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rablement réussi en France et dans tous les pays où il est appelé à fonctionner, elle va permettre à vos paysans comme aux citoyens de vos villes de se libérer de leur dette au moyen d’une somme insignifiante à ajouter à l'intérêt qu’ils ont à payer chaque année, si bien que, payant moins que par le passé, ils auront, au bout d’un certain temps, remboursé le capital qu’ils empruntent, ce qui leur permettra de se croire, ès le lendemain, libérés de toute dette, du moment qu'ils ont la certitude de pouvoir s'acquitter de l’annuité qui leur est imposée.
Vous voyez immédiatement, Messieurs, ce que ce système, inconnu dans ce pays, peut produire de résultats heureux ; de quelle importance il peut être pour le développement de la propriété foncière ; quelle sécurité il peut apporter parmi vos populations agricoles, qui pourront désormais s'endormir tranquilles, sans crainte de se trouver le lendemain menacées de l’exigibilité d’une dette qu’il est toujours plus aisé de contracter que de rembourser.
Le Crédit foncier vient au milieu de vous pour vous faire jouir du bénéfice de cette innovation, mais ce n’est pas là que se borneront ses services : il compte faciliter à vos villes l’achèvement de leurs travaux municipaux, à vos fabriques l’édifcation de leurs églises, à vos institutions de bienfaisance le développement de leur œuvre de charité; il vous apporte tout cela et ne vous demande en retour, que d’avoir foi en son œuvre et confiance en ceux qui la dirigent. Croyez-le bien, Messieurs, sans distinction de clocher, de confession religieuse ou d'opinion politique, il veut faire luire pour vous le bienfait d'institutions qui, depuis trente ans, ont fait leurs preuves en France.
Ce n’est que dans l'union de tous les citoyens, dans le coucours de toutes les opinions, dans l’abaissement de toutes les barrières, qu’il peut irouver son succès! Et ce n’est pas trop demander à votre patriotisme que de réclamer pour le nouveau-né des fonts baptismaux faits du triple alliage de ces trois conditions, et, puisque l’allusion me vient si facilement aux lèvres, faits de cet ges #igex dont parle le poète.
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Rien n’est contagieux, Messieurs, comme les citations ; en voici une autre qui se trouve amenée à son tour par une parole qui vient de m'échapper. Mais, rassurez-vous, le texte n'en ést pas emprunté aux poètes de l'antiquité, c’est un dicton moderne, et qui appartient au genre qu’en France nous avons l'habitude d’apyeler bon enfant. Le voici, du reste :
Nous venons de parler du nouveau-né. En pareille occasion, la coutume,—coutume excellente—est de ne jamais séparer l’enfant de sa mère. Espérons donc qu’on dira : ‘“ La mère et l’enfant vont bien.”
Cette mère, vous la connaissez tous, et le cœur de chacun bat d’un légitime orgueil quand il songe au passé, que tous vous vénérez du plus profond de votre cœur, sans que pour cela ce sentiment affaiblisse le grand respect et le sincère
amour que vous professez pour les institutions qui vous régissent.
C'est parce que je connais et que j'apprécie ce sentiment qui vous fait honneur,que je ne crains pas d'évoquer en ce moment l’image de cette ancienne patrie, si chère encore à vous tous, et dont le souvenir plane aujourd’hui au-dessus
de cette salle et de l’œuvre que nous allons fonder. (4pp/audissements).
M. G. de MOLINARI
remercie l'assemblée pour la splendide et cordiale réception qui est faite aux délégués français. Il connaissait déjà l’hospitalité canadienne, et l'accueil qu’il avait reçu il y a quatre ans, de ses excellents confrères de la presse de Montréal l'avait profondément touché, en l’engageant à revenir dans cet aimable pays où le seul danger sérieux que le voyageur ait à courir est celui des indigestions. Maïs il ne s'attendait pas, il doit l'avouer, à cette réception princière. Il serait tenté d’en tirer vanité—car la vanité est un défaut auquel on prétend que nous sommes sujets, nous qui venons de
France, s'il ne se souvenait d’une jolie fable du bonhomme LaFontaine : L'âne chargé de reliques.
C’est la relique. qu'on salue.
Les reliques que nous vous apportons, dit l’orateur, ce sont les bons sentiments et le souvenir impérissable de la mèrepatrie. Vous avez eu beau être séparés d’elle par les abîmes de l'océan, et par une politique égoïste et jalouse, vous avez eu beau être abandonnés comme l'épave d’un navire naufragé, vous êtes restés français, et cette persistance du sentiment national dans une poignée de pauvres colons, auxquels il n'était resté que quelques prêtres pour les guider et les consoler, est un des phénomènes les plus merveilleux et les plus réconfortants de l’histoire de notre race. Heureusement, de meilleurs jours sont venus. I’Angleterre a fini par comprendre que sa vieille politique coloniale n’était plus en harmonie avec l'esprit et les besoins du temps. elle a mis au rebut cette machine surannée, et vous êtes devenus, sous sa tutelle bienveillante, un des pays les plus libres de la terre. Vous vous gouvernez vous-mèmes, et, autant que j'ai pu en juger, c’est une besogne dont vous vous acquittez fort bien. Vous avez couvert votre pays de canaux et de chemins de fer, et vous dépensez plus d'argent pour l’école que pour la caserne, Vous n'êtes pas accablés comme nous sous le fardeau des dépenses militaires, vous n'êtes pas affaiblis par la plaie des armées permanentes. Votre arme de prédilection c’est la hache du défricheur, et c’est une arme plus utile à la civilisation que les plus puissantes m'hines de guerre, y compris même le canon Krupp. Toutes vos forces sont appliquées à l'exploitation du magnifique domaine qui vous est échu en partage sur ce vaste continent. Les ressources naturelles dont vous disposez sont immenses, et sans parler de vos forêts et de votre domaine agricole, la province de Québec possède des richesses minérales et des pouvoirs d’eau qui font l’étonnement et l'admiration des ingénieurs et des industriels. Il ne vous manque que des capitaux pour mettre en valeur toutes ces richesses. Et je puis le dire, sans offenser
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vos compatriotes anglo-canadiens, vous êtes sos ce rapport dans une situation de flagrante inégalité.
