‹ La France et le Canada français [microforme]Chapitre 17 sur 21 · MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSIEURS

Je serais bien embarrassé de répondre au toast porté dans les termes éloquents que vous venez d'entendre, si je ne me rappelais cet axiome si sage d’un de nos grands poètes : “ce qui se conçoit bien s’énonce clairement.” Dès lors je reprends courage, car mon enthousiasme pour votre magnifique pays et ma reconnaissance pour l'accueil charmant que j'y ai trouvé sauront m'inspirer des accents convaincus.

En arrivant ici, je vous avouerai que j'étais loin de m'attendre au spectacle que je trouve. Non pas que j'ai cru un instant à la vérité de cette parole tristement célèbre tombée des lèvres d’un courtisan, dans des jours de malheur.

Mais je ne pouvais supposer que cette petite colonie fran} çaise de 60,000 hommes abandonnés, depuis un siècle sur la terre d'Amérique, était devenue tout un peuple ayant gardé sa langue, ses mœurs, son caractère et sa religion.

J'avais oublié que la France en s’en allant avait laissé deux choses à ses enfants, l’ardent amour de la patrie qui fait les héros, la foi religieuse qui crée des martyrs et sait accomplir des prodiges.

Après un siècle de luttes, encouragés, soutenus par votre admirable clergé, vous avez su conquérir l'estime et l’affection de vos anciens vainqueurs, et maintenant, tous unis sous

le loyal drapeau de l’Agleterre, ayant un gouvernement local libre-et fort, vous voulez. travailler plus facilement à la colonisation et à la richesse de votre pays. La nouvelle lutte, toute d'émulation et de progrès cette fois, ne sera. pas aussi vive, at vous venez demander à vos frères de France de vous aider et de vous prêter le capital, ce levier puissant sans lequel on ne peut rien. J'ai le ferme »spoir que les Français répondront à cet appel. Et, pour ma part, je ferai tous mes efforts pour les y encourager. Je ne manquerai pas de leur dire ce que j'ai vu : ces magnifiques fleuves bordés de terres fertiles et de forêts immenses qui ne demandent que la hache du bucheron pour livrer leurs richesses ; ces Laurentides gardiennes de trésors incalculables que Dieu a fait surgir ici presqu’à la surface du sol ; enfin ce Far West, il y a quelques années à peine, encore inconnu, et dont les mytérieuses solitudes n’attendront pas longtemps les chemins de fer civilisateurs et la charrue des colons.

J'avoue, messieurs, que, comme agric ‘ur, le Far West a été un speciacle merveilleux pour moi .2lle prodigieuse fertilité et quells immense étendue ! La libéralité du gouvernement m'a permis d'accomplir un magnifique voyage, auquel je n'aurais jamais pu songer si j'avais été livré à mes propres ressources.

Je ne vous parlerai ni de Winnipeg, qui avait 900 habitants il y a 14 ans et qui en possède maintenant 9,000, ni d'Emerson, la nouvelle ville frontière, qui vit en un an ses terres centupler de valeur; mais dans le désert que j'ai parcouru et que le chemin de fer sillonnera demain, que de richesses agricoles enfouies vont s'offrir aux colons, que de villes vont s'élever comme par enchantement sur ces rivières, aux bords de ces lacs encore sans noms ! Est-ce que mon imaginatiôn va trop loin ? Les Mennonites sont là pour me répondre et pour dire ce que peuvent l’association et le travail.

Venus de Russie il y a quatre ans à peine, presque sans argent, ils ont maintenant de magnifiques récoltes, de gros villages, reliés par des ponts et des routes. Ils sont riches,

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tous ! Leurs terres ont plus que décuplé de valeur. Et quand vous leur demandez comment ils se trouvent à Manitoba, ils vous répondent tous par cette phrase bien rare: Nous sommes contents de notre sort et du gouvernement.

