XV® SIÈCLE
Disette en 1415. Une ordonnance du prévôt de Paris enjoint d'apporter, à un jour fixé , au Châtelet de Paris, un état des quantités de grains que chacun possède, sous peine d'amende et de confiscation en cas de dissimulation.
La cherté continue en 1416, 1417, 1418 et 1419. Dans cette dernière année , un arrêt du conseil fixe le prix du blé. Un second arrêt élève ce prix , sur les observations des marchands qu'ils sont obligés d'aller feire leurs achats loin du rayon d'approvisionnement de Paris et que les provinces sont pleines de soldats qui les pillent
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Noo?elle disette ea 1455 et lt59; en 14S0 les ét^s dj Lac^e*ioc tenos à BézierSy se plaignent de ce que leor province a ra, en pleine poix, la p:puLjiion diminuer iFun lien par la famine el la pe.fU,
En 1466, rinsuffisance de la taxe décide on grapj nombre de boulangers de Paris â cesser de caire ; les antres Eibnquent du psin de mauvaise qualité. La taxe ayant été relevée , maïs probablement sans bisser un Lénêâce suflSsant aux boulangers , b fraude continue et soulève des plaintes unanimes.
Chertés de li75 à 1477. — Famine en 14^1; rautorité recourt aox moyens les plus arbitraires, les plus violents, pour approvisionner Paris , Fobjet de son unique préoccupation. — En 1484, on voit les états du Languedoc , réunis à Tours, signaler de nouveau les ravages que lait b disette dans la population.
XTI^ SliCLC
Mauvaise récolte en 1520. La province affamée arrête les grains qui se dir^ent sur Paris. Le parlement prend des mesures sévères contre les coupables. Les blés étant plus cbers dans la province qu'à Paris, les marchands les font sortir de nuit de cette ville ; arrêt du parlement qui interdit cette évacuation clandestine et enjoint aux marchands des provinces de vendre leurs approvisionnements au marché de Paris dans un délai fixé.
Famine en 1528 qui se prolonge jusqu'en 1534. cD y eut des chaleurs si contic nuelles et si excessives depuis la fin de 1528 jusqu'au commencement de 1534» c que toutes les plantes languissaient dans la campagne. 11 n'y eut pas , pendant ces c cinq ans , deux jours de gelée de suite. Cette chaleur énervait pour ainsi dire la c nature et la rendait impuissante. Rien ne venait à maturité; les blés s'en ressenctaient plus qu'aucune autre plante, et, faute d'hiver, il y avait une si grande c quantité de vermine qui en rongeait le germe, que la recolle fournissait à peine € la semence nécessaire pour Cannée suivanle.^ (Delamarre, titre xiv, p. S55.)
La récolte de 1544 est insuffisante. Des lettres patentes remettent en vigueur celles du 28 octobre 1531 , aux termes desquelles il était défendu d'acheter les récoltes sur pied et de vendre ailleurs qu'au marché. En même temps la vente sur le marché est réglementée de manière que c le populaire qui achète pour vivre du jour en la journée, soit servi le premier, et après, ceux qui veulent faire provision à temps. »
En 1548, ie haut prix du blé oblige le prévôt de Paris à retirer la taxe du pain.
En 1560, la cherté est telle, qu'un arrêt du parlement prescrit au chapitre Notre-
Dame et à un certain nombre de monastères riches (que Tarrét désigne par leur nom), à venir au secours des pauvres de ]a ville de Paris.
L'année 1565 fut des plus calamileuses: € Il y avait longtemps que la disette des < grains n'avait été si grande en France qu'elle le fut en 1565. Les grandes pluies c et les inondations de l'hiver » les fortes gelées et les neiges extraordinaires qui c troublèrent la saison du printemps , noyèrent ou arrêtèrent en hiver la plus grande c partie des semences; et le peu qui vint à maturité fut beaucoup gftté par les bruines c et par les nielles qui précédèrent la moisson. » (Delamarre , ibid,)
Pour assurer l'approvisionnement de Paris, l'autorité recourt à des mesures plus inquisitomles plus violentes que jamais , et contribue ainsi à accélérer la hausse exorbitante des grains. Les habitants de la campagne , chassés par la faim , se portent en masse sur Paris , dont les rues sont bientôt envahies par une nuée de mendiants- Dans cette situation, un arrêt du conseil du 22 décembre ordonne que c Chacun des € bourgeois, manants et habitants de Paris, doubleront pour six mois le payement t de leur aumône à quoi volontairement ils se sont cotisés au bureau de la police «des pauvres, pour être distribué, par les commissaires desdits pauvres de chacune « paroisse , en deniers ou pain. » — Par le même arrêt, il est enjoint c aux pauvres <ï valides d'aller besoigner aux fortifications pour deux années , ou de s'occuper aux < œuvres publiques esquelles le prévôt des marchands et échevins les voudraient c employer, sous peine de fouet en cas de refus, ou s'ils sont trouvés mendiants.»
