‹ La France et l'étrangerChapitre 7 sur 177 · Les trois autres manquent · texte numérisé non relu

Les trois autres manquent

pas de document officiel sur la mortalité dans le cours de cette année (0; mais elle dut être considérable, si l'on en juge par le renseignement suivant donné par Delamarre. «....Nous n'entrerons pas dans le détail de tous les mouvements qui parut rent alors, et jusqu'à la moisson de 1694, des commencements d'émotions popu- « laires, des cris et des gémissements des pauvres qui se trouvèrent, par le dénom- « brement qui en fut Tait au mois de mars 1694, au nombre de 3,420 mendiants. <i Pendant l'année, il était entré à l'Hôtel-Dieu 36,707 malades, dont 5,412 étaient tt morts. 1 (î)

La cherté continue et passe à l'état de famine en 1693. Les provinces soui le théâtre d'attroupements séditieux ayant surtout pour but d'arrêter les grains qui se dirigent sur Paris. La force armée envoyée pour les dissiper, est repoussée ; le sang coule sur plusieurs points. A Paris, les mesures les plus extraordinaires sont prises pour assurer l'approvisionnement. Malheureusement, comme toujours, les blés disparaissent en raison même des efforts de l'autorité pour les attirer. D'un autre côté, le nombre des mendiants s'accroît, malgré des expulsions en masse, dans des proportions alarmantes. Le parlement ordonne alors l'ouverture d'ateliers de charité ou sont admis les indigents valides des deux sexes de plus de douze ans.

La sollicitude du gouvernement se porte enfin sur la province où le mal a atteint des proportions effrayantes. Une ordonnance du roi du 5 septembre «commet dans «toutes les villes et autres lieux, des personnes de probité qui visiteront les fermes, € abbayes y couvents, communautés religieuses et maisons^ et dresseront un état « de ce qui s'y trouve en blé. Une moitié de ces blés devra être portée aux marchés { «voisins, pour y être vendue au prix courant, sans qu'elle puisse être remportée | « sous quelque prétexte que ce puisse être.» Un arrêt du parlement limite la fabrica- | tion de la bière aux provinces de Flandres, Hainaut et Artois , et interdit la fabrica- I tion de l'eau-de-vie de grain. Un autre arrêt supprime : 1^ tous droits à l'importation ; â^ les droits d'entrée, d'octroi, de péage, au profit du roi, des pays d'états, des villes ou communautés et des seigneurs, sur les blés transportés de province à province. En même temps, tout rassemblement tumultueux et toute violence contre les boulangers sont interdits , à peine de vie. Beaucoup de cultivateurs ayant résolu , , pour pouvoir soutenir leur famille , de consommer jusqu'aux grains destinés i la semence, un arrêt du conseil du 13 octobre 1693 enjoint «à tous laboureurs d'en- < semencer leurs terres, sinon permet à toutes sortes de personnes de les ensemen- ' « cer sans en payer aucuns loyers, ni autres redevances, i Un arrêt du conseil | établit un rôle des pauvres dans chaque paroisse, ordonne une cotisation obligatoire pour leur entretien et prescrit l'ouverture de nouveaux ateliers de charité, particulièrement pour les femmes et les enfants. En même temps, le parlement fulmine de nouveaux arrêts contre les mendiants valides, auxquels il enjoint de se retirer au lieu de leur naissance, sous peine d'être enfermés à l'hôpital général pour la première fois, et, en cas de récidive, de servir comme forçats sur les galères de Sa Majesté pendant 3 ans. Ces arrêts restent sans exécuticm.

La famine ayant poussé quelques malheureux à manger les blés encore verts , un arrêt du parlement, du 28 mai 1694, prescrit la nomination, dans chaque paroisse, d'un certain nombre de messiers chargés de veiller à la conservation des récoltes.

1. Le tableau du mouvement de la population à Paris contient une lacune de 1685 à 1708.

2. Le nombre moyen annuel des admissions ëtaH de 16,000 environ à cette époque.

Paris était toujours l'objet de la principale préoccapation du gouvernement; au mois d'octobre 1693, des fours installés au Louvre livrent cent mille livres de pain par jour, qui sont vendus au peuple sur le pied de deux sols la livre. Les pauvres ne pouvant l'acheter même à ce prix, un arrêt du conseil substitue au système des ventes à bas prix, une distribution de 130,000 livres en argent par mois. A la même époque, des commissaires avaient été envoyés dans les provinces pour fouiller les greniers, faire porter aux marchés, diriger sur Paris les plus grandes quantités possibles de grains , et instruire sommairement contre les monopoleurs.

BoulainvilUers, dans son État de la France^ et Expilly, dans son Dictionnaire des Gaule9^ citent quelques exemples de la mortalité extraordinaire due à la famine de 1693-1694. D'après le premier, la généralité de Pau aurait vu mourir de misère, 6,000 personnes sur 198,000. Parlant du dénombrement de la généralité de Moulins, par l'intendance, en 1696, Expilly s'exprime ainsi: c Lorsque le recensement fut &it, la généralité avait perdu au moins un cinquième de ses habitants par la famine de 1694.»

Des pluies extraordinaires, en juillet et en août, compromettent la récolte de 1698, et les prix atteignent presque aussitôt un taux très -élevé. Aux premiers symptômes de la cherté, le conseil du roi et le parlement renouvellent toutes leurs rigueurs contre les détenteurs de blé, que des commissions extraordinaires envoyées dans les provinces poursuivent avec une rigueur inouïe.

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