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D'APRÈS LES RECENSEMENTS

L'un des plus anciens et des plus estimables statisticiens français, Moheau, définissait ainsi qu'il suit Tintéiêt qui s'attache à la connaissance cxacle du mouvement des populations :

des rois et leurs ministres ne sont pas les seuls qui puissent tirer des connaissances d'un tableau de population. On y trouve l'indication des époques, des saisons, (les mois climatériques, de la durée de la vie humaine selon les âges, le sexe et les contrées, des causes apparentes de mortalité, de Tinfluence que peuvent avoir le climat, les aliments, les lois, les mœurs, les professions, les usages sur l'accélération on le relard du dernier terme; enfin des progrès ou des pertes de la population. De là une Toula de vérités dont peuvent profiler la physique, la médecine et toutes les sciences qui ont pour objet la santé, la conservation, la protection ou les secours à porter à l'humanité.» (Recherches sur la population. 1778.)

<La population, disait l'illustre géomèfre Laplace, est un des plus sûrs moyens déjuger de la prospérité d'un empire; et les variations qu'elle éprouve, comparées aux événements qui les précèdent , sont la plus juste mesure de l'influence des causes physiques et morales sur le bonheur ou le malheur de l'espèce humaine. » [Histoire de l'Académie des sciences. 1783.)

«Une des premières recherches, dit lord Macaulay (quia fait, dans l'histoire, une si large place à la statistique), de l'écrivain qui veut se rendre un compte exact de l'état d'une société dans un moment dotmé, consiste à connaître le nombre d'individus dont elle se composait. >

Bien moins préocupés des grands intérêts scientifiques ou humanitaires auxquels, d'après Moheau et Laplace, satisfait un relevé périodique de la population, que des besoins immédiats de leur administration, tous les gouvernements ont pris ou ont dû prendre , dès la plus haute antiquité , les mesures nécessaires pour obtenir, à des intervalles plus ou moins rapprochés, un document d'une aussi grande valeur. Mais ce n'est guère qu'à partir du commencement de ce siècle qu'ils ont profilé de ces vastes opérations que l'on nomme dénombrement ou census , pour recueillir, sur l'état économique des sociétés, les renseignements les plus étendus. L'Angleterre est, après les États-Unis, le pays qui a poussé le plus loin ses investigalions dans ce sens. Le programme des questions que l'autorité n'hésite pas à poser aux administrés, dans cette circonstance, est un des plus considérables que nous connaissions. Sexe, âge, profession, état civil, culte, origine, nationalité, langue parlée, nombre des familles, degré d'instruction, infirmités visibles et apparentes (cécité, surdi-mutisme, etc.), maladies d'une certaine nature (aliénation mentale,

etc., etc.), maisons habilées et inhabitées, maisons en construction, nombre el étendue des fermes, nombre des ouvriers employés par chaque cultivateur, nombre des écoles et de leurs élèves, tels sont les principaux renseignements demandés pai* Tadministralion anglaise, et que les habitants, non-seulement doivent fournir, mais encore sont tenus de fournir exaclement, sous peine d'une pénalité sévère. On voit que c'est Tenquéte la plus détaillée, la plus minutieuse que Ton puisse ouvrir sur rétat moral, social, matériel d'un grand pays. Et cependant ce n'est pas tout. Chaque année, la même administration, en réunissant les éléments de l'assiette de Yincotne' tax, recueille un document incomparablement plus délicat et plus inlime: le chiffre de la fortune de chacun.

En Allemagne, le census comprend également, au moins dans le plus grand nombre des États, le sexe, Tâge, letat civil, les cultes, les professions, les familles, les maisons, et quelques infirmités, notamment la cécité et le surdi-mutisme, quelquefois l'idiotie, le crétinisme et l'aliénation mentale. Les gouvernements allemands profitent, en outre, du census pour faire recenser les animaux de ferme, les véhicules et jusqu'aux ruches d'abeilles.