Cherté en 1567. — Un règlement de Charles IX du A février règle les mesures à prendre dans les villes pour en conjurer les conséquences. Ce règlement est renouvelé par Henri III en 1577 , dans des circonstances semblables.
Les guerres religieuses de cette partie du seizième siècle, en exigeant des approvisionnements considérables pour les armées, mais surtout en dévastant les campagnes, amènent, encore plus que les perturbations atmosphériques, une nouvelle et cruelle disette en 1572 et 1573. Le fléau devient tel, que le parlement, par un arrêt du 30 mai 1573, qui enjoint aux habitants de faire connaître leur approvisionnement, ne craint pas d'encourager la délation en assurant au dénonciateur la moitié des blés confisqués, en cas de fausse déclaration.
Le 1^** juillet, la même cour ordonnée ses propres membres de déclarer au greffe de la police les quantités de blé en leur possession. La disposition de cet arrêt signale le fait, habituel en pareil cas, d'une affluence considérable de pauvres à Paris» mais surtout les difficultés qu'éprouvent les marchands à faire venir du blé à Paris, les voitures et bateaux étant pillés en route, et les mendiants ou voleurs infestant les grandes routes. On y trouve ce passage: cUn receveur de Nemours qui c avait pouvoir du Roy de faire emmener 100 muids de blé pour le plat pays de cdelà qui mourait de faim, vivant d'herbes comme les testes , à grande prière, en c a laissé ici 40 muids. )
Le mal s'aggravant, et Paris étant menacé de la peste, par suite des maladies épidémiques que faisait naître l'insuffisance de l'alimentation publique, le parlement fait un nouveau pas, et le plus hardi de tous peut-être, dans la voie des expédients désespérés. 11 commence par remettre en vigueur les édits somptuaires, sur la superfiuité des habits et des banquets; puis il défend et déclare nuls tous achats de c blé, vins et foins , ensemble les monopoles, déguisements et autres abus faits c desdits contrats.» Ce n'est pas tout: il ordonne que < dorénavant, tous les baux à c fermes des terres labourables, jusqu'à neuf ans et au-dessous, seront faits à grains
cet non à prix d'argent; et qoe les baux à argent en cours d'exécution seront € réduils à grains pour le temps restant des dits baux. El seront les fermiers conctraints par toutes voies dues et raisonnables, de conlinuer et entretenir les dits «baux jà faits à la réduction et raison que dessus; et les laboureurs qui ont accou- « tumé de prendre à ferme d'argent , de les prendre et labourer à ferme de grain «raisonnable, sans qu'ils puissent être reçus à délaisser le labour et agriculture, « sous peine de tous dommages-intérêts, amende arbitraire et plus grande punition is'il y écbet.»
Ainsi , voilà la première cour souveraine du royaume intervenant dans les intéi*èts privés les plus sacrés, pour prescrire la violation des contrats en cours d'exécution, et apportant ainsi, dans toute l'étendue de sa vaste juridiction, la perturbation la plus profonde et la plus inique dans les relations des possesseurs et des cultivateurs du sol I
De pareils remèdes ne pouvaient qu'empirer le mal Aussi le même parlement est-il obligé de prescrire au prévôt des marchands d'employer en achats de blés les fonds destinés aux fortifications qui s'élevaient alors autour de Paris, et de faire un emprunt (probablement forcé) aux bourgeois et habitants , pour venir au secours des pauvres.
Cherté en 1574. — Une ordonnance royale du 25 septembre interdit l'exportation des substances alimentaires.