Avant de terminer, je vais vous prier d’être mon interprète auprès des membres du gouverment fédéral pour leur dire combien Je suis touché de la manière dont ils m'ont aidé dans le magnifique voyage qu’il m’a été donné d’entreprendre à travers ce beau pays. En remerciant le gouvernement je voudrais aussi exprimer ma vive gratitude à tous ceux qui m'ont si bien accueilli ici; mais pour n'oublier personne, il faudrait citer tous ceux que j'ai rencontrés, et la nomenclature serait trop longue. Qu'il recoivent tous ici l’expression de ma reconnaissance, et qu’ils me permettent en terminant de porter la santé de l'union de la France et du Canada, et de leur dire non pas adieu, mais: au revoir.—(4ffrau”.ssemesits.)

La santé : à l’agriculture, au commerce et à l’industrie fut ensuite proposée. M. M. Massue, Perrault et Trottier répondirent.

M. MASSUE, député de Richelieu.

Appelé à répondre au toast de l’agriculture, je vous avoue, messieurs, que j'accepte cet honneur avec plaisir, quoique j'eusse préféré qu’un autre plus habile que moi se fût chargé de cette tâche.

M'occupant plutôt de la vie des champs que de la culture des lettres, j'ai lieu d'espérer que ce fait suffira pour m'obtenir d'avance votre bienveillante indulgence.

Sans vouloir déprécier les immenses avantages, du commerce et de l'industrie, dont on vient de vous parler, je me demande comment le commerce peut fleurir et l’indus. trie prospérer sans l'agriculture, dont l’origine remonte aux temps les plus reculés. Connue de toute antiquité en Asie,

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elle se répandit par toute la terre et fut toujours partout honorée et considérée comme la nourrice et la bienfaitrice du genre humain. Longtemps négligée et livrée à une routine aveugle, elle a été transformée par les savantes recherches des agronomes français et anglais et par les découveries de la chimie.

Naturellement ce n’est pas dans un jeune pays comme le

nôtre que l’on peut trouver généralement une culture très perfectionnée, quoiqu£ depuis plusieurs années un progrès sensible se fasse sentir ; partout, en effet, on constate des améliorations, et l'élan donné promet pour l'avenir. Je lisais dernièrement dans un certain rapport que les terres de la province d’Ontario sont plus fertiles que celles de la province de Québec. Je ne suis pas prêt à admettre la chose ; mais je crois que nous n’avons rien à envier à nos voisins à cet égard ; nos terres valent les leurs. A la vérité, les animaux de la province sœur sont de meilleure race et plus beaux que les nôtres, mais il ne faut pas perdre de vue les conditions favorables du climat de l’ouest.

En 1869, le gouvernement de la province de Québec nom. mait comme les aviseurs du commissaire d'agriculture un conseil composé de cultivateurs et d'agronomes des différentes parties de la province afin de surveiller les écoles d’agriculture, qui sont au nombre de trois, dont une anglaise et deux françaises,et de présider à la régie des sociétés d’agriculture, qui sont au nombre de 79. Ces dernières font un rapport annuel de leurs opérations au conseil, qui les approuve en tout ou en partie, suivant les circonstances. Les règiements passés par le conseil ne viennent en force qu'après avoir été adoptés par le lieutenant-gouverneur en conseil, et, soit dit en passant, ses recommandations ne reçoivent pas toujours l'appui du ministre.

Un autre de ses devoirs est d'organiser, conjointement avec les conseils des arts et manufactures, des expositions industrielles et agricoles ;—la dernière à eu lieu en septembre dernier et, au dire de tous, elle a été un véritable sucrès,

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Je crois remplir un devoir en saisissant la première occasion qui m'est offerte d'offrir, au nom de la classe agricole, mes remerciements sincères à l'honorable commissaire d’agriculture de la province de Québec, qui a su induire son gou. vernement à faire plus en faveur de l agriculture et de l'in. dustrie que tous ses prédécesseurs. La ville de Moniréal a rivalisé d’'émulation avec le gouvernement de Québec; elle a noblement répondu à l’appel, et les magnifiques bâtiments qui ornent aujourd’ huile terrain du conseil,au Mile-End, sont des monuments qui attesteront que le gouvernement de Québecet la ville de Montréal savent encourager l’agriculture.

