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STATISTIQUE DES PROFESSIONS EN EUROPE

Il n'y a pas plus de vingt années que quelques gouvernements ont compris les proressions dans le programme des dénombrements. Au début, ces grandes enquêtes ne portaient guère que sur le nombre tolal des habitants sans aucune distinction. Plus tard, les sexes ont été recensés séparément. Ce n'est qu'assez longtemps après que sont venues se joindre successivement à ce premier renseignement, des recherches sur Tétat civil, les âges et la nationalité. Les cultes et les moyens d'existence ont été le dernier terme de cette extension successive du programme des enquêtes périodiques sur la population.

Ce n'est pas que les gouvernements aient jamais pu méconnaître la haute utilité d'une constatation exacte des formes multiples sous lesquelles les membres de ces grandes agglomérations qui s'appellent des États, pourvoient à leur subsistance; mais ils ont longtemps douté de la possibilité d'en réunir exactement les éléments. Ce sont surtout les questions de réformes douanières qui ont fait sentir, de nos jours, le besoin de connaître l'importance de chacune des branches du travail national et de déterminer, d'une période à l'autre, les mouvements des diverses sources de la production. Mais d'autres considérations ont également justifié cet élargissement décisif du cadre des anciens dénombrements. C'est ainsi que l'intérêt politique, dans son sens le plus étendu, est lié intimement à un inventaire périodique des forces productives. Il est démontré, en effet, que les migrations des campagnes au profit des villes , en d'autres termes, de l'agriculture au profit de l'industrie, rendent plus difficiles les conditions du gouvernement et imposent au pouvoir des obligations d'une nature nouvelle. Évidemment, une population qui se concentre, éprouve des besoins, reçoit des influences, obéit à des mobiles qu'elle ne connaissait pas, quand elle s'étendait sur une surface considérable. La sécurité publique, l'hygiène, la sauvegarde des mœurs, exigent alors ou des institutions spéciales , ou de profondes modifications des anciennes. Les questions d'assistance prennent en outre , dans ce cas, un caractère de gravité qui appelle les plus vives et les plus constantes sollicitudes, celui qui a volontairement substitué au salaire modeste, mais assuré du travail agricole, le salaire plus élevé du travail industriel , devant nécessairement subir le choc des circonstances variables à l'infini et toujours difficiles à prévoir , qui interrompent ou ralentissent la consommation des produiLs manufacturés. En dehors de ces préoccupations, les vicissitudes des diverses industries appellent au plus haut degré l'attention des gouvernements. S'ils avaient sous les yeux, par exemple, le spectacle de l'afTaibhssement, du dépérissement graduel de certaines fabrications florissantes naguère, ne serait-il pas de leur devoir d'en étudier la cause et d*y apporter les remèdes à leur

disposition (dégrèvement des malières premières , recherches de nouveaux débouchés, ouverture de nouvelles voies de communication, etc. ^ etc.) ? S'ils voyaient le nombre des personnes qui exercent certaines professions, s'accroître sans mesure, sans aucune propoilion avec les autres branches de l'activité publique, ne devraienl-ils pas s'en émouvoir et se demander si ce fait anormal n'est pas dû aux obstacles que rencontre l'entrée dans les autres carrières? Si, pour citer un autre exemple, les dénomt)rements leur montraient un développement rapide de la catégorie des individus qui se disent sans profession, ou refusent de déclarer celles qu'ils exercent réellement , ou enfin dont on ne peut constater les moyens d'existence , ne seraient-ils pas justifiés à faire un examen approfondi des circonstances au milieu desquelles se produit ce symptôme inquiétant?

Nous pourrions mullipher ces exemples des enseignements, tous graves, se rattachant tous à des intérêts du premier ordre, qui ressortent du recensement des professions. Ceux qui précèdent suffisent pour démontrer combien il importe que» dans cette enquête spéciale , l'autorité supérieure et locale prenne les mesures nécessaires pour assurer l'exactitude des résultats à recueillir.

Les pays sur lesquels va porter cette monographie, sont au nombre de quatorze. A l'exception de la Russie , tous les grands États y figurent. On regrette involontairement de ne pas y trouver l'Espagne, la Suisse et quelques États allemands, tels que le Wurtemberg et le Hanovre. Quant au Portugal, nous ne connaissons aucune publication officielle sur le mouvement de sa population. Nous suivrons l'ordre alphabétique des noms de pays.

Angleterre. — Dès 1801 , l'administration eut la pensée de rechercher comment se répartissaît la population de cette partie du royaume entre a) l'agriculture, b) l'industrie et le commerce, c) les autres professions prises en masse. Voici les nombres qu'elle recueillit :

POPUÏ*ATIOX

TOTAL totale

et commerce. profeMions. ^^^,^^ inconnue.. \ „„me miliuift

et marchande).