En 1587, «les guerres civiles de la Ugue attirèrent la disette des grains, par la « consommation qu'en faisaient les armées, et par F abandon presque total de la « culture des terres. L'on fit des descentes dans les provinces pour en faire venir « des grains à Paris.» (Delamarre, ibid,)
Un arrêt du 4 juillet, reconnaissant l'impuissance de la sagesse humaine à conjurer le fléau, ordonne «la descente de la châsse de sainte Geneviève et une proces- «sion générale.»
Le 15 juillet, un autre arrêt, se fondant sur la nécessité de venir en aide aux pauvres, au nombre de 17,000 (sic\ que la caisse de la ville ne peut secourir et qui meurent de misère dans les rues, ordonne que les bourgeois et manants feront une avance de trois années sur leur cotisation au profit des pauvres. Mais en même temps, la cour fait injonction aux pauvres valides, qui ne veulent aller à la moisson et préfèrent mendier, de quitter la ville dans les 24 heures, sous peine du fouet, et de se retirer « ès-lieux de leur nativitez.»
La dernière cherté de ce siècle eut lieu en 1596. Elle ne parait pas avoir eu la même intensité que la précédente.
XVn* SIÈCLE.
Par une sorte de fatalité, difficile à comprendre aujourd'hui, au lieu de prodiguer les encouragements au commerce des blés, commerce si difficile, si onéreux, et même si dangereux en tout temps, mais surtout à celte époque, et qui seul cependant peut prévenir ou adoucir les chertés, nous allons trouver encore dans ce siècle, de la part du parlement et de l'autorité royale ou municipale, un luxe inoui de dispositions restrictives, essentiellement propres à accroître le péril ordinaire qui s'attache à ses opérations.
Une ordonnance du lieutenant civil du 8 janvier 1622, année de cherté, est une sorte de chef-d'œuvre dans ce genre. Tout ce qui peut décourager, éloigner la spé-
culation, y est soigneusement prévu. On ne s'y prendrait pas mieux pour affamer un pays. Défense de vendre au delà d'un certain prix ; injonction de vendre dans un délai déterminé, sous peine de vente forcée au rabais; défense d'acheter des blés dans certaines localités; défense de vendre ailleurs qu'au marché; défense aux boulangers de se présenter au marché avant une certaine heure et d'acheter au delà d'une quantité déterminée, etc., rien n'est oublié de tout ce qui peut écarter les marchands et empêcher l'approvisionnement par leurs soins.
Après un répit de deux années, la cherté reparait en 1695 et se prolonge jusqu'en 1631. On voit en 1639 plusieurs parlements, indifférents aux souffrances des provinces voisines, interdire la sortie des blés dans toute l'étendue de leur ressort, et cela sans que l'autorité royale intervienne pour casser de pareils arrêts I L'exemple des parlements est suivi, la même année, par les diverses villes du royaume. L'instinct de la conservation écartant tout autre sentiment, on retient partout les blés; les marchands, les cultivateurs eux-mêmes, ne peuvent approvisionner les localités situées à une certaine distance, sans courir le risque d'être punis ou sans s'exposer aux violences populaires. La ville de Paris subit la première les conséquences de cette triste situation qu'aggravent encore les dispositions barbares de sa police des grains. Aussi, non-seulement la misère y est affreuse, mais encore l'ordre public n'y est que très-di£Scilement jnaintenu. Les vagabonds et les mendiants se livrent surtout aux plus graves désordres: < Des séditions, dit Delamarre, arrivent tous les jours de marché aux halles; tous les jours, soir et matin, on tue plusieurs personnes, faute par les commissaires des quartiers de faire rechercher les vagabonds.» Une assemblée a lieu au Chfttelet; elle se compose d'un certain nombre de membres du parlement, du lieutenant civil, du lieutenant criminel et de quelques autres magistrats. Cette assemblée, après s'être fait rendre compte des besoins de chaque quartier, des dispositions déjà prises par l'autorité compétente pour y satisfaire, délibère sur les mesures à prendre pour arrêter les progrès de la lamine. Tout à coup il se fait dans la délibération un trait de lumière qui aurait dû illuminer toute l'assemblée , et amener un changement radical dans l'esprit des règlements locaux sur la vente des grains ; le lieutenant civil donne lecture d'une lettre d'un marchand de Soissons, qui se fait fort d'amener 15,000 muids de blé à Paris, si la vente est déclarée libre!! Mais le Irait de lumière n'éclaire personne; l'offre n'attire que âiblement l'attention, et l'assemblée décide, d'une part, que .des mesures plus sévères que jamais seront prises pour obliger les marchands à faire une déclaration exacte de leurs blés; de l'autre, que les vagabonds seront recherchés et envoyés aux galères sans atUre forme ni figure de procès. Le président de la réunion , qui n'était autre que le premier président du parlement, va même jusqu'à émettre l'opinion : c que lorsqu'un vagabond est inscrit sur le livre rouge du Châtelet, et qu'il a été banni et flétri , il ne faut point faire difficulté de le faire pendre. >
En 1631, des lettres-patentes du 30 septembre, motivées par le fait que ta récolte parait ne pas être abondante, défendent l'exportation et autorisent le transport de province à province. C'est pour la première fois que cette disposition apparaît dans la minutieuse analyse que Delamarre nous a laissée des mesures législatives provoquées par la cherté. Elle indique l'existence, déjà à cette époque, de lignes de douane à l'intérieur, lignes qui ne pouvaient être momentanément supprimées que par une décision royale.
