I.E? ACTES DE L ÉTAT CIVIL
une terre sacrée, nécessaire à notre culte, le sol de nos églises, nos cimetières? L'inhumation des morts n'est pas une simple affaire de police et d'administration, elle touche à des sentiments et à des intérêts d'un ordre plus élevé, et dans tous les pays elle a reçu une consécration religieuse. Cette sécularisation de l'ordre social est encore une fiction. Supposer qu'il n'y a pas de catholifjues en France, n'est-ce pas la plus énorme des fictions? L'Étal est dans la fiction. Quand il affecte la neutralité, l'indifférence entre les doctrines, cette indifférence est elle-même toute fictive. Est-ce que le matérialisme ne découle pas de tous les actes de notre gouvernement? Est-ce qu'il ne dicte pas les sentiments exprimés par les agents officiels, dans les circonstances les plus en vue? Les actes de l'état civil prennent ce caractère. Ils ne l'avaient pas quand, à côté d'eux, subsistait le droit chrétien. Ce droit renversé, la simple constatation, par l'État, des naissances, des mariages, des décès, devient la doctrine qu'il n'y a pas une autre vie, et que l'existence purement matérielle des Français n'a besoin «[ue d'être constatée matériellement dans ses phases les plus importantes.
Celte expression d' « actes de l'état civil » est un mensonge. Les femmes y sont comprises, et elles ne sont pas citoyens, puisqu'elles ne jouissent pas des droits politiques, 11 n'y a rien de particulièrement civique dans la façon dont on naît ou dont on meurt, et le mariage lui-même n'a rien de civique. Mais il fallait un contraste, une opposition au caractère religieux dont la vie des Français était empreinte. Et ce mot moderne de citoyen, comme plus tard celui de laïque, a marqué ce qui n'est plus chrétien, et même ce qui est athée, quoique par leur étymologie ils aient une signification toute différente. Ce qu'on appelait les laïques autrefois, c'étaient les fidèles. Le mot est essentiellement chrétien dans son origine. Il distinguait les fidèles du clergé. Dans la nouvelle acception, il exprime un État qui n'est plus chrétien. L'État n'est plus chrétien 1 L'État n'a plus de religion I Qu'est-ce c^e cela veut dire! Est-ce que l'État n'est pas la France, la nation, l'ensemble des Français? S'il n'est pas cela ou s'il est le contraire de cela, qu'on nous le dise. Mais on ne parle même plus français, les mots prennent une tournure bizarre. Nos matérialistes font
LA iHAM;r F.r le r.omi napolkon
aclc dp prntcslaiilismc. Otiaml les laïques uni pris le Rouvorncnicnt de l'Église, ça elé le prolestanlisine. El la sociéU; a été laïcisée, c'esl-à-dire que le peuple chrélien a apostasie, en rcjelaiil la hiéi-arcliie cl en se pnsanl lui-même comme ministre direct de la reliKion. l'orlée dans la politique, cette conception n'est plus que la démocratie, et laïque est simplement synonyme de populaire. En surti' ((u'un ciinetièro laïque est un cimetière populaire, et une école laïque, une école populaire! Et ce n'est pas une école populaire en ce sens qu'elle soit formée ou dirif^ée par le peuple. Le peuple n'y est |)our rien; et il faut eulendrc! par école populaire une école exclusivement gouvernementale I