V. Professions libérales
TI. Clei^é de tous les cultes . . . 64,570 78,135 142,705 40 l/Il. Individus sans profession ou
dont la profession n'a pu être
constatée 1,379,713 1,861,744 3,241,457 900
Totaux 17,857,439 18,155,230 36,012,669 10,000
Quoique cette classification n'ait pas été rigoureusement observée dans quelques départements , et que, dans d'autres, les professions n'aient pas été constatées avec un soin suflBsant , l'administration estime que les sept grandes divisions qui précèdent représentent assez exactement la répartition de la population entre les diverses branches du travail. Le petit nombre relatif de personnes vivant des bénéfices du commerce , c*est-à-dire de la vente d'objets fabriqués par d'autres , peut s'expliquer par ce fait que beaucoup de commerçants sont en même temps fabricants , et que, dans le cas où la fabrication a paru constituer leur principal moyen d'existence , ils ont dû, aux termes des instructions, être classés parmi les industriels. Il importe en outre, de savoir que, conformément à la rigueur des définitions, on a dû considérer comme industriels, non - seulement les personnes qui fabriquent un produit en totalité , mais encore celles qui font subir à un produit soit naturel, soit en tout ou partie fabriqué, une modification, une altération, un changement quelconques.
Bien que le système du dénombrement des professions n'ait pas été le même en 1851 et en 1856, on peut, en opérant certaines fusions et certains déplacements dépopulation, établir, entre les deux opérations, des rapprochements de quelque intérêt. En voici le résumé :
|ot, RAPPOBT -fit^ RAPPORT
'°^*' pour IO,Of»0. 'o^^- pour 10.000.
Agriculteurs 21,992,874 6,146 19,064,071 5,294
Industriels et commerçants 9,283,895 2,595 12,202,391 3,388
Individus exerçant des professions
libérales.- ; 3,483,538 973 3,262,282 906
Individus sans profession ou dont les professions n'ont pu être constatées 1,022,863 286 1,483,925 412
Totaux ^783,170 10,000 36,012,669 10,000
Le résultat le plus remarquable de ce rapprochement est la diminution sensible des habitants de la campagne, déjà démontré plus haut par le progrès des agglomérations urbaines, et, comme mouvement correspondant, Faccroissement des populations vouées au commerce et à l'industrie. Il n'est pas probable que les professions libérales aient fait vivre en 1856 un moins grand nombre de personnes qu'en 1851 ; la différence nous parait donc devoir être attribuée à des classements irréguliers dans la IV® section.
Un mot en terminant cette première étude. Les dénombrements en général, et particulièrement en France, présentent-ils un degré d'exactitude suffisant pour que les faits qu'ils mettent en lumière puissent être considérés comme l'expression au moins approximative de la vérité?
La valeur ^scientifique des résultats de ces vastes opérations dépend de quatre conditions : la clarté , la précision des instructions émanées de l'autorité supérieure ; la valeur des procédés matériels employés pour obtenir les renseignements demandés; l'aptitude et la loyauté des agents chargés de les recueillir; l'absence de tout intérêt (réel ou supposé) pour les habitants de se soustraire à l'enquête dont ils sont l'objet. En France , nous craignons qu'il ne soit pas également satisfait à ces diverses conditions. Certes, ce n'est pas la clarté qui manque, en général, à nos instructions ministérielles; mais, dans le cas qui nous occupe, la nécessité (contestable selon nous) de distinguer, dans un intérêt financier, politique, entre la population domû ciliée, ou seulement sédentaire, oblige l'administration à établir des distinctions, des catégories, des classifications nombreuses , dont le sens peut quelquefois échapper à nos maires de campagnes , que la loi charge du dénombrement. Les prescriptions qui doivent les guider dans l'acte matériel de la constatation des faits, seraient d'ailleurs excellentes si elles étaient ponctuellement suivies. Ainsi, en principe, le recensement doit être personnel et nominatif; c'est-à-dire que le maire ou ses agents doivent se présenter à domicile et remplir le questionnaire transmis par l'autorité supérieure , avec les déclarations mêmes de l'administré. Mais il est permis de douter qu'il en soit toujours ainsi. Dans les grandes villes , la difficulté de rencontrer les habitants chez eux oblige souvent les recenseurs à se contenter des renseignements fournis par les amis, les parents , les domestiques et les concierges. Dans les communes rurales qui n'ont pas de garde champêtre et qui se composent de sections placées à de grandes distances , il est à craindre que le maire ne soit que trop disposé à suppléer, par de vagues et incomplètes indications, à une enquête qui exigerait un déplacement plus ou moins prolongé. Le recensement ne s'opère pas d'ailleurs partout le même jour, comme en Angleterre et en Belgique; loin de là, chaque maire choisit, pour y procéder, le jour dont ses affaires personnelles lui laissent la libre disposition. De là, la possibilité de doubles emplois par le fait du passage d'un certain nombre d'habitants d'une commune dénombrée dans une com* mune qui ne le serait pas encore. Il n'est pas certain, en outre, que l'opération, une fois commencée, soit continuée sans interruption, et que, par exemple, des habitants déjà dénombrés dans la portion de la commune recensée , ne le soient pas de nouveau dans celle qui ne l'a point encore été.