En France, nous ne sommes entrés que fort tard dans la voie déjà largement frayée par l'Angleterre, l'Allemagne, la Belgique, la Hollande, les pays Scandinaves et les États-Unis. Ce n'est qu'en 1851 que, pour la première fois, l'administration s'est décidée, après de longues hésitations, à s'enquérir des âges, de rétat civil, dfô professions, ainsi que du nombre des familles et des maisons. Peu favorablement accueillie, comme il fallait s'y attendre, des populations et des autorités locales chargées du recensement, cette enquête a été maintenue, en 4856 et 1861, par Ténergique volonté du ministre dont relèvent les travaux de la statistique générale de France , et que la haute utilité des résultats obtenus en 1851 avait particulièrement frappé.

Le mécontentement des autorités locales se comprend sans peine, le census leur imposant un surcroit considérable de travail. Quant aux administrés, leur répugnance pour une opération destinée à livrer à l'autorité les renseignements souvent les plus délicats, les plus intimes, ne s'explique pas moins facilement. Et cependant, nous ne connaissons pas d'autre moyen de connaître, à un moment donné, le chiffre réel d'une population, ainsi que son état économique et social. Si les gouvernements croyaient devoir se contenter d'un recensement réduit au nombre des habitants, peut-être serait-il possible d'obtenir ce document avec une approximation suffisante sans être obligé de recourir à la vaste et toujours dispendieuse enquête d'un census périodique. Pour cela, il suffirait que l'autorité supérieure ou la loi imposât à chaque commune l'obligation de tenir un compte annuel très-exact des mouvements de sa population, au point de vue, non pas seulement des naissances et des décès, qu'indique exactement le relevé de l'état civil, mais surtout des entrées et des sorties, ou si l'on veut, des migrations. En effet, à la fin de chaque année, en supposant que Ton partit d'un dénombrement initial rigoureusement exact, et que l'on connût la balance des émigrations et immigrations , la réunion des états des populations des communes donnerait le nombre précis des habitants. La Belgique pratique, depuis quelques années, ce système d'enregistrement du mouvement des populations locales, non pas, il est vrai, avec Tintention de le substituer aux dénombrements.

mais comme élément de contrôle dateurs résultats. Or, si nous sommes bien informé, elle a constaté, entre les relevés communaux annuels et les données du ceususde 1856, un écart suffisant pour justifier des doutes très-fondés sur la valeur statistique des registres rie population.

Les recensements sont donc nécessaires, et, ceci posé, il importe d'examiner dans quelles conditions ils doivent être opérés pour que les faits qu'ils mettent en lumière inspirent toute confiance. Or, on consultera, à ce sujet, avec beaucoup de iruit les divers travaux sur la matière des quatre derniers congrès internationaux de statistique, particulièrement la discussion approfondie dont elle a été l'objet au sein de la 5^ section de celui de Londres. (Compte rendu, p. â46.)

Les résolutions les plus importantes adoptées par cette assemblée où, parmi les orateurs, figuraient les directeurs des principaux bureaux de statistique de l'Europe, sont les suivantes :

Le census doit être nominatif.

11 importe qu'il soit opéré à jour fixe et qu'il comprenne tous les individus trouvés présents au moment de l'opération.

11 convient d'y procéder dans les derniers ou les premiers jours de l'année, c'està-dire à lepoque où les populations sont généralement sédentaires.

H y a lieu, autant que possible, d'en charger des agents spéciaux, directement salariés par l'Ëtat el ne recevant d'instructions que de l'autorité supérieure.

Des renseignements à recueillir, les uns doivent être considérés comme obligatoires^ les autres comme purement facultatifs. Sont obligatoires, ceux qui ont pour objet :1e nombre des maisons habitées, inhabitées et en construction; celui des familles ou ménages; les noms et prénoms, le sexe, l'état civil, l'âge, la nationalité et la profession des habitants. Sont facultatifs, ceux qui concernent le nombre et la dimension des pièces dont se compose chaque maison, le culte professé, la langue parlée, le lieu d'origine, le fait de la simple résidence ou du domicile, le degré d'insiructiou, les infirmités apparentes ou non, les maladies de l'intelligence, etc.

Le refus, par les administrés, de donner les renseignements obligatoires ou le fait de les avoir donnés sciemment faux, doivent être punis par la loi.

in.