Voici, maintenant, messieurs, que la France, qui semblait nous avoir oubliés, vient nous offrir les moyens de régénérer notre agriculture en nous promettant des usines qui nous permettront de cultiver la betterave à sucre qui a été si avantageuse ailleurs.

Voici que la France vient mettre à notre disposition des capitaux qui nous permettront de consolider nos dettes et de

marcher de l'avant. N'est-ce pas l’âge d’or qui nous revient ? Je dirai donc : Honneur à la France ! honneur aux nobles représentants du peuple français qui sont ici avec nous ce soir et qui nous offrent des avantages que nous savons apprécier et que nous saurons reconnaître.

Messieurs, nous vivons à l’ombre du drapeau anglais. Tout en étant les loyau:. sujets de la couronne d'Angleterre, nous nous honorons d’être Canadiens-français : nous n’oublierons pas le sang qui coule dans nos veines et nous verrons toujours avec plaisir tout ce qui pourra contribuer à resser”er les liens quiunissent la nouvelle à la vieille France (4p#/audissements)

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M. J. X. PERRAULT, Chevalier de la Légion d'Honneur, ancien député.

. Permettez-moi de me faire l’écho de tous les convives présents à ce magnifique banquet,pour remercier nos hôtes distingués d’avoir bien voulu s'exprimer, à notre égard, avec autant de bienveillance.Au reste,cette brillante démonstration répond mieux que je ne saurais le faire à leurs sympathiques paroles: Nous sommes ici, ministres, sénateurs, députés, hommes de professions et industriels, oubliant nos divisions politiques, pour vous donner, messieurs les délégués, la preuve indiscutable de notre unanime et vif désir de rénouer avec notre ancienne mère-patrie les relations d'autrefois.

Ce qui a dû vous frapper d’abord, depuis votre arrivée.sur notre continent, ce sont sans doute les progrès merveilleux accomplis depuis un siècle par la grande république américaine; c’est cet immense réseau de 85,000 milles de chemins de fer, reliant toutes les parties de son vaste territoire ; ce sont les ressources inépuisables de ses prairies de l’Ouest, aujourd’hui le grenier de l’Europe ; c’est le développement sans précédent de ces grandes villes nées d'hier, New-York, Philadelphie, Boston, Chicago, San-Francisco) rivalisant d'activité et de population avec les métropoles les plus puissantes de l’ancien monde; enfin c’est le spectacle étonnant d’une nation de 50,080,000 de cicoyens, jouissant de toutes les libertés et d’une prospérité sans exemple dans l’histoire des peuples.

Nous ne pouvons espérer que la Confédération du Canada, qui n’est qu’à ses débuts, puisse offrir à l'admiration de nos invités autant de progrès accomplis. Cependant ce ne sont pas les ressources naturelles qui nous manquent, non plus que l'étendue du territoire. Notre pays, grand comme l'Europe entière, s'étendant d’un océan à l’autre, offre à l’activité humaine un vaste champ de travail, dans les conditions les plus favorables. Demandez à notre hôte distingué, M. de la Londe, chargé par le gouvernement français et par la

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Société Centrale d'Agriculture de la Seine-[nférieure de venir sur les lieux étudier nos ressources, ce qu’il pense de notre agriculture. Il vous dira, après avoir visité le pays et parcouru six cents milles de nos prairies, à l’ouest de Winnipeg, que notre domaine agricole est sans rival, que nous sommes dans une position à pouvoir produire la viande, la laine, le fromage et les céréales dans des conditions exceptionnelles. Il vous dira encore que le prix de revient du blé sur les 150,000,000 d’arpents de terres arables de notre Far West est de 5 frs l’hectolitre, tandis qu’en Europe le prix de revient du blé est en moyenne de 20 francs l’hectolitre.