Mais l'une des causes les plus graves des erreurs dont peuvent être entachés nos recensements , ce sont les dispositions défavorables de la population pour toute enquête à domicile. Cette malveillance instinctive vis-à-vis des agents de l'autorité est
tradibODoeDe. Elle est un souvenir, perpétué de génération en génération , des recensements locaux de l'ancienne monarchie, qui avaient toujours pour objet l'assiette d'un impôt ancien, mais aggravé , ou d'un impôt nouveau. Aujourd'hui encore, surtout dans les campagnes, le recenseur, aux yeux des habitants, est un agent du fisc, venant surprendre le secret du contribuable et puiser dans ses déclai*alions les éléments d'une addition à sa cote. Les troubles sanglants provoqués par le dénombrement de 1841 , sur les excitations, il est vrai,' d'une presse violente et aveugle dans ses haines, qui affectait de confondre le recensement de la population avec celui des valeurs locatives entrepris en même temps, n'ont que trop mis à jour cette méfiance des masses contre toute recherche officielle, même sur les matières les plus étrangères à l'impôt.
A cette source d'erreurs résultant de dissimulations ou de fausses indications, mais à un rang inférieur par ordre d'importance, il fiaut joindre la fiBicheuse influence qu'exerce en France sur la sincérité des recensements, en ce qui concerne le chiflre réel du nombre des habitants, l'intérêt pour un assez grand nombre de grandes communes, de rester toujours au-dessous d'une certaine limite de population, afin de ne pas voir s'élever le tarif des contributions qui ont cette population pour base, ou même de leur échapper entièrement. On comprend facilement en effet que les maires, organes de cet intérêt, soient peu tentés de donner au recensement le caractère de précision et de vérité consciencieuse qui seul en fait la valeur.
11 est d'ailleurs des causes spéciales d'inexactitude qui tiennent à la nature même du renseignement demandé. C'est ainsi que , dans les campagnes , bon nombre de vieillards ignorent encore aujourd'hui la date précise de leur naissance , et que , dans les villes, il est assez difficile d'en obtenir l'aveu, même et nous pourrions peut-être dire surtout dans les rangs les plus élevés de la société , de la plupart des femmes qui touchent à la maturité. *
Enfin c'est à tort , selon nous , que l'administi^ation choisit le milieu de l'année pour faire procéder au dénombrement. A cette époque, un grand nombre de personnes, surtout avec les facilités actuelles de locomotion, sont absentes pour leurs aflaires ou pour leurs plaisirs. De là des omissions ou des doubles emplois.
Mais bâtons-nous de dire que, malgré ces chances d'erreurs ou d'infidélités, les recensements donnent en France, pour certains faits, des approximations suffisantes, à la fois pour la science et les besoins du gouvernement. Quant aux autres , il leur faudrait, pour être définitivement acceptés, la sanction d'un certain nombre d'expériences ultérieures.
n n'en est pas de même de ces dénombrements annuels qui résultent du dépouillement des registres de l'état civil. Ceux-là , reposant sur des faits accomplis dont la preuve certaine est sous les yeux de l'autorité, portent avec eux un caractère irréfragable de vérité que ne saui*aient affaiblir quelques erreurs locales et partielles de transcription. C'est ce que nous expliquerons dans une seconde étude.
Décembre 1859.
I- H. Ridonann, qui a diri^ en Angleterre tous les recensements, de 1801 à 1S41, a écrit qu'U ne lui avait Jamais été possiUe de connaître exactement Vâge de sa femme et de sa servante. Le même fooctionnaire assure que beaucoup de dames anglaises, placées dans Talternative de faire connaître leorige ou dédire la chose qui n'est pas, choisissent Tépoque du dénombrement ponr voyager sur le continent
TROISltME ÉTUDE.