramassent la plus grande quantité de paillettes. Elles sont d'un métal très-pur, puisqu'elles contiennent 934 parties d'or fin et 66 d'argent. Leur poids est si minime, que de 17 à 22 forment à peine un milligramme. On a calculé qu'un mètre cube de sable ou gravier, dans la partie aurifère du Rhin, du poids de 1,800 kilog., contient 0,016 grammes d'or. D'a|Hè$ cette donnée , la superficie aurifère du fleuve , large de 4 kilom. , longue de l^iâ et profonde de 5 mètres, qui s'étend entre le Rhingau et Philippsbourg , contiendrait 35,916 kilog. d'or, dont la valeur (à 3,189 fr. le kilog.) s'élèverait è 1 14,536,124 fr. et se répartirait ainsi qu'il suit entre les pays intéressés :

Bas-Rhin 13,870 kll. = 44,283,450 fr.

Grand*duché de Bade . . 17,958 — — 56,267,062 Bavière 4,088 — = 13,036,032

La Moselle et ses affluents roulent aussi des paillettes d'or, mais en quantité insignifiante.

Sardaigne. — Dans l'ancien royaume de Sardaigne, on trouve, sur presque tou.^ les versants du mont Rose , de l'or mêlé à des pyrites sulfureuses et au rainerai de fer. Le minerai contient de 4 à *Vi«o»ooo d'or et de 2 à *7ioo.ooo d'argent. La production des vingt exploitations qui existaient, en 1857, dans les provinces de Gallaoïa* Novara et Aosla, est évaluée en moyenne annuelle à 300 kilog., valant de 6 à 800,000 fr. Cet or est envoyé à la monnaie de Turin. On trouve des gîtes de sable et de quartz aurifères sur plusieurs points. Une compagnie française exploitait, eu 1835, des filons assez productifs dans les montagnes qui séparent, au nord, la vilk de Gênes des plaines du Piémont.

lAJtnbardie. — On sait que le Tessin roule, dans son sable, dont la finesse est extrême , de l'or argentifère et du fer magnétique en quantités importoile&.

Prtmee. — Dans la vallée de l'Oisans (Alpes Trançaises), on trouve la mine d'or de la Gardetie, qui fut exploitée , de 1781 à 1787 , avec quelques résultats. Une nou«velle tentative d'extraction , en 1837 , parait avoir compléiement ^ohoqé. Les laveries du Rbin, entre Bâle et Strasbourg, ont une assez grande importance; elles produisent en moyenne annuelle 18,300 grammes d'or. Celles du Rbône acquittent à peine les frais de main-d'œuvre. Avant la découverte de l'Amérique^ les laveries de TAriége (Aurigera) formaient une industrie considérable, dont on trouve la tracejusque dans le moyen âge. Leur produit dev^jiit être livré, à un prix déterminé ^ a la ffionuaie de Toulousie. Vers la fin du seizième siècle, ce produit n'était plus que de, i\î kilog.; de 1750 à 176^, il tomba à 45; il est à |)eu près ni^l ai^jourd'hui. Dans l'Isère , dans le Cantal , l'or a été trouvé , sur plusieurs points , mêlé à des sut^stances diverses; aucun essai d'exploitation n'a encore eu lieu. '

Espagne. — Ce pays, qui partageait autrefois, avec la Bohême, le privilège de fournir à TEurope la plus grande partie de son métal d'or et où les Romains avaient lears établissements miniers les plus considérables, n'a plus aujourd'hui qu'un petit nombre de laveries occupant, dans la saison d'été, quelques centaines de paysans delà Galice, de la Vieille-Castille et de l'Estramadure. Une compagnie vient toutefois de Vy former pour exploiter des terres aurifères de formation alluviale dans la province de Léon , sur le cours inférieur du Darro. Ses produits, envoyés à l'exposition de Londres de 1862, ont été accueillis avec faveur.

Portugal. — L'or y a été exploité par les Carthaginois, les Romains et les Maures, el l'on y trouve encore des traces de nombreuses laveries dans les vallées et presque dans tous les cours d'eau. Ces laveries sont à peu près entièrement épuisées. TouteÎTois, celle d'Âdica, sur les bords de la mer, entre l'embouchure du 'Tage et le cap Espichel, donne encore quelques produits. L'or se rencontre en Porlugal sur un assez grand nombre de points et notamment dans les provinces d'Estramadure , de Beira, de Minbo et de Tras os Montes, mais nulle part en quantité suffisante pour déterminer une exploitation.