Quant à nos industries, l'exploitation de nos vastes forêts a donné jusqu’à 800,000,000 de pieds de bois pour l’exportation, sans compter l'énorme consommation locale. Nos mines de charbon, dont les couches atteignent jusqu’à 50 pieds d'épaisseur, situées sur les bords de la mer, constituent une richesse incalculable. Nulle part ailleurs peut-être, est-il économiquement possible de livrer une cargaison de charbon de terre, à bord des plus gros vaisseaux de haute mer, au bas prix de 6 francs les 1000 kilos.

Nos mines d’or, de cuivre, de fer, de phosphates et d'argent, déjà exploitées, ne demandent que des capitaux suffisants pour prendre des proportions colossales.

Nos pêcheries de saumons, de homards, de morues et d'huitres ont donné en 1879 une exportation de 35,000,000 de francs ; mais combien il serait facile de doubler ce chiffre d’affaires.

Quant à nos manufactures de tissus, de chassures, d'instruments agricoles, de quincailleries, elles sont seulement à leurs débuts, et déjà elles donnent de bien beaux résultats aux capitalistes qui s’y sont engagés.

Reste notre commerce, qui se chiffre approximativement par 350,000,000 de francs d’affaires avec l'Angleterre, 350, 000,000 de francs avec les Etats-Unis et 10,000,000 de francs avec la France. Nous pouvons lui prédire le plus grand avenir. N’avons-nous pas la grande voie du Saint-Laurent, navigable bientôt jusqu’à sa source pour des vaisseaux de 1,500 ton-

heaux? Prenant cargaison au fond du lac Supérieur, à 3,000 kilomètres de l'océan, ils pourront se rendre, sans transbordement, jusque sur les marchés de Liverpool, de Londres, du Hâvre, de Bordeaux, de Marseilles. Dans quelques mois les 250,000,000 de francs, que nous aurons dépensés à canaliser notre grand fleuve, porteront ainsi leurs fruits. La vallée du Saint-Laurent sera de droit et de fait le débouché naturel des villes populeuses assises sur le littoral de nos grands lacs.

Et lorsque le réseau du chemin de fer du Pacifique, maintenant en construction, aura mis en communication facile nos immenses prairies du Far West avec le lac Supérieur, nous verrons se déverser dans nos eaux le flot énorme, rapide et continu, des productions agricoles de la plus fertile partie de notre continent. Montréal et Québec rivaliseront alors de développement et d'activité avec les plus grandes villes du littoral de l’Atlantique, avec New-York et Boston.

Nous enirons évidemment dans une ère nouvelle, et nous voulons que la France prenne sa large part des grands événements qui se préparent. Notre ancienne mère-patrie, ne saurait se désintéresser plus longtemps des affaires d'Amérique: Nous voulons qu'à votre retour, messieurs les délégués, vous puissiez dire aux hommes éminents avec lesquels vous êtes en relation, que les quelques arpents de neige cédés par la France il y a un siècle sont devenus un grand et beau pays, plein de brillantes espérances pour l'avenir; que les enfants perdus de cette époque malheureuse de son histoire ont grandi et sont devenus un peuple d’un million et demi de citoyens, ayant conservé religieusement la langue, les mœurs et le souvenir de la France; que ce peuple n’a pas de plus grande ambition que d'entrer en relations d’affaires plus intimes avec son ancienne mère-patrie et de lui offrir,dans la province de Québec, un pied-à-terre sur le continent d'Amérique.

Déjà, depuis quelques mois, l'œuvre est commencée par le premier emprunt de notre gouvernement sur le marché de Paris. Nous avons vu depuis MM. Dior Frères, de Gran.

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ville, faire les premières demarches pour l'exploitation, sut une vaste échelle, de nos riches dépôts de phosphates minéraux. Nous assistons en ce moment à la création de la grande compaguie sucrière du Canada, dont le capital de 10,000,000 de francs se prélève en France, dans le but d'introduire ici cette importante industrie. Nous avons vu également l’établissement à Montréal d'une succursale de l’assurance financière.

