‹ La France et l'étrangerChapitre 165 sur 177 · I. Pays d'Europe · texte numérisé non relu

I. Pays d'Europe

Angleterre. ' — L'importation des métaux précieux n'y est mentionnée par les documents officiels que depuis 1858. Mais ils font remonter à 1847 les renseignements relatifs à leur exportation. Le tableau ci-après résume ces derniers (valeurs en millions de francs).

ANiiiss. Or. Argent. Total. AViriss. Or. Argmi. Toul.

Bien que ces chiffres indiquent une exportation croissante et en rapport avec le développement du commerce de l'Angleterre, ils signalent des oscillations tr^caractérisées d'une année à l'autre. Le fort accroissement qui se produit presque subitement de 1852 à 1853, et se continue, en général, dans les années suivantes, est dû très-probablement au rendement considérable , à partir de ctUt époque, des exploitations aurifères australo-californiennes. La diminution constatée en 1858 peut s'expliquer par le ralentissement des affaires qui a suivi la crise cormei-

ciale de 1857; celle de 1861, par raffaiblissement très-sensible des échanges avec les États-Unis, par de moindres envois de numéraire dans Flnde, et un moindre produit des gîtes aurifères. Bien que l'or soit le seul étalon monétaire de TAngleterre, ce pays reçoit des quantités d'argent presque aussi considérables. En effet, sur une valeur totale de 6,830,294,350 fr. de métaux précieux exportés de 1847 à 1861, l'or figure pour 3,604,649,800 fr. et l'argent pour 3,215,644,550.

L'importation n'a guère été plus considérable que l'exportation, au moins pendant les quatre années pour lesquelles la première nous est connue:

AnAas. ■ Or. Argent. Toul.

Le total, pour celte période, est de 2,707,214,675 fr., tandis que celui des exportations s'est élevé à 2,541,602,375 fr. Ainsi, dans ces quatre années, l'Angleterre n'a gardé, pour sa consommation,^ qu'une somme de 245,612,300 fr., soit en moyenne, 61 Vt millions par an.

Si elle a exporté un peu plus d'or que d'argent, dans la même période (1,437,203,225 fr. contre 1,103,399,150 fr.), elle a importé une quantité sensiblement supérieure du premier des deux métaux (1,745,986,125 fr. contre 961,228,550 fr.). C'est donc l'or surtout qu'elle conserve de préférence , ce qui s'explique d'abord par la nature de sa monnaie , puis par le moindre poids de l'or à valeur égale; enfin, et surtout, par les demandes considérables du métal argent dans les Étals du continent où il constitue l'étalon monétaire.

D'après les Archives du commerce prussien (1863, p. 496), les pays de destination et d'expédition du commerce des métaux précieux en Angleterre auraient été les suivants en 1862 (valeurs en livres sterling) :

PATS. Importation. EsporUtion.

Russie 764,554 1,855,401

Villes anséatiq . 1,895,538 243,996

Hollande .... 163,879 425,040

Belgique .... 1,077,900 334,420

France 2,294,952 7,205,663

Portugal .... 97,021 970,267

Espagne .... 22,692 1,398,078

Gibraltar .... 26,679 105,470

Halte

Turquie ....

Egypte

Afrique occid. .

Afrique anglaise Australie. . . . Autres pays. . .

Biportation.

D'après ces nombres, la valeur aurait été, en 1862, de 791,41 1,900 fr. pour Timporlation, et de 733,154,775 fr. pour l'exportation. Les deux opérations se balancent par une différence de 58 V4 millions au profit de l'importation. Si 1862 pouvait être considérée comme une année normale, les États d'Europe avec lesquels l'Angleterre entretiendrait le plus fort commerce de métaux précieux, seraient la France, la Russie, les villes anséatiques, l'Espagne et la Belgique. Quant à la Turquie , les envois considérables à sa destination, en 1862, ne sont pas le résultat d'un commerce régulier, mais bien de circonstances accidentelles (culture du coton aux environs de Smyrne, établissement d'un réseau télégraphique, etc.).

