‹ La France et le Code NapoléonChapitre 12 sur 59 · LE DOMICILE · texte numérisé non relu

LE DOMICILE

minorité? alors la vérité deviendra une question d'exiermination, car la minorité sait ce qui lui manque pour avoir raison. Le système des majorités n'est que le droit du plus fort. Rigoureusement appliqué, il nous conduit à la solution antique. Le christianisme étendit la cité religieuse à tousleshommes, il établit l'égalité moi'ale et religieuse de tous sous la loi d'une hiérarchie divine. Il modifia profondément le pouvoir politique en en faisant non un avantage et un droit mais une charge et un devoir, .\lors il fut évident que la participation de tous les hommes au pouvoir souverain n'était plus nécessaire. Le pouvoir se montra comme une dignité natirrelle, instituée de Dieu pour le bien. Le christianisme arrachant les hommes au communisme de l'État leur rendait l'esprit de famille, de propriété et de liberté individuelle. La souveraineté quittait le retranchement étroit de la cité pour se répandre sur ous les territoires avec les hommes, qui, affranchis des liens de la cité, portaient partout leur droit. Fondé sur une hiérarchie qui est la même dans tous les lieux, la société chrétienne ne confisquait pas la personnalité dans un droit politique universel, absolu. L'individu n'était plus le fragment d'un tout, il subsistait par lui-même. Ce fut le changement politique opéré par l'influence de l'Figlise. L'Iiomme eut donc son domicile politique partout où étaient son droit et sa propriété. Comme principal intérêt, la propriété marqua le rang de l'homme, le lieu où il vivait de la vie politique. Le paganisme concentrait la politique dans une ville ; le christianisme la dispersait, la hiérarchisait dans les campagnes. Denosjours, c'est parla prépondérance des villes sur les campagnes que se développe une politique de plus en plus antichrétienne. La révolution de 89 s'organisa à Paris, c'est de là qu'elle couvrit la France, asservissant toutes les volontés à la République une et indivisible. La France ne fut plus qu'une annexe de Paris. Elle rappelait, à cette époque, les guerres sociales où Marins et Sylla se disputaient le pouvoir et où les Italiens pénétraient de force dans la cité romaine. Nos fureurs civiles, comme celles delà cité antique, furent suivies d'une dictature éclatante. La génération nouvelle doit travaillera affranchir le territoire, en organisant partout les droits locaux et particuliers.

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Le domicile, dit le Code, est au lieu de notre principal cta-

blisseiiiinl. C'est aussi lu définition di- Jusliniun. Il en résulte que nous transportons mitre doniii-iit; on nous voulons. La Révolution a fait de notre territoire une seule cité fragmentée en i-irconscriptions égales. Aucune de ces divisionsfacticesn'a, par elle-niènie. de vie propre, indépendante. Les restes du réî^ime municipal ont disparuen 1789. Une ville formait une unité, une l'iirci' lihre; elh; vivait de ces traditions. Les hai)itants ou dumi(ili(''s (Ida ville ne relevaient (|ue ireux-mèmes pour leurs droits et intérêts locaux. Delà personnalité distincte reconnue a l'indiviiUi, il faut iiien conclure au principe des corporations formées par ces mêmes individus. La corporation municipale s'administrait etse gouvernail ;elleavait sc's magistratures temporaires ou perpétuelles cl, en général, mélangées d'éléments fixeset d'éléments variaMes. Tout est là en effet, sans fixité, l'uni té de la corporation s'altère; et, sans un certain renouvellement des hommes, les institutions riscjuenl de tomber dans l'immobilité. Dans l'ancienne France, la variété des institutions municipales ne laissait rien à désii'er ; il est vrai que, presque partout, elles se trouvaient faussées par l'intervention fiscale du gouvernement qui mettait aux enchères les fonctions municipales. Rien de plus ingénieux que le mécanisme qui, dans la plupart des villes, enchevêtrait les droits elles intérêts de façon à ce que le mouvement social, sans cesse surveillé, nepiU jamais ni s'arrêter ni se pi'êcipiter. Là ne régnait pas le redoutable principe de l'égalité ([ui va toujours à l'extrême. Les inégalités diverses se soutenaient, se protégeaient, se réunissaient en faisceau. Les corporations d'arts et métiers constituaient le se//'^oi'e^rn»ie«< de la classe ouvrière. L'ouvrier ne courait pas api'ès le travail, livrant au hasard son existence de chaque jour. 11 se fixait au sol, il prenait domicile, il entrait dans une corporalion oii son existence était assurée.

L'ouvrier est maintenant condamné à une vie nomade; il n'a plus le moyen d'élever ses enfants, il renonce même au mariage pour vivre dans le désordre. Six mois de résidence lui donnent le droit d'élire le conseil municipal dans n'importe quelle ville et de nommer les députés. Il n'est au courant de rien et ne C(jimait personne, il obéit à un mot d'ordre

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