Enfin, messieurs les délégués du Crédit Foncier francocanadien, n'êtes vous pas ici pour nous aider des millions qui dorment aujourd’hui improductifs sur la place de Paris ? Soyez sans inquiétude, messieurs, à leur sujet ; ils seront sûrement placés sous la garde de la population laborieuse et

honnête à laquelle vous avez la bienveillance de les confier.

Vous nous aurez rendu un bien grand service, tout en faisant pour votre compte une excellente affaire.

Voilà ce que nous avons vu depuis quelques mois. Mais ce n’est pas assez ; ce qu’il nous faut encore, c’est une ligne transatlantique, reliant directement nos deux pays. C'est la succursale d’une banque française mettant à la disposition de notre commerce et de notre industrie, des capitaux considérables. C’est surtout le traitement de la nation la plus favorisée, remplaçant les prohibitions actuelles du tarif français qui frappe sans pitié tous nos produits et rend impossibles toutes relations commerciales.

A ce sujet, permettez-moi, messieurs, d'exprimer à monsieur Lefaivre, le consul-général de France, dont la présence ce soir rehausse encore l'éclat de cette brillante démonstration, combien nous lui sommes reconnaissants pour tout ce qu'il a fait dans le but de surmonter ces obstacles formidables. De beaux succès ont couronné ses efforts, mais l'avenir lui en réserve de plus grands encore.

L'Union Commerciale franco-canadienne, qui compte déjà au nombre de ses membres les hommes les plus considérables de notre pays, espère obtenir bientôt le concours sympathique des sommités politiques et commerciales de France qui

forment partie de l’Union Franco-Américaine. Avec letir appui nous pourrons tout obtenir du gouvernement français, car nous les aurons bientôt convaincus que ce n’est pas aux Etats-Unis mais au Canada, au milieu de nous, que le commerce français trouvera un pied à terre en Amérique. Autant les Etats-Unis vous sont hostiles, autant la province de Québec, si essentiellement française, vous est symptathique ; car pas un de nous n’a oublié que si nous sommes devenus, par les hazards de la guerre, les sujets de l’Angleterre, nous sommes restés, par droit de naissance, les enfants de la France.—(Applaudissements).

M. TROTTIER, gérant de la Banque du Peuple.

M. Le PRésinenT, MEssrEuRs,

Il est inutile de vous dire que je suis fort sensible à l’honneur que vous me faites en me demandant de répondre au toast porté à la finance et au commerce du Canada. C’est une distinction très flatteuse pour moi, puisqu'elle me donne l'avantage de parler devant un auditoire d'élite.

J'aurais beaucoup à dire pour souhaiter la bienvenue à nos hôtes; mais vu l’objet de leur séjour au milieu de nous, il convient, je crois, d'exprimer quelques idées en rapport avec le genre d’affaires auquel je suis lié.

Ce serait l’occasion de faire l’histoire commerciale et financière du Canada français, si le Canada français possédait une histoire commerciale et financière ; mais, nous sommes nés d'hier, nos progrès ont été entravés par différentes causes, notre existence a été tellement accidentée qu’il nous a été impossible d'arriver à la position à laquelle notre travail énergique nous donnait le droit de prétendre.

D'ailleurs peut-on écrire l’histoire commerciale et finan: cidre d’un pays comme le nôtre, où la population n’est guère proportionnée à l’immensité du territoire, où le sol, tout en donnant les indices d’une richesse minière inouïe, demeure inexploité, où le capital est à peine fixé, où l'expérience n'a rien müûri, où enfin, tout est à l’état de projet ?

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Depuis la date de la conquête jusqu’à l’année 1820, le commerce fut peu considérable. Cependant le pays expédiait dès cette époque une certaine quantté de céréales en Angleterre. La vallée du Richelieu, ce grenier du Canada, fournissait ces céréales. Le commerce des fourrures était monopolisé par la compagnie du Nord-Ouest, représentée par MM. Thain, McGillivray, Frobisher, McKenzie et autres.

