COMMERCE DES MÉTAUX PRÉCIEUX
Dans une étude précédente, en examinant les circonstances qui exercent une influence quelconque sur le mouvement du monnayage , nous ^nations les entrées et sorties des métaux précieux par la voie des échanges, en exprimant le regret que cet élément d'appréciation nous fit défaut à cette époque. Nous avons fait depuis des recherches pour ceux des États de l'ancien et du nouveau monde dont les documents commerciaux distinguent entre les marchandises proprement dites et l'or et Fargent, soit en barre, soit en numéraire, et nous venons en résumer très -succinctement le résultat.
Rappelons d'abord que les entrées et sorties de métaux précieux ne sont pas toujours le résultat d'opérations commerciales, c'est-à-dire le solde d'un compte créditeur et débiteur. Un pays peut en recevoir ou en envoyer par des causes plus ou moins étrangères aux opérations de cette nature. Ainsi l'acquisition de valeurs mobilières ou immobilières, le paiement de dettes non commerciales, des prêts en numéraire, soit à des particuliers, soit à des établissements financiers, des prises (raclions ou d'obligations dans de grandes entreprises industrielles , des souscriptions à des emprunts publics, l'envoi de la solde d'un corps militaire opérant en dehors du pays, l'expédition de métaux précieux pour être monnayés, puis renvoyés au lieu de départ, les envois de numéraires ou lingots en dépôt de la part des pays, où, par des causes accidentelles, la propriété ne trouve pas une sécurité su£Ssante; la création, à l'étranger, d'usines, de chemins de fer, d'exploitations minérales, de lignes de navigation sur les cours d'eau , et d'autres circonstances analogues, peuvent déterminer des courants de métaux précieux complètement étrangers au mouvement des échanges. Aussi serait-il téméraire d'affirmer qu'un pays qui reçoit plus de ces métaux qu'il n'en exporte, vend plus à l'étranger qu'il ne lui achète. On sait, d'ailleurs, qu'ils ne sont pas tous destinés à être convertis en monnaie; ils sont encore utilisés comme matière première d'un grand nombre de produits industriels et notamment de la bijouterie et de l'orfèvrerie. Ils entrent, à titre d'accessoires ou d'ornements, dans la fabrication d'une foule d'objets d'art. Il pourrait donc arriver qu'un pays qui serait le siège d'industries considérables ayant les métaux précieux pour base, en importât des quantités considérables, sans qu'il fût permis d'en conclure que ses échanges avec l'étranger se soldent par des différences n son profit.
Il ne faut pas perdre de vue non plus, qu'à mouvement commercial égal, tous les pays ne font pas le même usage des métaux précieux pour solder leurs balances. l\ est évident que celui dont les transactions avec l'étranger sont considérables, et qui compte, par conséquent, de nombreux débiteurs au dehors, enverra plus souvent des traites que du numéraire. Que l'Angleterre, par exemple, achète pour cent
millions de céréales h la Turquie, à la Russie ou aux États-Unis , elle n'en soldera qu'une faible partie en espèces; le reste sera payé en papier, soit sur ces pays euxmêmes , soit sur d'autres. A ce point de vue, le courant métallique d'un pays à un autre n'est pas toujours en rapport avec le mouvement de ses échanges.
Enfin, nous avons à peine besoin d'indiquer que les états de douane n'indiquent pas intégralement les entrées et sorties, les apports des voyageurs pouvant s'élever à des sommes considérables.
Les documents officiels sur les mouvements extérieurs de l'or et de l'argent laissent encore beaucoup à désirer. Tantôt ils sont complètement muets sur cette branche de l'activité commerciale, tantôt ils confondent les lingots et le numéraire; le plus souvent ils n'indiquent pas les lieux d'expédition et de destination. Ils ne se prêtent ainsi que très-difficilement à des aperçus généraux ou d'ensemble. On peut, toutefois, constater, dès à présent, qu'il existe en quelque sorte des centres d'attraction ponr les métaux précieux. Ainsi l'Angleterre en est le principal marché. C'est là qu'ils vont directement pour être répartis ensuite entre les autres États de l'Europe dans la mesure de leurs besoins. Celte préférence est déterminée d'abord par la certitude pour les expéditeurs que leurs envois recevront un débouché immédiat, la Banque elles autres établissements de crédit, puis la Monnaie, achetant, à un prix rémunérateur, tout ce qui se présente sur le marché, et l'industrie en absorbant des quantités considérables; puis, parce que la plupart des mines d'or eu d'argent du monde entier sont entre les mains de compagnies anglaises qui ont leurs correspondants à Londres; enfin, parce que la navigation anglaise, en même temps qu'elle est une des moins chères de l'Europe, inspire, au point de vue de la sécurité des transports, une trèsgrande confiance, et que l'assurance maritime se fait sur une plus grande échelle et plus Ubéralement en Angleterre que partout ailleurs.
Voici maintenant les faits (par ordre alphabétique de noms de pays) :