Nous avons dit que l'Angleterre est le pays où l'administration pose aux habitants, â roccasion du census , le plus grand nombre de questions. Cela se comprend si Ton songe que les institutions administratives y reposent (en grande partie du moins) sur le principe de l'autonomie municipale, et qu'elle ne peut ainsi se procurer que par la voie du dénombrement beaucoup de documents qui, dans les pays où domine le principe de la tutelle administrative , arrivent régulièrement à l'administration centrale, en exécution des lois ou instructions. C'est ainsi, pour citer quelques exemples, qu'en 1851, elle a dû recourir au ceasns pour connaître, par sexe et par âge, le nombre des pauvres dans les maisoQs de travail, celui des détenus dans tous les établissements pénitentiaires du royaume, des aliénés soignés dans les asiles spéciaux , des malades traités dans les hôpitaux, documents que nous possédons en France par des envois périodiques d'états très-complets et très-délaillés.

Parmi les statistiques que, seule, si nous ne nous trompons, l'Angleterre recueille en recensant sa population, nous citerons les professions réparties par âge.

document volumineux, exigcanl des dépouiliemenls considérables, mais très-important en ce sens qu'il permet de déterminer les âges auxquels commence, gi^ndil et finit l'activité industrielle, et qu'il fournitles éléments d'une élude del'influeQce des professions sur la mortalité par âge.

L'Angleterre est peut-être le seul pays où le census ne rencontre aucune difficulté de la part des habitants. Il faut en chercher la cause, d'abord et avant tout dans ce fait qu'à la différence de ce qui se passe en France, le chiffre de la population n'y sert de base à aucun impôt; puis dans cette circonstance que le dénoro- ' brement est prescrit par une loi, dont la discussion, souvent très-intéressante et toujours reproduite par les journaux, éclaire les administrés sur son véritable but

Deux systèmes sont en présence en Europe , en ce qui concerne la forme du census. En Angleterre et en Belgique, des bulletins imprimés sont distribués d'avance dans les maisons, pour être remplis par les intéressés, puis recueillis à jour fiie, par les recenseurs. Ces derniers sont ainsi exonérés du soin, quelquefois assez pénible, de se présenter chez les habitants et d'y recueillir de vive voix les élémenu de l'enquête. En France, au contraire, et nous croyons partout ailleurs, on pratique le principe du dénombrement personnel et oral. Sans doute, il a l'inconvénient (assez grave dans les pays où les rapports de la population avec raulorilé ne sont pas des plus intimes) de mettre les agents de la commune en contact avec les habitants; mais il le rachète par cet avantage, que les recenseurs peuvent constater, de leurs propres yeux, l'exactitude du plus grand nombre des faits qu'ils ont à recueillir. Toutefois, la supériorité incontestable du census anglais sur le nôtre consiste en ceci , que le premier se fait à jour fixe , que sa date est ainsi précise et certaine, et que nul n'y échappe. En France, l'autorité supérieure a, selon nous, le tort grave de laisser aux maires une grande, une trop grande latitude pour l'achèvement de l'importante opération qui leur est confiée dans celte circonstance. De là, chez ces fonctionnaires, une tendance marquée à ne procéder | au dénombrement qu'à leurs heures, et, en définitive, des solutions de continuiié dans l'enquête, dont l'exactitude des résultats doit nécessairement souffrir.

On reproche, en outre, à notre census, comme une source d'omissions, la dis- i tinction que les instructions prescrivent d'opérer, pour chaque commune, entre | les habitants simplement résidents pour affaires ou plaisirs, et les habitants légalement domiciliés, les premiers ne devant figurer que sur les listes de recensement de la localité où ils sont réellement établis. Il est possible que ce reproche soit fondé, et notamment que, par suite de la difficulté d'établir nettement cette distinction, uu certain nombre de personnes ne soient recensées nulle part. Mais le système français a ce mérite qu'il peniiet de reconnaître la population réelle, fixe, permanente de chaque commune, et que le chiffre n'en est pas indûment grossi avec des élémenl' j flottants et éphémères. On peut ainsi déterminer plus exactement qu'en Angleterre, i la véritable loi de son accroissement. Un exemple fera comprendre l'abus auquel peut donner et auquel donne réellement lieu le principe contraire. De l'autre côté du détroit, il est arrivé qu'un nombre considérable de touristes européens, débarqués dans une localité, la veille même du census, et appelés à repartir le lendemain, ont été compris dans sa population. ...