Les banques n'’existaient pas alors, conséquemment pas de papier-monnaie. L'épargne, sous forme de pièces d’or et d'argent à l'effigie des rois de France et d'Angleterre, était en sûreté sous les pierres du foyer, ou dans le fond du vieux bas de laine légendaire.

L'établissement des banques de Montréal et de Québec date de 1818 : personne n'’ignore que ces deux institutions furent fondées par 10s compatriotes d’origine anglaise.

Vers 1830, plusieurs jeunes Canadiens-français firent parler d'eux dans le pays, ils annoncèrent leur intention de faire des importations d'Angleterre, et devinrent un peu plus tard d’une audace telle qu’ils décidèrent de fonder une banque franco-canadienne, pour les besoins du commerce canadien-français.

Ce qui est plus étonnant pour les temps d'alors, ils réussirent ; et le 15 juillet 1835, la Banque du Peuple ouvrait ses portes, qu'elle n’a pas, Dieu merci, fermées depuis, et commençait ses opérations.

Je passe sous silence les années 1837 et 1838, ces temps remarquables de notre histoire, où des holocaustes sacrés furent offerts sur l’autel de la patrie, où le Canada-français lutta héroïquement pour la conservation de ses droits.

De 1840 à 1860 le commerce du Canada-français prit beaucoup d'extension. Grâce à l'énergie, à la largeur de vues, à la libéralité des Masson, des Jodoin, des Bruneau, des Perrault, des Prévost, des Thibeaudeau, des Beaudry, des Pratt, des Boyer, des Vallée, des Renaud, des Fabre, des Leclaire, des Grenier, des Gravel, des Galarneau, des Hudon, des Rolland, des Sauvageau, des Leroux et d’un grand nombre d’autres,

des postes considérables d’affaires s’établirent dans toutes les parties du pays.

En 1860, plusieurs institutions monétaires nouvelles commencèrent leurs opérations. Ce qui semblait devoir permettre au commerce du Canada de s'affirmer d'avantage, lui fournit malheureusement l’occasion de prendre des proportions telles, que l'ambition du négociant devenant surexcitée, il sortit de sa voie et se jeta dans l’aventure. De là, d’après la logique des choses, une crise mémorable, lorsqu'arrivèrent les temps néfastes.

1872, 1873, 1874! temps des crédits illimités, période d’extravagance, de luxe, d’ambition effrenée ; temps des spéculations sur la propriété foncière, sur les actions de banque, de chemins de fer, de navigation, de sociétés de construction; établissement de sociétés en commandite pour l’exploitation de tous les produits, de toutes les industries.

1875, 1876, 1877 ! temps difficiles pour un grand nombre, où plusieurs succombèrent, mais d’où, en somme, nous sortimes encore vigoureux, possédant une expérience chèrement payée, il est vrai, mais non découragés et fermement résolus de travailler sérieusement à reconquérir notre position.

1878, 1879 : deux années de paix durant lesquelles nous avons eu le temps de réparer nos forces.

Nous entrons maintenant dans une période nouvelle, ou plutôt nous posons dès aujourd'hui les bases de notre histoire financière et commerciale. Cette histoire sera glorieuse, espérons le ; elle est dès ce moment remplie de promesses pour les hommes de bonne volonté. Nos produits sont abondants et d’un écoulement avantageux, notre commerce, quoique amoindri, est sain.et opère en toute sûreté, notre nom est estimé chez nos amis d'Angleterre,

En terminant, je constate que, pour s'ajouter à ce concours de circonstances heureuses, le bonheur veut qu’un groupe de nos compatriotes, dans le but de venir en aide à nos populations rurales, propose à des capitalistes fr nçais, d'établir au Canada, un Crédit Foncier franco.canadien. Bonne nouvelle,

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nos gens reviennent ! s'écrie le Canada-français ................ nos gens reviennent ! . . Si vous étiez, messieurs les délégués, familiers avec l’idiome du pays, vous sentiriez comme nous tout ce qu’exprime de tendresse affectueuse, de cordiale sympathie, cette expression populaire.