Nous avons sous les yeux, pour les années 1859 et 1860, un document plus détaillé , en ce sens qu'il fait connaître , séparément pour l'or et Targent , les pays d'importation et d'exportation. Nous nous bornerons à l'analyser. C'est l'Australie et la Californie qui envoient, dans les deux années, les plus fortes quantités d'or,

TAmérique du Sud et les Indes orientales la somme la plus considérable en argent. L'Australie n'expédie que de l'or; l'Amérique envoie à la fois de l'or et de l'argeni. En Europe, la France a envoyé en Angleten'e sept fois plus d'argent que d'or en 1859, et un peu plus de dix fois en 1860. Il en est à peu près de même des autres États du continent; Malte , la Turquie et l'Egypte, l'Inde et la Chine, l'Afrique, Maurice, le Brésil, n'ont exporté, pour la môme destination, que des quantités insignifiantes.

A l'exportation (envois de l'Angleterre) , ces données se modiGent senàblemeni L'Australie et les deux Amériques (sauf les États-Unis, qui importent 43 Vi millions en or en 1860) ne reçoivent rien d'Angleterre. En Europe, la France qui, comme nous l'avons dit, a expédié de fortes quantités de métal argent, en reçoit de beaucoup plus considérables en or (375 millions de francs en or contre 10 Y, millions en argent en 1859 et 260 contrera en 1860). L'argent ainsi échangé contre de For avec le continent, est expédié dans l'Inde et la Chine jusqu'à concurrence de 400 millions en 1859 et de 203 en 1860.

Anséatiques (villes). — a. Brème. La Feuille cofnmerciale de Brème (28 mars

1863) attribue à celte ville le mouvement de métaux précieux ci-après en 1861 et

1862 (valeurs en francs).

net. i8«i.

Importation. . . 889^291' 80M75' Exportation. . . 317,204 387,980

Ces valeurs sont sans importance et la période d'observation est trop courte pour qu'on puisse en déduire un enseignement quelconque.

b. Hambourg. — On sait que les documents officiels de ce pays n'indiquent que l'imporlation; celle des métaux précieux a oscillé ainsi qu'il suit de 1857 ài86l (valeurs en millions de francs).

Nous rappellerons que le commerce extérieur de Hambourg n'est pas autre chose que celui de la plus grande partie de l'Allemagne, le reste se partageant entre Brème et Lubeck. Quant à la part de Hambourg dans les produits que transporte son pavillon, il est sans importance.

c. Lubeck. — Les documents officiels attribuent à cette ville l'importation de mé* taux précieux ci-après (valeurs en millions de francs). L'exportation n est pas indiquée.

La diminution est considérable et régulière.* Elle correspond à un mouvemeot analogue, quoique moins caractérisé, de l'ensemble des échanges.

Avtriche. — M. 0. Hûbner (Annuaire statistique, 1861) donne, ainsi qu'il soii, d'après les états officiels , la valeur du commerce des métaux précieux de cet empire , de 1855 à 1859 (valeur en millions de francs).

Importation. Exportation.

Le mouvemeiU, comme on voit, est rapidement ascendant à Timportalion comme àrexportation, mais à l'exportation surtout. Les entrées, sauf en 1859, ont toujours été supérieures aux sorties. Mais il importe de savoir que, dans ces dernières années, d*une part, la Banque a fait (depuis 1857, date d'une convention monétaire austro-allemande) les plus grands efforts, et on pourrait dire les plus grands sacrifices pour se créer une encaisse métallique qui lui permit de reprendre ses paiements en espèces ; de l'autre , que l'État a mis en vente une forte partie de ses propriétés domaniales et notamment de ses chemins de fer. De là un atflux exceptionnel de métaux précieux, qui n'a rien eu de commun avec le mouvement ordinaire des échanges. M. Hûbner, en donnant les chiffres que nous venons de reproduire, se croit en mesure d'afSrmer qu'en Autriche une notable partie de l'exportation des métaux précieux échappe à la douane.

Belgique. — Les états de douane de ce pays distinguent, en ce qui concerne chaque métal, selon qu^il est importé, 1^ brut; 2^ battu, étiré et laminé; 3^ monnayé; ils indiquent, en outre , son poids, sous chacune de ses formes.

Voici, pour les quatre dernières années et au commerce spécial, la valeur , avec ces trois subdivisions, des entrées et sorties (commerce spécial).

