M. CHAUVEAU
Messiurs,
L'heureuse circonstance qui nous réunit aujourd’hui aurait exigé certainement quelqu'un de plus spécialement préparé que je ne le suis à porter la santé que je vous propose.
Cependant, si peu financier que l’on soit, on est toujours en état de comprendre l'importance des nouveaux rapports que la province de Québec vient d'établir avec la France au point de vue du commerce, du crédit public, et des institutions monétaires en générai.
Ces rapports ne s'étendent point seulement à notre province, ou du moins il n’y a pas que notre province qu’ils intéressent. Ce qui a manqué jusqu'ici à notre dévelor:; n: .,ce pe sont pas les ressources naturelles de notre pays—il en est peu qui en possèdent d'aussi grandes ou d'aussi variées—ce ne sont pas précisément les bras, puisque de toutes les provinces, une partie de la population émigre à l’étranger : c'est le capital.
En appelant ici les capitaux étrangers, nous les invitons à venir aider aux capitaux anglais et aux capitaux canadiens à développer nos ressources. Ce développement est peut-être ce qu'il y a de plus propre à retenir ici notre population, à attirer l'émigraiion étrangère et à faire de notre pays un pays grand et prosnè1e.
Ceux qui ies premiers sur le continent de l'Eure: ont compris l'importance du Canada au point de vuen.': 1, ceux qui y ont vu les premiers un marché avantageux r0 le capital européen, sont des pionniers d’un nouveau genre. Je devrais dire non pas les premiers, mais les premiers dans notre siècle ; car s’il est vrai que l'établissement de ce pays a été surtout l’œuvre de la foi et de la charité, le commerce et l'industrie y ont eu aussi une large part. Colbert et Talon surtout avaient autrefois donné leur attention à toutes nos ressources,
C'est donc une continuation, une reprise de le: œuvre que nous voyons aujourd’hui; comme alors, les rapports de
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pur sentiment, les rapports intellectuels, contribuent puissam: ment à établir ceux de l’ordre matériel. Nos intrépides traiteurs ont parcouru tout le continent ; ils ont ouvert la voie aux découvreurs comme Joliette, Marquette et La Salle qui cherchaient une voie rapide de l’Europe à l'extrême Orient, ce que nos chemins de fer nous donnent aujourd’hui, et ce qu’un Français est à la veilie d'accomplir au moyen d’un canal interocéanique (Appzaudissements). N'oublions pas que cette grande entreprise fut au nombre des conceptions du fondateur de Québec, l’immortel Champlair.
On a déjà tant insisté dans d’autres circonstances sur tout ce qui s’est opéré depuis quelques années pour rétablir nos rapports avec notre ancienne mère-patrie que je craindrais de m'étendre trop au long sur ce sujet.
Qu'il me suffise de dire que, tout se tenant dans ce monde, les hommes politiques, les hommes de lettres, les hommes de finance et de travaux utiles de tout genre se sont aidés les uns les autres, bien souvent à leur insu, dans le mouvement que nous voyons avec tant d'intérêt.
Je vous ferai encore remarquer que la place de Paris étant
un des premiers marchés monétaires de l'Europe, nous parviendrons par elle à nouer des relations de commerce avec les autres nations, à attirer ici des capitaux de toutes les parties du continent. Il n’y en aura point trop, Messieurs, pour les grands développements dont notre vaste confédération est susceptible.
. Des hommes parfaitement compétents, en répondant à une autre santé, nous parleront en détail de nos finances, de notre agriculture, de notre industrie, de notre commerce. Ils nous feront voir comment chacun de ces grands intérêts sera servi par les heureux événements que nous célébrons.
Je me bornerai donc à souhaiter en votre nom, au nom de tout le Canada, de souhaiter, dis-je, la bienvenue aux hommes qui ont en mission d'étudier ses ressources.
L'un d’eux est à la têie d’une institution financière qui a été la première sur le continent à venir au secours de notre
Province, un autre est délégué par des sociétés importantes pour faire une étude spéciale de nos ressources agricoles et industrielles, enfin le troisième, qui a déjà visité ce pays, est un éeonomiste distingué, lié à de grands journaux et qui nous a déjà fait connaître avantageusement dans la presse française.
Nous ne saurions trop dire à tous trois combien leur présence nous est agrèable, combien nous apprécions leur zèle, leur bienveillance, leur dévouement.
Nous ne saurions jamais leur dire tout ce que nous attendons des résultats de leur visite.
Qu'ils soient mille fois les bienvenus, et qu’ils comptent aur toute notre reconnaissance ! (Applaudissements).