CHAPITRE IX LA SÉPARATION DE CORPS
Les partisans du divorce affectent de gémir sur les inconvénients de la séparation de corps qu'ils présentent volontiers comme une sorte de dissolution du mariage. On conçoit qu'alors le divorce leur paraisse une institution acceptable. Mais ils se méprennent singulièrement sur le caractère et la portée de la séparation de corps. Ils vont même jusqu'à déclarer immorale la séparation de corps; et en revanche ils exaltent la moralité du divorce, sans avoir l'air de soupçonner que le divorce est la négation du mariage. Qu'est-ce que la séparation de corps? A quels intérêts se rattache-t-elle? A quels dangers pourvoit-elle et quelles en sont les conséquences morales et juridiques?
•Quels sont donc les vices de la séparation de corps? Cette institution ne rend-elle pas tous les services qu'elle peut rendre, et ne répond-elle pas au vœu du législateur? La vie commune étant jugée insupportable, y a-t-il un autre moyen de préserver la vie des époux, d'assurer l'existence et l'éducation des enfants? Les mesures de protection confiées aux tribunaux ou aux conseils de famille ne sont-elles pas ce qu'elles doivent être ? Non, le législateur n'a pas manqué son but : il l'a atteint autant que possible. Il a sauvé de la ruine de la famille ce qui pouvait être sauvé. Les prétendus inconvénients attribués à la séparation de corps ne sont que les effets naturels de l'institution. Ces effets découlent de la nature des choses. Vous ne voulez pas regimber contre la nécessité. La séparation de corps est une opération chirurgicale. Une telle opération est-elle aimable.
agréable on soi? Elle pi-évieiil un plus «rand mal : elle sauve la vie moyennant la perte d'un membre. Quelque douloureuse qu'elle soit, elle est éminemment bienfaisante, et c'est dans ce sens que l'est la séparation de corps.
Les partisans du divorce ont un remède décisif : ils tuent le malade, ce qui est un moyen de lui épargner l'opération. Le malade, ici, c'est le mariage. L'institution, dans certains cas, est blessée, elle ne fonctionne plus; de malheureuses circonstances, les vices, les défauts de l'humanité rendent l'existence impossible à deux époux ou à l'un d'eux. La séparation intervient; elle calme l'explosion des haines; elle pourvoit à la sûreté des membres de la famille; elle respecte le lien du mariage; elle permet au temps d'apaiser lesdissentiments; elle ouvrela porte aux bons conseils, aux repentirs, à une réconciliation dans l'Intérêt des enfants. On parle de scandale, mais le scandale c'est la publicité des procès en séparation de corps. 11 a plu à un législateur insensé de mettre le public dans la confidence de tous les troubles de famille et d'aggraver, par cette publicité immorale, le malheur déjà si grand des familles divisées. Le scandale, il est encore dans les querelles de famille et dans les causes qui les produisent. 11 ne saurait être dans le remède apporté. Que le législateur protège les familles contre l'indiscrétion du public, et l'ombre même de ces scandales s'évanouira.
C'est, en effet, ce prétendu scandale qui fournit le meilleur argument aux partisans du divorce. Ils condamnent la séparation de corps au nom de la pudeur offensée ; mais ce n'est pas la séparation de corps qu'ils visent, leurs coups vont plus loin, et, à travers la séparation, atteignent le mariage lui-même. On a osé dire que le divorce était plus favorable aux enfants que la séparation. Il a une bien autre portée. Les enfants ne reconnaissent plus leur père. La nature détermine la paternité par le mariage. Sans le mariage, le père demeure inconnu. Les relations de parenté sont données par le mariage. La fraternité descend de la paternité. Ces relations de parenté sont perpétuelles et acceptées comme telles, et supposent le mariage perpétuel. Les passions peuvent déranger cet ordre de la nature, la saine raison le retrouve et le constate. L'enfant ne reconnaît plus son père mari d'une autre femme, ni sa mère