En 1643, un arrêt du conseil interdit l'exportation, et cette fois non plus seule-
ment sous peine de confiscalion des denrées et des bâtiments, mais encore pom* la première fois, sons peine de mor// Un autre avis motivé f sur ce qui a été démontré que la nécessité des grains est grande dans la plupart des provinces de ce royaume», interdit aux marchands de faire des amas.
Un autre arrêt du 4 septembre 1649 interdit de nouveau l'exportation sous peine de vie , mais autorise le transport de province à province.
En 1660 le prix des blés s'élève rapidement. Selon l'usage, Fautorilé attribue cette hausse aux spéculations des marchands de blé, et par ses ordres, des commissaires du Châtelet se rendent dans les diverses localités où la délation a fait connaître l'existence de magasins, les font ouvrir, s'emparent des grains, souvent au mépris des oppositions et saisies pratiquées par les créanciers, et les expédient sur Paris pour y être vendus au-dessous du cours. Quant aux marchands, ils sont arrêtés et mis en prison, pour le procès leur être fait et parfait. Après avoir raconté longuement et avec un vif sentiment d'approbation, ces attentats violents à la propriété , Delamarre, président lui-même au Châtelet, conclut par ces mots: Et la cherté cessa avec la disette. Â Paris peut-être et momentanément; mais au dehors?
En 1661, un arrêt du conseil du roi, du 3 décembre, renouvelle l'autorisation du transport des grains de province à province. La cherté s'aggravant à Paris, des commissaires sont expédiés dans les provinces pour faire venir des blés, de gré ou de force. Ces commissaires rencontrent de vives résistances de la part des autorités locales, chaînées, elles aussi, de pourvoir à la subsistance de leurs administrés, dont la misère est profonde. Un arrêt du conseil du 30 août ordonne alors < que les blés achetés pour la provision de la ville de Paris, seront amenés et voitures en icelle, sans avoir égard aux défenses des juges et officiers des provinces pour empêcher l'enlèvement.» (<)
En 166S, la famine éclate avec toutes ses horreurs. Il &ut lire dans des pièces originales, reproduites par M. P. Qément dans son histoire de la vie de Colbert et signées de témoins oculaires des plus honorables, les détails des indicibles souffrances des populations de certaines villes, mais surtout des populations rurales. Les provinces du nord de la Loire furent particulièrement atteintes : la mortalité y enleva des villages entiers.
A Paris, malgré des efforts exti*aordinaires et des dépenses énormes pour approvisionner le marché, le prix du pain s'éleva, d'après Delamarre, à 8 sols la livre, soit environ 21 sous de notre monnaie. Ce seul fait donne une idée du prix qu'il dut atteindre dans les provinces, c... La moisson était encore éloignée , dit Delàc marre , et la calamité publique se faisait sentir de tous les côtés. Hais le roi avait < fait acheter une quantité considérable de blés à Dantzick et ailleurs dans l'exlrécmité de l'Europe; S. M. y envoya jusqu'à 3 millions de Uvres. La flotte qui était c chargée de ces grains arriva dans nos ports en avril 1672, et Paris (toujours Paris , cla province jamais) s'en trouva à Tinstanl secouru.» (Delamarre, ibid.)