Il fut constaté, à l'occasion de ce census, que les intentions de l'administration n'avaient pas été comprises , probablement parce qu'elles n'avaient pas été clairement expliquées. Dans beaucoup de cas notamment, le chef de la famille avait compté sa femme , ses enfants et ses domestiques , comme appartenant à sa profession , el dans d'autres, il les avait classés dans la 5® colonne. De là une diversité dans les réponses, qui en altérait sensiblement l'homogénéité.

En 1811, 1821 et 1831, on voulut y remédier en demandant le nombre des familles (et non des personnes) que a) l'agriculture, b) l'industrie et le commerce faisaient vivre exclusivement. On obtint les renseignements ci-après :

AOBicuLTURK. et commerce. profcsriow.

rASâiLLBS . . . .'l821 978,656 1,350.239 612,488

POiîRlOO h821 33 46 21

La diminution des familles vouées à rag^riculture , en 1831 , parait n'avoir été qu'apparente, un grand nombre d'individus qui ne travaillaient aux champs que trois ou quatre mois de l'année , et employaient le reste de leur temps à la pèche , dans les mines, ou à l'entretien des routes, ayant été classés par l'autorité locale dans la colonne des agriculteurs, pour les soustraire à la défaveur attachée , dans sa pensée, aux professions de la 3® catégorie.

En 1831 , on avait eu l'intention de prévenir l'efTet de ce préjugé, en étendant le cadre des professions. On avait estimé, en outre, que pour connaître la population véritablement employée à la production, il convenait d'éliminer les individus de moins de -20 ans et de ne rechercher, pour certaines professions, que les hommes qui les exerçaient. Mais, en même temps, on avait maintenu la répartition des familles entre les trois classes ci-dessus. L'administration prescrivait donc en réalité, cette année, deux dénombrements, ou si l'on veut, un dénombrement sous deux formes différentes, dont l'une entièrement semblable à celle des deux census précédents. Nous venons d'indiquer les renseignements recueillis sous cette dernière forme; ceux qui lui furent fournis dans le sens du cadre le plus étendu, sont les suivants :

A«KICI7LT0»B

Petite

Salarias

Aatras

OOaBSTIQCBS MALBS

TOT»t • bosne*

Gnade indiulrie.

iadiutrie et commerce.

et ioaividua

antrei que le* oiurrien

hommei de 30 ea*

dsSOuu denoia* et de

Senr anlei

K«pïoi. OBTrien.

(Patroas,

eierfiDt det

agricole.

(domeiiii|aet

de loni jge.

:e ans.

uau.

onvrirn

profcMiooc

cl indostneu

aoB comprit)

Au'QvMOt* 2U AlU*

rmjilôyw.)

etemplojré*.)

libérale*.

Nouveaux changements, en 1841 , dans la nomenclature officielle. Les familles disparaissent pour faire place au recensement exclusif des personnes. Toutefois le nouveau cadre est rédigé de manière à permettre de distinguer encore une fois la classe agricole, d'abord de la classe industrielle et marchande, puis des autres professions. A la pensée, évidemment défectueuse, de ne recenser, pour certains états, que les homnfjes de 20 ans et au-dessus, on substitue celle de diviser, pour chaque sexe et pour chaque profession, des âges en deux catégories : au-dessus et au-dessous de 20 ans. Enfin le cadre des professions est notablement étendu; mais surtout le sens de chaque question est déterminé par des instructions plus précises que par le passé. Suit le résumé des renseignements obtenus dans ces nouvelles conditions:

• iLAKtia . IMDITIOOa

i„»o.T.i. •utw. • ^^ ^^^.^^ ,„o,..s,o». , -y"' '«»'^"»"

icuciLTCM. el qoe ceox militaiFa ai lihAraio. M\ (lea moyen* DovisTiotisB sant

commerce. de. profestiou* ™l!i*î"*.!* '«bérale.. (1) de«ltience profession. (3)

précédentes. "««^bândc. indép*nd..iu(2)

D'après ce tableau , les professions ont été recensées pour 7,846,56!) et non recensées pour 10,997,865 persoiines, ou 59 p. 100.

En rapprochant les nombres qui précédent des documents analogues pour les dénombrements antérieurs, on constate que, de 1831 à 1841 , le rapport au total des professions est descendu à 22 p. 100 pour l'agriculture et s'est élevé à 46 pour l'industrie et le commerce, à 32 pour l'ensemble des autres branches du travail national.

Des améliorations de la plus grande importance ont été introduites dans le census de 1851 , et l'administration anglaise a considéré la nomenclature arrêtée dans celle circonstance comme tellement satisfaisante , qu'elle n'a pas hésité de la proposer à

1. Clergé, profession judiciaire et médicale, beaux-arts, fonctionnaires et employés de l'État et des I)aroisses.

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