‹ La France et le Code NapoléonChapitre 49 sur 59 · LE LOUAGE · texte numérisé non relu

LE LOUAGE

Le louage s'exerce surtout sur les terres cl sur les maisons. L'instabilité de la propritHé foncière, le morcellement du sol le rendent fréquent. Les propriétaires ne cultivent pas par eux-mêmes et afferment leurs biens. Ce régime du fermage s'étend sur la plus grande partie de la France. Il a pour caractère principal aujourd'hui le payement en argent. Le fermier est un entrepreneur à forfait. Le propriétaire se désintéresse de la culture ; que la récolte soit bonne ou mauvaise, il reçoit son prix. En pratique, le fermier a peu de ressources, et il est souvent hors d'état d'acquitter ses obligations. Les baux en nature étaient tout à son avantage; il n'avait pas la charge de vendre le grain à un moment précis et peut-être à contretemps pour payer le propriétaire. Sous la concurrence de l'étranger, et par suite de l'abaissement des prix de vente, beaucoup de grands fermiers se sont ruinés; les petits commencent à être atteints et désertent volontiers la campagne pour la ville. L'instabilité excessive des biens et des familles de cultivateurs ne permet pas de lutter, même sur le terrain agricole, contre des peuples à familles et à gouvernement stables.

Le régime de la location s'est développé dans les villes. Combien de familles possèdent un domicile assuré? C'est à Paris surtout que le phénomène d'un peuple logé en garni ou en location se présente avec le plus d'éclat. L'étranger n'offre rien de semblable. Paris, qui résume la civilisation moderne en France, ne renferme que des locataires. Personne n'y est à demeure fixe. Ceux qui administrent la cité n'y ont qu'un domicile provisoire. Les trois cent mille électeurs qui y sont

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les iiiaitres ne sont que des pussants. l'ar les changcnieiiti> fréquents des noms, les lues y ont perdu leur personnalité. Les propriélaires des maisons ne sont consultt's sur rien, ils n'ont pas voix drliln'rative. Tous les fonclionnaires mènent la vie nomade et n'ont dctmieile nulle part. Leur vie se passe à courir de locations en locations, dans les difl'éi-enti-s villes où les appelle leur service, jusqu'à ce qu'ils aient atlcinl l'à^^e de la retraite. La magistratun-. qui a perdu son inumoviliilité nominale, est soumise à la mi-me loi. Les aj;ents de l'Rtal, étrangers partout, sont comme en pays de conquête. L'élection, même dans les villes de province, n'est plus l'expression de la localité; les étrangers y dominent et l'aris y envoie le mot d'ordre. Or, Paris est gouverné par une classe ouvrière qui n'est pas de Paris ; elle vient de tous les coins de la France, et au bout de six mois elle est officiellement parisienne. Sous le flot de cette immigration. Louis-Napoléon a étouffé l'inllucnce de la bourgeoisie et de la classe lettrée, qui lui étaient hostiles. Ce crime politique ne réussit qu'à moitir- ; la classe ouvrière, que Louis-Napoléon espérait diriger, marcha toujours contre lui. Elle contribua à lui fermer la capitale et à le jeter dans les bras des Allemands, quand l'heure de la chute sonna. Il lui avait cependant tout sacrilié.

Par le système des travaux publics et l'application de la loi sur l'expropriation pour cause d'utilité publique, il lui créait la ressource immense d'un droit au travail qui ne s'est jamais ralenti. Cette reconstruction de Paris amenait les ouvriers en masse. La République use du même procédé. La question est de savoir s'il peut durer indéfiniment. Ce qui fait l'électeur, l'homme de la localité, c'est la fixité de domicile ; celte condition n'est plus exigée; le vole représente une opinion générale, une utopie quelconque, non plus un intérêt local. Le régime de mouvement perpétuel organisé par le Code civil dans la vie privée se communique à l'État et aux intérêts publics. Il ne s'agit plus de reconnaître quelque droit à la propriété foncière dans la manutention des intérêts publics ou communaux. La propriété est un litre d'exclusion. Ceux qui votent les^ impots n'en paient pas. Partout la propriété est la garantie de l'électoral. En France, la propriété est cousi-

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