Angleterre. — L'or piaraît également avoir été extrait, à des époques plus ou moins éloignées , du sol britannique , notamment en Ecosse , à la source de la Clyde, dans les mines d'étain du Cornouailles; en Irlande, dans le comté deWicklow, où des laveries existaient encore a la fin du dernier siècle et donnaient parfois des produits inattendus et d'une certaine richesse. En 1845, sa présence a élé constatée dâus la Galles du nord (comtés de Merionethshire et de Carnarvon), sur des terrains de formation silurienne; plus tard, en Ecosse, sur les domaines du duc d'Athol, et en Irlande dans quelques cours d'eau. Mais ces découvertes sont sans importance.

Pays Scandinaves. — L'exploitation de l'or n'y a jamais été régulière et suivie. On cite, en Suède, la mine d'Edelfors, où l'or natif se trouve dans des pyrites sulfureuses. En 1849, on a constaté la présence de l'or dans la paroisse Simmer; mais on n'a aucun renseignement sur le degré de richesse du gisement. " I ... i.ii.ii..«ii ■ ■■■■ ■.■■■■.....■. ■ i.i ■■■ ■

1. L*or était exploité dans la Gaule, et en quantités importantes, du temps des Romains. Straboa meofionne Texistence de layeries sur les Gé venues, dans la province Âquiiania, où For se présentait à l'état de pépites presque sans aucun mélange étranger, la province narbonnaise (Galiia braecaia) était également célèbre pour l'abondance des sables aurifères que cbarriaient des cours d'eau tombaqt des Pyrénées. A leur entrée dans les Gaules, les Romains y rencontrèrent des éubltssements minien et fflètalhirgîqaes; des fabriques tissaient dtt vêtements broebés d'or. Oiodore (V, 27) donne dlotéiesttats détails sur rèlaboealion de Ter dans la fieale et sur les prooédés d'extraotion.

également beaucoup d*or du sable des bords du Rio Hiaqui à Test des Missions de Tarahumarca. Un peu plus loin au nord, dans la Primeria Alla (31 degrés de latitude), Tor natif se présente sous la forme de grains et pépites du poids de 5 à iO y, kilog. — Les mines d'or proprement dites sont situées dans les montagnes de formation primitive. La province de Oaxaka renfei*me les plus considérables; on cite notamment, comme très-riches Jes veines de Rio San-Antonio. Dans presque toutes les mines mexicaines, Tor se trouve ou entièrement pur, ou mélangé d'argent. La production moyenne annuelle des mines et laveries du Mexico peut être évaluée, de nos jours, à 3,920 kilog. pour Tor, et à 4,400,000 kilog. d'argent. Un seul district minier, celui de Guanaxuuto, a fourni, de 1766 à 1803, 10,485,181 kil. d'argent et 2,410 kilog. d'or, soit 0.23 p. 100 de l'argent. D'après les comptes rendus des divers hôtels des monnaies du Mexico et d'autres renseignements, et dans l'hypothèse que l'argent et l'or non monnayés s'élevaient autrefois au sixième delà portion monnayée, M. J. Burkard (Journal des mines, forges el salines, Berlin, 1858, p. 192), a construit le tableau ci-après, qui indique, en millions de francs, la valeur du monnayage et de la production des métaux précieux au Mexique, par périodes de 25 ans, de 1536 à 1849.

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Antilles, — Il paraît certain qu'au temps de la découverte de l'Amérique, Hàili et Cuba renfermaient de l'or en quantités notables. Chr. Colomb dit notamnaent, dans son journal, que «l'ile Hispaniola (nom primitif d'Haïti) contient tant d'or et en tant d'endroits^ que cela provoque l'admiration. » A cette époque, les montagnes de Cibao recelaient la plus grande quantité de ce métal précieux. M. de Humboldt, qui est affirmatif sur ce point {Essai politique sur le royaume de la Nouvelle- Espagne), prétend que, de 1492 à 1500, l'Espagne recevait en moyenne, chaque année, des laveries de Cibao, une valeur en or de 250,000 piastres (1,350,000 fr.). A peu près à la même époque, la mine d'or de Saint-Cbristopbe, découverte dans la paroisse de Bany, faisait en Espagne des envois presque aussi considérables. P. M. Aiigbiera, l'ami de Colomb, évalue la production annuelle de l'or à Cuba, à 3,016 kilog., et ajoute que cette An tille était plus riche en métaux précieux que Saint-Domingue. Nais ce renseignement se rapporte à l'année 1533, date à laquelle les gisements d'Haïti étaient presque entièrement épuisés.

