‹ La France et l'étrangerChapitre 145 sur 177 · DES INFLUENCES DIVERSES QUE SUBIT LE NOMBRE DES MÀRUGES · texte numérisé non relu

DES INFLUENCES DIVERSES QUE SUBIT LE NOMBRE DES MÀRUGES

Les circonstances qui peuvent exercer sur le nombre des mariages une influence expansive ou restrictive sont très -diverses. En général, les atteintes au principe de la liberté industrielle, au droit de libre établissement dans une localité quelconque, au libre choix d'une profession, sont des obstacles au mariage. De nombreuses formalités préalables, la nécessité de justifier d'un domicile prolongé dans un lieu déterminé, du consentement des parents absents ou établis à de grandes distances, quelquefois de celui de la commune (comme en Allemagne notamment, en cas .d'indigence), les dépenses qu'exigent ces justifications diverses, conslituenl encore des obstacles au mariage. L'obligation pour la veuve de ne se remarier que dix mois accomplis après le décès du premier époux; la prohibition du mariage entre parents d'un certain degré ou son interdiction avant un certain âge, peuvent être considérées également comme des empêchements au mariage. Une législation qui oblige le séductem* à fournir des secours à l'enfant de la fille- mère, et accorde â celle-ci des dommages-intérêts, ou qui, en l'absence de toute preuve malérieliede la séduction, punit la violation d'une promesse de mariage, est un encouragement au mariage, surtout si elle est en harmonie avec les mœurs, c'est-à-dire si l'opinio» est sévère pour l'homme trahissant la foi jurée. Des difficultés apportées par la loi à la reconnaissance ou à la légitimation des enfants naturels, des entraves â l'adoption, en un mot des obstacles légaux à la formation d'une Êimille en dehors du mariage, opèrent dans le même sens.

Dans les États où la loi du recrutement appelle tous les jeunes gens atteignant un âge déterminé à concourir, par la voie du tirage au sort, au service militaire, où l'armée permanente est nombreuse et la durée du service considérable, le mariage est retardé, d'abord pour tous ceux qui n'ont pas encore atteint l'âge du recrutement, puis, pour les jeunes soldats, pendant la durée de leur présence sous les drapeaux. Or, ces obstacles n'existent pas là où, comme en Suisse, en Angleterre, aui Etats-Unis, le recrutement s'opère par la voie volontaire.

Ces diverses influences peuvent être considérées comme générales et permanentes. Mais il en est d'accidentelles et de temporaires qu'il importe également de mentionner. Ainsi, en temps de cherté, ou de crise industrielle, on voit habituellement I^ mariages diminuer. Ils s'accroissent, au contraire, dans les années qui suivent 1^ mortalités extraordinaires, d'abord parce que l'ouverture cf un grand nombre Je successions permet des établissements qui, dans des circonstances ordinaires, eussent été retardés, de nombreuses orphelines étant obligées de remplacer par un mari le père que la mort leur a enlevé; puis parce qu'un nombre inusité de veuves convole en secondes noces^

A population égale , et toutes autres choses égales d'ailleurs, on doit compter plus de mariages dans les pays qui ont le plus d'adultes. Par la même raison, toutes les circonstances qui ont pour résultat d'accroître la durée de la vie moyenne, favorisent leur accroissement.

Dans quelques pays, la loî encourage directement au mariage, en accordant certains privilèges aux mariés, comme l'exemption de diverses charges en cas de survenance d'un nombre d'enfants déterminé. Ainsi, par exemple, en France, elle dispense de la tutelle les pères de cinq enfants. En cas de mobilisation de la garde nationale, les mariés avec enfants ne sont incorporés qu'après les célibataires, les veufs et les mariés sans enfants. Si le mariage ne dispense pas du service militaire, au moins ce sont de préférence les mariés que l'administration laisse dans leurs foyers comme soutiens de famille.

En France, il a été donné une certaine impulsion aux mariages : 1^ par la limitation de la puissance paternelle au point de vue de l'obligation pour les enfants de justifier du consentement des parents, cette obligation cessant pour les jeunes gens qui ont atteint 25 ans et pour les filles de 21 ans; 2° par la suppression de la consécration que la loi civile accordait, avant 4792, aux vœux en religion; 3^ par la suppression des jurandes et maîtrises; 4® par la suppression des droits de masculinité, de primogéniture et de substitution; 5^ enfin par la loi du 10 décembre 1850, qui a eu pour objet de faciliter le mariage des indigents et la légitimation de leurs enfants naturels.

Par suite de ces divers encouragements indirects, les mariages ont toujours été, en France , au moins proportionnels à la population. C'est ce que vont confirmer les documents ofiBciels relatifs : 1"" à la période 1800 à 1850; 2^ à la période 1851 à 1860.

Page 1