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plutôt féconder de son génie et de ses capitaux une contrée qui n’a jamais manqué à ses engagements, une contrée dont les obligations sont à prime sur les bourses européennes, une contrée dont l'avenir est grand comme la nature qui l’environne—bien plus une contrée où la France a écrit son nom, quelques-unes même des plus belles pages de son histoire, en traiis ineffaçables.
Nous ne saurions songer à associer notre avenir politique à la France. Pour elle nos pères ont fait leur dernier coup de feu, ont brûlé leur dernière cartouche, et pour elle encore ils auraient versé la dernière goutte de leur sang.Mais la question de notre allégeance a été irrévocablement tranchée par le sort des armes, après des luttes glorieuses pour le vainqueur et le vaincu. Les deux pays sont emportés vers des destinées différentes. Nous sommes satisfaits du lot qui nous est échu parmi les enfants de la libre Amérique, sous l'égide de la nation qui protège nos droits. Il nous arrive même de croire que l’ancienne mère-patrie pourrait trouver ici plus d’un salutaire enseignement sur l’art de gouverner les hommes dans les limites d’une sage liberté.
Il n'en reste pas moins acquis qu'une communauté de sang, de langege, d’aspirations, impose à la France le devoir de-nous entourer de sa sollicitude, de nous aider de tous les moyens à sa disposition, de nous procurer, par exemple, l'influence du capital—qui nous a fait jusqu'ici presque complètement défaut, —pour nous permettre de rivaliser avec nos concitoyens d'origine étrangère dans les carrières ouvertes à l’activité humaine.
Oui, il est possible de créer entre les deux pays une alliance étroite basée sur la chaîne d’or des souvenirs et de l'intérêt mutuel. Il est possible de placer ici les épargnes séculaires du peuple le plus économe—et qui sous ce rapport nous offre une grande leçon à suivre—d’une façon excessivement profitable pour le capital français, tout en activant le développement des ressources de notre pays. C’est à nos vastes territoires que pourrait, en effet, s’appliquer cette parole de la Fontaine : ‘‘ C’est le fonds qui manque le moins,”
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S'il est une chose qui doive nous être particulièrement agréable dans le patriotique mouvement que l'on inaugure aujourd'hui, c’est qu’il sera surtout utile à la classe la plus nombreuse, la plus influente et la plus négligée peut-être —celle qui est dans tous les pays la base fondamentale de la prospérité publique—-je veux parler de la classe agricole. Ainsi le Crédit-Foncier—que nous honorons tout spéciale. ment ce soir—sera une manne bienfaisante pour le cultivateur qui se débat péniblement dans les étreintes de l'usure ; les associations sucrières—elles n’ont pas dit, je l'espère, leur dernier mot—devront nous doter d’une source de richesse inestimable si nous en jugeons par les immenses résultats qu'a produits en France cette grande industrie créée par le génie de Napoléon ; et l'exploitation des phosphates, toujours sous la direction d’industriels français, aura pour effet de faire comprendre l'importance d’amender nos terres fatiguées ou épuisées par un système de culture vicieux. Autant de choses qui, j'en suis persuadé, porteront un coup fatal à la routine dans bien des cas, seront un levier puissant pour les amis du progrès dans d’autres, maïs qui toutes sont destinées à jeter les bases d’une véritable révolution agricole.
L'un de nos hôtes, M. de Lalonde, a poussé ses explorations jusque dans l’Ouest canadien — dont il vient de nous faire une description si brillante ; ils’y est même taillé tout un domaine. Cette prise de possession n’a pas lieu de surprendre pour un compatriote de Jacques-Cartier, de Champlain, de Joliet et de La Salle, et nous espérons qu’elle aura les meilleurs résultats pour l’expansion de notre race. Personne ne saurait avoir, en effet, plus de titres que nous à l’établissement de cette région —ile futur grenier de l’'Amérique — puisqueïses premiers découvreurs, ses premiers missionnaires et ses premiers explorateurs y ont laissé un souvenirimpérissable de la France.
On se souvient encore du long cri de joie qui éclata sur les rives du Saint-Laurent lorsque parut, en 1865, la silhouette de la Capricieuse ; c'était la première voile française qui se
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montrait à l'horizon depuis la cession du pays. ‘ Absente depuis un siècle du fleuve Saint-Laurent ”—disait le commandant, M. de Belvèze, en réponse à une adresse de bienvenue des citoyens de Québec—"la marine française y revient pour renouer des relations commerciales longtemps interrompues, faire profiter notre pays des progrès de votre agriculture et de votre industrie, ouvrir à nos armateurs et aux produits du travail français une voie qui fut longtemps fermée à nos vaisseaux.” Cette mission de M. de Belvèze n’eut pas tous les résultats que l’on en espérait, mais elle a été peut-être le point de départ de tout ce qui s’est fait dans ces derniers temps. Aussi je n’hésite pas à affirmer que nous acclamerons avec non moins de force et d'enthousiasme le premier navire qui franchira l’océan pour relier les deux France par des communications directes et régulières. Oui, ce jour là couronnera toutes les.entreprises utiles auxquelles nos hôtes distingués et d’autres de leurs compatriotes auront associé leurs noms, et nous serons tentés alors de redire avec le vieux Canadien de Crémazie, impatient de saluer le drapeau si longtemps attendu :
sunsoe cos séosasnes ess La France est revenue.
Du sommet de nos murs, voyez-vous dans la nue
Son noble pavillon dérculer sa splendeur.
Ah ! ce jour glorieux où les Français nos frères
Sent venus pour nous voir du pays de nos pères
Sara le plus aimé de nos jours de bonheur. (Applaudissements).
M. H. Beaugrand répond aussi à la santé de la presse.
Puis à la santé des dames MM. le baron de Hagendorp, B. Globensky, Arthur Prévost et George Duhamel répondent avec beaucoup de succès.
Il était plus d’une heure du matin quand se termina cette démonstration qui a été un succès sous tous rapports — une véritable fête française,