Les anciennes et puissantes laveries de Cibao et de Saint-Christophe sont encore aujourd'hui l'objet de quelques exploitations isolées et sans importance; elles donnent, en moyenne annuelle, une valeur de 4 à 6,000 gourds (de 15,480 i S3|220 fr.). Sur le plus grand nombre des points encore exploités, les travaux n'ont lieu que dans la saison des pluies.

. ^ Avirifie in Nord. — c Presqu'au même temps, dit M. de Humboldt dans son travail: sur les oscillations de la production aurifère dans le monde entier (Revue tri-

mestrielle allemande, 1838, p. 31) où TOural commençait & répandre ses trésors, où les mines d'or du Brésil semblaient s'épuiser, des gîtes aurifères pleins de promesses étaient découverts au sud des ÂUeghanys, en Virginie, dans les deux Garo^ Unes, en Géorgie, dans le Tennessee et TAlabama.»

Avant 1820, la valeur totale de l'or extrait des mines ou laveries (de celles-ci surtout) des États-Unis, et apporté à la monnaie de Philadelphie, la seule qui exis-» lât alors, ne dépassait pas 231,559 fr. {Brucés mtneralogicaljounial, vol. 1, p, 125)î cet or venait presque entièrement de la Caroline du Nord. En 1827, cet État adressait à la même monnaie, pour une valeur de 583,000 fr. d'or. Mais ce chiffre ne représentait pas sa production totale, une grande partie du métal extrait ayant été soit convertie en bijoux par les joailliers qui en avaient offert un prix supérieur à celui de la monnaie, soit déposée dans les banques. En 1829, la Virginie et la Caroline du Sud commencent à produire de For. La monnaie reçoit, en effet, du premier de ces États, pour 13,250, et du second , pour 18,550 fr. de ce métal. La même année, les riches dépôts aurifères du nord de la Géorgie sont découverts, et les quantités extraites deviennent immédiatement si considérables, que cet État fait déposer à la monnaie, en 1830, pour 1,123,600 fr. d'or. A cette époque, la production de For est devenue telle, que rétablissement de plusieurs hôtels des monnaies est jugé nécessaire et décrété par le congrès.

Les gisements du comté Louisa, dans la Virginie, avaient attiré, dès 1833, l'attention des capitalistes, et dès 1836, des compagnies anglaises et américaines s'étaient formées pour les exploiter. Mais l'extrême irrégniarité du produit devait dissiper bien des illusions, et en 1853, l'extraction avait diminué au point de rendre trèsprccaire la situation financière de ces entreprises.

Le tableau ci-après, puisé aux sources officielles, et emprunté a l'ouvrage américain, intitulé : EigfUy years Progress (New- York, 1861, 2 vol. in-8^), fait connaître la voleur totale de la portion de l'or recueilli dans les Étals-Unis (Californie, New-Mexico, le Kansas et l'Orégon non compris), qui a été transmise aux divers hôtels des monnaies des États-Unis, de 1804 au 30 juin 1859 (en millions de francs).

Virginia. Caroline du Nord. Caroline da Sud. Géorgie. Tennescée. Aluhatna.

si 4T.4 678 36.0 0T4 il)

C'est un total, en 55 ans, de bien près de 100 millions de francs, soit, en moyenne, de 1,818,000 fr. par an.

Californie. — L'histoire de la découverte des gîtes californiens est trop connue jusque dans ses moindres détails, pour que nous croyions devoir en donner ici mcme une analyse. Rappelons seulement que la région qui nous occupe court du nord au sud, sur une longueur de 1,280 kilom. et une largeur moyenne de 320. Une grande vallée, entre deux chaînes de montagnes suivant la même direction, la Nevada et le Coast-Range, la parcourent du nord au sud. Deux grands fleuves courent au miliiu de cette vallée et la sillonnent sur toute sa longueur, le Sacramento et le San- Joachim. Après avoir reçu les rivières torrentielles qui descendent de la Nevada, ils confondent leurs eaux au centre de la vallée, et traversant le Coast-Range au délilé du mont Diavolo, ils vont se perdre dans la vallée de Sau-Francisco. La zone de l'or comprend une bande de terrains qui, prolongée du sud au nord, depuis les sources du San-Joachim jusqu'à celles du Sacramento, couvre une superiicie totale de 19,000 kilom. carrés. C'est exclusivement sur les flancs mêmes de la Nevada, dans les régions montagneuses de ses contre-forts inférieurs, entre la plaine et les massift

