LK LOUAGE
dérée politiquement comme non existante. Le morcellement du sol et toutes les lois qui régissent la propriété foncière devaient en effet nous conduire à ce résultat.
En Irlande, le propri(Haire a maintenu le droit de conquête en s'assurant la perpétuité de la propriété et en soumettant la culture au régime de l'instabilité la plus absolue. Ce régime affame l'Irlande depuis des siècles. Il fanl bien comprendre que la mise en œuvre du droit de propriété exige d'autres forces que celles qu'y peut apporter le propriétaire. Ce dernier ne cultive pas : il lui faut des aides, des serviteurs. .\vpc le système anglais, subslilué par la Réforme à la coutume chrétienne, le propriétaire, maître absolu de la terre, peut en expulser tous les habitants. Et ce fait s'est produit en Ecosse et en Irlande. Des milliers de familles ont été. à diverses reprises, expulsées du sol qu'elles occupaient de temps immémorial. .\insi. le propriétaire seul a di'oil d'occuper le sol; les autres n'y sont que par tolérance. De là ce droit d'éviction que s'altribueni les propriélaires anglais, el qui. concenti'é dans les mains de quelques milliers de pr(qii'ii'lair('s. laisse des millions d'Iiommes sans abri el sans asile, ni droit d'aucune sorte sur le sol qui les a vus naitre. Pour se débarrasser des bouches que la culture nourrissait, les propriétaires anglais n'ont eu qu'à sup|)rimêr la culture, en réduisant le sol en pâturages. C'esl pour là ire place aux bètes que les hommes ont été évincés.
Le pâturage n'exige pas de main-d'œuvre et par là même il est plus productif pour le propriétaire. Mais si le produit net est élevé, le produit brut est faible, et c'est le produit brut qui importe à la société. Sur le produit brut sont prélevés tout d'abord l'entretien et la subsistance des familles vouées à la culture. En le diminuant ou le supprimant, on atteint directement ces familles dans leurs moyens d'existence. A. étendue égale, les céréales nourrissent quatre ou cinq fois plus de familles que le pâturage ; n'y a-t-il donc pas un droit pour celui qui, sans être propriétaire, a vécu sur le sol et l'a travaillé? Ce fait perpétué n'a-t-il pas un caractère juridique"? La coutume chrétienne a partout consacré le droit à la culture, comme formant le domaine spécial tl'uue classe, et un vrai
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dénn'ml>remenl du droit ahsulii «le propriété. Ce droit du cullivali-ur a été renversé en Aiinietern* par la Réforme, et alors a reparu le droit absolu du propriétaire, tel que le formulaient les jurisconsultes romains. Les Irlandais, dépouillés de leur propre teri'itoiro, n'ont cessé de prolester. La question irlandaise est une question de bail à ferme. 11 s'agit de savoir si les conditions imposées par les vainqueurs ont une forme sulïisanle de droit, et si une propriété qui n'a jamais pu se lépilimcr par une possession paisible peut j^arder des allures despotiques qui vont à la dépopulation totale de l'Irlande.
Ce réfîime condamne l'Irlande à une anarchie perpétuelle. En réalité, elle ne connaît pas le droit de propriété, puisque cette propriété tout anglaise n'a rien de national. Il en résulte que le propriétaire ne remplit aucun des devoirs attachés à sa charge. Le principal de ses devoirs, c'est de résider dans le pays et d'y dépenser ses revenus. Sous ces conditions, la grande propriété a son utililé. Ce (|ui importe à la population, c'est que les produits du sol soient consommés sur place et nis'en aillent pas sans compensation à l'étranger. Ces produits appartiennent à tous suivant les modes de culture et se distribuent d'a])rùs les lois du travail. Ils sont un bénélice général pour la population. Les revenus des propriétaires ou des riches, dépensés dans le pays, sont un encouragement dû au travail national, une source de richesse sans cesse renaissante. Le propriétaire est le patron des entreprises utiles qu'il favorise. La résidence est un devoir pour lui. Les propriétaires anglais ne remplissent donc aucun des devoirs de la propriété en Irlande. Ils n'en disconvienni>nt pas et n'ont jamais eu l'intention de les remplir. C'est qu'en ell'et ils ne se considèrent pas comme propriétaires irlandais. Pour eux, l'Irlande est un pays ennemi, où ils continuent d'exercer les exactions de la conquête. Ils n'ont pas un droit de propriété régulier, reconnu, et leurs fermiers subissent la loi de la force sans pouvoir discuter librement les condilinns de leur bail.
Si l'anarchie règne en Irlande depuis tant de siècles, il serait injuste de ne pas rendre l'Angleterre en grande partie responsable d'un fait que. jusqu'ici, elle a trouvé de son intérêt ou de sa haine d'ontreleni]-. Cette anarchie sociale si complète a