‹ La France et le Code NapoléonChapitre 27 sur 59 · LA PUISSANCE PATERNELLE H · texte numérisé non relu

LA PUISSANCE PATERNELLE H

la ligne. Son adversaire naturel, c'était la famille, La loi civile lui a enlevé toute sa force ; la loi politique achève de la dissoudre. Il a fallu du temps. Les lettrés acceptent cette transformation; ils y concourent de leurs efforts. Ne sont-ils pas embrigadés par l'État? Il les prend à son service et les charge d'instruire la jeunesse et de diriger l'opinion. 11 n'y a plus de traditions de famille; c'est à l'école que l'enfant apprend chaque jour ce qu'il doit croire et penser. Les chefs de' famille n'ont aucune influence sur l'école ; il y a plus : l'école n'a pas même de -caractère local. Les professeurs sont étrangers au pays; ils dépendent d'une administration centrale et ne demandent qu'à quitter la localité où ils sont. L'avancement est la question qui les touche. C'est la même école partout. On y supprime la tradition catholique. On y enseigne des systèmes histori([ues ou scientifiques tout nouveaux. La famille n'intervient pas dans cette éducation. Le respect décroît dans le cœur des fils. Il naissait de la vie en commun, de la constante supériorité du père sur le fils. Dans les relations de famille se formaient nos premières impressions, nos meilleurs sentiments. Le fils moderne ne voit son père qu'à la dérobée ; sa pensée se développe sous l'œil et par les soins d'autres maîtres; c'est à eux qu'il doit ce qu'il sait, et la famille n'est plus pour lui qu'une école d'ignorance et de préjugés. Heureux quand il n'apprend pas à la mépriser!

Le suffrage' universel affaiblit singulièrement le respect dû à l'autorité paternelle. Les jeunes gens sont élevés pour le vote politique; ils sont en majorité. Le vote de la jeunesse pèse plus que le vote de l'âge mûr. En cas de dissentiment, les jeunes l'emportent. Quel respect concevront-ils pour des pères arriérés? Nous sommes « la jeune France n. L'expression date de 1830. Est-ce donc pour la France un honneur ou un profit d'être gouvernée par des enfants? La Révolution française a été faite par des jeunes gens de vingt-cinq à trentecinq ans. Aussi [remarquait-on alors combien les familles se divisaient -.les pères regrettaient l'ancien régime ou marchaient lentement vers le nouveau; les enfants s'y précipitaient et entraînaient tout. Depuis 1789, nous voyons toujours en politique les jeunes aller d'un côté et les anciens d'un autre. L'au-

loiilé pali rnolle ost bafouée par la pulilique conlemporaino. Atliiiis au scrulin à tilrf (J'égalilé avec leurs tils, les pères senlenl leur déchéance. Ils comprennent que les idées qu'ils représentent ne sont plus do saison, et les llls le comprennent encore mieux.

Le sentiment du respect a donc disparu; l'égalité n'est pas un principe de respect. Le respect rentrera dans la famille quand les chefs de famille seront seuls appelés au vote. Ce sera encore uu suHrage universel, et plus universel que le notre, puisqu'il sera réellement représentatif des intérêts des femmes et des enfants. Le suifraj^e de l'individu est irresponsable. Le père de famille sait qu'il a charge d'àmes et que les personnes qui sont sous sa direction sont les trois quarts de la nation. Kn votant en qualité de père de famille, il pense nécessairement cl sa femme et ;i ses enfants, et émet un vote conservateur. La famille est fondée sur l'inégalité, inégalité qui soumet par le sentiment du devoir la force à la faiblesse et impose à l'autorité un plus j^rand dévouement. Le suffrage universel communiste anéantit l'esprit de famille. Et ce n'est pas l'institution du divorce qui augmentera le respect des enfants pour leur père.

Le chef de famille, même jeune, n'a déjà plus les illusions de la jeunesse. Il a une responsabilité, ses opinions prennent un autre tour. 11 apprend à envisager d'un (eil plus calme les intérêts sociaux, par la raison bien simple que la famille est le principal de ces intérêts. Le législateur moderne a toujours refusé de compter pnur «[uelque chose la qualité de père de famille; il a constamment repoussé toute tentative de lui atUibui r une place dans nos constitutions. 11 proclame la loi du nombre et le privilège absolu de la majorité. Politique aveugle, puisque les majorités ne sont pas stables, et que les dissidences qui se traduisent déjà en proscriptions risquent de rendre dans l'avenir tout gouvernement impossible. Le vote moderne est révolutionnaire. Qui peut en douter? Et si nous avions un gouvernement républicain, ce gouvernement serait périodiquement menacé par les élections. La famille est l'élément conservateur par excellence, .\ucune démocratie n'a pu subsister sans le sentiment profond de la famille. En

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