La nécessité d'un census périodique une fois admise, et les renseignements qu'il doit avoir pour but de recueillir une fois déterminés, il restait à fixer rinlervaOe de chacune de ces opérations. Mais des considérations particulières ont fait varier

assez sensiblement les termes adoptés dans chaque pays. Ainsi les census sont décennaux en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Norvège, dans les anciens Étals Sardes, en Suisse et aux États-Unis; quinquennaux en France, en Autriche, en Danemark et en Suède; triennaux en Allemagne.

On n'a guère (jue des évaluations sur les progrès de la population de l'Angleterre proprement dite (pays de Galles compris), au XVllI® siècle. Mais ces évaluations, rapprochées des census du siècle suivant, ne paraissent pas être très- éloignées de la vérité. Nous les donnons dans le tableau ci-après:

Le premier census effectué en Angleterre, remonte, comme en France, à 1801. Six autres lui ont succédé, dont voici les résultats:

AccroiMement Anné««. Population. absolu. p. 100.

Les deux faits saillants de ce tableau sont ceux-ci : 1° la population de l'Ânglelerre a doublé en un demi-siècle; ^^ son accroissement proportionnel n'a pas cessé de faiblir depuis 1821. On a dit, il esterai, que cet af&iblissement est plus apparent que réel et qu'il doit s'expliquer par l'émigration. Il est certain que, de 18J51 à 1860, 2,287,205 personnes ont émigré par les ports du Royaume-Uni et que, sur 1,428,036 dont on a pu déterminer la nationalité, de 1853 à 1860, 454,422 ou un peu plus du tiers, appartenaient à l'Angleterre. Mais, d'une part, il est reconnu que l'émigration anglaise est à peu près balancée par l'immigration irlandaise et écossaise, par la première surtout, qui, considérable en tout temps, s'accroit très-rapidement dans les années de cherté. On en trouve, au besoin, la preuve dans ce double fait que, dans la période décennale 1851-1860, on a relevé un excédant de naissances sur les décès de 2,258,703, et que l'accroissement de population, constaté par le census de 1861, a été de 2,134,116. Or, si les émigrants anglais, que l'on peut évaluer, pour la même période, à 550,000 au moins (à 50,000 par année), n'avaient pas été remplacés par un nombre à peu près égal d'immigrants irlandais ou écossais, on eût trouvé, en 1861, un accroissement de 1,108,000 individus seulement, au lieu de 2,134,1161. En réalité, la balance au profit de l'émigration n'a été que de la différence entre 2,268,703 et 2,134,116, c'est-à-dire de 124,587, ce qui ne représente qu'une perte annuelle de 12,458 personnes. Nous ne croyons donc pas que l'affaiblissement graduel de la proportion d'accroissement de la population anglaise puisse être, au moins pour la plus

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grande partie, attribuée à rémigration. Nous estimons qu'il faut encore en chercher la cause clans la diminution de la fécondilé de cette population. Voici les docuroeiils officiels sur ce point. Le l'apport des naissances aux mariages \ après avoir été de 4.13 de 1838 à 1844, est successivement tombé à 3.96 de 1846 à 1849, et à 3.26 de 1850 à 1854. Il est vrai que, sous Tinfluence d'une prospérité sans exemple, il s'est relevé à 4.15 de 1855 à 1859.

L'une des particularités remarquables du nouveau census anglais, c'est la forte diminution du sexe masculin. En 1^01 , on avait compté, sur 100 individus delà population générale, 50.65 femmes; on en a recensé 51,36 en 1861. Cet écart de plus en plus grand entre les deux sexes est dû, pour une part, aux progrès de l'émigration, le contingent de l'homme à l'expatriation étant toujours plus fort que celui de la femme; pour l'autre, à l'immigration irlando-écossaise, dans laquelle rélément féminin joue un rôle considérable. Une prédominance aussi marquée du sexe féminin n'est pas sans entraîner des conséquences économiques d'une certaine portée, notamment en suscitant, entre les salariés de ce sexe , une concurrence fimestc pour leur moralité et leur bien-être. De là, la formation dans ces dernières années, en Angleterre, d'un certain nombre de sociétés charitables ayant pour but l'amélioration de leur situation matérielle.