Importation Exportation. Importation. Exportation. Importation Exportation. Importation Exportatioa

Un.* i Or . . . 1,598,344 4,812,533 389,563 38,630 658,600 818,095 81,640,816 5,483,106

"■* I Argent . 20,574,540 87,672,888 81,058,218 82,897,322 48,428,664 23,302,044 15,897,444 43,149,810

Battu, étiré) Or .. . 881,760 880,884 66,069 .> 813,216 166,396 41,476 843,968

et laminé. (Argent. 143,822 » 118,300 5,200 125,000 20,200 118,553 14,100

ifon..»^ i Or . . . 4,725,157 60,617,084 63.668,493 131,041,744 4,032,656 207,758,747 1,788,688 8,615,616

°"*'' '• 1 Argent . 87,383,200 14,9U,000 32,470,800 42,492,600 33,864,600 61,562,000 18,819,600 89,356,800

ToUnx 54,640,823 107,637,263 117,711,443 806.469,496 87,416,736 893,015,488 67.789,977 80,708,100

Ce document est intéressant en ce sens qu'il spécifie la part du métal en lingot, ouvré et rOonnayé dans le mouvement des entrées et des sorties. Le rôle le plus considérable appartient au numéraire , et surtout au numéraire or à partir de 1859. H montre en outre , 1^ que la Belgique exporte sensiblement plus de métaux monnayés qu^elle n'en importe ; 2^ qu'il eYi est de même pour les métaux bruts , sauf une exception en 1859; 3^ que, par suite, ses exportations de métaux précieux en général sont sensiblement supérieures à ses importations. Celte balance a^son préjudice y pour parler le langage des anciens économistes en matière de commerce, n'empêche pas un mouvement toujours croissant de ses échanges et le développement continu de la richesse du pays. Enfin il indique que le j^ouvement des métaux précieux oscille, d'une année à l'autre, dans des proportions très-considérables, ce qui atteste suffisamment que la loi qui régit l'ensemble des transactions commerciales du pays, ne s'applique point à cette marchandise d'une nature toute spéciale.

France. — Voici, en millions de francs, la valeur, au commerce spécial, du mouvement des métaux précieux de 1847 à 18fi1

• Importation. Eiporlalion.

Or. Argent. Or. Argent.

AWKÈKa.

Importation. Exportation.

akvAbs.

Or. Argent Or. , Argent.

étadM italiitiqBM. 3g

Ce tableau suggère les observations ci-après : 1^ la France a toujours plus reçu qu'exporté de métaux précieux; 2^ jusqu'en 1852, elle avait importé plus d'argent que d'or; mais depuis, probablement par suite de la découverte des grands gttes aurifères du nouveau monde^ elle a reçu des quantités énormes d*or; 3° rimportalion de For a suivi un mouvement assez régulièrement progressif jusqu'en 4859, année de son apogée; une diminution très-marquée s'est manifestée pendant les trois années suivantes (la dernière surtout), probablement, comme en Anglelerre, par le fait du ralentissement survenu dans le produit des exploitations aurifères australo-californiennes et dans les échanges avec les États-Unis. En somme, dans la période 1847- 1862, elle a importé pour 4,805 millions d'or et pour 2,494 d'argent seulement; la différence est de près du double; 4^ un courant en sens contraire s'est produit à Teiportation, c'est-à-dire que la sortie de l'argent a suivi, à partir de 1850, unniouTement presque régulièrement croissant, qui a atteint son apogée en 1857, année de crise commerciale, pour diminuer ensuite assez sensiblement, dans les années suivantes, sauf une recrudescence en 1859. Ainsi, en même temps que la France importait des quantités exceptionnelles d'or, elle perdait la plus grande partie de son approvisionnement d'argent, que l'Angleterre lui soutirait pour l'envoyer dans Flnde. On se rappelle, à ce sujet, que la rareté du métal argent était devenue telle eo France, il y a quelques années, que la question avait été sérieusement agitée, dans les conseils du gouvernement, de savoir si la France ne devait pas adopter l'or comme étalon monétaire, et abaisser la valeur intrinsèque de sa monnaie d'argent, poureo empêcher l'exportation. Peut-être la double mesure ^eût-elle été prématurée el convenait-il d'attendre que les faits prissent une signification plus énergique. Ce qui est certain, c'est que le mouvement a continué depuis , mais dans de moindres proportions. Le gouvernement n'en a pas moins été obligé de remplacer Jk monnaie d'argent, devenue d'une rareté extrême, par des pièces d'or de même valeur du plus petit module. Mais elle ne le pouvait pour les appoints inférieurs à 5 fr., et la rareté des pièces d'argent représentant ces appofnts, est encore, en ce moment, un assez grand embarras pour le commerce de détail. Disons, en passant, que si la France n'avait eu l'avantage des deux étalons , elle n'aurait pu traverser la crise sans avoir recours à des mesures extrêmes, dont un grand trouble dans les rela> tions commerciales eût été la conséquence inévitable. La Belgique , moins réservée, s'était empresséen^e supprimer î'or comme monnaie légale, en 1850; elle a été obligée de le rétablir, en 1863, au moins en ce qui concerne l'or français.

