‹ La France et le Code NapoléonChapitre 28 sur 59 · LA PUISSAN'CE PATERNELLE · texte numérisé non relu

LA PUISSAN'CE PATERNELLE

Suisse, de petites démocraties chrétiennes se sont élevées, qui n'avaient pour se gouverner que ce principe de la famille. Il leur suffisait ; il leur assurait des magistratures gratuites, une tradition constante. Le jacobinisme moderne les a renversées. L'unique loi du nombre, c'est la force érigée en droit, c'est le système des représailles substitué à l'esprit de conciliation. L'intérêt de toutes les familles est le même; c'est un terrain commun; il peut servir de base à Tédilice politique. Les dissidijnces enscUe ne seraient plus que secondaires. Le vote anarchi^e fondé sur le nombre livre la France et son gouvernement à des secousses sans fin. Il atteste l'impuissance du législateur à formuler un principe de conservation sociale.

Le vote des chefs de famille déplace le point de vue politique et le ramène aux conditions générales de l'ordre public. L'électeur considéré comme un mandataire vote pour ceux que leur âge ou leur incapacité empêchent de voter. L'électorat est-il un droit personnel ou une fonction? La question se résout suivant qu'on part du principe de la famille comme fondement de la société ou de l'individualisme qui nous reporte aMContrat socwZ de J.-J. Rousseau. On s'est demandé souvent si le vote doit être public ou secret. Si le vote est l'exécution d'un mandat public, il semble qu'il doive être public. Par là le mandataire rend compte de son mandat et se soumet au jugement des parties intéressées. Cette publicité implique et constitue la responsabilité. Elle est éminemment conservatrice. Les hommes de révolution réclament le scrutin secret, et l'établissent partout où ils sont les plus forts. Pourquoi se cacher si l'on ne commet pas une mauvaise action ? Ils allèguent qu'il faut garantir l'indépendance de l'électeur. N'est-ce pas plutôt pour couvrir des votes qu'on n'oserait pas avouer? Si toute la nation doit être représentée directement ou indirectement, les incapables ont un tuteur naturel qui est le chef de famille. Dans les principes de notre législation, ils ne sont pas privés des droits civiques, mais seulement de l'exercice de ces droits. La famille embrasse toute la population ; elle est l'unité primordiale. Tous les dénombrement qui, à diverses époques, ont eu lieu en France pour des fixations d'impôts s'arrêtaient aux/ewa;. L'expression est encore en usage; un feu, c'est une

familk', un foyer, une maison. Allerplus loin, cVùt été disperser un faisceau indivisible. Ainsi l'unité de la famille était respectée; la politique s'adressait au chef de famille et l'autorité paternelle en recevait autant de force que d'honneur.

Kn fait, notre sulfrage universel est restreint puisqu'il lient en dehors du vole les trois quarts de la population. Il est facile de dire : cette population est incapable. Elle doit avoir des tuteurs; où sont-ils.' On parle de centralisation : au fond, on se plaint d'un centre unique où tout vient s'absorber. Et ce qu'on demande, sous le nom de décentralisation, c'est la multiplication de centres où la vie politique puisse circuler. Le suffrage universel fondé sur la famille serait une premièi-e assise des libertés locales. La famille attachée au sol, au foyer, rayonne dans un espace limité. Ivlle représente la localité. Elle touche aux intérêts plus qu'aux opinions. Les opinions bouleversent, les intérêts rairermissent. La masse des électeurs obéit, non à des intérêts précis, étudiés, mais à des opinions vagues, retentissantes. Ils aspirent à quelque transformation sociale, plutôt qu'à un gouvernement régulier. Une fois pénétrés de cette pensée qu'ils représentent des intérêts et non des opinions, les électeurs seraient plus calmes, moins avides de changement, plus soucieux de la morale publique. La liberté communale est le prolongement de la liberté de la famille; et naturellement la France retrouverait un équilibre politique. Elle se gouvernerait elle-même, au lieu d'être gouvernée par Paris. L'incapacité de la province, la servitude politique où elle est réduite, a sa source première dans reffacement, l'annulation du chef de famille. Ce père n'est rien; l'intérêt local n'est rien, ou il obéit au mot d'ordre de Paris, et il est moins que rien puisqu'il agit contre lui-même et contre sa propre nature.

La société moderne est punie par où elle a péché : elle écarte l'autorité paternelle comme obstacle et ne la retrouve plus comme appui. Cette cause du père de famille est-elle donc impopulaire? Dans beaucoup de contrées du Centre et du Midi de la France, le paysan peut encore disposer de son bien et transmettre intégralement son petit domaine, sans s'astreindre au.x formalités ruineuses du Code civil. Les enfants respectent

LA PUISSANCE PATEHNELLE 153

la volonté paternelle. Leur intérêt est de conserver l'harmonie de la famille. Les classes jiopulaires ne sont pas ennemies du père de famille. C'est dans la classe lettrée que l'opposition se manifesterait. Mais, là aussi, bien des illusions sont tombées. Un retour général s'y produit vers des idées d'ordre. Et il n'y a qu'un moyen de mettre de l'ordre dans l'État, c'est d'en mettre dans les intérêts de famille et de localité. Nous atteindrons ce résultai par la restauration de l'autorité paternelle.

Nous réclamons des droits politiques pour le père de famille et il n'a pas même la libre disposition de son bien. La loi lui permet de dissiper follement sa fortune, non de la conserver, ni de la distribuer selon les vues de sa sagesse. Ce n'est pas de lui, mais de la loi que les enfants tiendront leur part. Sa liberté de tester est une dérision. En l'exerçant, il peut faire des mécontents, mais non fonder un établissement durable et pourvoir à l'avenir de ses enfants. Les enfants ont une part assurée dans riiéritage et ne sentent pas la nécessité du travail. N'estil pas reçu que les espérances sont une fortune? On spécule sur la perspective de succéder à son père et à, sa mère qui sont moralement dépouillés de leur vivant parla loi ou par leurs enfants. Cette liquidation anticipée des familles est le voeu le plus cher de nos lois, et il se réalise chaque jour par le mouvement normal des affaires et des intérêts.

Page 1