Depuis 1811, l'administration anglaise fait recenser, à chaque dénombrement, le nombre des maisons, en distinguant entre celles qui sont habitées, inhabitées ei en construction. Le nombre des maisons habitées s'est élevé, de 1,575,923 en 1801, à 3,745,463 en 1861; c'est un accroissement de près de 138 p. 100; tandis que, dans le même intervalle, celui de la population n'a été que de 120 p. 100. En supposant que cet accroissement soit réel , et, par conséquent, ne résulte pas, au moins en partie, d'une exactitude de plus en plus grande du recensement, on trouve que, tandis qu'une maison abritait 5.81 individus en 1801, elle n'en recevait plus que 5.40 en 1861. Le progrès n'est pas très-sensible, mais il est réel. H impolie, d'ailleurs, de remarquer qu'en Angleterre, l'habitude pour chaque femille d'avoir, même dans les villes, une maison distincte, quelque modeste qu'elle soit, est un des traits caractéristiques des mœurs nationales. Nulle part, en Europe, l'amour du home, c'est-a-dire du foyer calme, paisible, discret, à l'abri de l'œil curieux du voisin ou des servitudes, des obligations du séjour en commun, n'a poussé de plus profondes racines que dans ce pays.

Si la population de l'Angleterre n'a pas continué è grandir dans les proportions exceptionnelles signalées par les trois premiers census de ce siècle, son progrés, comme nous l'avons vu, n'en a pas moins été incessant et considérable; par conséquent, sa densité ou son rapport à la superficie s'est très-sensiblement élevée. Ainsi le nombre de ses habitants, qui n'était que de 60 par kilomètre carré en 1801, est, en ce moment, d'un peu plus de 133.

Cet énorme accroissement s'est-il également réparti sur tous les points du territoire? Bien loin de là; et disons-le immédiatement, le phénomène le plus gi'ave, le plus fécond en conséquences de toute nature que présente le mouvement delà population anglaise, c'est sa tendance accélérée à l'agglomération. Sans doute, celle

1. Nous avons pris le total des naissances au lieu des naissances légitimes; mais, eu outre q«c|F nombre des naissances naturelles déclarées à Tétat civil en Angleterre est très-minime , cette inexartitudc relative n'altère en rien le sens des résultats auxquels nous sommes arrivés.

tendance, comme nous aurons plus loin l'occasion de le monli^er, est générale ei> Europe et se rencontre même dans les pays où, par suite des immenses espaces ouverts è la colonisation, on devrait le moins la trouver, les États-Unis et TAuslralie; mais nulle part elle n'est aussi manifeste, aussi soutenue qu'en Angleterre. Si déjà depuis longtemps les census y avaient mis en lumière le fait de l'abandon continu des campagnes et du progrès correspondant des villes, celui de 1861 attesle qu'à aucune époque, ce double mouvement n'a eu autant d'intensité que dans la dernière période décennale.

Citons quelques exemples. Tandis que l'ensemble de la population anglaise s'est accru de 12 p. 100, Londres a vu 440,798 personnes se joindre à cette immense fuurmiliëre de 2,362,2â6 individus recensés en 1851 ; c'est 18 nouveaux habitants p. 100. Le progrès a été plus rapide encore dans les chefs-lieux des comtés industriels. Les 20 villes de premier ordre, ou ayant plus de 70,000 habitants, qui réunissaient en 1851 une population de 2,372,887 (sensiblement égale à celle de Londres), en ont aujourd'hui 2,963,945; c'est 590,058 ou 25 p. 100 de plus. Les iS villes de second ordre, c'est-à-dire de 20 à 50,000 habitants, où, en 1851 , on en avait dénombre 1,414,093, en comptent, en 1861, 1,653,386; soit une augmentation de 239,293 ou de 14 p. 100. On voit que la proportion d'accroissement diminue avec l'importance des villes. En voici une nouvelle preuve. Les villes de troisième ordre ou de 5 à 20,000 âmes, dont la population totale était de 954,038 en 1851, en ont, en ce moment, 997,389; c'est 43,351 ou seulement 4 p. 100 de plus. Quant aux villes de quatrième classe, c'est-à-dire ayant moins de 5,000 babiiM^, leur population est restée à peu près stationnaire (52,108 en 1851 et 5-2,559 en 1861).