Cet alitement ne fut d'ailleurs que de courte durée, si l'on en juge par les détails que Delamarre donne, en quelque sorte malgré lui (S), sur les tristes efiets de la
I. A 5ogent- sur- Seine, le substitut du procureur général du roi, touché de Teffiroyable misère qui régnail dans cette TîDe , arait fait arrêter un bateau cfaai^ pour Paris et distribuer le coDtenu aux habitauts.
2! Delamarrep qm écrivait an second quart du dix-s^tiéme siècle, fait les plus grands efforts pour dicaimuler les déplorables conséquences des mesures prises à cette époque contre la cherté, et auxqoeOes Q a été personneileneiit associé conmie magistrat
misère à Paris: ( D parut (lé mot est heureux) dans ce même temps, que la mau«* ï vaise nourriture que le pauvre peuple avait prise pendant ces deux dernières années
de disette, causait plusieurs maladies dangereuses, et qu'il était à craindre que le
mal n'augmentât»; et plus loin: c... on craignait la peste par suite des maladies
occasionnées par l'insuffisance de la nourriture. >
L'avocat général Turon s'exprime ainsi dans une requête au roi : (Cette grande
disette de blés cause dans la ville quantité de malades , dont plusieurs meurent
journellement... Il faudrait purger les prisons des malades qui y sont en grand 'nombre et particulièrement le grand Chfllelet, où il y en a grandes quantités, 4 quoique ces prisons soient fort petites et malsaines.» Ainsi, faute d'hôpitaux, on entassait les malades dans les prisons.
Dans une assemblée au Châtelet, un membre (et son nom mérite d'être reproduit), M. D'Âubray, lieutenant civil, propose d'essayer du régime de la liberté absolue du commerce des blés et de la vente du pain , dont il démontre les avantages avec une grande autorité de raison. Sa proposition est adoptée, mais seulement en ce (/ai concerne la suspension de la taxe du pain et du monopole de la boulangerie. Toutefois on ne laisse pas à ces deux mesures libérales le temps de produire leur effet ; intimidée par les cris des pauvres et aussi par l'empressement des boulangers à profiter de la liberté qui leur est accordée pour surhausser le prix de leur pain , l'autorité s'empresse de revenir aux anciens règlements qu'elle aggrave par de nouvelles rigueurs.
La récolte de 1663 est médiocre ; aussi la baisse des prix ne se fait-elle que trèslentement.
Interdiction de l'exportation par un arrêt du conseil du 16 mai 1679.
Des pluies diluviennes, des débordements, puis au printemps des gelées excessives compromettent la récolte de 1684. «On est menacé, dit Delamarre, d'une sté- « rilité universelle. Dès le mois d'avril, le prix du blé est porté de 14 à 24 livres, et f peu après à 10 écus. Mais le roi avait fait acheter des blés en Barbarie et autres «lieux.» Ces blés, amenés à Paris ^ furent vendus au-dessous du prix d'achat, et c alors, continue Delamarre, l'abondance fut rétablie, et le bon marché à proportion.»
Cette abondance ne fut pas telle toutefois, que la cherté n'ait exercé une influence sensible sur la mortalité. Nous voyons, en effet, dans un tableau officiel du mouvement annuel de la population de la ville de Paris de 1670 à 1821 (<), le chiffre des décès qui avait été en moyenne, dans les deux années précédentes, de 17,500, s'élever, en 1684, pour les neuf premiers mois seulemeniW^ à 18,737.
Nouvelle prohibition de la sortie des grains en 1687.
Une disette très-intense, résultant de l'insuffisance de la récolte, se déclare en 1692. < ....Après la moisson, le froment est porté jusqu'à 24 livres le septier et les « autres grains à proportion, et le prix alla toujours en augmentant.» (Del.). Un arrêt du conseil du 13 septembre interdit l'exportation. Des désordres graves éclatent sur le marché et à la porte des boulangers. Le 18 décembre, deux individus, convaincus d'avoir fait partie d'une bande qui avait pillé une boutique de boulanger, sont condamnés à être pendus ; deux autres sont envoyés aux galères. Nous n'avons
1. Ce docuineat se trouve dans le 2* Yolume des Recherches statistiques sur la ville de Paris, publiées par la préfecture de la Seine.