LE DOMICILE
Où le Français exerce-t-il ses droits, remplit-il ses devoirs? La France ne peut être considérée comme une vaste commune ou cité habitée par dix millions de citoyens. Les anciennes républiques ne soulevaient pas la question de domicile, puisque l'ormées d'une seule ville et d'un territoire restreint, elles n'offraient pas de difficultés pour la convocation de tous les citoyens dont le nombre ne dépassait pas quelques milliers. C'est à Rome seulement que le nombre des citoyens s'accroissaitsans cesse. Rome n'était pas comme les villes jj;recques une cité fermée. Elle appelait à elle les vaincus et se les incorporait sous diverses formes. Dans les derniers siècles de la République, elle comptait plus de troiscent mille citoyens. Le citoyen romain n'avait pas d'autre domicile que Rome; c'est à Rome qu'il votait et concourait pour les magistratures; c'est à Rome que tous les emplois étaient distribués. Le Romain ne la quittait jamais sans esprit de retour. Les fonctions du dehors ne duraient qu'une année, après quoi on revenait à Rome jouir du fruit de ses rapines, repousser les accusations, briguer de nouveau les suffrages et se rejeter dans la mêlée des partis. On fut fort emijarrassé quand les Italiens ayant conquis le droit de cité dans les guerres sociales, durent exercer leurs droits; ils arrivaient à Rome, au moment des élections, par masses immenses, obéissant au mot d'ordre des chefs populaires. Entachées de fraude et de violence, les élections étaient le prix de l'audace. Il n'y avait pas d'autre domicile politique que Rome. Les anciens n'ont pas eu l'idée du gouvernement représentatif. II s'est développé sous des influences chrétiennes et dans des conditions politiques fort différentes.
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Los iuicicns, hiiil f'ti |Miiliijiianl l'esclavage, avaient pour idéal l'i-nalili' «lesciloyens ; mais la réalité n'y réi)r)n(lail guère, et, qtianil il lut alleinl, ce l'ut au piolU du césarisme. Ils ne C(ini|>n'iiaieiil f|ue des cituyeiis se gouvernant direrlemenl. Il en résullail i|ue.la cité du cDminiiriaulé politique excluait tout développement. Sparte avail muif mille citoyens, c'était le cliiirre adopti' par les philosophes comme expression d'une répui)liijue hien organisée. Athènes, avecses vingt mille citoyens, passait pour une exception dangereuse. De là toutes ces lois pour limiter le nombre des entants et les vices qui ont infecté les sociétés païenues. Rome s'ouvrait à l'étranger; mais les plébéiens ne surent que maintenir l'unité typiijue de la cité, tout en l'exagérant. Celte exagération rendait la cité impossible sans constituer un autre régime. Et quand le monde romain eut quelques millions de citoyens, il n'y avait plus d'autre cité que césar représentant la souveraineté du peuple. Kt cette représentation, ce mandat ne découlaa pas de l'élection. 11 était liclif. l/armée, le Sénat, le premier venu désignait le césar. La légitimité de ces actes n'a jamais été contestée. Ils présentent la monstrueuse application de l'ancien système de république une et indivisible, où chacun se considérant, par solidarité, l'égal et le représentant de tous, agissait pour tous. Notre république une et indivisible est un écho de ce passé. Le césarisme, c'est le peuple l'ait homme, non par voie de représentation, mais par une liction audacieuse. (Jn conçoit que les despotes ou les aspirants au despotisme aient du goût pour la théorie de la souveraineté du peuple, car dans les grands Ktats où elle ne s'applique que par fiction, c'est le pouvoir exécutif qui hérite de toutes les prétentions qu'elle confère.
La hiéiari'hie n'exista jamais à Rome, Investis de l'omnipotence pendant un an. les magistrats rentraient ensuite dans la foule. Ils ne subissaient aucun contrôle, le contrôle et la limite résidaient dans la pluralité de magistratures contraires, en sorte que la force décidait de tout. Les modernes croient trancher la difficulté en soumettant la minorité à la majorité. C'est sans doute une prudente liction. Mais que vaut-elle en pratique? Kst-ce que la majorité a raison parce qu'elle est la majorité I Et lu niinirité n'a-t-elle tort que parce qu'elle est la