C'est exactement le résultat que nous avons constaté en France en 1856, et qui a donné lieu à des interprétations si étranges et si mal fondées.

La population des deux autres parties du Royaume-Uni n'a pas obéi aux mêmes lois d'accroissement. Cependant l'Ecosse présente , en commun avec l'Angleterre, cette particularité qu'à partir de 1821, le mouvement progressif de sa population s'aiïaiblit sensiblement, ainsi que l'indique le tableau ci-après :

AecroiiuniaDt AnnéM. Population. ubsolo. p. 100.

La cause du phénomène ne saurait être cherchée ailleurs que dans l'émigration

soit pour les pays transatlantiques, soit pour l'Angleterre. Il résulte, en effet, des

documents officiels, que sur 1,428,036 émigrants dont on a pu constater la natio*

naliié, de 1853 à 1860, 121,530 appartenaient à l'Ecosse. C'est environ 9 p. lOO

du total et 4 p. 100 habitants. Cette émigration, sujet d'assez vives préoccupations

en Angleterre, est attribuée en grande partie au progrès de l'agglomération des

propriétés, ainsi qu'à l'extension des cultures fourragères et des machines. A en

juger, d'ailleurs, par le relevé de l'état civil dans ce pays, le mouvement intérieur

de sa population y est des plus favorables, puisqu'on y constate en moyenne 5 nais-

g^ée criiypotlièquas el abandonnée par ses possesseurs auxquels elle ne iloiinaii plus de revenus, comptera dans l'histoire de l'Irlande comme une des mesures économiques les plus Tavorables au développement de sa richesse agricole. Aujourd'hui l'absentéisme a disparu et les grandes exploitations rurales, naguère réparties entre une multitude de colons misérables, sont tombées entre les mains de riches et intelligents capitalistes qui en ont confié la direction aux plus habiles rermiei*s de l'Ecosse et de l'Angleterre. De là une abondance de travail el une i*areté relative de main-d'œuvre (|ui ont fait, sur certains points du pays, presque doubler les salaires. De là aussi la presque disparition de la mendicité vagabonde et du ribbonisme, ces deux plaies de l'Irlande d'autrefois. Dans des circonslance$ comparativement aussi Favorables, l'émigration ne peut guère s'expliquer que par l'une de ces épidémies morales qui envahissent quelquefois des populations entières et les font obéir aveuglément à un mot ^'ordre mystérieux dont Dieu seul a le secret!...

En résumé, la population du Royaume-Uni s'est accrue ainsi qu'il suit, depuis k commencement de ce siècle :

AKOLITCktB. ACOSSI. IRI.AI«»C. ILtt DV »iT«OtT.

*«"•*"• PopuLUon. p^^ô. Pop»"»»»»»- p^m. PoP»»*»io«. p^î?ô. Pop»»«Uon. ^^^'J tot^u J^%,

Comme en France, le recensement anglais comprend les personnes qui ont été trouvées, à jour fixe (8 avril 1861), dans un certain nombre d'établissemeiils publics. Le lableau ci -après, qui peut donner lieu à des rapprochements utiles avec d'autres pays, en tenant compte de la différence des institutions', résume les résultats généraux de ce dénombrement spécial pour l'Angleterre et le pays de Galles, Les établissements d'instruction publique (à l'exception des écoles pour les aveugles et sourds -muets et pour les orphelins), les maisons charitables connues sous le nom d'almshouses { hospices pour infirmes et vieillards ) , les cités ouvrières on maisons - modèles , les musées, les stations de police, n'y figurent pas. H ne comprend pas non plus les directeurs et agents de ces établissements, ainsi que lenr famille.

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