Si l'on fait la somme des deux métaux , on trouve que le mouvement constaté par la douane a oscillé ainsi qu'il suit de 1847 à 1862.

AVVA».

ImporUtioii. Bxp«rtillon.

AVvAst. Importation.

Exportation.

Il résulte de ces chiffres: i" que le mouvement, à la fois à l'entrée et à la sortie, a atteint son apogée en 1859; ^ que l'importation a été constamment snpérienrr

à l'exportation; 3^ que la plus grande différence a porté sur Tannée 1858 et le moindre écart sur 1852; 4^ que le total, pour la période entière, a été de 7,298.1 millions pour l'importation et de 4,868.4 pour l'exportation.

Hollande. — Le tableau ci-après (en millions de francs) indique, pour la p'ériode 1854-1859, les entrées et sorties de métaux précieux.

AKKÂBI.

Importation. Exportation.

ARHiU.

Importation. ExporUlion.

D'après ces données, l'exportation a été supérieure à Timportation, sauf accidentellement en 1858. C'est la seule observation précise et caractérisée à laquelle elles donnent lieu, les 'oscillations, d'une année à l'autre, étant très-considérables et semblant indiquer que le commerce des métaux précieux, en Hollande, n'a rien de commun avec l'ensemble des échanges.

Russie. — Nous puisons à la même source (Siatistical tables^ 1861) le document ci-*après, relatif au courant officiel des métaux précieux eji Russie. Il importe de ne pas oublier, pour apprécier les résultats qui suivent, que la Russie produit des quantités notables de ces métaux.

InpotUtian.

Bxporution.

▲miss.

Ttttl.

ToteL

Or"!

Arg*Dl.

ArfMit.

Les faits dominants de ce tableau sont ceux-ci : 1** à partir de 1854, la Russie a importé plus d'argent que d'or, précisément au moment où le phénomène contraire se produisait dans la plupart des autres États européens; 2° elle a constamment, et dans des proportions considérables, exporté plus d'or que d'argent. La possession du métal argent est, en effet, beaucoup plus utile dans un pays où il forme l'étalon monétaire et où l'or est à peu près inconnu dans les classes moyennes et inférieures de la société, que ce dernier; 3° pendant que l'importation, après avoir notablement diminué en 1854 et 1855, années de la guerre de Crimée, oscille, sans mouvement bien marqué, dans le reste de la période, l'exporlation s'élève trèssensiblement de 1857 à 1859. C'est l'indice de fortes importations de marchandises après la guerre.

En 1859, le mouvement s'est réparti ainsi qu'il suit d'après la nature des frontières.

Importation par (d'Europe. ... 11.2

les Trontières .(d'Asie 0.3

Exportation par j d'Europe. . . . 96.2

les frontières .{d'Asie 19.6

Suéde. — Le commerce des métaux précieux s'est liquidé, de 1853 à 1859, par les sommes ci-après :

AKKÉBS.

linportiilion.

Eiporution.

Toul.

Ce document ne donne lieu à aucune observation. Il est évident qu'en Suède, le mouvement des métaux précieux ne se rattache pas à celui du commerce, el qu'il subit des influences purement accidentelles.

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