Mais comme il faut s'abstenir de faire du sentiment lors qu'il s’agit d’affaires, je vous dirai, messieurs les délégués soit que vous apparteniez à la science, à la finance ou aux lettres, en communion d'idées avec ceux qui vous rencontrent ce soir, je vous dirai : au nom de la finance et du com merce du Canada-français, vous êtes les bienvenus !

Vous êtes appelés à remplir une’ noble mission, les uns en étudiant les ressources de notre sol, les mœurs, les aptitudes de notre population ; les autres en apportant au-pays ce nerf des spéculations, ce principe de vitalité des affaires, qui n’est pas seulement le capital, mais aussi l'expérience pour l’utiliser, le ménager et le faire fructifier.

Et rien ne pouvait nous venir plus à propos, car depuis notre naissance ce n’est pas absolument le capital qui nous a le plus manqué üans un pays où les ressources naturelles abondent, c’est la science du capital, qui ne s’acquiert que par la pratique et une sage expérience. (App/audissements.)

Puis vint la santé de la presse :

M. TASSÉ, député d'Ottawa.

M. Le PRésiDENT, MESSIEURS,

Il serait superflu de dire avec quelle satisfaction la presse a salué l’arrivée des hôtes distingués que nous fêtons ce soir. Ces messieurs représentent, à des titres divers, une idée que la presse caresse depuis longtemps, une idée dont elle appelait la réalisation de tous ses vœux, une idée à la fois sentimentale et pratique, une idée devant laquelle s’effacent toutes nos différences d’opinion—et qui nous permet d'offrir, ce soir, un spectacle

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inusité, le problème de l'union nationale semblant résolu pour quelques heures du moins :—-l’idée de resserrer les liens de parenté entre la France—patrie de nos ancêtres--et son ancienne colonie des bords du Saint-Laurent.

L'arrivée de nos hôtes a été le signal de vives réjouissances, car l'oubli de la France a duré si longtemps que nous avions presque cessé d’espérer qu’elle tournerait un regard favorable vers un pays qui lui a donné tant de marques de son affection, qui porte encore l’empreinte de son génie civilisateur, et qui a conservé ses traditions dans tout ce qu’elles ont de beau et de grand. Evidemment, le feu de l’amour maternel couvait sous la cendre, et s’il a fallu plus d’un siècle pour le rallumer il n'éclatera qu'avec plus de force et d’ardeur.

Vous vous souvenez sans doute de ce vieux Canadien chanté par Crémazie, qui, noirci par le feu des batailles, ayant lutté vainement pour le triomphe du drapeau français, interrogeait sans cesse l'horizon pour voir si les soldats de l’ancienne mère-patrie n’allaient pas reparaître bientôt. Bien des fois nous nous sommes posé la même question; bien des fois nous nous sommes demandé si la France allait se désintéresser entièrement des destinées de tout un continent où elle a promené la première la croix, l’étendard de la civilisation ; bien des fois nous nous sommes demandé si la France n'allait pas renouer jusqu’à un certain point la chaîne interrompue de ses traditions ; bien des fois nous nous sommes demandé si la France n’allait pas reprendre parmi des populations sorties de son sein et restées fidèles à son souvenir, le rôle tutélaire—pour me servir de l’expression de M. de Molinari (1) — que l'Angleterre remplit depuis un siècle dans le Canada anglais. Bien des fois nous nous sommes demandé si le pays le plus riche du monde, si le pays qui a donné cinq milliards sans souffrir de cette saignée, si le pays qui a même pu s’engouer des valeurs à turban, n'allait pas

(1) Lettres sur le Canada et les Etats-Unis,

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