élevés de la chaîne centrale , que l'or est exploité. D'après M. l'ingénieur des mines Laur (De la production des métaux précieux en Californie , 1861), For existe en Californie dans quatre sortes de gisements bien distincts: 1^ en dépôts prin^ifs, dans des roches encore en place; S^ dans des aliuvions anciennes, sur les contreforts élevés de la Nevada; 3^ dans des aliuvions modernes y postérieures au basalte, sur les chaînons inférieurs de cette montagne; 4^ dans des aliuvions de P époque moderne. Les aliuvions, de très-grande richesse, trouvées d'abord dans le lit et sur le bord des rivières, étaient d'une étendue limitée; elles ont été rapidement épuisées, et si elles sont encore exploitées, elles ne donnent plus que des produits d'une faible importance. Les gisements qui livrent aujourd'hui la presque totalité de l'or californien comprennent, d'après le même ingénieur : 1^ certaines couches de schistes pyriteux et aurifères; 2^ les roches.de quartz en filon; 3^ les dépôts d'alluvions anciennes et postérieures au basalte. — Il existe actuellement, sur les rocbes quartzeuses, environ 180 usines, qui peuvent broyer, par année, 700,000 tonnes de minerai, et produire près de 60 millions de francs d'or.

Voici quelle a été, d'après M. Laur, la valeur de l'or exportée de la Californie de 1849 à 1860 (en millions de francs) :

MMWÛMÊ,

TALSI7B.

En tout 2,728 millions de francs. — D'après l'ouvrage américain que nous avons déjà cité, la totalité de l'or californien envoyé aux hôtels des monnaies des États- Unis, a été, de 1848 au 30 juin 1859, de 2,394,597,452 fr. Il résulte du rapprochement de ces deux sommes , ^que la plus grande partie de l'or californien est exportée.

D'après un autre document que nous empruntons à un excellent artide de la Grande Encyclopédie allemande de Ersch et Gruber (1861), l'exportation de for californien, de 1849 à 1859 (11 années), aurait été de 2,568 millions de francs; c'est le même chiffre (distraction faite de 1860) que cehii de M. Laur. L'or exporté par la voie de mer (en Ungots, poudres et monnaies), s'est réparti ainsi qu'il suit, par pays, en 1858 (valeurs en dollars; le dollar = 5 fir. 30).

Pays dt dMtlnÉlion.

Valeur.

New-York ; 35,578,237

New-Orléans 263,500

Panama 298,795

Âcapulco 3,000

Londres 9,025,738

Chine 2,244,895

Paya de destination.

Honolulu

Amérique du Sud. .

Australie

Indes orientales. . • Tahiti

Talcnr.

Total 47,624,991

En 1857, l'exportation, par la même voie, avait été de 49,156,182 d.; c'est une diminuUon , en 1858, de 1,531,191 d.

Nous trouvons dans YAustria (1860, 2^ sem.', p. 507) le document snivant sur b production de l'or dans les deux Amériques en 1859. Il émane de M. Fréé. Knhne, oonaul à New-York de plusieurs États allemands (valeurs en millions de francs).

PATS. Or. Argent. total.

CaUfornie T . 376.3 1.7 380.0

Mexique 2.6 159.0 161.6

États-Unis riverains de TAtlantique. ... 5.3 0.3 5.6

Nouvelle-Grenade 6,6 1.3 7:9

Pérou 2.6 26.5 29.1

Bolivie 1.6 12.2 13.8

Brésil > 7.9 0.3 8.2

Chili A.0 19 11.9

Total 406.9 211.2 618.1

Amérique du Nord anglaise. — La découverte de gisements aurifères d'une grande richesse ont récemmenl appelé l'attention sur les régions riveraines de l'océan Pacifique, apparlenant à l'Angleterre, et particulièrement sur celles que baigne le fleuve Fraser. Si l'on tire une ligne à peu près droite du fort Côwille (Colombie) à la frontière nord de l'Orégon, au fort Thompson, et qu'on la prolonge jusqu'au point où le Fraser coule dans l'Orégon anglais, on a déterminé assez exac- (ement la situation et l'étendue des nouveaux districts aurifères. On ne sait rien encore ofBciellement des quantités d'or recueillies; on peut toutefois juger de leur importance par la double mesure qu'a prise le gouvernement anglais de se réserver la propriété des gisements, et de n'accorder qu'au prix de 10 scliell, par mois et par personne, le droit de fouiller le sol. D'après les nouvelles les plus récentes, un mineur, muni des appareils d'extraction les plus simples, peut recueillir (le 50 à 250 fr. d'or par jour. L'or a également été trouvé, et, dît-on, en quantité considérable, dans la Nouvelle-Ecosse ou Acadie. Déjà une compagnie puissante s'est formée à Londres pour l'exploiter (Nova Scotia Gold tnining company); mais les renseignements manquent sur la situation précise des nouveaux pîacers et sur leur richesse.

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