Tandis que vous autres, Canadiens-français, vous étiez séparés de votre mère-patrie, ne recevant d’elle pendant plus d’un siècle ni un. homme ni un écu, ils demeuraient en communication constante avec la leur, et elle leur envoyait incessamment des renforts d'hommes et de capitaux. On m'’assure que les capitaux anglais qui sont actuellement placés dans le Canada, et — on ne saurait leur en faire un reproche — qui ont été mis principalement à la disposition de l'élément anglo-canadien, s'élèvent à plus de 500 millions de piastres. Quant à l'immigration, j'en trouve le relevé dans le dernier rapport du ministère de l’agriculture du Dominion. De 1829 à 1878, en cinquante ans, il est arrivé dans le port de Québec 1,393,594 émigrants, dont 524,110 venaient d'Angleterre, 512,014 d'Irlande, 157,102 d’Ecosse, 184,284 d'Allemagne, et 16,028 seulement de tous les autres pays. parmi lesquels il faut compter la France. Il y a des années—et je ne parle pas d’une époque bien éloignée, je parle de la période de 1860 à 1869 où ces autres pays ne vous ont fourni que 8 ou 10 émigrants,; encore je soupçonne qu'ils n’appartenaient pas à la meilleure catégorie : en 1869, il n’y en a eu que deux. Eh bien, messieurs, cet état de choses doit cesser, il faut que les capitaux français et les Français eux-mêmes reprennent le chemin du Canada. Ils y trouveront des placements avantageux—et je suis persuadé même que nos capitaux seront plus en sûreté chez les Canadiens-français que chez les Péruviens et chez les Turcs.
Je ne parle pas seulement des garanties matérielles que vous pouvez leur offrir —votre code est fait sur le modèle du nôtre et votre législation hypothécaire, autant que je puis en juger, m'a paru excellente ; je. veux parler des garanties morales, qui sont, à mes yeux, bien supérieures aux garanties. matérielles. Jeveux parler de l’honnèêteté native de votre saine. et vigoureuse population, de son attachement à ses croyanses, dé, sou amour du foyer domestique. Et ce n’est pas
seulement à la partie masculine de mon auditoire que cé compliment s'adresse. Il convient de faire ici la part de la galanterie. Vous avez de charmants et aimables collaborateurs qui vous rendent non seulement facile mais agréable la pratique des vertus domestiques, et la preuve c’est l'empressement que vous mettez à vous créer un foyer et à ne pas le laisser vide. Vous n'étiez que 60,000 il y a un siècle, vous êtes aujourd’hui plus d’un million, et je ne vois pas pourquoi votre population ne continuerait pas de suivre la même progression, surtout si un courant d’émigration venait vous y aider, quoiqu’en vérité vous ayez suffisamment prouvé que vous n’avez pas besoin d'aide. Ce qui vous manque, encore une fois, c’est le capital, et si, comme il est permis de l’espérer, un courant de capitaux et de forces vives se crée de la France vers le Canada français, l'équilibre se rétablira entre les deux éléments de votre population. Ai-je besoin d’ajouter que vos compatriotes anglo-canadiens en profiteront aussi bien que vous, car il est toujours plus avantageux d’avoir un voisin riche qu’un voisin pauvre. Grâce au ciel, les vieux et mauvais sentiments d’animosité qui séparaient jadis les deux races ont complètement disparu.
Autrefois, la France et l'Angleterre se considéraient réciproquement comme d’éternelles ennemies. Et cela se conçoit. Nous ne connaïssions les Anglais que par les ravages qu’ils venaient exercer sur nos Côtes ; ils ne nous connaissaient que par les razzias que nos corsaires faisaient aux dépens de leur commerce. Aujourd'hui, les Anglais viennent nous acheter pacifiquement nos œufs, nos volailles, nos légumes et nos fruits et ils nous les paient un bon prix ; les corsaires sont remplacés par des steamers qui ne suffisent pas au transport des voyageurs, et il est maintenant question, vous le savez, de creuser un tunnel sous la Manche. Nous faisons ensemble chaque année pour un milliard et demi d’affaires, et l’inimitié éternelle a fait place à l'entente cordiale. Ces mêmes bons sentiments, je suis heureux de les retrouver ici. Je suis heureux de constater que vos hommes
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