DU MONNAYAGE DANS LES PRINCIPAUX ÉTATS DES DEUX MONDES
Nous n'avons point ici à traiter de la monnaie et de ses fonctions. Nous renvoyons, pour Tétade des faits ou des théories qui s'y rattachent, aux traités spéciaux sur la matière ou aux traités généraux d'économie politique. Nous voulons seulement essayer de déterminer, à l'aide de quelques chiffres peu connus, la part des principaux Ëtats du vieux et du nouveau monde dans l'emploi des métaux précieux à Ja fabrication des monnaies. Nous regrettons que, pour quelques pays, nos documents ne soient pas aussi récents que nous l'eussions désiré , et qu'ainsi nous n'ayons pu apprécier exactement, en ce qui les concerne, l'effet de la découverte des nouveaux gites aurifères sur la production monétaire. Mais, pris dans leur ensemble, ces do* cuments donnent lieu à certaines observations, à certains enseignements, qui nous ont paru n'être pas sans intérêt.
Les circonstances qui peuvent déterminer, dans un pays, l'accroissement ou la diminution du monnayage en général , ou du monnayage avec l'un ou l'autre des métaux précieux, sont nombreuses et variables. Sans doute, son importance est déterminée par les besoins ; mais ces besoins peuvent se modifier sous l'effet de causes très-diverses. Ainsi, pour citer quelques exemples, par le fait du développement de la circulation fiduciaire, un pays peut, à population égale, à développement industriel ou commercial égal,, n'avoir pas besoin de la même quantité de numéraire que le pays voisin , où les institutions de crédit n'ont pas pris la même extension. C'est ce qui arrive notamment en Angleterre , où le billet de banque, le chèque, le warrant , jouent un rôle si considérable dans les échanges , et où les banquiers se payent des soldes de 30 à 40 milliards par an presque sans appoint métallique. — Un pays qui importe plus qu'il n'exporte , étant obligé d'acquitter ses balances en métaux précieux , doit en consommer une quantité plus considérable que celui qui se trouve dans la situation économique opposée. — Le pays qui a un grand mouve**ment commercial , acquittant la plus grande partie de ses importations avec de^ traites sur ses nombreux débiteurs, ne recourt au métal que dans une faible proportion. — Là où , par suite de fortes émissions de papier-monnaie , comme en Russie et en Autriche, le numéraire tend sans cesse à disparaître, il devient évi* demment nécessaire d*en frapper une plus grande quantité relative que là où la circulation est dans un étal normal. — Le pays qui , par suite de l'imperfection dé ses procédés pour le traitement des métaux , laisserait dans sa monnaie une plus grande quantité de matière précieuse que le titre ne le comporte, ou diminuerait son alliage, verrait aussi cette monnaie s'exporter rapidement, et serait par conséquent obligé d'en frapper plus fréquemment; c'est ce qui est arrivé en France, pour la monnaie d'argent émise sous la Restauration. — Lorsque, par suite de finsuf-
fisance des institutions de crédit et de prévoyance, ou d'une déûanc^ plus ou moins générale de ces institutions , l'argent est enfoui et thésaurisé improductivement par une notable partie de la population , comme dans nos campagnes, en France, il est certain que les nécessités de la circulation exigent une plus grande consommation de métaux précieux que s'il était déposé dans les banques ou remis aux caisses d'épargne. — Si la fabrication des monnaies a été défectueuse et qu'il en résulte une usure plus rapide, l'État aura plus souvent à les refondre et à les remplacer. - Enfin le pays qui a des mines de métaux précieux , peut se procurer une circulalion métallique à meilleur marché et par suite plus abondante que celui qui n'en a pas et qui ne les obtient que par voie d'échange.
Ces diverses situations se rapportent à des faits généraux et permanents. Il est, en outre, des circonstances purement accidentelles, qui déterminent momenlanément un mouvement expansif ou restrictif plus ou moins caractérisé du monnayage. Ainsi , en cas de panique , de crise commerciale , la monnaie fiduciaire se discréditant, la monnaie métallique est vivement recherchée. Elle fait alors une prime qui appelle les métaux précieux et détermine leur conversion en numéraire. — Quelquefois, dans l'espérance de provoquer une plus-value dont elle aura le bénéfice, la spéculation accapare, soit la monnaie, soit le métal, et amène ainsi une raretc qui fait affluer les lingots aux hôtels des monnaies. — Une crise politique , des préoccupations sur la sécurité à l'intérieur, des émigrations considérables, peuvent avoir le même résultat. C'est ainsi qu'en février et mars 1848, nous avons vu la vaissdle d'or et d'argent, et jusqu'aux bijoux, assiéger les portes de la Monnaie de Paris. — Une mauvaise récolte et, par sqite, des exportations considérables de métaux précieux pour solder des achats de céréales à l'extérieur, peuvent déterminer une rareté brusque et très-sensible du numéraire, qui ne saurait être sans influence sur le monnayage. Le même résultat peut être produit par la nécessité d'entretenir, ao dehors, loin du pays, une forte armée. — Enfin, il peut encore arriver que, par suite d'une convention monétaire avec des États voisins, un pays se soit obligea refondre certaines monnaies et à les remplacer dans un temps déterminé par d'autres d'un nouveau poids, d'une nouvelle valeur, d'une autre empreinte, d'un module différent Tel a été, notamment, le résultat de la convention du 19 septembre 1857 entre l'Autriche et un certain nombre d'États allemands.
On voit que , pour pouvoir rendre compte des différences plus ou moins sensibles, accidentelles et permanentes, que présente, de pays à pays, à population égale, par exemple, ou dans le même pays à des époques diverses, la fabrication des monnaies, il faudrait connaître, dans ses moindres détails, l'histoire économique de ces pays.
Les statistiques monétaires publiées par les gouvernements présentent d'ailleurs, pour la plupart, une lacune regrettable, en ce sens qu'elles ne font pas connaître la part du gouvernement et des particuliers dans la fabrication des monnaies. On ne peut ainsi distinguer la spéculation des véritables besoins du pays. Elles ouUieat également d'indiquer Torigine du métal qui a servi à la fabrication (métaux pinove nant de la production indigène ou du dehors , vieilles monnaies, objets d'or et d'argent, etc.).
C'est 50I1S les réserves qiii précèdent que nous allons analyser les renseîgpemeau que nous avons réunis sur le monnayage, en classant par ordre alphabétique l0 pays qu'ils concernent :